(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Géographie du moyen âge"

iSf-'"»' 



L,^' ^ ^-4^ 









"*»f..m 















■^^■Wc 



t^^'-^ 
















câi^Sàf^'^ 



0- 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/gographiedumoy03lele 



GÉOGRAPHIE DU MOYEN AGE, 



BRUXELLES. — ÏYP. DE J.-H. DEHOU, 

ni'i: DK LV GRANDK îl.E , G. 



GEOGRAPHIE 



DU MOYEN ÂGE, 



ETIDIEE l'AR 



JOACHIM LELEWEL 



ACCOMPAGNEE b ATLAS. 



Sïpe pater dixit , studium , qtiiil inutile teiita> ? 
Oiid. Iriit. IV, 10 



TOMES III ET lY. 



BRUXELLES, 

CHEZ V ET J. PILLIET, LIBRAIRES, SIT.C" DE F.-J. VoOf-ET, 
RUE DE LA MONTAGNE, 29. 

1852 



. \B R 



^K 



b^ 



a JAN s 1 1957 



•\ <^. 






\ 



CE VOLUME CONTIENT 
f. 

Slavia du dixième et du douxièmc siècle. 

II. 

Analyse de plusieurs sections des vi« et vu' climats de la description 
d'Edrisi, 1154. 

III. 

Cartes de l'Inde et de la Chine, dressées d'après les relations des arabes et 
les investigations du moyen âge. 

IV. 

Tavola di navicare di Nicolo et Antonio Zeni, et les caries des régions 
septentrionales à l'époque de sa publication, 1588. 



Examen géographique des courses et de la description de Benjansia de 
Tudèle, HGO-1175. 



SLAVI A 

DU DIXIÈME ET DU DOUZIÈME 
SIÈCLE. 



Eousqiie lalitudo slavics linf ux succrescit, 
nt pêne carcat ."cstimalione. 

Helmold, lib. I, cap. 1, !. 



ORDRE DES MATIÈRES. 



1, 2, Aperçu général sur la marche des événements; 5, sources histo- 
riques. 

KnozARS, Varegs, — 4, Joseph hen Gorion, sa genèse; Khasdaï, Khozars. 
S, enfants de Dodanim, Varegs, Rouss, Rourik. 6, enfants Dodanim Slaves. 

ViNUtES, SoRABES , MoRAVES. — 7, dénominations; 8, nomenclature du 
géographe bavarois, des peuples frontières. 9, Bohèmes; 10, Moraves, 
1 1 , nomenclature des peuples entre Nisa et Rhin. 

Chrobates, Serbes. — 12, Doulebes; 13, Boïki, destruction des Avars. 
14, division de la Kroatie et de la Serbie. 15, nomenclature bavaroise des 
juxta-résidents; zoupanies des Kroates; 16, zoupanies des Serbes; Slaves en 
Grèce. — 17. Massoudi, peuples slaves et non-slaves; 18, les rois et Velinana. 

LEKHrrES. — 19, état social des Slaves, condition des baptisés. 20, Slavie 
intérieure : partie orientale: 21, agitation intestine des Lekhites; 22, condi- 
tion du peuple slav-roussien. 25, Lekhites, Polaniens; 24, guerre civile , le 
peuple succombe. 23, Pomorans, Pologne faible. 26, Vinules succombent. 
27, autocratie russe. 

Serbes. — 28, monarchie! 



(Voyez la carte de la Slavonie du x™* siècle et les deux autres : la carte 
politique de l'Europe de 1144, et celle qui explique la description U'Edrisi; 
elles se trouvent dans notre allas de la géographie du moyen âge). 



s L A V I A 

I)U DIXIÈME ET DU DOUZIÈME SIÈCLE. 



1. Les Slaves, délivrés par la chute des Huns, des Invasions qualifiés 
de migrations de peuples, n'ayant plus à subir que le joug des Avares 
(depuis 565), qu'ils brisaient petit à petit, et agiles probablement dans 
leur intérieur, se firent connaître à leurs voisins par le débordement 
de leur race; par ces violences qui dévastaient un certain temps l'empire 
byzantin , par ces bandes nomades qui circulaient avec leurs troupeaux 
dans les provinces dépeuplées, par ces populations laborieuses qui 
inondèrent l'ancienne Germanie, pour cultiver la terre sauvage évacuée 
par la race germanique, qui aima mieux alors la chasse des hommes que 
celle du gibier. 

Ce mouvement n'avait aucun caractère de conquête. C'étaient des 
essaims de populations mobiles qui allaient s'établir, qui n'avaient aucun 
désir de former des états , mais cherchaient l'existence pour vivre en 
commun. Les uns apportaient leur nom national qui les prédisposait à 
une organisation plus compacte, dans laquelle germait une formation 
future; les autres, n'ayant aucun nom spécial, composés souvent du 
concours de gens de différentes populations, ne se qualifiaient que du 
nom générique de Slaves ou de Vendes, Vinidcs (i). 

(I) Combien la culture d'Allemagne doit aux Vendes Slaves, résume un scrutateur allemand : 
So faud der Aposlel Bouifacius als cr Tliuriugou im }. 721 bcsuelite, die Wenden sclion in dem 
grade empfanglicli, dass er auss ilinen Vorzliglicli die Anbauer der fraukiselieu Wusteu wiehlte. In 
ganzcn Seliaaren zogeu die "Wcnden dahin , woliin sie der fromme liiscliof rief. Mit ausrodung der 
Wa;lder, verbandcn sie die kunst des Ackerbaues. Aus Tliracieu liatten sie den Uocken angeliirt ; 
Flaclisbau und BienenzudU gcdiclien uuter ibrcr Pflege. Die tliiiringisdien Plerde dereu Veredliiiig 
mit morgcnlocndischen Rasscn sicli die Weudcn vorziiglich aiigelegeu sein liesseii , galteu fur die 
schocnsten, schuellsten und kraftigstou. Die Wendcn warcu es, welclie die Salzquellen an der Saale 
zu bcarbeiten anfingen;sio waren aiso die crsten Salzwirker, wie sie die eiuzigcn , Miiller nnd 
Gscrtner, Uirtenund Ziinmerlcute, Schlosser und Goldscliniiedc waren. Auf den Giitcrn der KIoster 
und Geisllitlien, wobin sie versetst worden verlolircn sieauch iliren Freiheit niclit wie unter den 
libermiitliigen Franken. Sie waren lidi (Lente), die ilire niansos tributalos (Zinsacker) besasscu , eiu 
agrariura (Ackcrzins) ïaldlcn, und angarias cum carra (Landtïihrcr) zur Froline thaten. Si hiessen 
casati (Kossati) wen sie eigene Haiiscr besassen, sonst gasiiidi oder non casali. So lebten die Wonden 
untcr der Frauken.Tliiiringcn und Sac hsen (Sprengel.Einflussden dieWendische nation an dieAnbaa 
dcsDcutscliland»gcliablliabc,in Kruse's, dcutschc Allerlhumcrodcr Arcliiv. Halle, 1826, p. l d) 



6 SLAVIA, 1. 

Celle expension de la souche slave, la mit en collision avec des 
éléments variés, qui de leur part l'inquiétaient tout à l'entour. Khozars, 
Plelschings, Komans de l'orienl, menaçaient et fatiguaient d'invasions. 
Les Boulgais, établis sur le Danube, et les prétentions de la domination 
de l'empire grec, déchiraient ses parties méridionales, où les Kroates 
et les Serbes prenaient une consistence plus déterminée. De Toccident, 
les Franks, ensuite les Saxons, imposaient le jong sur une vaste étendue, 
autant sur les populations appelées pour la culture des terres, que sur 
celles dont les possessions se trouvèrent exposées à leur glaive. La pro- 
pagande chrétienne de sujétion avançait d'un côté jusqu'aux frontières 
Boulgares, de l'autre pénétrait jusqu'aux rives de l'Oder. 

Alin de repousser l'ennemi formidable, les peuplades slaves se fédé- 
raient momentanément et maintes fois les chefs de fédérations essayaient 
d'étendre leur domination et d'organiser l'état, quelquefois plus dociles 
d'accepter le protectorat de l'ennemi, que disposes à soutenir l'indé- 
pendance nationale. Samo (G23-G58) arrêtait longtemps les tentatives 
des Franks. Après sa mort continuait une résistance confuse. Les Karîn- 
tiens furent les premiers soumis à la Bavière (""2), conscn-ant te 
souvenir et les monuments des élections de leurs chefs. Les voisins 
Kroates au sud est, se soutenaient avec plus de succès, vacillant entre 
J'influence grecque ou latine. Mais au nord , les possessions slaves se 
trouvaient plus expesées à toutes les avanies. Les Franks et les Saxons 
pénétraient par la Turingie dans la Bohème et dans le Sourb, imposant 
leur autorité à ces deux contrées, aussi bien qu'à celle des Vinules, au 
delà de l'Elbe jusqu'à la Baltique. 

Depuis la mort de Samo, parmi les Sourbs, on ne remarque que des 
alliances très-éphémères entreles populations pour résister à l'aggression. 
En Bohème, plusieurs peuples commençaient à former un état, qui 
s'associa à la grande Moravie , érigée depuis 830 en une puissance qui 
s'éleva avec éclat sur une vaste étendue. 

Lorsque les barbares s'établirent dans les provinces et y formèrent les 
royaumes, ils ne prétendaient pas d'être aussi indépendants comme ils 
étaient dans leurs forêts. Possédant les terres qui ne leur appartenaient 
point, ils s'imaginaient qu'ils en étaient redevables et qu'ils étaient 
sujets de l'empire, autorisés d'administrer leurs possessions. La hiérar- 
chie romaine nourrissait cette idée cl le prestige de l'empire dirigeait 
les consciences des enfants du nord. Les Slaves, en s'établissant dans 
l'Ulyrie, la Pannonie et le Noric, tenaient d'autant plus à celte pensée, 
que les Serbes cl les Kroates s'établirent par le consentement des 
empereurs, que dans le Noric l'alllucnce de la population Slave n'avait 
d'autre but que la culture du sol. Ainsi , rindépendançc des premiers ne 



SLA VIA, 8. 7 

rcpugnail point de payer tribut cl servir rcmpire de leur possession. 
La liberté des autres consistait dans les franchises de s'administrer 
dans leurs communes par eux-mêmes, afin de mieux remplir les rede- 
vances. De part et d'autre , les Grecs et les Latins prêchaient l'évanciile, 
et les évêchés fondés parmi les convertis, consolidaient ce prestige de 
l'empire, qui contribua à faiblir l'amour de l'indépendance. Aussi, 
quand la Moravie s'éleva en une puissance, les rois ne voulant pas être 
tributaires, soutenant leur indépendance, ne contestaient point le droit 
de l'empire sur la Pannonie. 

Cependant, l'existence d'un état aussi prépondérant inquiétait les 
Allemands. La Moravie pouvait encore délivrer quelques cantons slaves 
du joug des Allemands; elle ôtait la possibilité d'étendre leur domina- 
tion. 11 fallait donc, à tout prix, détruire la grande Moravie, et à cet 
effet, en 88G, furent appelés les Magyars, Madiars, Hongrois, qui cam- 
paient depuis quelque temps aux environs de la mer noire. La cbule de la 
Moravie éiait une grande catastrophe pour la Slavouie. Grande quantité 
de population se retirait vers les montagnes et au delà des montagnes. 
Une race étrangère de Madiars, qualifiés de Tourk, s'interposa entre les 
indigènes, interceptant leurs antiques relations; la Bohême redevint 
pour toujours soumise à l'Allemagne et bientôt Ollon recevait les hom- 
mages de sujétion de toutes les possessions moraves-, des deux Moravies 
supérieures et de la ChrobatLe. 

2. Entre le Danube et la Baliiquc, où l'empire romain n'avait pas des 
frontières, le droit des provinces ne pouvait guère valoir. Les traditions 
seulement et l'érudition savante, rappelaient aux Allemands qu'à l'épo- 
que de leurs rapines dans l'empire ils avaient abandonné voloniaiiement 
leur sol. Ils curent la soif de recouvrer les pays occupés, habités et 
cultivés depuis qu'ils l'eurent entièrement évacué, par i)ure race slave. 
A ce titre ils pénétraient parmi les populations plus faibles ou plus 
pacifiques, imposaient leur autorité de njarkgravcs cl installaient de 
colons allemands. Depuis que les Saxons réunirent sur la même tête 
les couronnes de l'empire et d'Allemagne , le baptême incuhjuait dans 
l'esprit slave l'idée do l'unité romaine de l'empire et de l'église : la 
violence allait accomplir le reste, exterminant les populations obsti- 
nées. Nulle part il n'y avait plus de résislence que chez les Vendes ou 
Vinules, qui possédaient les rivages de la Baltique. Les Obolrites, 
Abdredes s'y distinguaient spécialement par les moyens qu'il avaient 
d'étendre leur hégémonie sur les peuplades limitrophes; les quatre 
peuples de Yeletabes ou Yiltzcs (les grands), réunis inlimément par 
une fédération qui porta le nom de Louts, Loutilzes; les Pomoranicns 



3 SLAVIÂ, 3. 

(les maritimes) et les insulaires Rougs. La position maritime fit prospé- 
rer leur état, surtout des Rougs et des Pomoraniens. Le commerce et la 
piraterie des Slaves, Normands, Livs, Ests, se croisaient sur la Baltique 
et animaient les relations entre ces peuples. C'étaient spécialement les 
Normands, qualifiés de Varegs sur les eaux baltiques, qui infestaient les 
rivages , montaient les fleuves, emportaient le butin, et se colonisaient 
quand il était possible. Les populations qui bordaient le golfe oriental , 
les Slaves surtout, appelaient maintes fois le secours et l'intervention 
des Vare"s, comme sauve-garde de leur sécurité. Ceux-ci rendaient ce 
service avec empressement et un d'eux, Rourik(en 837 et8G;2), s'in- 
stalla à cet effet chez les Slaves de Novogorod et fit connaître le nom 
des Yaregs-Rouss, Ross. Un de ses lieutenants, Dir, prit possession de 
Kiov (en 801). 

Les Yaregs-Rouss trouvèrent celle partie de la slavonic orientale 
très-variée. Des populations qui vivaient de la chasse, des peuples 
cultivateurs et des villes considérables organisées en républiques 
commerçantes. De suite ils participèrent au mouvement de ces 
dernières et pénélrèrenl jusqu'à Byzant et au fond de l'Asie. Des 
caravanes arabes, khozares, boulgares se rencontraient et se croisaient 
avec des trains de voitures rouss-slaves, et la monnaie koufique de 
celte époque, enfouie en abondance tout autour de la Baltique et du 
golfe finnique, décèle la participation do toutes les races qui s'y 
louchaient l'un à l'autre, et indique les chemins do ces mouvements 
du commerce (2). 

En même temps, au centre de la Slavonie , se formait un état qui 
allait recevoir le nom de Pologne. 

5. Toutes les nations annotaient laconiquement, dans leurs annales, 

mullilude d'événements qui se succédaient sur tous les points cl 
résultaient de leurs collisions et de leurs relations réciproques avec 
les Slaves. Le Normand, Skand, Dan, Islandais; le Germai», Frank, 
Longbard, Sax, Bavarois; le Breton, Gaulois, Italien; le Grec 
byzantin; l'Arabe, Andalous, Mizr, Fars, Sogd, de Bagdad et du Sind; 

(2) La monnaie koufiqiie,les dinars des khalifset des Sammauidcs, venait par Doulgar etsercpau- 
daitpar Sinolcnsk et NoTogorod tout autour de la Baltique : elle se retrouve dans les pays de lam 
(Finnois], Karcliens, Tchouds (Estoniens], I.ivs, Kors (Kourland), Prussiens, Poniorauieas , Obotrites 
(Meklenibourg\ Sclilesvig, loullilaud, Skinie, Suède méridionale (à foison aux cnvironsdeStokliolm), 
dans toutes les iles do la mer. Voyez l'excellant ouvrage de Paul Savelev : topografia kladov svostol- 
•eliuimi raonetami w Rossii pri baltitzkitli stranaih (en russe), topograpliie des cofouisscmcnts de la 
monnaie orientale du viii' au W siècle, en Russie et autour de la Balliiiue, Petcrsb. 1846. C'est le 
premier volume de l'ouvrage que le savant auteur va continuer sous le titre de la numismatique 
mouliammcdane sous le rapport de l'histoire russe : mouhanimedanskaia numismalika w olnosuhcnit 
k rousskoi istorii. 



SLAVIA, 3. 9 

le juif errant; rindii5ène slave lui-même traçait les Iradilions et les 
vicissitudes de la souche. Le Slave visitait Kordouba, Rome, Byzance 
et les rives de la Caspienne. Les empereurs d'orient et d'occident 
connaissaient l'idiome dt;s slaves et s'entretenaient avec eux. Sept 
langues, dans sept climats du monde entier, parlaient et traitaient les 
aûaires des Slaves', et la Slavonie, cette ruche-mère de tant d'essaims, 
n'est pas assez connue, son intérieur, comme l'œuvre des abeilles, est 
lout-à-fait ignoré. Cependant , c'est à la suite de grandes commotions 
dans ses entrailles, qu'elle vomit tant de populations; c'est à la suite 
de la fermentation inlellecluelle, sociale, ou de l'intérêt matériel que 
sa race inonda tant de pays. Un seul byzantin, Constantin porphyro- 
genèle, retraçait avec plus de circonstances quelques traits historiques 
développés avec plus d'enchaînement; un arabe Massoudi narrait en 
même temps l'histoire des révolutions qui agitaient celte race ; cette 
histoire pouvait sans aucun doute porter la lumière à notre ignorance, 
mais l'ouvrage n'est pas encore retrouvé. 

Le centre de la Slavonie reste, et restera peut-être pour toujours uu 
impénétrable mystère : mais tout son circuit possède, surtout pour la 
situation géographique , d'abondants matériaux , ainsi qu'on se trouve 
continuellement dans ces petites communes, villages et hameaux dont 
les noms se sont perpétués jusqu'à nos jours, défigurés par la pronon- 
ciation des étrangers. 

De nombreuses chroniques et annales signalent une multitude de 
localités; les conciles et les actes publiques; les diplômes authentiques 
ou faux, et ces derniers très-instruits dans la situation des contrées dont 
ils traitaient, fournissent d'innombrables renseignements. Les explora- 
tions marines de Wulfstan et d'Other, contribuèrent à cette description 
générale qui se trouve dans la version anglo-saxonne d'Orosc , faite et 
augmentée par les soins d'Alfred (mort 901). 

En même temps (vers 890), une note statistique, qu'on qualifie de 
géographie de Bavière, a pu donner beaucoup plus de détails en énu- 
mérant les cantons slaves. Ensuite Ditmar de Mersebourg (mort 1018), 
Adam de Brème (1076), Helmold de Bozov (1170), expliquaient les 
positions des peuples Vinuls et Slaves des embouchures de l'Elbe et 
de l'Oder jusqu'au Danube. 

L'Illyjie et les parties danubiennes, soumises ordinairement à la 
suprématie de l'empire, étaient parfaitement connues à Byzanl et par 
l'empereur Constantin porphyrogenète (mort 959), qui se plaisait d'en 
donner une intéressante description. — Chez les arabes, les explora- 
tions d'Abdullah Seid Ghazi (780-800), de Mouslim bon Abi Mouslim 
horrany (8i0-846), les relations commerciales et les ouvrages grecs 



^0 SLAVES, 4. 

fournirent à Kodbeddiu Massoudi {9i7) d'abondanls matériaux pour 
traiter pariiculièrement les affaires slaves, dont il reste une courte 
esquisse. 

L'existence des peuples du centre n'est pas lout-à-fail ignorée de ces 
écrivains, mais c'était la part des indigènes d'en être plus instruits et 
d'en parler avec plus de connaissance. Le moine petscherski de Kiiov , 
Nestor (1116) se distingue spécialement à cet effet, et il est le seul de 
cette époque qui porte la lumière capable de suivre les notions acqui- 
ses par les arabes sur les peuples du nord. 

L'abondance des sources, le mystère de l'origine des peuples, entraî- 
nèrent une foule d'écrivains dans ces recherches pénibles, qui, avec de 
succès variés, donnaient des résultats les plus satisfaisants, ainsi que 
les sources ci-dessus indiquées sont suffisamment expliquées et les 
possessions des Slaves minutieusement déterminées (s). Personne ne 
s'attend à voir, dans notre mémoire, la répétition du fruit de ces 
recherches ; Edrisi ne le demande pas. Or , nous nous abstenons de 
reproduire trop ce que les autres en ont dit, mais nous désirons avoir 
noire part, et continuant l'examen de lu Slavonie antérieure à Edrisi, 
de la Slavonie du x""'' siècle, nous nous attachons spécialement à Joseph 
bon Gorion , au géographe de Bavière et à Massoudi. 

Khozars, Varegs. 

4. Joseph ben Gorion, ]:s"'DV lingua judaica, d ^"'CV in lingua 
grœca, ti'-.î'D^^ ^^ lingua romana (pag. 28), et son ouvrage intitulé : 
histoire dos Juifs, sont des énigmes. Lui-méuie se dit sacerdoce, con- 
temporain de la prise de Jérusalem, qu'il défeuJait, et de son roi 
Agrippa; il a connu Nicolas de Damas. Âiusi il serait contempo- 
rain de Joseph Flavien. Fiction assez difficile de réconcilier sur ces 
indications. Son ouvrage était de bonne heure connu chez les arabes, 
qui qualiliaicut loussouf ben Gorion de chef et historiographe renommé 
entre les docteurs (i). On conjecture donc (ju'il vivait au ix" siècle (s). 

A la tète de son histoire se trouve une genèse biblique, faisant le 



(3) L'ouvrage le plus ri.ho en indications sur ce qui a été dit sur la Slavonie, élaboré sur une vaste 
échelle et plein des plus heureuses explications, est l'ouvrage de Paul Joseph Sararik (Schafarjik) 
tlowanskc starozituosti (les antiquités slaves) à Prag. , 183G, in-8° (traduit en poloiiai*|)ar Jérôme 
Napoléon lionkowski, Posen, 1811). Nous suivons partout sa lumière ol ses bous conseils, si quelque 
motif assez puissant ue nous force à le contrarier. 

(1) L'ouvrage de ben Gorion est traduit en arabe par son coreligionnaire Zakharia ben Said 
allcmcni al israili (Plierbclot). 

(B) Contemporain de Joseph Halevi qui écrivait en 887. et du médecin Zidkjah moil 880. Voyez 
ce qu'en dit le savant Carmoly, dans israolitischc Annalen, cin Ccntralblatt, hcrau.sg. von Jost, 
Frankf. am Meiu, ISÔH, p. 1 19, iiO. 



SLAVES, 4. H 

dénombremeot des peuples japhéliques de l'Europe et du septeotiion 
aux environs du Volga. Les manuscrits de l'histoire entière sont très- 
variés, on a des abrégés, on a des textes très-amples qui sont privés 
de la dite genèse (e). La genèse paraît donc être une espèce d'interpo- 
lation, d'autant plus qu'elle rapporte quelques événements postérieurs. 
Toujours elle porte des teintes d'une haute antiquité, il est assez 
évident qu'elle est irès-aucienne, du xi^ siècle au plus tard, donnant un 
dénombrement des peuples avec certaine connaissance. Elle se montre 
bien instruite sur tous les peuples dont la position nous est mieux 
connue, et devient moins claire et incertaine, quand elle traite les 
peuples sur lesquels nous ne possédons pas des connaissances suilisan- 
tes. Cette incertitude vient quelquefois, on ne peut en douter, de la 
dépravation des noms, mais il est non moins certain qu'elle nous donne 
les noms dont nous ignorons l'existence par d'autres sources. 

Joseph explique la dispersion de la postérité de Japheth , d'après les 
langues et les générations de la manière suivante : 

Les fils de Gomer {dWschkhenaz , les Franks, étant évidemment con- 
sidérés comme Germains, Teutons) sont Frankus, qui habitent le pays 
Franlza sur le fleuve Seine; ceux de Rifalh, sonl Bretonim, dans le 
pays Bretania près du tleuve Lira (Loire). Seine et Lira se perdent dans 
l'océan ou la grande mer {i). 

Les descendants de Thogarma sont au nombre de dix. Khasdaï ibn 
Sprot, vésir andalous (958), d'après la narration du roi des Khozars, 
compte le même nombre : mais de la dixaine cinq seulement sont 
d'accord avec ceux de Joseph ; l'autre moitié différente. 

■lî^; Khozar, n;;'^"^ Boulgar, ''~',*;;x Ongori, (Hongrois, Madiars), 
b^'O '\2 Bouz ou Bozil (probablement 7^; ji Goz , ou bien Ot; usrà tûv 



(6) L'édllion hébraïque de Mantoue serait la plus anoiennc, antérieure à l'aDoée l-iSO, [elle est 
privée de peDCse). La première (avec la genèse mais Irouquée) est liébralque de Conslantinnple H90, 
Éditée par Abraliam Cuualb. L'autre bébraique pleine) éditée lolO, par Tbam Abcn lekliaîa. — 
Eosuite réimprimée (acLuraliorj à Veuise 13U, à Cracovie 1593; accompagnée de versions latines a 
Oxford 1706, par Jean Garnier, et à GotUa 1707 par Breitbaupt. — Cette histoire a été traduite en 
allemand, en anglais, en langage rabbinique d'Allemagne. Sébastien Munster en a fait un abrégé qui 
parut à Worms 15i9, ensuite a Eàle lo-il, loo'J. Un abrégé arabe se trouve imprimé à la suite des 
bibles polyglottes de le Jay et de Walton. — Les manuscrits sont très-nombreux; un des plus amples 
qui se trouve dans la bibl. nationale à Paris, est précédé d'une longue introduction donnant de ren- 
seignements sur l'origine de l'ouvrage qui est intimement lié avec la fameuse liisloire d'Alexandre 
le macédonien , laquelle disposait la conscience historique du moyen âge. 

(7) La parapbrasis cbaldaica de Jose(ib rcteur de l'aïadémie syriaque vers S74), assigne l'Asie et la 
Perse â AschkUenaz et Rifatb ; et Barbaria à Togarma qui suit cbap. I , éditée par David Wilkins , 
Amstclacdami 1713, in-i". — Suivant les autres, Togarma désigne l'.Vrménic ou la Géorgie. (Voyci 
nos lettres sur Benjamin de Tudèle p. oi;. — Mois le père Gomer est expliqué Germanij par ladite 
paraphrase khaldaiquc ; Frank par ii^n Gorion ; et son fils Aschkenaz est Ncmcli dit en Espagne , le 
\esir Khasiai. 



12 SLAVIA, 4. 

Xa^ipoJv ô,u5vor.îavT£i xo-i èrrovo^uaÇo/^cvoj; MaÇao, les OuZeS de MadiarS , 

(Const. porphy. de adm. imp. 57), enfin -)''\S*D ""Gl Zaboukh , Savour 
(probablement ]\yD j!^ S^^'^" deBartas, chez Edrisi YI, 7, p. 404, 
ou Savour, ville Boulghar, suivant Ibn Haoukal). 

Les cinq autres, suivant Joseph sont 'p-ivj Tourki, "j^iJî Patzinakh 
(Badjinak, Pietschings), cup'^X Alikanus, x:i2;"> ou k:^2:-^, Ragbina 
ou Ranbona, V?2b*t^ Tilraatz, dont les trois sont assez étranges, échap- 
pent à toute conjecture. De cette série de noms, un seul reparaît dans 
l'histoire de ben Gorion, lorsqu'elle relate les conquêtes de Cyrus dans 
les parties septentrionales, où il conquit toute la terre ]rhi< Alkhan et 
"IXC'^'X Alsar et les montagnes des ténèbres (p. 27). Les Tilraatz répon- 
dent à BopoTâ^uar Vorotalmat ou simplement Tx^/j-xt, horde des Patzi- 
nakits (Const. porphyr. de adm. imp. 37). — De parmi les cinq nommés 
parKhasdaï, Tix Avar indique sans doute lesAvars; ^*^i-in Thartza 
coïncide assez bien avec le royaume de Tarse, dont les habitants sont 
appelés Jogours (llayton, chap. 2; carte catal. etc.). Quant aux autres 
ïi'ITn Thirus, i-'^^x Aounin, Onin et -]i;j^7 Zanor, ou peut, je pense, 
admettre, que les juifs de ce tcraps-là savaient nommer les camps et 
les hordes qui se distinguaient momentanément dans les limites des 
Rhozars (s). 

Le texte de Joseph ajoute que toutes ces tributs dressèrent leurs 
tentes autour du fleuve '^p'n Elhel, Ithil, qui est IN'^LTN* Atelakh. 
Seulement les Ongres, les Boulgars et les Patzinakhs sont allés camper 
autour du Danube. Les Patzinakhs n'avancèrent vers l'embouchure du 
Danube qu'en 895; Khasdaï ne le connaît point : il est donc incontes- 
table , que leur établissement et leur nom fut introduit plus lard dans 
le texte de Joseph. 

Khasdaï fait dire au roi des Rhozars qu'il était voisin des Grecs et des 
Russes. Les habitants des pays p;p Thanat (du fleuve Tanaïs, Don), et 
nCNZ Bassa ('Aga^yia Const. porphyr. de adm. imp. 42, Abassia), jus- 
qu'à la mer de Constantinople (noire), lui payent le tribut et treize 
peuples vers l'occident jusqu'au grand lleuve ;;v louzag (Ozou, Dniepr), 
et ceux qui demeurent dans des villes sans murailles et occupent le 
désert (entre Dniepr et Danube, les Palzinaks, Const. porphyr. de adm. 
imp. 37) jusqu'aux limites de CN-'^^lj^n Ilongrim (?.îâdiars qui détrui- 
renl la puissance niorave), lui sont tributaires. Possesseur de l'embou- 
chure de louzag, il accorde aux Russes le passage (édit. de Carmoly, 
p. 5G). Le roi des Rhozars rappelle une très-ancienne conquête (anté- 
rieure à 740) de la contrée '^"«-nN Ardil et du pays jN'^r-ili Roudelan 

(8) Carmoly, iliueraircs de la lorrc sainte, ji. 91, 93. 



SLAVIA, 4. 13 

(p. 51). La première de-signe sans doute le canlon Lj,! J.l ./-ïii 
Artsan, Arlin, Artsù des arabes d'Erss, qui arréteronl noUe attention 
dans son lieu. Quant à Roudelan , j'ignore ce qu'on en pourrait dire. 

Les fils de Javan sont lonin, qui Labiienl la Macédoine; ceux de 
Madaï sont C'^TlivS' Azralous, qui habitent le pays de (C^"2 Borasan. 
Ils suivent les Grecs et sont suivis des Italiens; on serait donc peut-être 
autorisé de corriger les noms en C'i'7"2N' Andalous, qui habitent le pays 
]t2Ti2 Bortan OÎ-Jy Borlat (pyrénéen) : mais Borsan tire sur Borschan, 
Bordjan, pays des Boulgars danubiens suivant les arabes. 

Les fils de Thoubal habitent en Toskana, autour du fleuve r;xî&'*2 
Pisah { jt-yj Bisch, Pise sur Arno); et ceux de ilesech habitent en 
^2îi' Seni (Sienne) (o). 

Les descendants de Thiras sont îî;>D'n Rousisch (Rouss-Yaregs), 
Tit'IZ Bosni (_^_j Wcs, voisins de la Novogorod la grande) (lo), 
"D*'?;;;^ Anglisi (Anglo-saxons) qui habitent près de la grande mer. 
Les Rousichs déployèrent leurs tentes autour du fleuve ^'^'2 Bira 
(N'jbl^ ^'olga, Ithil), qui se jette dans la mer Gorgan (Djordjan, Cas- 
pienne). 

Suivent maintenant les fils de lavan Makedonia (i i). 

Les fils d'EUsali (dont le frère est Âlam) sont les Alemania, qui habi- 
tent les monts ou villes Joub et Septirao (Juvavum, Saltzbourg et 
Sevaces de Ptolémée dans le Norique au nord). D'eux sont sortis les 
Lombardi, qui habitent au delà des fleuves Jub et Septirao et ils subju- 
guèrent Ilaliah et habitent jusqu'aujourd'hui autour des fleuves Poo et 
Tesino. Poo verse ses eaux dans la mer... riiy*p";*2 Bondekiah {Is^^Jj 
Venise). Borgania habitent autour du grand fleuve Rodani. D'eux sont 
sortis x''""; 2 Bardia (probablement (x"î~i2 Brizia, Vrises, Frises), qui 
habitent autour du fleuve Renus, qui se jette dans la mer. 

Tharsis sont ceux qui vivaient avec les Makedoniens. Mais lorsque 
les ismaélites s'emparèrent de la terre de Tarsous (Cilicie), ils se reti- 
rèrent dans les terres de Javan et continuèrent la guerre avec les 
ismaélites de Tarsous. 

Les fils de Chiiiim sont Romim , qui élevèrent leurs places fortes 
sur les plaines de Khampania, autour du fleuve Tiberio. 

(0) \b«n Esra in psal. cxa , incnlas Mesrlieclii Toskanos appcllat. — La paraphrase khaldaïque de 
Joseph assigna laMcdieù Madaï, et à Tbubal, Mcsliech et Thiras : laBnhinie, la Mocsic et la Tbrace. 
— Plus tard on allait avec Thubal en Espagne ; avec Mcshcch qui livrait de bons esclaves par les 
Miischi caucasiens à Moskou de Russie. 

(lO; Voyez sur ces Wes, Fnchn, Ibn Foszlans und anderer arabdr Berichte, p. 204-235. 

(11) L'antique paraphrase khaldaïque de Joseph, annote double série de ces fils. Filii vero Make- 
donis : Alsu et Tarsus, Ilalion et Dardania; verbis aliis : filii vcro Javonis : Elisha, Alam , Titsas, 
Achzavia et Dardania, Uidon et Chamen et Anlioihiis. 



14 SLAVIA, o. 

5. Les enfants de Dodanim sont "'ti-'ij" Danischi (Danois), qui habi- 
tent les villes situées dans des golfes ou péninsules de l'océan dans les 
pays de x]^-; Dena, xii^î^ Mckliba (probablement k\J2D Skhona, 
Skania) et îs{:;"i-iZ! Bardena, au milieu de la grande mer. Ils s'engagè- 
rent par serment à ne pas servir les Romains, firent des sacrifices 
dans les lames de l'océan, et ne purent point : car la domination 
romaine pénétra jusqu'aux dernières îles de la mer et jusqu'aux flots 
de leurs détroits. 

C'est un événement de l'année 9i7, dans lequel Otton le grand s'était 
emparé du Schlesvig et de Jutland jusqu'au golfe d'Oltesund , ainsi 
appelé d'Olton, qui, vainqueur, lança son javelot dans le golfe en signe 
de souveraineté. 

Les Danois avaient acquis depuis un certain temps une grande renom- 
mée. Les géographes ravennates répétaient que Dania velocissimos 
profert homincs : (nam inter cèleras), hoc sua, (licet infiunl), laudantur 
problemata : laudabatur Parthus in arcu , dum non noverat Gothos; 
sedo? ubi est Danus? Quac Dania modo Normanorum dicitur patria 
(anonym. raven. IV, 15), à quoi, vers 1119, Guide Pise (mscril de 
Bruxelles p. 53) ajoute : seu Vuarangorum dicitur patria, et fiche 
dans le texte des ravennates que le Danois ne devient guère ce qu'il 
dit dans son problème. Ce passage explique que Bardena de la genèse 
josippine désigne les Vuarangs (12). 

Dans les annales d'Ademar (qui écrivait vers 990), un interpola- 
teur (vers lliO) insérant une légende de S. Adalbert (ad lib, III, 
cap. 51, edit. Pcrlz, t. IV, p. 129) dit: sanclus dcniquc Adelbertus 

(12) Au commcurcmciit du priicédont mémoire iliap. î, note >", p. 4, ii), je signalais l'existcnco de 
la description de Gui de Ravcnne dans un manuscrit de 1(19 de la bibl. do Bourgogne à Druxellcs. 
Depuis, le savante. P. Bock entreprit un examen approfondi du code, et en 1850, sous la forme de 
lettres iilressccs à son ami L. Belhman, il publia ses observations sur ce manuscrit intulé tibcr 
Cuidonis. Le manuscrit est un fatras d'extraits géographiques, chronologiques, historiques, parmi 
lesquels se trouve un poëme en rliytbme vulgaire qui célèbre un l'ait d'armes des Pisans accompagnés 
de Génois contre les Sarrasins eu 1088. M. Bock, avec une profonde connaissance de l'époque et une 
sngaoité extrême prouve que ce recueil d'extraits est en entier l'œuvre d'un Pisan Gui, dont il 
dévoile l'existence et la position. Les preuves sont incontestables, les argumentations irréfutables; 
nous adhérons volontiers, même .i presque toutes les assertions et conjectures de M. Bock, à l'excep- 
tion de ce plan prémédité empreint dans le choix et la réunion de tant de pièces et fragments 
lictcrogcncs. Ce plan se manifeste fortuitement par la prédisposition du pisan rapicccur, qui aurait 
4{uelque peu digéré les morceaux agglomérés s'il avait conçn une idée politique. Toujours est-il que 
dans cet assemblage de monumcnl.s historiques, l'Italie du ravennatc (d'après Castorius), se trouve 
mieux que dans l'anonyme connu. M. Bock refuse le baptême de Gui au ravcnnate, lui aussi , il doit 
rester anonyme. Au prime abord cette question parait être futile : mais elle toHche l'existence de la 
description de l'italie que les savants du xvi" siècle ont vu sous le nom bien connu de Gui, copié au 
XI' siècle par l'anonyme, exploité an xii" par un pisan homonyme. Le pisan restera, je pense, rapiè- 
ccur copiste, et Gui de Ravenne source d'où l'ont puisé les scripteurs postérieurs. L'ctude de notre 
ami Siliayosva immau'iuabUmçul dibrouillcr les incertitudes confuses et disperser les obscurités. 



SLAVIA, t>. lo 

convertit ad fidcm Chrisii, qiialuor provincias, scilicpt, Pollianam, 
Sclavoniam, Waredoniam, Cracoviam. Quas postquani fundavit 
infide abiil in provincia Pinconalorum (Pietscliings, Prusses). Cette 
AVaredonia signale les Varegs Rouss qui doniinaienl sur la Slavonie 
orientale. 

A Byzante les Fargani , Vargani (Consi. porphyrog. de cerimon. 
aukell, p. io'2), Bapay/;! Varangi (Anna Koran. ap. Slritt. IV, 4i8), 
furent connus comme avantureux, coureurs et mercenaires. 

Les Rouss qui s'établirent en Slavonie, étaient qualifiés de Varegs à 
cause qu'ils venaient de parmi les Varegs, et les Varegs furent appelés 
par les Rouss-slaves comme auxiliaires jusqu'à l'année 1018 (Nestor 
chron.). Le nom de Rouss, Russes, se perpétua parmi les Slaves, celui 
de Varegs sortit de l'usage. 

Les arabes, bien informés sur ce qui se passait chez les Slaves, con- 
naissaient les Varegs. En 1030, Abou Rihan le birouuien, écrivant dans 
l'Inde, donnant dans son ouvrage la description de la mer baltique, l'ap- 
pelait Vareng. I! y dit : la mer qui baigne à l'occident les pays depuis 
Tandja et Andalous, s'appelle la mer environnante. Les anciens 

,»JU^M lounanioun (grecs) l'appelaient okeanos. Il n'y a personne 
qui oserait prendre son large, ou lient ses rivages. De ces pays elle 
s'étend vers le nord le long des régions de ïJ'Ji.^ Saklaba. Au nord 
de Saklaba sort de cciie mer un canal (un golfe) qui se rapproche jus- 
qu'au voisinage de Boulgar pays raoslemine. On l'appelle •««^XJi,.! 
Vareng. Mais c'est un peuple qui habite ses rivages : ensuite l'océan se 
tourne vers l'est (Yakout, mort 1-2-20, mscrit ap. Frâhn, Ibn Fozl. 
p. 182; confer. Aboulf. versionis Reiske p. 1-j2). Ce peuple est d'une 
haute taille et guerrier (ajoute Schirazi, vers lôOO). 

Les historiens russes-slaves, qui succédaient à Nestor, répétaient le 
nom de Varegs comme ancienne réminiscence historique; chez les 
arabes ce nom ne discontinuait point à cire vivant et n'a pu vieillir. 
Habitues à se répéter l'un l'autre d'un écho interminable, ils rappel- 
laicnt les Varegs et leur mer. Yakout 1-22',), Nassir eddin 127G, 
Schirazi 1500, IlamduUah Mestoufi kazvini, Schems eddin dimeschki, 
Aboulféda 1521, Ibn al Ouardi 1549, Bakoui 1397, le commentateur 
de Nassir eddin scherif djordjani, Ibn Schabib harrani , Schems eddin 
dimeschki 1.>SG, Moustafa ben Abdallah IGiS, et quantité d'autres 
avaient l'affaire géographique avec les Varegs éphémères. Seulement 
le nom minaudait et changeait de tintement, que les écrits des auteurs 
et copistes firent résonner : Vzng, Vrng, Vareng, Uzane, Aureng, 
Avreng, Varaïk, Varenk, Varang. Moustafa tourk, appelé aussi katib 
tschelebi ou hadji khalfa, trouvant ce nom dans les ouvrages astrono- 



IG SLAVES, 6. 

iniques cl géographiques, expliquait que c'élail le nom de la mor alle- 
mande ou haltique et que les Varcgs étaient les Suédois {13). 

Déjà Louis le Débonnaire, recevant les envoyés des Rhos, qui 
arrivaient par Byzant à sa cour, diligentissime investigans, comperit, 
cos gentis esse Sueonura (Prudent, trecensis, annal, bertinian. 
ad a. 859). Les recherches de Toriginc russe s'appuyèrent sur cette 
première investigation et trouvèrent en Suède, près de Birka, un 
canton Ros-lagen, conclurent que c'était le berceau et que les Rous, 
Ros Varegs, venaient de Suède. 

Mais l'appcllaiion de Varegs pouvait être générique pour les pirates 
de la mer baliiquc, elle convient aux Danois, ils étaient ainsi qualifies, 
de même que les Rhos et on connaît chez ces Danois des chefs qui 
portent le nom de Rorik, Rurik, Rourik. 

Charles le grand donna à Hrerek ou Rourik, frère de Gormon, roi 
des Danois, la Frisie en possession : il est qualifié de dux Frisonum, et, 
fidèle à l'empire, il périt en 810 par une irruption de Normands. Un 
de ses neveux, fils de Halfdan , portait aussi le nom de Rorik, lequel 
baptisé avec son frère Heriold en 826, obtinrent en possession magnam 
partem Frisonum Rustringen. Expulsé en 8il par l'empereur Lothar, 
il s'empara en 850 de Dorestadtet il fut in fidcm receptus par le même 
Lothar. Appelé en 852 pour rétablir le suédois Amound à Birka , il 
visita de suite fines Slavorum (Remberti vita Ansgarii, cap. 19). Plus 
tard, 859, Rurik à la tète des Varegs Rouss, rançonna les Slaves et les 
populations limitrophes (Nestor, manusc. de Kônigsb.). Ensuite, en 862, 
invité par ces peuples, il s'installa à Ladoga et conjointement avec 
Sineus et Trouvor, communique au pays l'appellation de Russie. Rurik 
se montre encore en 863 par un pillage de Frisland, de Dorestadt, et 
des environs du Rhin jusqu'à Cologne (Hincmar...). Enfin il reparait 
■chez les Slaves en 86i, se constituant en kncz, prince, il y établit 
partout ses lieutenants. Après sa mort, arrivée dans la Novogorod 
on 879, le nom de Rorik ne se rencontre plus dans les fastes de l'occi- 
dent. Par celte coïncidence des dates, l'identité de Rurik danois, avec 
celui de Novogorod paraît être évidente (m). C'est ainsi que Rousisch, 
compagnons d'armes et de piraterie, établirent leurs tentes, comme 
le dit la genèse josippine, autour du fleuve Beira (Volga). 

G. La genèse de ben Gorion , continuant encore rénuraéralion des 
onfants de Dodanim , compte dans leur nombre : >^TiKlp Kravati 

(n) Voyp7. sur tout ceci Fraelin, Ibii Foszlans und amicror Arabcr Rericliie iibcr die nu$s(>n, 
Ti'tcrjb. 18ir>, in-4». 

(li) Ucbcritic Ilcrkunrt des altcn russistlion Fiirstpngcsclilecliles ans Jiitland , von Prof. F. Krtisrt 
lu Dorpat , dans les mc-moires de la société dc>s antiquaires du nord, Copenbagno, iSiO, p. 3il-S5S. 



SLAVES, 6. 17 

(Kroales), vp';-^ Salaki (^p^^D Slavaki), C'^^'li'h Lelzfim, (cTlî'b 
Lelzkhr), cr^ilb Livoraira, -i}<r~l2 Kharkliar {nX2~'D Khrabar, 
Chroales), î^j^ir; Kliczraniin, (]*J2~iV2 Baïorniin, Bavière), r^^r^r*^ 
Bomin (Bolièmo). Ils établirent leurs places fortes autour de golfes, 
depuis les limites des Boulgars jusqu'à la nier Bondckiah, d'où ils s'éten- 
dent jusqu'aux extrémités qui atteignent la grande mer : ils s'appellent 
>2':pD Sklaba. Les autres disent, qu'ils sont les descendants de Kha- 
naan, mais il est mieux de les considérer pour la postérité de Dodanim. 

II est claire, que la genèse prend pour les Slaves, ces sept peu- 
ples de Dodanim. Les leçons des copistes ou des éditeurs les rendent 
presque inintelligibles. Je pense cependant que les Kroates, les 
Chrobates de Krakovie , la Bobènie, se débrouillent très-positivement. 
Le Saloki, nom générique des Slaves, avec la terminaison de ak , dési- 
gne spécialement les Slavaks du sud des Karpats. Baïorrain , à l'époque 
oîi le duché de Bavière avait autant de populations slaves que theutones, 
indique les Karintiens et autres Vendes qui sont qualifiés de Bavarois , 
comme habitants du duché de Bavière. Par un nom territorial les 
Tschekh sont Bohèmes et les Vendes-Karinliens sont Bavars. 

Les noms seuls de Letzfira et Livonim offrent une difficulté très- 
obscure. Il serait probable , que les éditeurs avaient en vue les 
Litvaniens et les Livoniens, mais une telle production de leur leçon ne 
nous autorise pas de suivre leur opinion. Des conjectures qui se pré- 
sentent, la leçon de Livonim donnerait Cfl)"'; Lahhmim, Lakhmim, 
les Lekhs, Lechites, et paraîtrait peut-être moins probable que l'expli- 
cation de Livomim par Liv, Livoniens, qui, bien que d'une autre race, 
pouvaient être affiliés à Dodanim par la genèse, à cause des golfes sur 
lesquels ils étaient connus par les Normands et le commerce. 

Quanta Letzfim ou Letzkbim : les Loutilzcs des rivages baltiques, 
les Loulzaniens de Bohème, les Louizaniens de Yolinie et plusieurs 
autres peuples de noms analogues, pourraient prétendre à la sollici- 
tude de la genèse. Les exploits de guerre ont illustré les Loutilzes 
Veletabes; le commerce fit connaître spécialement les Lonlschaniens, 
Loutschaniens , Ar/Çav/ivot, AcvÇmvot (Const. porpbyr. de adm. imp. 9, 
57, Nestor...) qui habitaient autour du fleuve Slir, alliés des Kiioviens, 
et voisins des Dregovitschos, Ultins et Patzinaks. En descendant les 
fleuves {Slir, Pripets, Dniepr) ils visitaient les marchés de Kiiov et 
leur ville Loutzk -ri AojtÇk, existe jusqu'à nos jours (is). .le pense que 

(13) Scliafarjik (anliquitcs slaves II, 28, S) conlic l'opinion gcncralpmciit accoptce et contre les 
indications historique^ sur la situation des Loutschaniens, s'cfforee â 1rs retrouvcrdans les Loutscha- 
niens de la ville de Vielikic Louki. Mais il nous est impossible d'avancer aussi loin la domination ritu 
Patzinaks qui touchait les Loutschaniens; la communication riveraine de Loutzk vnliuicn avec 
III. 2 



18 SLAVIA, 6. 

ces derniers sont les Lelzflm, Letzkhi étant plus rapprochés des 
peuples du midi qui paraissent préoccuper la genèse Joséphine, et on 
peut dire avec certitude que le commerce intéressait beaucoup plus 
l'israéliie que toute autre renommée. 

Loutzk se trouvait sur le passage de communication de Toccident 
avec l'orient septentrional. La narration épistolaire de Khasdaï nous 
en fournit des indices assez positifs. On sait qu'entre les empereurs 
byzantins et les khalifs de Kordoue les relations assez fréquentes ne 
discontinuaient point. Khasdaï espérait donc de faire passer son envoyé 
au roi des Khozars par Byzant. Empêché par les hostilités qui rendaient 
la communication dangereuse (p. 59), il savait qu'il aurait pu se 
frayer un chemin de Jérusalem par l'Arménie et le Kaukase jusqu'aux 
Khozars (p. -40) : mais il apprit qu'une autre route était praticable. Les 
khalifs de Kordoue, n'oubliant point les autres puissances chrétiennes, 
soutenaient des relations avec Henri l'oiseleur, roi d'Allemagne. Ces 
relations étant pacifiques, les annales en ont fait à peine quelque 
mention (.....); Otton-le-grand suivit l'exemple de son père, 
et en 9oo, Jean, abbé de Gorce, fut envoyé à Kordoue, où il a eu à 
aplanir quelques obstacles pour sa présentation au khalif Abder Rahman 
(vita Joh. gorzien. ap. Pcrlz, t. IV. p. 537) (le). Il parait qu'en même 
temps arrivait un envoyé de la part du roi de ^N'^pii'PN C~îi' cbZj 
gcbalim qui sont Tzklab (p. 57) , accompagné de deux Israélites Mar 
Saoul et Mar Jousef , qui se chargèrent de faire passer la lettre de 
Khasdai au roi des Khozars (p. 40) (n). En elTot, par leur soin un 
autre Israélite, Iakob bar Eleazar du pays de v^^j Is'emelz (Allemand, 
Aschkenaz chez les juifs, Nemetz chez les Slaves, qui communiquèrent 
cette qualification (de muet) aux Khozars et aux Arabes), accomplit la 
remise de la lettre au roi des Khozars (p. 47). Ce roi des Tzklabs était 

Kiiov, nous paroît aussi beaucoup plus facile que celle des grands I.ouki du nord , dont les habitants 
devaient d'aliord traîner leurs marchandises par terre avant de les faire descendre le long du Dniepr. 
Les grands I.ouki , assez obscurs dans les fastes de la Russie, n'arrivèrent jamais à l'importance de 
Loul7.k voliuicn. 

(4 6'j La monnaie commune, de convention , bilingue, de Ilescliham 07G-1 005, et de Henri H 1 OOî-l 0-24, 
atteste ((uc les bonnes relations continuaient, d'une maiiièrs très-intime. Une pièce de cette monnaie 
avait tté exhumée à Trschcbougne près de Plotzk en Pologne , et elle prouve que la monnaie à 
moitié andalou/.e passait par l'Allemagne pour se coucher daus les terres slaves. J'ai douné sa figure 
dans ma numisui. du moyen ftgc tab. VH , 2. La ligure y est bonne mais l'explication de l'épigraphe 
koufiquc et l'allributinn à Henri l'oiseleur, sont réprouvés par le savant orienlalistc et profon<l 
numismate Frx-hn. Il y trouva ^^Ls / JJb JOj^i I / ^,^j^)\ j^J> \ / jLd.» A/^i] 
alimam ncscbham cmir almoumcnin almouaid billah; à la (in le nom posthume \lu vezir' Amir , 
qui périt en 1001. De l'autre côté HINRICVS , et une croix. 

(17) Olher embassicsarrivcd.... one from the king of Ihe Slavonians, called Ducu, dit, je ne sais 
sur quel témoignage Murphy, liislory of the mahomtau empire in Spaiu , p. 101, cité par Carmoly, 
Dolc Cl, p. y», des itinéraires de la terre sainte. 



SLAVIA, 7. 19 

limitrophe des frontières d'Aschkenaz ^Hj peut-être roi des monta- 
gnards JU=». L'un et l'autre revient à un chef des Chrobates 
habitants aux pieds des Karpates, à la grande ou blanche Chrobatie 

Bî/oxpwêarst viyîyv àj-pst xpuêirst ïyjj'i-i;, Th-i ioto/ âpxovra. (voïevoda) , 

laquelle avec son prince se trouvait sous la domination d'Ollon-le- 
graud roi des Franks et Saxes (Consl. porphyrog. de adm. imp. 50, 52, 
55). Par ces Gebalim et Loutzkhira on passait d'Aschkenaz au pays des 
Rhozars (is). 

ViNVLES, SORABES, MORAVA. 

7. Les indigènes de ces vastes espaces, qui s'étendent autour du 
Dniepr, de la Vislule et du Danube, sont, à différentes époques, connus 
sous différents noms génériques. Sans rappeler ceux de Gètes ou 
Dakes qui tombèrent en désuétude (Theophylact. 4G; Pholius myriobibl. 
63), on les qualiliait de Vendes, Vinides, Venedes. Tout porte à croire 
que ce nom leur était donné par les Germains, sans qu'il fut en usage 
chez les indigènes mêmes. Cliez eux paraissent les appellations de 
Serbs, de Cbrobs assez répandues, mais la plus en usage et générale 
était celle de Slaves, Slaviui, Sloveni, (19). 

Toutes les nations répétaient ce nom, le rendant ordinairement plus 
dur par leur prononciation : Stlabi, Sklabi, ensuite adouci par quelque 
autre en Asklabi, Isklabi. Tout le monde désignait par ce nom les 
indigènes de vastes espaces : mais les écrivains de l'empire brisé, 
distinguaient deux divisions distiucles de leur race et séparaient les 
Antes des autres Slaves (Jordan, de orig. Gelar. o; Procope, de bello 
goth. m, 14). Ces Antes louchaient la mer noire entre Dniestr et 
Dniepr et ils s'étendaient vers le nord autour du Dniepr. Un certain 
temps plus puissants que les autres, ils formaient une puissance 
détruite par les Ostrogoihes (Jord. de orig. Golh. -iS). Plus lard les 
populations Slaves-antes évacuèrent le littoral de la mer et le nom 

(18) Je toiicliais piusiciii-s fois les lettres de Kliasdai (caries et gêogr. du moyeo 5ge, cliap. 20, 56; 
dans fouvrage de Carraoly, itinéraires de la terre sainte, note 3-i, p. Hî-iS) ; et la genèse de ben 
Gorion [en 18.to, dans la première lettre de Texam. gêogr. de Benj. de Tudèle p. il, 43; en 18 iô dans 
Polska s'rednirh wiekow.t. I,p. 178-180), essayant l'explication dont le succès restait douteux : j'ai cru 
donc qu'il fallait revenir encore, compléter ou rcclifier les précédentes et retracter les erreurs, .\ussi, 
après un nouvel examen, je propose quelques antres explications , et je dis que Lonkioiin , que j'ai 
fait sortir dans ma publication polonaise (du 9"' chap. p. 63, 64, de beu Gorion), est Lurania de 
l'Italie. 

(19) Dobrovski et Scliafarjik s'efforcent de retrourer le nom des Serbs dans Srropst de Prokopo. 
Je pense qu'il n'y a pas lieu de contrarier leur opinion, [larce que cette appellation est très-fortuite, 
sans appui. Prokope l'ioârme quand il dit que c'est l'antiquité, les anciens (et non pas les Slaves 
eux-mêmes), qui appellaicnt ainsi les Antes et les Slaves : Sttocsuç ycr.c rô — sc/atbv i/xsozico\)i 
kxi'i.oiJ-/ et il eu fait un niot grec (de belle gotb. IH, 14). 



20 SLAVIA, 7. 

des Antes s'est éclipsé : mais on ne cessait de remarquer la bipartition 
de la souche. En effet, elle se dc<*lare dans lïdiome slavon par certai- 
nes modulations de la prononciation qui change les voyelles, rend 
quelques consonnes sifflâmes ou nasales, modifie quelques désinences, 
introduit certaines consonnes intruses (d, l,] et varie dans une des 
particules inséparables {wy,jiz). Peut être, qu'anciennement cette 
différence était plus tranchée, plus déterminée entre les deux portions 
de la race qui partageaient ses vastes possessions : mais depuis q\ie, 
nomina pcr varias famiUas cl loca muluarunt (licet nunc, dit Jordancs 
en 552, de orig. Getar. 5) différents amalgames se sont formés partout, 
une colluvks gcnlium s'est opérée et engendra des modifications mitoyen- 
nes , qui empêchent de discerner l'origine et provenance, contrarient 
les témoignages historiques. Conformité de culte, même organisation 
sociale, disposition générale à fraterniser , coopéraient à la fusion de 
cette double nuance de l'idiome qui distinguaient les populations. 
Les noms de rivières, cantons, villes et villages, de peuples et 
peuplades, se reproduisent sans fin identiques, on les retrouve con- 
tinuellement pêle-mêle, comme un écho qui se répète à l'infini dans 
toutes les espaces de leur terre : quelquefois, cependant, ces appella- 
tions se groupent et par leur choix et leur forme; décèlent l'ancienne 
existence sur tel ou tel lieu, de telle ou telle prédomination de l'une 
des deux variétés de l'idiome. Ces deux variétés sont aujourd'hui repré- 
sentées, d'un côté par le dialecte polonais et bohème (Slaves), de l'autre 
côté par le dialecte serbe, russicn , russe (Antes). 

Si donc on trouve les dénominations de Serbes ou Kroates, Kharva- 
Ics, désigner les pays et les nombreuses populations, on ne peut en 
conclure qu'elles sont de la même lignée : ces dénominations valent à 
peu près autant que celles de Slaves ou Vendes. Encore faut-il obser- 
ver que l'appellation de Serbes est plus générale. La langue des Sorabes, 
Luzaces, Bohèmes, est serbe; les Serbes sortent de la Chrobaiie; les 
sicveri (orientaux) sont Serbes. La qualification de Chrobales ne sert 
qu'à une dislinclion spéciale. Si l'on rencontre les peuples du même 
nom, on ne peut pas non plus les considérer comme identiques, 
d'autant moins que ces peuples sont en grande partie appelés d'après 
leur possessions : marécageuse (Luiicy), littorale (Pomorcy, Primorcy, 
Moriané), riveraine (Berczanc, Brzezanie), plaine (Doleiicy), monta- 
gneuse (Horili, zagora, Chiumcy, zachluui), boiseuse (Borai'ie, Drcvanie, 
Drevlanie, Krivicze), dos lacs (Ozerici, Jezercy), des prairies (Luczaiîc, 
Lçczane, Loczanie), des champs (Polai'ie, Opole), des pays frontières 
^Kr.ijii'icy, Ukrajii'icy), des pays-bas (Nizeni , Nize, Nizicy). 

Les pays des environs de l'Elbe jusqu'à l'Oder sont pleins de 



SLAVIA, 8. 21 

dénominations de ce i^enre. Los Yinules ou Vendes, qui s'appeliaient 
Slaves cuire eux dans leurs possessions inférieures, se distinguaient 
par Sourb, Sorab, Serb, dans leurs possessions supérieures et montant 
vers le sud, n'avaient que le nom de Slaves de la spécialité incertaine. 
Les Yinules et les autres Slaves prirent partout les noms de leur giie 
ou des rivières, ainsi que parmi leurs peuplades on remarque à peine 
quelque dénomination vraiment nationale d'Obotritcs , Stodorans , 
Doulebes, Velelabes, etc. 

On connaît leur emplacement par les documents et les annales, par 
la description anglo-saxonne, par celle d'Adam de Brème et de Ilelmold 
qui suivit Adam , et reproduisit sa description à rebours. Le géogra- 
phe bavarois (vers 900), parait le plus inintelligible, énuméranl une 
soixantaine de peuples et comptant le nombre des villes de chacun. Il 
nous conduit dans des petits recoins de leurs possessions, évidemment 
assez bien informé, mais il défigure les noms et rend jdusieurs 
méconnaissables. En suivant son énumération, nous saurons parcourir 
et examiner toute la Slavonie occidentale (20). (Voyez dans notre allas 
la carte de la Slavonie du x« siècle). 

8. Dcscriptio ciuilalum H regionum ad scptendionakm plagam 
Damibii. — Isti sunl qui propinquiorcs résident finibus Danaorum, 
quo vocant Norlablrezi , ubi rcgio, in qua sunt ciuilalcs un pcr duees 
suosparlile; and be northan him (eald Seaxum), dit en même temps 
la relation anglo-saxonne, is Apdrede; end by eastan him (Dene) syadon 
Afdrede; and Afdrede by suthan (sae) (Alfredi hormcsla...) — Abo- 
triii (annal, fuld. sub a. 709, 795, 94i, etc; Ademari annal, franc 
sub a. 798, 799 808); Apotrili (Ditm. l, p. 520, IH, p. 545, IV, p. 551; 
annal. Quedlimb....) ; Abrodili (chronogr. Saxo s. a. 982, 975) ; 
Obodrili (annal, fuld. s. a. 80i, 8J9, 858; Adami hist. ecclés. (01), II. 
10; Ilelm. I, 2, etc). Ils avaient leur possessions autour de Mikiinburg, 
Magnopolis (Adam cl Ilelm. passim). Nation endurcie, infatigable et 
puissante, ainsi que maintefois elle occupait la ville Werle (Ilelm. I. e.) 
Abotriti et Wari vocanlur (Dilm. VIII, 4). Les Obotriles s'appeliaient 



(ÎO) Ce précieux fragment géographique se trouve dans la bibl. de Mtioicb en Bavière , et fut 
public assez souvent D"abord par Bual, bist. anc. des peupb-s de TEuropc, Paris !77i, XI, 10, 
p. 14S, 1 W; ensuite par Jean Polocki , frag. bist. et geogr. XXXIV. t. H , p. «81. — D'une autre 
copie, par Dobrovski, Arcbiv fur oesler. Gcscb. Wien, 18-27, n° 27-93; par Hormaïcr, llortzog 
Luitpold, Munch. 1831 p. 21; Rauuicr, rcgeala bisl. Brand. Berlin , 1830, p. 101 ; par Boczck , cod. 
dipl. Olmutz. 1836, p. 07, et jiar d'autres. — Une nouvelle copie, jilus correcte de J. A. Scbinetzlcr, 
bibliolbccaire à Munich, est publiée par Scbafarjik , qui dit , que Dobrovski essaya de l'expliquer, 
ensuite Lclewel avec plus de suaès, mais il a négligé la partie la plus difficile. Je veux rendre compte 
de mon succès et de mon iusuccci. 



5j2 SLAVIA, 3. 

aussi Reregi (Adam , hist. ecdes. II, 20, III, 21 ; annal. Saxo s. a. 952) 
d'une villeReric ruinée en 808 (21). 

Sontlimitrophes, d'un côté Waîri ou Wagiri avec leur ville Stari- 
crad (Aldenburg), de laquelle on voyait l'île slave Fembre ou Vemcre; 
et Polabingi (riverains de Laba, Elba) avec leur ville Racisburg Ils 
sont le plus avancés vers l'occident et touchent la Nordalbingie 
saxonne, de laquelle ils sont séparés à partir de l'Elbe par la rivière 
Mescenreisa (Beyze) par les forêts Deluunder jusqu'à la rivière Deluunda 
(Sleckcnitz nommée aussi Delvenau) , ensuite tourne par les forêts de 
Travenna, (jusqu'à Oldeslobe), en montant Travenna jusqu'au lac 
Kolse (GoUies, duquel Travenna se décharge), enfin (tournant le lac 
Plone) par la rivière Zwentina jusqu'à la mer (près de Kiel) (Adam br. 
hist. ecclés. (62) II, 9, 10, (158) III, 22; de situ Danie 22G; Helm. 
j^ 5^ -10). — De l'autre côté des Obotrites , au sud, sont Smeldingi, Lini 
et Varnavi (Ad. et Hel. 11. ce). 

Vuilci in qua chiUatcs xcv, et rcgioncs un. Ces quatre pays sont bien 
connus et leurs limites déterminées. La rivière Pena les divise, ainsi 
que Kicini et Circipani , sont au nord et Dolenci et Redari au sud. — 
Circipani (Adam, I, 10, III, 21, 24; Helm. I, 2, 21; 6, 1, etc.; annal. 
Saxo s. a. 952), Zcirizspani (annal, s. gall. maj. s. a. 935), Scyripenses 
(annal, corbei. s. a. 1114), mentionnés dans les diplômes Zerezepani 
en 9G3, Zircipani en 975, Zerezpani en 975. Situés cilra Panim, circa 
Panim , à travers, au delà de la rivière Pêne (Czerez-pani), tenaient les 
parties maritimes. — Kyzini, Kycini, Kissini (Helm), Chizzini (Adam 
brem.; annal. Saxo s. a. 952), touchaient à la mer, s'étendant par les 
frontières de Yarnaves et Obotrites. — Tholenz en 9i6, Tolensanc 
en 9G5, 975 dans les diplômes, sont appelés Tholosontes (Ad. br. 1, 10, 
III, 2i), Tholcnzi (Helm. I, 2, 21) dans les annalistes, habitaient le 
long de Pené (Tollensee, rivière Dolenz) tout le pays plat (Doleiicy) 
jusqu'à l'embouchure de la rivière Ukra. — Riedere (dans les dipl. 
de 905, 975, 975), Riadzi, Redezi (dans ceux de 956.957), Redcrii 
(Witikind en 950, 968), Redari, Redcrari, Riederun (Ditm. IV, p. 581), 
Relheri (Ad. brem. hist. eccl. (66) II, 12, 15), Riaduri, Rcdarii (Hein». 
passim), possédaient une ville Rethra, fameux sanctuaire des peuples 
(Ditm. VI, 17; Helm, 1,21). 

Ces quatre peuples s'appelaient sua locutione Welalabi, AVeletabi 
(Einh. vila Caroli m. 12, annal, s. a. 789; Adami de situ Dan. 220; 

(■il) Nonolistant toutes les dcdui-tions de l'origine du nom d'Abotritos, je pense que nous do 
sommes pas putorisés à les appeller Hodriccs comme l'a fait Scliafarjik (anliq. slaves X, 41, 7), parce 
que la reproduction oonstante cl unanime de tous les ccriYains commence leur uom par a ou o,il 
faut respecter cette voyelle : l'o, est voyelle-consonne du slave, qui a sa valeur. 



SLAVIA, 8. 25 

annal, s. galcn. maj. s. a. 99o; Âdemari, ann. franc, s. a. 789), Vuelitabi 
(Noskerus Labeo, paraphr. in Marc, capel. 75), 'NVlatabi (chronogr. 
Saxo, s. a. 993 997). Mais les Franks cl les Saxons, francica lingua et 
consuéludine appellaient ces peuples AVilizi, AVilz (Einh. 11, ce; ^Viliçll. 
intcr Meiboin. scrip. germ. 1. 1, p. Gi7; Adami'liist. eccl. 11, 9; Âdemari 
annal. Franc, s. a. 789, 808, 82-2); ^ViUi, Wiltcn (Alfrcdi, hormcsta; 
Ditm. IV,12 ; annal, nazar. s. a. 789), W'ilzzi (annal, fuld. s. a. 789), Wilci 
(Adem. s. a. 739). Ces deux appellaiions passèrent de l'histoire dans le 
domaine des contes populaires, comme de grandeur, d'épouvante et de 
monstruositL'. Ces Veleiabes , Wiltzes se donnaient à eux-mêmes une 
troisième appellation, de Louti, Loutitzi, qui parut plus tard, par 
laquelle ils étaient le plus souvent mentionnés par les étrangers. Elle 
désignait pour sûr leur union politique, leur fédération. Lutizi (Bruno 
vila s. Adalb. 2(3), Luilici (Dilm. IV, 9, VI, 17, 19, Vil, il, i7), Luizici 
(id. VI, 10), Leutici (Adami hist. eccl. (06) II, 12, (UO) 111, 2-i, de situ 
Daniic 220), Lutiiii (Helm. I, 21), Lilhe\\izi (chron moissiac. s. a. 1179). 
Les quatre peuples de VS'eletabes, >Vilces, Lulices étaient Slaves et leur 
idiome slave (Bruno vita s. Adalb. 26; Seifr. vita s. Olton, etc.); les 
noms propre:, des localités et des personnes, chez eux, sont slaves; ceux 
des divinités et du culte slaves; les épigraphes qui chargent les débris 
de pierres inscrites et de figurines, imagines mirifice iusculpta», pour 
la plupart offrent les dénominations slaves : mais ces dernières décèlent 
un singulier mélange de l'idiome et du culte leltes (surtout de Samogi- 
tiens). L'origine et l'existence des Veleiabes énigmatique, par d'autres 
circonstances, deviennent plus mystérieuses encore par cette réunion 
d'idiome et du culte {a). 

Un autre sanctuaire des Slaves vinules s'élevait à Arkon, Arkuni 
Vinlandi (knytlinga saga ICI), in insula (péninsule) arconensis qua; 
AViihowa dicitur (Saxo gram. I, li); presqu'île de l'ile quam Rani vel 
Runi possèdent (Ad. brem. hist. eccl. (226) IV, 45), Ruani (Witik, 
III, 038), Rivani annal. Saxos, a. 933, p. 298), Rani qui et Rugiaui 
(Ilelin. I, 2, 12; G, 5; 13, 5; 56, 5). Regio quae a teutonicis Ruiana, 
asclavis Rana dicitur (AVibald. ad a. 1149, ap. Martcns Durand, II, 309); 

[îi) C'est en vain que de savants allemands prirent tant de soin à ioGrmer rauttacnlioité de ces 
moDuraents, dont le nombre est déjà trrs-imposant. Voyez Thunmann , ueber die gotlcsdienslli- 
chen AUlierthumcr der Obotritcn ; Misch und Wogcn , Beitraege znr erlaeuterung dcr obotrit, 
Alterthnmer, Schwerin, 1774; Jean Polocki , voyage de Lasse Saïc, lîamburg, 1795; H.igenow. 
Besthreibungderauf dcr gelicrzogl. Bibl. zu Neuslrclitz befindlidicn RunonsteiDe.Griorswald 18î6; 
Arendt, grherzogl. strotitziscbes Georgium nord slavischer Gottlieiten , Mindcn 18î0. — Welet, 
■wolot, géant; wilcy, wilki, les loups ; wilzen, wcisi, walse, volsunp, ensuite wilkinabnd le roi wilki- 
mis, des contes teutons; établissement des Wiltzes et slaves en Frise, pn's d'Utrecht, etc., furent 
déjà des sujets traités par les érudits ; ScUafarjik discute assez longuement ces questions ardues dans 
ses antiquités slaves X , W. 



24 SLAVIA, 8. 

Ritiiig, Ko, dont les habitans sont Uoingjar (knytl, saga 120, 125, etc.). 

— Mais revenons au géographe bavarois. 

Linaa est popuhis qui hahcl cluUalcs vu. Linones (Einli. vita Car. s. 
a. 808, annal, fuld. s. a. 808, 811, 858; Ademar s. a. 808), Lingones, 
Linguones (Adami hist. eccl. Il, 9, III, 22, Helni. 1, 2, 58), dans quelqnes 
manuscrits d'Einhard Hilinoncs. — En 795, Witzan roi des Obotriles, 
avançant au delà de l'Elbe contre les Franks , s'arrêta dans les pays de 
Liuni (annal, fuld. s. a. 795). Suivant toutes les apparences c'était dans 
le Lûneburg, où le canton de Lune et la rivière Luhe sont connus. Mais 
il faut distinguer ces Luni et ne pas les confondre avec les Lini. 
Seize ans plus tard, 811, Charl-lc-grand passait l'Elbe pour entrerdans 
le pays des Linones. Ces Linones avec les Warnaves étaient ultra les 
Obotriles (Adam et Ilelm. II, ce.). Les Warnaves portaient leur nom de 
la rivière Varna qui coule vers Rostok et leur nom ne s'est pas eflacc 
des cartes géographiques. Leurs voisins Lini avaient leur place entre 
Elde et Stekenilz : mais leur pagus, gau, Linnagga, gau qui portait 
leur nom, avait une plus considérable extension (Ottonisdipl. a. 94G). 

Prope mis résident quos vocant Bcthcnici, ailleurs nous trouvons : 
misit Karolus exercitum ultra Albiam ad illos Slavos qui nominantur 
Linai et Bethenzr, Bechelenzi, Bethelclereri (chron. moissiac. s. a. 811, 
cdit. Petz, 1. 1, 509) : ce sont les Belhenici , qui disparaissent ensuite. 

— On connait plus tard les mercenaires, satellites dicti slavonice 
Vethenici Cukesburgienses (Burgwachter) (Ditmar, V, G). Il est probable 
que la peuplade Bethenici portait ce nom de witeniec, de gardien, à 
cause qu'elle tenait garde-frontière sur l'Elbe, où se trouve Wittenbergc 
vis-à-vis de l'embouchure de Vebt. 

ElSmcldimjon, de l'autre côté des Liniens autour d'Elde (annal, fuld. 
s. a. 808, 809; Ademar, s. a. 808; chron. moiss. s. a. 809). Smolin près 
d'Elde rappelle leur ancienne existence. 

Et Morizani qui habcnt ciuilates xi, sont voisins de Linagga. Ailleurs 
Marizzi, More, Murz (dipl. 1170, ap. Lunig, t. II, Anhang p. 152), se 
tenaient près du lac Muritz. 

Juxla illos (Morizanos) sunl qui vocantur Hebfcldi qui hebcnl ciuilates 
MU. Cependant c'est un très-vaste pays. Haefeldan est au sud de Winc- 
das, et près de la mer, où sont Wylte the man Aefcldan haet, and be 
eastan him is Winedaland (Alfredi hormesta.). Le fleuve Ilavela lui 
donnait son nom Ilcvellum, Ileveldum, et le peuple était appelé de ce 
pays Hevcldi. Le peuple lui-même qui habitait les rivages du fleuve se 
nommait Slodor et de son nom on appellail le pays Stoderania, Ztoda- 
rania quam vulgo Ilevcldun dicunt (Ditm. I, G, IV, 20; chron. quedlim. 
clchronogr. Saxo, s. a. 997; Adami hist. ceci. II, 9; Ilclm, I. 2, 5; 



SLWIA, 8. 25 

38, 1), de gcnlc Luliccnsc ex provincia Stodor (Cosm. prag. p. 3G). 
Ainsi, AVillzi-Lulici sont Hcveldan, et Sioderans de Hcvelduu Lutices. 
Sluderhejm reste aujourd'hui comme réminiscence de leurs anciennes 
possessions. In page lleveldun, ciuitas Drandunburg (dipl. a. 9i9, fun- 
dat. cppat, Brand. ap. Eccard. p. 129; ap. Lunig Anhang, t. II, p. 5). 

Juxta illos (Ileveldos) est rcgio, quœ vocalur Surbi , in qua rcgione 
plurcs sunt (aliae), quœ habcnt ciuilatcs l. Surpe (Alfr. borm. 10), Srbi, 
Urbi (Fredeg. G8), Surbi, Syrbi, Sorabi (Adenar. s. a. 782, 822; annal, 
fuld. s. a. 789, 80G: Adam, brera. et Helm. 11. ce), région à l'est de 
Sala (Zolava), Irès-étendue vers l'Oder, L'anglo-saxon apprit qu'au 
nord de Daieminlzcs, norlbau Dalomensam sindon Surpe, en cft'el les 
indigènes de la Luzace (Luzice; s'appellent jusqu'aujourd'hui Scrb, 
Serbie, et leur idiome serski, serbski. Mais l'importance de plusieurs 
peuples qui possédaient les parties orientales, motiva les étrangers de 
les exclure de la généralité sorabe, ainsi que même les Kicici, Susili, et 
Daleminci sont souvent séparément indiqués. 

Sorawe touchait les frontières de Bohême avancées vers l'occident, 
et en montant Sala on traversait Orla et Géra gau ; Vedu ou Veita 
spacieux et Tucherini; ensuite Nedelicc ou Neletice, Nudice, Seriniund 
et quantité d'autres petits gaus : Plisni et sa ville Plissur (Altenbourg); 
Seuntira et sa ville Breznisa (Pricsnitz an der Eyla); Koledizi, Colidizi 
(Kôlza) ; Zitici cl sa ville Zurbici (Zorbig). 

A l'est, deux pagi, gaue Chutici, se touchaient, bien que les Dale- 
minces séparent leur territoire aux environs de la réunion de Kaminici 
avec Mulda la blachc (Ditm I, 5). 

Chutici, Gutici orientales ou méridionales. Wisseburg (sur Mulda) et 
Lostata, ad Gutici orientalem periinet,ac fluviis Caminiiz (Kemuiz), 
Albique dislinguitur (Ditm. III , 9) : ils couvraient le nord montagneux 
de Bohême. Les rivages de l'Elbe et au delà, tenaient les Niseui 
(Ditm. IV, 4) (Nossen, Dresden), >'isenen ultra Albeau (dipl. Otlonis 
948, et 908, ap. Lunig, t. II, Anhang p. 90, 97). 

Chutici (occidentales, Skudici), où se trouvent, caslellum Medebure 
(Melbis, interpretatur autem hoc, mel prohibe, Ditm. II, 25), Zweukow 
in regione Sckeudiz (Zwenkan), Scudici (Schkeudilz), indiquent autour 
de Leipzig l'existance du gau Chutici , qui portait probablement et le 
nom de Skudici , dont les frontières sont hérissées par les qualifications 
de petits gaues qui se croisent l'un et l'autre dans les indications des 
diplômes (-23). 

(23) L'archevêque s'était réservé daos Chutici : Scuilici (Schkeuditz), Colug ( ), Worziii 

(Wurtzen), Bigni (Bichon, rucchcn}, Ilburg(Eilenbur5),Dibui (Dubcu;, Pue (Doccli, l'ouch), Luibauici 
(Locbenitz], et Gczerisca (Gerschitz , Corschlilz) iJitmar, III , 1 1.— Wurtiu , Dichin , IVhus, Ccrischo, 



26 SLA VIA , 8. 

Les rivages de l'Elbe de deux côiés, font partie de deux gaucs : de 
gau >'ilaze ou Delgor, où près de Belgor se trouvait burgward Trescowo 

(Troskau, Drôskau) (Ditm. VI, 58, VII, Ai; dipl ) et de gau ISesici, 

rvizizi duiu Milda inlrat ia Albin, sursum ultra provinciam Nisici 
(fuudat. eppat. Misn. 908, ap. Lunig, t. II, Anh. p. 97; Ditm. VIII, 10), 
ou Mezumroka, où l'on trouve Pretokina (Preilin, ou Pretsch), Clomie 
(Rlodcn), Gohlzizi (Gotzitz près de Coniberg), AVissirobi (Iserbeck?) et 
les deux burgwards Plozike (Plossig) et Suselelzi (Zùlsdorl) (dipl. 
Oltonis, 996, ap. Eccard. hist. gcnéal. Sax. p. 14-i). 

Ces gaues de la basse-terre (niza) se croisent avec les possessions de 
Scitilzi et Susii. Celles de Scitici, Cilizi, à l'est de l'Elbe et au delà 
d'Elster noire (Trebilz, Domuiz, Olsuik, Domuki, Olsint). Les posses- 
sions de Siusli sont beaucoup plus considérables. Sclavi qui vocanlur 
Siusli, Siusili (annal, fuld. s. a. 809, 874, 899); Winedaland tlie man 
haelSyssele; (AliY. hormcsta); pagus, terra, urbs, Susili, Suselitz. 
Une forêt les séparait de Plisni (Ditm. III, 1, VllI, 10); civilas Ilburg 
(Eilenburg), Holui (Golmenz) in pago Susali, et burgward Suselelzi 
(Zûlsdorf) regarde les rivages d'Elster noire (dipl. 961, ap. Leuberum 
de stapula, n" 1599, et Lunig, deutsch. Arcbiv, continuât, p. oii). 

Juxia illos [Snrhos] sunl qiios vocant Talaminzi , qui habcnl ciuila- 
tes xm. Demelcbion (chron. nioissiac. s. a. 803); Dolmatae, Dohnatii 
(annal, fuld. s. a. 856, 880); Dalomensam (Alfr. horm...); Dalmantia 
(Witik. s. a. 927, 950, p. 21 5, 21 7 Leibnilzii) ; nom prêté par les étrangers: 
teutonicc Delemenzi , slavonicc Gloraaci, (Ditm. I, 5), Dalmize sive 
Zlomekia (dipl. 981), Glumici (annal, saxo, p. 258). Zlomici, et fons 
Glomazi (Lommalsch) (Ditm. I, 5). Leur ville importante Gana (Jahna) 
(Witik. p. 213, Leibn.); Strela, Boruz, Cirin, Misni (Meissen); Corin 
(Gohren),Mocliovve(Mochau),Mogelini(Mugeln). 11*0 provincia ab Albiu 
usque in Caminizi ûuvium porrecla est (Ditm. 1, 5, IV, 4, V, 6, 22, VII, 1 1 ). 

9. Bcheimare, in qua sunt ciuilales xv, (Bôhmer) habitants du pays 
Bohemia : Beehaimi (Einh. annal, s. a, 791), Boemi, Beherai , 
Boemanni, Baemanni, Bobemeuses : nalio Sclavorum, se qualifiant 

Lubaniz, dit le dipl. d'OUon l\\, en 995 in continuât, spicil. codes. Lnnigii, p. 833. — Et dans une 
donation à l'église de S. Maurice, il est dit : in regionibus et urbibus ita nomioatis Keletici , in qua 
cstcioitas qua; Guncaoston (Giebichenstcin prés de Ilall) ouncupatur; altéra rcgio Seletici (il y en 
a deux), ubi est Viireine (Wurlzen in pago Cliutici) ciuitas; Quieszici, in qua inest ciuitas Uburg 
(Eilenburg in pago Susali) ; Siusile in qua est ciuitas Ilolm (Golmenz"; Zitici , quae habet ciuitalem 
Zurbici (Zorbig in pago Colidiki';; Nudziri ubi inest : Vilin (VVctlin) cinilas, et ciuitss I.ibubucbum 
(Loobccliin.Lebguin.Loebejun) vocala, cl Zputincsburg Kolenburg sur Saaie? . Loponoh (Lependorf, 
Locbnilzï) ciuitas elTrcbonisi (Trebilz) et ciuitas qax dicitnr Brandunburg (Bcrnaburg?) donavimus 
atque Iradidimus omnem dccimim. dipl. Oltonis 90f, apud Lunig. dcutschcs Arcbiv, continuai, 
p 3U. 



SLAVIA, 9. 27 

ainsi elle-même dans la langue laline, elle est composée de plusieurs 
peuples. —A l'ouest se sont assis et couslruiienl leurs siellcs (villages, 
selo, sedlo , siolo) les Sedlilschans, provincia Sedlic, Sedlicenses 
(dipl. IIGO, HG8, M74. ap. Lunig), Zedlicane, Zedclec; pcr lotam 
Bohemiam ctiam Zedlicih (dipl. 1088), comme s'ils fesaient une portion 
à part. En clfet, ils étaient au delà des montagnes vers les sources 
d'Elster et terra Sclavorum, s'étendaient jusqu'à Damberg (dipl. 8i6, 
889) (24). — Lucsane, Luczane, qui nunc (1125) a modernis vocitantur 
sateenscs. — Lemuzi usc^ue ad mediam sylvam qua Bohemia limitatur 
(cosm. p. 109), on pense que ce sont les forêts du nord (miriquida , 
Dilm. VI, 8) et que la tradition d'un château, Lemus, indique leur 
situation dans les environs de Lovositz : Un diplôme morave connaît 
aussi Lemusi (Dobneri raonum. IV, 259), et les forêts Mure, Alemurc 
sont mentionnées sur les frontières de Moravie (Cosm. II, et Lunig. 
contin. t. I, p. 230; donatio civ. Schinesg. ap Maratori, antiq. liai. 
1. V, p. 851). — Lutomerici (dipl. 995), provincia Liutomericensis, 
Liutomiritz, conserve son nom. — Psovane ad aquilonem, castellum 
Psov, provincia Slavonum, qua Pssov anliquilus uuncupabatur, nunc 
a modernis ex civltatc uoviter conslructa Mielnic (Mielnik) vocilatur 
(Christiani leg. de S. Ludmila), autour de la rivière Pszowka. — 
Decanane, Dasena, Bacianc, castellum Dacin, provincia Beciuensis 
(dipl. 1128, 1235, 13il). Les traditions du peuple aux environs de 
l'Elbe conservent encore leur réminiscence. 

— Chorvali, Horilhi : ad aquilonem hii sunt tcrmini (episçopatus 
pragensis) Psovane , Chorvati et altéra Chorvali , de deux côtés des 
montagnes (Riesengebùrgc). Ils étaient assez distincts dans ces siècles, 
parce que hormesta d'Alfred indique spccialeracnt leur position : 
and be eastan Dalamensan sindou Horilhi. Il parait qu'ils portaient un 
autre nom , parce que la bulle papale du monastère de S. George de 
Prag, nonnne à leur place iMocropsi et alla Mocropsi. B'après la tradi- 
tion ces Chrovates, Charvates arrivèrent conduits par Czcch du pays où. 
dominait la langue serbe (Daleraili versus). La réminiscence de 
l'existence de la population chorvate se conserve dans l'iniérleur par 
les dénominations de quelques localités. 

— Dudlebi, (établis vers 580) formaient une province du diocèse de 

(2i) In terra Sclavorum, qui sedent intcr Moiniim et Uadatitiam fluvios, qui vorantur Moin winidi 
et Ratanz winidi (dipl. Ludov. SiC); MoiQ winida et Radanz winida (dipl. Aruolfi , 889]; tradidit 
cuidam tliuringo in finibus Paratbanorum (paradomlor.) ad id tcmporis crudelium paganorura (vita 
s. Eramcr. ap. bnlland. t. VI , p. 49e). — Ut paganismus Sclavorum inibi ( in diocxsi bamberg.) 
destrucroturfsynod. frankof. 1007); erat plebs huius cpiscopii (wucrzeburg.) uli>oto ex maxima parte 
sclavonica (synod. bamberg. 10o8, ap. Ilarzheim , III , lîti). Totam illam tcrram pcne sylvam esse, 
Sdavos ibi habitare (Arnold, cpp. lialborst adUcnr. cpp. wuerzburg. ap. l,udewig, scr. bamb. I,4HB). 



28 SLA VIA, 9. 

Praga. Autrefois plagam ad australein contra Theulonicos orientales 
lias urbcs liabuil torniinalcs : Cliyuov, Dudiebi , Notoliczi usque ad 
mediam syivani. Dudiabcnses de Dudeleb sont un certain temps men- 
tionnés (dipl. 1088, 1165, 1175); aujourd'hui il n'en reste qu'un 
village Daudlebi près du Budweys, entre Nottelitz et Clieynow. — 
Ces peuples, avaient chacun leurs chefs; comme les Leulschaniens, 
de même Libitz, Yilorazi ou civitas Wizlrachi (Weitra, >Yeilrach) 
(Ruodolfi fuld. ann. a. 827, ap. Pertz , t. I, p. 570), Pschov et plu- 
sieurs autres avaient leurs princes. Pour tous ceux-ci, les indications 
certaines se trouvent dans quelques diplômes, dans quelques mentions 
d'aunales et de légendes, spécialement dans l'historien Cosmas de 
Prag, qui écrivit son ouvrage vers 1125; la nomenclature locale 
s'est effacée sur le lieu même plus que quelque part de l'immense 
Slavonic. 

— En 805, parut terra Sclavorum qui vocantur Beheimi (Einhardi 
annal.; contin. annal, lauriss. ; chron. quedlimb. ap. Pertz, t. I, 182, t. 
m, p. 41) vocabanlur Cinu (Cihu) (annales liliani, 16. p. 223), Cichu 
Windones (chron. raoissiac. p. 507). Ils étaient conduits par Lecho. 
Cichu est évidemment le nom de la peuplade Czech, Tschckh qui 
transpira à l'étrani^er. L'expédition franke s'arrêta à Ramburg 
(Koniornibradek dans le pays de Loutschans) et dévasta tout le pays 
jusqu'au delà de l'Elbe, parce que les chefs diversarum gentium 
s'étaient réunis pour combattre. Le nom de Czech , paraît être spécial 
à ceux qui possédaient Praga, et la prépondérance qu'ils prirent 
ensuite, cuniniuniqua la qualification de Tschekhs à toutes les popula- 
tions du pays de Bohême. Que la poésie ancienne dans le dialecte 
tschckhique (w srbskim iaziku, suivant Dalemil) et dans le dialecte 
russien (de la légende de s. Vencesl. et do Nestor) appelle Tschekhs 
les indigènes de Bohême, il n'y a rien d'extraordinaire, c'est la 
conséquence de l'idiome slave. Chez quelques écrivains byzantins ils 
sont K-iyJot, Kdy_oi (Chalcond.), Tçfx»' (Ciniiam. p. i7). 

Marharii habcnl ciuiUUcs xi ; and acst sutli (Syssyle), ofer sum me dacl 
(très loin, dit hormesta d'Alfred, sont) Marvaro. Quoique Moravia était 
bien connue par son nom (Eiuh. annal, s. a. 822; huila Eug. II, 820), 
cela n'empêchait point les écrivains de défigurer l'appollalion de ses 
habitants: Moralii (Adam. brem. hist. ecel. (06) II, 15), Marahcnses, 
(annal fuld. s. a. 871, 872), Morawi, Marauani (contin. scdus annal, 
fuld. s. a. 895, 897), Marabi (ibid. a. 899), Moranii (Ademar, s. a. 822), 
Mararcnscs (Ditm. VII, 42, 44, 54), Marierum (id. VI 60), Uama 
hanenscs (chron. Saxo, s. a. 860) etc. Ils étaient appelés de la rivière 
Morava qui tombe du nord dans le Danube. 



SLA VIA, 10. 29 

10. Vulgarii regio est inmcnsa et populus multus habcns ciuîtatcs v, 
co, quod mulliludo magna ex eis sil cl non s'il cis opus ciuilatcs haberc. 
Notre staiislicicn bavarois pensc-l-il des Boulgarcs ou des indigènes 
Slaves qui étaient sous leur déiiendance? Il semblerait qu'il réserve 
les villes aux Boulgarcs moins nombreux et qu'il indique la multitude 
seule à laquelle il ne savait donner de nom, comme il sait nommer 
la Moravie qui, avec ses 50 villes était sous la même dépendance. 

Est populus qucm vocanl Merchanos , ipsi habcnt cmitaks x\\; et ce 
peuple était de la dépendance des Boulgarcs. Il le distingue de la 
multitude qui babiiait le pays, regio Vulgarii. Ce peuple est autre que 
celui de Marharii qu'il a déjà indiqué. Il y avait plusieurs Moravie qui 
prirent leur nom de la rivière Morava. Celle de populus Merebanus qui 
habet 50 ciuitates, la petite Moravie inférieure boulgaro-serbe, située 
autour de Morava qui se perd du sud dans le Danube; elle avait son 
évéque au concile de 879 (Assemani, kalend. III, 158), mentionnée par 
Constantin porphyrogenète , sans épithète de petite (de cerim. aulac, 
II, 48). Pomoravie comme l'appelle vers 1208, s. Sava dans la biogra- 
phie de son père (manuscrit . . . .) mentionnée souvent dans les fastes 
serbes et byzantins. — La grande Moravie â //r/â/rj Moypc/fJx (Const. 
porph. de adm. inip. 15), superior Moravia (manuscrit cyrillique chez 
Assemani, VI, 255) était située autour de Morava qui se jette dans le 
Danube, du nord. Son nom s'était étendu du temps de la puissance 
de Svcntoploug, au sud des Karpates (où était l'évèché de Nitra) et sur 
toute la Pannonic (du diotèse de Sirmium), ainsi qu'il y avait deux 
Moravics supérieures. La version latine d'Assemani du manuscrit cyril- 
lique n'est pas exacte et ne rend pas le duel de viscbnii Moravie 
(proloh du manuscrit du xni'' siècle, chez Kalaïdowitsch, dans son 
Jean exarche p. 10), arcbiebiskop wischnuiu Moravu (Joh. exarche, 90). 
De ces deux Moravics supérieures, l'une était la Moravie propre, supra, 
au delà du Danube pour un saltzbourgcois (anon. de convers. Carant. 
ap. Kopitar, 74); l'autre qualifiée de Mop«6o? r-r,ç Trawovtaj (vila S. 
Clementis, éd. Pampereus, p. 405; catal. arcbicp. pannon. ap. 

Assemani, 111, 142), y.ci y-aTOty-ovat [J.b> ol Toûpy.ot -KipccOvi zou AavoûGcWs 

~ozcr.fj.oû sli Tîv T^; MopaGîa; ynv (Coust. porphyr. dc adm. imp, '12) 
(voyez dans notre atlas la carte de la Slavonie du x" siècle) (23). 

Isle sunt regiones que terminant in finibus nostris. Ainsi termine le 
géographe bavarois sa course frontière dans la description des pays au 
nord du Danube. Nous l'avons suivi sans souci. La direction qu'il 
donna à sa perlustration nous a conduit sans dévier, elle inspira une 

(?5) Scliafarjik, antiriuitôs slaves, HI, 30, :>; IX, 42, t. 



30 SLAVIA , 40. 

telle confiance dans notre guide que nous avons cru comprendre, qu'il 
ne nous enlreiient que de populations slaves, qu'il marche régulière- 
ment, observe l'iuxiaposition des peuples et qu'il est bien averti dans 
le dénombrement des régions et des villes. Ce n'est cependant que 
la cinquième partie de sa description, les quatre suivantes traitent des 
peuples qui résident iuxta islorum fines. Le bavarois, dans cette longue 
nomenclature, observe-t-il l'ordre? est-il bien averti? s'enferme-t-il 
exclusivement dans les populations slaves? pour s'en assurer, de graves 
incertitudes se présentent, la lumière s'éteint et nous ne pouvons 
plus avancer sans quelques observations préalables. 

Isli sunl qui iuxla istorum , fines résident. Ceii\ qu'il va énumérer 
sont iuxta frontières de ceux dont il a passé la revue. Sont-ils iuxta 
fines, par derrières à l'est? ou tout à côté vers le sud où la race slave 
abonde? Il commence : 

Oslerablrczi in qua ciuilatcs plus quam c sunl. Ce sont les Obotriles 
danubiens connus chez les Franks : Abodriti qui vulgo Praedeneccnti 
vocanlur et contermini Bulgaris Daciam Danubio adiacentem incolunt 
(Einhard s. a. 825). Ils étaient séparés de la Moravie inférieure par les 
Timociani, établis autour de la rivière Timok; par les Guduscani, 
Goduscani, Cucievienses, dont les possessions montaient du Danube 
vers les hauteurs de la rivière Ipek (tous les deux mentionnés par 
Einhard); enfin par les Dranicevicns. Les ruines de leur ville Branicevo, 
lîransin (ancienne Yiminalium) regardent Kostolatz au confluent de 
Mlava avec le Danube (encore en 1459, comes Cucieviensis et Branice- 
vensis dans un diplôme). Ce sont les Praedenecenlini , branche des 
Obolrites d'au delà du Danube, des Obotriles orientales, Osier- Abtrezi. 

Le dernier point d'appui que nous indique le bavarois. — A partir 
de ce point, il nous conduit par des pays perdus, ce n'est qu'à la fin de 
sa descriplion qu'une lumière vacillante commence à percer pour nous 
avertir, qu'il se trouve aux environs de l'Oder et de Sprée. Or, notre 
guide per plagam Danubii septentrionalem, s'engage par derrière de sa 
course frontière, pour revenir sur ses pas vers la mer Baltique. Et par- 
tout, chemin faisant, il connaît le nombre des villes, l'imniensilé des 
possessions. Dans les 15 régions frontières il compte 509 villes; dans 
les 25 qui sont iuxla, 59GG; dans les dernières 22, seulement 292 villes. 
Pour mieux saisir celle étrange différence de connu et d'inconnu exor- 
l)itani, nous rangeons en table ci- jointe en regard, toute la statistique 
de notre bavarois. 



tp-4 



^o 


o 


©1 


O 


G^ 


O 


d 


lO 


o 


o 


l-D 


's 


c 


^ 


o 
c 




51 




•4 


o 


« 


C 




•-' 






t/3 








« 


!1p 




o 


c 


O 

-3 


s; 


3 


N 


tp 




"o 






-3 

o 



ci .= 



td 



s •- • — • ~ • ^ 



SI i. 3 
3 O .= 

C5 fc^ n4 



i: ^5 = = 
[i, th — Ui 






^ — t^ 



.- - o 
c -s . 
« o .- 



o6 0^ 



s '5 2 •- 

■ç ■iï -"H -2 ^ = 2 = 2 'îl 



M 


N 


C3 


c 


u> 




Kn 








1^ 


« 


d. 


>- 



c:; 



s 



.~ C3 • — 



°. i S 3 r; 



É^ :.: 



s ô 5 



« <^ -s -2 ::: -r " 



« T! S 



^ T: ifl "^ 'i^ ■< 



C5 






•a ._. 



— i __. C5 — 



Z >- 



^D ._ ._' 



■ — 3 £- 



:s G 



.= « es J 



a 3 « 

(/3 ^ ^ 



:= t: ^ ^ ~ — 



_ - o " 
c/2 H K .*? >- s 



52 SLAVIA, 11. 

Examinant celte liste, j'observe qu'il donnait ce nombre extraordi- 
naire des villes avec conviction qu'il en était bien informe, parce qu'il 
termine cette énumération en remarquant: que partout il y avait plus 
de villes qu'ailleurs, plus est undiquc quam de Enisa ad Rhenum. Je vois 
que ce undiquc regarde ces régions iuxta posées, qui se distinguent de 
celles des frontières et de celles qui sont de Enisa ad Rhenum ; enfin je 
pense que ces régions aussi remplies de villes forment un ensemble à 
part. 

Quelque part que nous voudrions nous tourner avec cette multitude 
de villes, leur nombre paraîtrait fantastique si Ton voulait les prendre à la 
lettre pour des villes. Pour sauver la bonne foi du bavarois, je présume 
que ces ciuitates et urbes,ne sont que des communes, villages et 
hameaux. Les Slaves comptaient certainement les villages de leurs 
cantons, relataient le nombre exact ou exagéré : le bavarois, par ces 
informations, pouvait être surpris dans les parties moins connues et ce 
nombre de villes ne dit rien de positif pour l'étendue du pays; et ce 
nombre trouve à droite et à gauche assez de terres slaves pour disposer 
dans un certain ordre tous ces peuples, dès que leur situation serait 
éventée. 

Les monuments historiques des Franks et des Allemands de celte 
époque paraissent ignorer l'état intérieur autant de la Slavonic au delà 
de la Vistule, au nord du Danube, que de la Slavonie méridionale , au 
sud du Danube, où toute leur connaissance se réduit à mentionner les 
Kroatcs et lesSorabcs,qui magnam partem Dalmatix' obtincnt. Pour un 
r)avarois qui cherchait des renseignements sur les peuples slaves, ceux 
des Kroaies et des Serbes étaient plus intéressants et je m'imagine , 
que isli iuxta résidentes de sa description , indiquent les cantons ou 
zoupanics des Kroaies et Serbes. L'intitulation,ou plutôt l'introduction 
avertit qu'il va décrire les régions ad septenlrionalem plagam Danubii, 
cependant en louchant la Vulgarie et les Marehans il a passé au sud du 
Danube. L'introduction regarde donc le commencement de la descrip- 
tion et ne l'empêche pas d'examiner les parties méridionales : il 
prévient en ciTet qu'il se propose d'énumérer les iuxta résidens des 
Vulgars et Marehans qui sont au sud du Danube. Je me réserve d'en 
donner l'explication dans son lieu, et je vais terminer avec le géographe 
bavarois la revue de la paitie Vinule septentrionale. 

H. Le géographe bavarois , après avoir termine rénumcration des 
peuples iuxla-posées (au sud), se transporte brusquement dans les 
parties Vinules, où tout d'abord il signale deux peuples au grand 
nombre de villes. 



SLAVIA, 11. 33 

Prissiani ciuilates lxx. Brisane, Brizane (Helm. 1 , 38, 89, etc.) (Prig- 
nitzmark). 

Velunzani ciuitales lxx. Yiiini (Adami br. hist. eccl. (G4) I, 9; Helm. 
I, 2, 5), sur la rivière Welso ei peut-être par TOder jusqu'à Wolin , 
Julin sur mer. 

Bruzi, (Bresow, Brisow), dans le canton des Ukranes (Uckermark), 
Uchri (Wilik. III, p. 658), Urkani (chron. saxo, s. a. 95o), Wokronin 
(annal, hildes.), Yeroni, Yerani (chron. quedl.; annal. Saxo), Yuveri 
(dipl. 9i9). 

Plus est (ciuitalum) undique, quam de Enisa (de e Nisa) ad Rhcnum, 
Nice (Dilm. YI, 16) pagus >'icciti (dipl. 905, ap. Lunig. contiu. p. 5i7), 
commence iuxta Sprewam et enveloppe la rivière Nisse, Nisa, Enisa. — 
Dans le spacieux pays de Iloveldun une rivière Dosse communiqua son 
nom auxDosses, Dosseri (dipl. 9i6), Dassia (dipl. 949), Doxani (Adami, 
br. hist. eccL (64) II, 9; Helm. I, 2, 5; annal. Sa.\o), elle décharge ses 
eaux dans le fleuve Havel. A Test, une autre rivière passe de Rinsberg 
dans la niêrae direction , se perd dans Havel près de Kinnov et porte le 
nom de Rin , Rien , Rhin. C'est donc entre ces deux rivières qu'on doit 
espérer de retrouver les peuples suivants. 

Sud-ouest entre Havel et Elbe, on avait des cantons Ligrilze, Liezizi 
(dipl. 957, 946); Zemzizi, Zemcici (dipl. 946, 9i9), Zamzici (dipl. 1161); 
et le plus considérable Morezini iuxla Magdeburg (Ditm. YI, 2i), 
disputés entre les diocèses de Brandebourg et Magdebourg. Le nom de 
ces derniers engendra d'innombrables variantes : Morstan, Moraciani , 
Moroszani, Morlzani, Mostefan,Mrociui, Morescini, Mrozini, Mrozani, etc. 
(Eccard, hist. généal. p. 49, 129, 136;Mcil)om, p. 741; Lunig, teutsches 
Reichsarch. contin. p. t. II , 5, 4, 545; Sagiltar, anliq. magdeb. 45). 

Haveldun, qui avait les Sorabes limitrophes, comprenait au sud 
Cervisii avec la ville Zirbisii (Zerbst, Ditm, YI, 24); Ploni, Bloni 
(autour de la rivière Plunen), Zpriav^ani , Sprewa ex ulraque fluminis 
parte quod dicitur Sprawa (dipl. 965, ap. Bekmann, Kurm. Brand. t. I, 
p. 118; fundatio eppat. ap. Eccard, p. 129; Lunig, t. II, p. 5). — Par 
ces parties de Sprewa s'étendait marca Zaucha, Zucha jusque dans le 
territoire de Luzitzi, pagus Zitrici se trouvait dedans (dipl. 979, ap. 
Eccard p. 141, 142). Plusieurs localités du nom Zaucha attestent que 
marca Zaucha s'étendait jusqu'au gau Nise. Yenaient ensuite Seipuli, 
Zara. C'est par ces dénominations que cette région se fit connaître au 
milieu du x"'= siècle; le géographe bavarois rapporte sa nomenclature 
antérieure. 

Le bavarois comparant le nombre des villes de peuplades situées 
entre Nisa et Rhin, avec la quantité immense dans les possessions des 

III. 5 



34 SLAVIA, 41. 

peuples qu'il avait énuméré, fait présumer qu'à la suite il n'indiquera 
que les peuplades enclavées par ces deux rivières. En effet , la plupart 
de la dernière vingtaine de sa description, sont évidemment là; mais 
il a plu au bavarois d'interrompre sa tournée par quelque» excursions 
à l'est. 

Yuizunbeirc, inconnu. Un de Weisscnburg? Witbrilzen? 

Caziri, ciuilales c. Cotzyn , iKethûr près de Brandeburg; Ketzin sur 
Havel, Kotzin près d'Ada (-26), 

RuzzL 

Forsdcren , Forsta sur Nisa , et Pforten. 

Liudl , Ledcleben sur Sprce , Linde slavica , Wendisch Linda près de 
loutribog. 

Frcsili, Wreitzen sur Oder , et la rivière Wrietzen qui s'y perd dans 
l'Oder. 

Scrauici , Zara (Ditm. VI, 2i), aujourd'hui Sorau. Provincia Sarowe 
avait une extension assez considérable vers 1501 entre Slubbe et Bober 
jusqu'au confluent de Quels. — Slubba donna le nom aux Sclpuli e) à 
leur ville Sulpize (dipl. 948, 9G8, ap. Lunig, p. 96, 97; Ditm. II, 9, 
IV, 9, VI, 2i). — Plus au nord encore sont Leubusi (Adam. hist. ceci. 
H, 9; Ilelm. I, 2, 5). Les Allemands y édifièrent ou plutôt agrandirent 
une ville de leur nom ; Lebus (Ditm. I, 9), Luibusua, Libusua (id. VI, 
59, 48). 

Lucolanc, aux environs de Lukau et Luckenwald. 

Ungarc, sur la rivière Unker qui se perd dans celle de Saar. 

Yuislane , be easlan Meroaro lande is Wislcland, and be castan tliaem 
sind Dalia, tba tbe in waeron Gotlan (Alfr. borm.). C'est la Slavonie 
orientale indiquée par son ancien nom de Daks. Les Gottcs y séjour- 
naient et : 

Dhonne Hreada hcre heardum sweordum 

ynib AVistla wudu wergan sceoldon 

caldre edhel-stol Aetlan leodum. 

par ce temps là, l'armée à dure épée de Beid (goths), dans les forets 
de la Vistule, s'empressait de défendre l'antique trône de l'état contre 
le peuple (Ilunum) d'Attila , chante le poêle anglo-saxon (Priée, p. 281, 
ap. Schafarj. VII , 37, i). Dans le chef-lieu de Vislane, Vislilza sur Nida, 
régnait Vischislav ou Vischevit BousîSoutÇîî (Constant, porphyrog. de 
adm. imp. 35); idolâtre, il persiflait les chrétiens et leur jouait de mau- 



(îo) C'est (Iii nom de Ciziri qu'on pourrait bien tirer l'origine des mots : kictrcr, pécheur ; kictio, 
liulte de pécheur; kictz, colonie de pécheurs, qui sont spéciales à l'idiome allemand de Bran- 
dfbourg. 



SLAVIA, 11. 33 

vais tours. L'apôtre Méthode dépêcha , en 88i, une missive et lui dit : 
haptise-toi mon fils, de bonne volonté dans ton pays, car si tu ne le 
ferais pas, lu serais baptisé dans un pays étranger, et tu te souviendrais 
de moi. C'est ce qui est arrivé (•»7). En même temps Sventopolk de 
Moravie fesait une expédition contre les payons. 

Skenzanc ciuilales xv. Xemetzi (Nimtsch en Silésie) posita in pago 
Silensi, vocabulo hoc a quodam monte ni mis excclso (Tschobota, 
Tschopfenberg), olim sibi inJilo (Ditm. VII, 44), Cilensi (idem VI, 38). 
Les Zlasanes étaient voisins des Mokropses, Ilrovates-tschekh. 

Lunsizi, ciuilales xxx, (Surpe dans hormesta d'Alfred); se qualifiant 
eux-mêmes de Luzice (Loujitze) et de Serb, Serbio. Lunsinzani 
(Regino,s. a. 9G5, t. I, p. 62G) , Lusiki (Witik. a. 965), Lusici, Lusizi, 
Lucisi, Luzici (dans les diplômes); Lusizi (Ditm. II, 9, et chron. Saxo 
s. a. 1081, p. 245), Luzici (Ditm. VI, 16, 2i, VII, M), Liudizi (id. V, 10, 
annal. Saxo, s. a. 1002,) etc. — in pago Luzici Dobraluh (Ditm. VI, 16), 
Ciani (Zinniz), (id. VII, 11); Mrosciua ( ), Erothisti ( ), 

Liubsi (Lipten), Zlupisti (Laubus), Gostewisti (Kollbus) (dipl. lOOi, ap. 
Escard. hist. généal. p. 151) etc., pays spacieux qui contient plusieurs 
gaues. C'est la partie intérieure de la Luzace. 

Dadosesani, ciuitates xx, Diedesesi, Diadesesi (Ditm. IV, 28, VII, 13), 
Diedesi (id. VI, 30) Dedosene (limit. app. prag. ap Cosm. p. 18). De 
Milzani on y entrait par Ilva (Ilalbau) pour arriver à Krosno. — Entre 
les Diedesi et Silensi se trouvaient Boborani et Drebowani ou 
Trebowane (limites eppatus prag. ap. Cosm. p. 18; bulla Greg. papac, 
monast. S. Greg. in Praga). De ces derniers aucun vestige ne se trouve 
sur le lieu. Ce nom cependant qu'ils portaient n'est pas rare ailleurs. 
— Les Boboranes avaient leurs possessions autour du fleuve qui Bober 
dicitur slavonice, castor latine (Dilm. VI, 19). 

3Iilzane, ciuilales \\x, (la haute Luzace) leur ville Budissin (Ditm. 
V, 6, VI, 11, 2i, VIII, 1). Milza (donalio ciu. Schinezghe ap. Muratori, 
antiq. Ital. t. V. p. 831) Milzcni (Dilm. I, 9), Milcini (id. IV. 28), 
Milzieni (id. V, 10, VI, 11, 56 etc); Mizlavia, Milzavia (Adebold 
s. a. 1002, 1003), Milkiani, Milzania (chron. Saxo 1004), plus tard 
Milsa pagus, Milesko, Miltse. 

Besunzane, ciuilales n. Dans l'année 1015, Oudalrik duc de Bohème, 
parvint avec son contingent jusqu'à la ville Businc et ne put opérer 
sa jonction avec l'armée impériale qui ravageait le pays au delà 

(27) Poganesk knçz' silen w"lmi siedç w Wislecli , rogaszç sç christianom i pakosli dicjasrç. 
Poslawze k'nemu (Mcthodius) recze dobro ti sç by krcstiti synu, woloJQ swojrja na swojej zemli ; «la 
ne plenpn, nodini krcszczcn bodeszi na czuzoj zemli i pomcnçszi mç. Jcze i bvsl (viia s. Mclbod. dans 
le mofkvitianio, t. UI, p. 4ûO journal édité 5 Moskou par l'historien Polevoj). 



36 SLAVIA, 12. 

de l'Oder, limitrophe de Diedesisi (Dilni. YII, 11, 15), or, Bunlzlau 
répond à Businc. 

Vcriiane, ciuitates x, sur Sprée Febra près Peitz, Were, non loin de 
Lubben. 

Fraganeo, ciuilates xl. Rien d'analogue. Serait-il possible de présu- 
mer que Fragan suggéra l'idée aux Allemands de donner le nom de 
Frank-furt à une ville odérane? (ou Dragan près de Wittenberg?) 

Lupiglaa, ciuitates xxx. La rivière Lupa se perd dans celle de Nissa. 

Opolini, ciuitates w. Si l'on me dit qu'ils portent et indiquent le 
nom d'Opole de Silésie je ne puis guère contredire : mais l'ordre que 
le bavarois observe empêche à mon avis de sortir si loin du cercle étroit 
dans lequel il tourne. (Selpuli?). 

Golensizi, ciuitates v. Golsen et la rivière Golza qui se jette dans 
Sprée. 

La description du géographe bavarois est ainsi terminée (as). Elle 
compte parmi les pays frontiers ceux des Boulgares et de la petite 
Moravie; or, elle est antérieure à la date de l'établissement définitif des 
Madiars (897-907) dans la Moravie supérieure méridionale ou dans 
l'ancienne Pannonie. Les Allemands ravageaient les populations 
Sorabes très-profondément, les évèques et les markgraves y exerçaient 
déjà leur autorité, aussi la description se montre très-bien renseignée : 
mais plus loin vers la Yistule, au delà de ce fleuve il n'y a que Vislanc, 
ensuite un vide. Si même on voulait s'y établir avec les 5966 cités des 
peuples iuxia résidents on n'en profilerait pas beaucoup, on n'avance- 
rait pas la question. 

Chrobates, Serbes. 

12. La petite horde avare, composée (vers 530) de 20,000 corabat- 
lants, entrant dans la Slavonie évacuée d'autres étrangers, trouva les 
populations slaves secouées, inquiètes et fluctuantes. L'inquiétude 
indécise augmenta lorsque la horde grandissait, commença à étendre 

(2S) A la fin (le la 'loscriplion, dans !e maniisoiit, sont encore inscrites en petit canictère deux 
notes. On pourrait douter si elles appartieuncul au géographe même. Sueui non sunt nali sed 
teminati : jeu de mots, de scmino, parce qu'ils sont très-nombreux. — I.a seconde note : Beire non 
dicuntur Bnuarii, sed Voioarii a Boia flurio, sachant que le nom vulgaire de Bavarois, Bfire était 
rendu en latin par Bavarii ou Boioarii , elle reprouve le premier ut recommendc le second comme 
provenant du fleuve Boia. Peutctre c'est aussi un jeu de mots, et que lluvius couvre la valeur de 
boia , collier du carcan. — I.c savant Scbalarjik admettant que Ecirc sont les Boulgars et Wizun- 
Beire les Boulgars blancs, donne une toute autre explication à cette note finale. Suivant son opiniou 
la noie bavaroise dit, qu'on ne doit pas les BiMre (Boulgares) qualifi.T de Bauarii (Bavarois) mais 
Boioarii de la rivière Boia, qui est la rivière Buy qui se jette dans Viatka , el cette dcruicre dans 
>olga. — Vue petite rivière Coite se jette dans Tiaue près de Piauc di Cadore non loin de Bavière 



SLA VIA, 1-2. 37 

ses vexations. Chaque hiver elle fesait faire des tournées pour extor- 
quer le tribut des peuples soumis. Les populations slaves se virent 
(depuis 560 et 578) exposées à servir en qualité d'alliées ou de 
sujettes, dans toutes les rapines et expéditions avares, ou forcées de 
les entreprendre d'après leur ordre par elles-mêmes , (Menandri 
excepta; script, byzanl). La domination avare, contrariée par la 
résistence des peuples qui défendaient leur indépendence, sévit 
contre les vaincus. Les Doulèbes, de ce nombre, subirent un joug 
oppressif et liumiliant. Chaque Avare violentait impunément et quand 
il lui plaisait, attelait à son char les femmes et les filles doulèbes. 
(Nestor H, Schlotz. II, 121). Les populations en désespoir s'émurent 
et émigraient. 

Les Doulèbes avaient dans leur voisinage les Boujans (Buzane), 
appelles ainsi de la rivière Boug. Eux-mêmes occupant un pays 
spacieux autour du fleuve Stir, où s'élevait leur ville Loutzk, 
(Dlugos, p. 49) habitaient aussi les deux rives du Boug (ziwiachu po 
Bugu) (Nestor, II, 112) et leur possession s'étendait probablement 
jusqu'à Vistule et San. Leur nom disparut de ces espaces, cédant aux 
autres cultivateurs counus ensuite sous le nom de Volyniens, (ninie 
zivut Yoliniane, Nestor, II, 121), et de Chrobates. Les Doulèbes eux- 
mêmes reparurent en Bohême déjà occupée par d'autres slaves, où ils 
s'établirent dans les parties méridionales et conslruirent leurs villages 
à l'est de Moldava, dont une grande quantité reçu les appellations 
qu'avaient les villages abandonnés. (Cet événement a pu arriver vers 
l'année 580) (29). 

Ce que j'ai dit de l'établissement des Doulèbes paraîtra une hypothèse 
pour ceux qui font remonter le peuplement de Bohême à de temps plus 
anciens : mais leur assertion serait non moins hypothétique s'ils vou- 
laient fermer la porte de Bohême trop de bonne heure pour les autres. 
La colonisation s'accomplit consécutivement. La colonisation par de 



(i9) La BohÀiue est piciae de noms identiques avec ceux de Pologac. Sous ce rapport oepondant. 
quelque chose de spéciale se déclare pour les Doulèbes : A. l'est de Moldawa, au sud de Sazava, a 
l'cnloar de Tabor se trouvent : Cida, Borowsk , Cblura , Czieskow, Dobramlz, Domanin , Hostiu , 
Jareschau, Krasna-hora , Lomnitz, Lukau , Lukawctz, Prlscbilz, Ratkow, Retscbitz, Rosilsch, 
Samosty, Scdietz, SoUscbau , Woïslawitz. De même entre Boug et Vistule djus le palalinat du 
Lublin et la terre de Kliclm ou a:Bia!a, Borow, Cbelm, Czvszkov, Dom3nitzc,Dombrowica,Uostinne, 
Jaroszin , Krasno-brod et staw, Lomazy, l.ukow, Lukowck, Parczew, Retkow, Rçczaïe, Rososz, 
Zaraosc', Siedlce, Siedliszcze, Woïslawice , cl beaucoup d'autres. A l'ouest de Moldava, rien de sem- 
blable ne se présente plus. — La même portion Doulebe, fournit en Bohême les noms de Stiepanow 
(Stepan' sur Horin), Dobrawitz {s. Horin), Slawin 'Slawuta s. Horin), Radinow (Ratno), Rositscb et 
Rossetscb (Roziszcze s. Stir), RadoniisI (eu Volynie et s. San); San, Sudomirzitz (Sadomirz, Sando- 
mirz), Przemyslav, Brod (Brody), ZruLsch (Zbrucz), Kamenitz, Bukowsko, ZbrasIaw, Suchdol,ZabIot, 
Sirakow, Duklek, Bcchiu, et autres qu'on trouve vers les Karpates en Pologne, Russie rouge. 



38 SLAYIA, 12. 

petits trains de cultivateurs innommés, connus par leur appellation 
générique de Vendes, s'opérait lentement; pour une colonisation 
nationale il faut un événement; elle ne distille pas goutte à goutte, 
ordinairement elle se consomme à la fois. La Bohème peuplée par ces 
deux sortes de colonisations, contient plusieurs assiettes nationales dont 
celle des Doulèbes est une de plus prononcées. Pour elle il fallait un 
événement, l'histoire en présente un, il n'y a pas lieu d'inventer un 
autre. Elle dit que les Doulèbes subirent l'oppression dans leur 
ancienne pairie et ne dit point qu'ils y fussent exterminés. L'apparition 
successive des Doulèbes est trop compacte pour n'être pas la consé- 
quence ou d'une double existence, ou d'un déplacement par quelque 
événement. Cette dernière solution me parait très-certaine. Le gros de 
la nation reparut en Bohême accompagné probablement de Chrobates 
qui voulurent partager sou sort. La nation se déplaça en entier, à 
peine voit-on quelque fraction séparée. Doudleipa se fait remarquer en 
Pannonie (anon. dcconv. Garant.; dipl. 891), et en 906, les Doulèbes 
se trouvaient dans l'armée russe (sofijski wrem. izdan. Stroïeva, 20; 
Schlotzer, II, p. 232). 

Il est probable que d'autres populations fuyant la tyrannie des 
vainqueurs, se retiraient avec moins de succès vers l'occident, quand 
on y voit leurs noms nationaux éparpillés, sans pouvoir se concentrer. 
Car si l'on a tant d'apparence et presque certitude que les Doulèbes se 
reliraient devant les Avares, il faut absolument convenir que plusieurs 
autres peuples moins importants suivirent leur exemple et quand on 
voit le nom des Stodors et de Sousls, Susles, à droite et à gauche 
heurter les frontières occidentales , au nord et au sud des Doulèbes , ou 
peut je pense admettre , que les Stodors et Sousls sortirent à la suite 
des mêmes vicissitudes des mêmes régions. 

Les Stodors s'arrêtèrent dans le plie de Havela (so), et les Sousls sur 
l'Elbe. Mais l'écho de leur malheur retentit dans les vallées de la 
Karintie montagneuse. Aux environs de la rivière Stir, qui donna le 
nom à la Stirie, se trouve in parte Slavornm au pied de la montagne 
Priel , un canton der Stoder (Vorder und Ilinler Stoder bey AVindisch 
Garsten); ailleurs, près de la montagne deTriglau (Triglav, triade), 
au sud des sources de la Save , une vallée de Stoder. — Au sud de 
Gratz on a un Sauscl, les vestiges indélébiles des Sousls (dipl. Falzbur- 
gensia 970, 1015); sur Yps, qui traversait les possessions des Vinules 
du terroir Slaviuia, on construisit castcllum où locus vocatur Zuisila 



(30) Oa y Yoit : Halcnov, Ereri, Ploli, RcUov, Stopiiin, Lippe, et dans la Polisic Volvnicnnc sont 
connu : Batno, Ezcro, Ploski, Raïszcic et Kaslov, Stcpau', Lipovo. 



SLA VIA, 13. 50 

(dipl. 979). — Les compagnons des peuples brisés cl dispersés, les 
Chrobatcs, avaient aussi leur pagus Crauvaii (dipl. 934, 978, entre 
Leubach cl Kniltclfcld). Us venaient d'au delà des Karpates, grossir les 
populations laborieuses. 

13. Les vainqueurs, poursuivant raaintefois la retraite des peuples, 
essayèrent de pénétrer plus loin jusqu'à la mer. Le succès qu'ils 
pouvaient obtenir n'était ni durable, ni constant. Ils appelaient 
cependant les plus paisibles à s'associer à leur brigandage (591). 
(Simokata V, 3, Tbeoph.). Après la défaite et la retraite des peuples > 
la résistance des autres ne discontinua point. Les Cbrobaies, qui 
habitaient la grande Cbrobalie, la Chrobatie blanche, de l'autre 
côté les Serbes qui venaient de la grande Serbie ou la Serbie blanche, 
venaient au-devant pour arrêter l'ennemi, pour le détruire. Les 
plaines des Doulèbes ne cessaient point d'être le champ de bataille et 
de combat (boïki , bojki) , où les armes à la main les nations allaient 
décider de leur sort : ainsi que le champ de combat bôjki, situé à l'est 
de Chrobatie et au nord des Tourks (Madiars) devenant patrie commune 
des peuples qui se répandaient à l'ouest et au sud , et gagnant de la 
renommée, fut connu chez les étrangers par son nom slave /Ssix:, 
T0W05 ^o'm pok boïki : ce sont les Slaves eux-mêmes qui le qua- 
lifiaient ainsi , :rap u'jzoïi ,3otxt totio-j i-;iovoij.ci^6/irjo'j (Conslant. porphyrog. 
de adm. imp. 52) (si). 

De la Chrobatie blanche et des monts Karpates sortit vers G30 jmiu Se 
ysvex une tribut, en se dirigeant vers la Dalmatic, dont les ruines 
étaient possédées par les Avares. Après de longs combats les Avares y 
furent détruits , le reste assujéti. La colonie des Chrobatcs, Kroates 
prospéra et grandit (Const. porphyr. de adm. imp. 30). 

Quelques années plus tard (G34-G3G) une portion des Serbes Sr-pe/o: 
originaires de la Serbie blanche, qui habitaient le champ botki , se 
proposa de chercher un établissement dans l'empire. On leur permit 
d'occuper les vastes provinces à l'est et au sud de la Dalmaiie, 



(31) Je pense qao c'est la plus simple explication qu'on puisse donner au lieu de boiki. Quel est 
le Slave qui ne comprendrait pas boj combat, guerre, frojei vaillant, ftojor guerrier, fto/'ia lutte, 
combat. — On donnait le nom bojki à l'épiie de combat, comme ou voit par un passage de l'iiistoricn 
ftlaltiée éviquo de Krakov. — Dans le boiki de Constantin porpbjrogèuete on a cru de reconnaître 
la BuUême, mais Scliafarjik a raison de rejeter celte explication. Daus les montagnes des Karpates 
exitte une population de montagnards qui porte le nom de lioïki, il suppose leur vaste étendue dans 
les lempa anciens dans une région à laquelle ils donnèrent le nom. Supposition difficile , il serait, je 
pense , plus simple d'admettre, que celte petite population apporta ce nom du cliamp de bataille où 
elle s'était distinguée, on se retirant dans les montagnes. — Avec tous ceui-ci , que le savant Scha- 
farjik me pardonne, Ditzike et Vistule n'ont rien de commun. 



40 SLAVIA, 14, 

dépeuplées et désertes à la suite des ravages des Avares. Les Serbes s'y 
multiplièrent et se trouvant en voisinage avec les Boulgares, se virent 
forcés de disputer les terres, rarement encore cultivées par de 
laborieux Slaves dans la Moravie inférieure (Const. porphyr. de adra. 
imp. 32). 

En attendant, les guerres avec les Avares continuaient dans la 
Slavonie. Ils étaient exterminés dans les possessions Rroatesel Serbes; 
au delà des Karpates ils ne pouvaient plus rien entreprendre contre 
les indigènes organisés : leur domination cependant bien que restreinte 
dans la Pannonie et dans une portion de la Kariniie , ne cessait point 
d'être formidable, d'opprimer et d'inquiéter les voisins indépendants, 
contre lesquels ils armaient leurs frères soumis. Dans les combats ils 
poussaient ces derniers en avant, en les qualifiant par dérision de 
bis-appuie (béfulci) , parce que les Slaves, en première ligne, ne 
pouvaient pas reculer, ayant par derrière les Avares, et en cas de la 
dernière nécessité avaient leur secours. Les enfants Avares , procréés 
de femmes et filles Slaves, furent enfin révoltés de ces procédés et 
voyant les exploits de Samon (jusqu'à 658), prirent les armes 
(Fredegar 48). Après tant de guerres prolongées depuis deux siècles , 
les Avares furent à la fin vaincus et presque exterminés en 799. Une 
poignée de leur population confinée au confluant nord de Morava avec 
le Danube, s'éteignit lentement comme la flamme d'une lampe et 
disparut : périt comme des Obres, dont il n'y a ni génération ni 
descendant, répétait le proverbe Slave (Nestor 10). 

14. La destruction des Avares poursuivie avec tant de succès, ouvrît 
la Slavonie méridionale à l'aggression des Franks. Ils occupèrent 
(vers 791) les deux Pannonies, l'istrie, la Libournie et la Dalmatie 
(Kroatc) (Einb. vita Karoli, ap Pertz. t. I, p. 45ij, pénétrèrent jns(iu'à 
l'embouchure de Sava où Sirmium reçut le nom de Frankochorion 
(Nicet. choniat. ad a. 1125, 1155, p. 10), et proche de celui-ci Budalion 
fut appelé Frankavilla (Ansbert. ad a. 1189; ensuite Nagyolas ou 
Madiclos). Les Kroates subirent ce nouveau joug. Leur soulèvement 
sous Ludewit (818-822) n'avait pas de succès. Les Franks fesaient 
main basse sur les vaincus, égorgeaient leurs enfants et les jcitaieut 
aux chiens. Un autre soulèvement sous Porin, avait plus de succès 
(vers 850). Les Kroalcs divisés en deux portions amies (Chorbatia 
savia ou siscia et dalraaiica) , organisèrent un état flottant entre l'in- 
fluence de l'église grecque ou latine. (Einh.; Const. porphyr.; vita 
lliudov. ; annal, fuld. ; Frcdogar 72; vita s Eusicii, ap. Bouquet, 
t. m, 429). 



SLA VI A, U. 41 

Les Boulgares profitaient des embarras des Franks et s'empa- 
raient (827, 829) des pays aux environs de Frankoehorion (Einh...) 

En même temps, un autre rempart s'élevait contre l'aggression 
franko-allemande, dans la grande Moravie (836-898). Rempart un 
certain temps formidable , qui , malgré sa chute , arrête le progrès 
allemand. 

Pendant ces secousses prolongées, les Kroates et les Serbes, quoi- 
qu'ils se sont baptisés, soutenaient des relations avec leur mère-patrie 
non-baptisée , avec la Chrobalie et la Serbie , qu'ils qualifiaient de 
grandes ou blanches. La situation de la première, souvent mentionnée, 
est bien connue : elle s'étendait au nord des Karpates et longeait les 
parties montagneuses vers l'Elbe. La seconde est moins déterminée. 
Ce n'est que par l'organe des Serbes eux-mêmes , qu'on savait qu'elle 
était T>î5 Tovpxixi kr.v.dv) au delà des Madiars, par conséquent au nord 
et aux environs du Dniestr, è//.otw; x«t -h //.r/â^/j XpweaTta, où est 
aussi la grande Chro bâtie (Const. de adm. imp. 52). Cette Serbie 
donc s'accroche à la grande Chrobatie, elle forme quelque chose de 
homogène avec- elle; elle compose sa partie orientale. On ne peut 
considérer la qualification de la grande Serbie qu'une appellation 
générique d'une souche qui se distinguait par horvate et serbe (52). 
Nonobstant cette distinction , dans la Kroatie et la Serbie dalmates , 
toutes sortes de Slaves allaient s'établir. Ceux des pays Boulgares, 
Timokans, Koutschans trouvaient un refuge chez eux (Einh. s. a. 818; 
Const. porp. 52, ad a. 954) ; les Serbes se retiraient en différentes occa- 
sions dans les possessions des Kroates (sous Zacharias entre 924-934); 
des environs de la rivière vistulane AïtÇïxïî Ditzike (lisez Nitzike, 
Nidzitza) du pays non baptisé (de la grande Chrobatie), arriva (88J>) 
une tribu ri yg-na. une génération du fils toO ûou toû Bouc7£6oûtç>i de 
Vischevit (chef de \lslitza), s'établir sur le fleuve Zakhloum, et le 
fils baptisé Michael régnait dans le canton Zakhloum (Const. porphyr. 
de adm. imp, 53; légende de S. Méthode, dans moskvitianin , t. III, 
p. 450). Par cette fluctuation prolongée, les deux pays et leurs zoupa- 
nies augmentaient en population; ils pouvaient faire sortir des 
armées, entreprendre des expéditions maritimes, peupler de leur 
souche variée, les villes latines, où l'on distinguait les Dalmates et 

(ô2) C'est la grande Skouf, Skoufia (Skvtlii) des Grecs suivant Nestor (chap. 7, 17). — C'est à tort 
qu'on a -voylu iulerpicter la Serbie blanche par la Sorabie de l'Elbe : cette dernière n'est au delà 
desTourks, mais au delà des Chrobates. Si dans le langage de Constantin la Serbie blanche est liraf- 
trophe à la France, c'est que l'archonte des Chrobates était sujet du roi de France , et la Serbie 
blanche indépendante. — Au reste, remarque très bien Scbafarjik , que Con.'^tantin parle con- 
stamment de Chrobates et Serbes non baptises, et de boiki non baptise, quand il ne pouvait pas 
ignorer que la Bohème et les Sorabes de l'Elbe furent chrétiens depuis longtemps. 



42 SLAVIA, 15. 

les Slaves (Edrisi V, 5). Dans la Serbie se formaient des nuances 
d'idiomes de différents cantons; elles sont beaucoup plus prononcées 
dans la Kroatie : entre les Morlakbs, Ilorvatcs et presque Serbes vers 
le sud. 

Leurs pays étaient divisés en cantons qui s'appelaient joupan , 
zoupa, zoupy, zoupanie, et le chef de chacune zupan, zoupan. Chez les 
Kroales on accepta le titre avare de ban, pour un chef à part d'une 
province plus considérable. Mais ces joupanies, par une espèce de 
fédération, formaient une unité qui avait souvent un joupan général, 
grand joupan. Parmi toutes ces petites provinces on ne voit pas 
d'autres dissensions, que celles qui décidaient de la dii;nilé d'un joupan, 
elles se prolongeaient lorsque l'intérêt dynastique s'en mêlait, favorisé 
par la marche de la civilisation et par la suprématie étrangère. 

La division en zoupanies n'était pas constante, elle changeait 
mainte fois, avait de sous-divisions, et il n'en manque pas d'obscures 
qui n'ont jamais figuré dans l'histoire. Si donc nous acceptons que le 
géographe bavarois, dans le dénombrement des peuples juxta résidants, 
annotait les cantons des Serbes et Kroates : nous ne devons pas espérer 
de trouver leur conformité avec la division postérieure comme elle est 
connue. 

lî). Nous avons interrompu la revue de sa description au commen- 
cement des peuples qui juxta fines résident et dont les premiers sont 
Oslerablrezi , in qua ciuitatcs plus quam c sunt, et nous avons vu leur 
position de deux côtés du Danube, c'est-à-dire des Obotrites orientaux 
ou Predenecentins, Branitzoviens. (Voyez dans notre atlas la carte 
de la Slavonie du x® siècle). 

Miloxi, in qua ciuitates lîvii. Quand je vois au nord du Danube 
Moliza, au sud près de la rivière Mlava, Milesovitsch ; à l'ouest de 
Morava Milatovtze; près de Sabatsch , Milovilo : je n'hésite pas d'ad- 
mettre , que les Miloxi habitaient presque le même territoire que les 
Branitzoviens. Sans vouloir infirmer celte explication, je forai remar- 
quer qu'on trouve dans les ancienne cartes (de succès, de Ilomman) à 
l'est de Fokia. s. saba de Milosevo, et dans cette contrée existent 
Milliuovo, Millovistch, dénominations qui ne se répètent pas eu 
Serbie. 

Phcznuzi, habcnl ciuilatcs lxx. neaéna, tirant le nom de Vczcnta 
montagne au nord de Jaïtza (Kroatia). 

Tliadesi , plus quam ce urbcs habent. La rivière Zcrmagna chez les 
Romains s'appelait Tcdanius; l'autre, Chercha, était nommée Titius, 
(Kroatia). 



SLAVIA, 15. 45 

Glopeani , in qua chiitatcs cccc, aul co amplius. xUèixvx Cloania 
(dipl. 892), Livno dans Hcrtzegovine (Kroatia). 

Zuircani, habcnt ciuilates cccxxv, Zara, Jadera (Kroatie). 

Busani, hahcnl ciuilales ccxxxi. x^p'"»' Boacova, qui grandit ensuite 
sous le nom de Bosnie. 

SUici, regio immensa, populis et wbibus munilissimis. La Kroatie 
formait d'abord deux étals, dont un au nord avait Siscia , Sissek pour 
capitale : on pourrait donc présumer que regio Siiici , plaine de cités, 
désigne cette portion. Mais une autre interprétation se présente par 
les zoupanies connues dans l'autre Kroatie. — Elles étaient au nombre 
de quatorze, dont les trois premières formaient un banat, à savoir : 
rourÇ/jzà, sur les rivières Gatsk et Gaschtitz; a<tÇ« Likha, Lika; 
Kpieaaa, Corbaustuci (dipl. 1078), Corbavia ; N^va, autour de la rivière 
Tedanius, Zermagna; ii§pa.-/ot., Sidraga terra (dipl. 1050, 1069,1072, 
1185) circuit de Belogradon; Twîva, Knin sur Kerka ; Nova, Acnona, 
Nin, delà péninsule; Bpsêspa, Berberistici, Brcberstili (dipl. 1009,1078), 
Bribir sur Bribirstitza; napaOaAasaia, Primorie entre Kerka et Cettignia; 
n£<rr/Ta, Vczenta ; n)iêa, Plieva, Pliva sur Pliva; "H/^ora, Iniola sur 
le lac imotski; x^^êtava, Livno; enfin Tçf.^TÇvjva, Cetinensis comes 
(dipl. 106G, 107G, 1078) autour de la rivière Tilurus, Celtina. Celte 
dernière zoupanie répond aussi aux cités de la région Sitici. — Mais 
tant de cités remparées, accompagnées de 516 villes voisines, me font 
courir dans les régions plus spacieuses vers la rivière Sitnitza : 
position mémorable dans les fastes serbes. Elle tamise ses eaux (dit 
son nom) à travers les cailloux , et se jette dans l'Iber où était la clef 
de la Serbie du côté de l'empire. Près de Mitrovitz on voit les ruines 
de Zvetschan, Sphentzanium , petit bourg bien fortifié, et plus haut 
Liplana conserve les restes de l'ancienne Lipenium, tous deux placés 
à l'entrée de la Serbie , près d'une chaîne de montagnes. La capitale 
de la Serbie n'était pas trop éloignée de cette situation. 

Sladici, in qua ciuitates dxvi, populusque infinitus. Par ce peuple 
infini, et indéfini, je passe vers le nord, pour descendre successive- 
ment vers le sud. 

Sebbirozi, habent ciuitates xc, divisit provincias et regiones regni... 
secundum cursum aquarum,... aquas vero quae fluunt in magnum 
flumen Donavi (inter Sava et Drin) vocauit Sumbra (Diocleas, ap. 
Pejacsev. app. p. 2i), Seraberia. 

Unlizi, populus muUus , ciuitates cccxvni. Rivière Unna et la ville 
Unatsch (Kroatia). 

Neriuni habcnt ciuitates Lxxvni. Fleuve Oronlius ou Naro dans l'anti- 
quité, Ncretva, Narcnla, près duquel au pied des montagnes la ville 



44 SLAVIA, IS. 

Naresii, Neret formait une Zoupanie de la Podgoria (pied-mont) (Diocl. 
ap. Luc. p. 295). Mais les fameux Pagani étaient aussi appelés 
'ApcvTivot, Narentcs, de leur fleuve Naretva, Nareuta. 

Atlorozi habcnt cxlviii, populus ferocissimus. Laférocitédes Narenlans- 
paganiens était assez accréditée, parce qu'ils ne voulaient se faire 
baptiser. De leur zoupanie Mokron sortaient les flottes qui protégeaient 
les îles (ostrovy) qui étaient en leur possession , et semaient l'épouvante 
par la mer adriatique. Dans cette zoupanie près du Mokron maritime 
ausudse trouve "OiTpwx, Ostrog(dipl. 1078, 1108), Zaoslrog,Zaostroze. 

EplaraJici habcnt ciuUalcs cct\i\ , 'PaaTûrÇa, Raztok, zoupanie de 
Narentan ? 

Vuillcrozi habcnt ciullatcs clxxx, Bîpoù/Ata, Vroulia martime, au 
nord de Mokron dans sa zoupanie. 

Zabroci habcnt cmilales ccwi, là grande île B^iârÇ/ji Brazza, en pos- 
session des Narentes? 

Znctalici habcnt ciuitates Lxnn. La partie méridionale de Serbie , 
appelée Dioklea ou Doukla, enclavait dans son intérieur un canton 
situé aux environs de la rivière Zetla, dont le nom Zenta, Zêta, Zentana, 
se communique à Dioklée entière. 

Aturczani habcnt ciullatcs cnu xiazpov zh 'Paoûo-tov, Raguse , apparte- 
nait encore à l'empire ; 'Pwcva, Resinum , Risan dans la baie de Ratera, 
se trouvait déjà en possession des Serbes , dans la zoupanie de Terbou- 
niates. 

Chozirozi habcnt ciutialcs ccL. Asxxrepa, Cattaro, Kolor de la zoupanie 
Zente ou Dioklea. 

Lcndizi habcnt ciuitates xcni. Aivro, Lunta, Luncza, Linda, Lonto, de 
la zoupanie Diokleane. 

Thafnezi habcnt ciuilalcs ccLvn. Assv^x, Tessen, Teszan, Deschan, 
entre Ussora et Bosna? — On a aussi As7t<v<xov capitale de Serbie, 
qu'on suppose Trsztenit d'aujourd'hui; peut-être Delschiani sur la 
rivière du même nom qui se jette dans Drin blanc. 

Zeriuani , quod tanlum est regnum, ut ex co cuncle génies Sclauonim 
cxorle sint, et origincm, sicut a[firmanl, ducant. La description du bava- 
rois, quand elle indique un pays spacieux par son nom général, n'entre 
plus dans les détails de son intérieur : par contre, quand elle énumé- 
rait les détails, elle n'avait pas l'occasion de mentionner le nom général. 
Or, dans l'énumération des peuples iuxta résidents, le nom général des 
Kroatcs est pour srtr passé sous silence. Mais le géographe, en détail- 
lant les petits cantons de Liiziizi, n'a pas négligé de spécifier leur nom, 
avec la réserve d'un certain nombre de villes. La même spécilicaiion 
paraît avoir lieu pour la Serbie dans cet empire de Zeriuani, Scrviani, 



SLAVIA, 16. 43 

Servians, Serbiens, Serbes, qui est si grand que suivant raflirmation 
(des Serviani eux-mêmes), tous les Sclaves sortirent de leur pays et en 
tirent leur origine. Les Serbes se disant venir de celte commune patrie, 
dite Serbie blancbe et conservant son nom, pouvaient être considérés 
par le bavarois à l'inverse pour la souche de la race. Mais il ne donne 
pas de nombre de villes, le pays des Serviani chez lui est sans limites, 
indéfinissable, patrie commune; or, toute la Slavonie orientale, qui 
lui sert de transition dans les parties vinules, où sa description va 
recommencer l'énuméraiion interrompue des peuples in linibus nostris, 
par les Prissani, Brizani à l'embouchure de Havel : comme nous avons 
examiné (00). 

16. Pour expliquer la nomenclature du géographe bavarois, nous 
avons eu recours à la relation de Constantin porphyrogenète; elle seule 
nous fournit l'ensemble qui dessine l'état des Rroates et Serbes. Con- 
stantin raconte que de son temps la Serbie avait été impitoyablement 
dévastée par les Boulgares, qui conduirent les populations captifs et 
les établirent chez eux. Ce n'est qu'après quelques années, 954, que 
Tscheslav a pu penser à la restauration de l'état. Les fugitifs rentraient 
dans leur pays et Tscheslav restituait l'ordre et l'ancienne division. 
Cette dévastation n'a touchée que très-peu le littoral, où se distin- 
guaient quatre régions serbes. 

Les Narenlans 'Apr-Tivo:, paganiens, -«•/«•'«' =' zaiovvrai, formaient 
une république à part, divisée en trois zoupanies, dont celle de Aaiàv 
(antique Delminium), vallée Dlmno, Doumno, Douvno, est intérieure; 
les deux autres maritimes : 'Pa(7Tw-;a (l'étang Razlok), avec la ville 
AagivsTÇa. Labena(dipl. 1105); et Mox^ov (Makarska), contenant Ostrok et 
Yerullia. Les paganiens possédaient de très-belles îles au nombre de 
quatre : Bratzo; Kourkoura ou Kike; Fara; et Meleta ou Malozeata 
(Const. porphyrog. de adm. imp. 50, 56). 

(33! Scbafarjik distiaçuait aussi dans les Zerivani les Serviens, mais d'une tonte aatre façon : il 
s'efforce de détermlDCr jpiir assiette positive en Litvanie. — Quant aux autres peuples du bavarois, 
son explicatiou est radicalcDicut différente de la mienne. Il les divise eu slavons et non-slavons. 
Plicsnuzi sont Petzcnihi; Bruzzi, Pruses; Wizunbeiri, Boulgars-blans (voyez la note 28,; Caziri 
Khozares; Forsderen et Liudi, de la race finoise. — Avec la liste des autres reconnus slaves, il 
parcourt toutes les espaces entre Sala et Volga pour confronter leurs uoms avec les dénominations 
géographiques qui se repètent d'un bout à l'autre et quelquefois il opte parmi ces indications pour 
fixer un peuple du bavarois. Ainsi pour leur babitation Glopeani trouvent les Kolp? dans le gouver- 
nement de Novgorod ; Zwirani un lac Swir en Litvanie ; Sittici, Zitomir ; Stadici la Podolie, Sobbirozi 
un lac Sebira dans le gouvernement de Petersbourg; Willcrozi, une rivière Bulera en Kourland, 
Zabrozi, le za-porohj dos kozaks; Attarozi les Turocz, Turia, Turzisk etc., de la Polisie; Tbafnczi , 
une rivière Taneven Pologne; Neriuano, Narev en Mazovie; Busani, Bouget les Boujans; Lucolanc, 
Lukoml dans la Russie blauclie ; Velunzonie , Vielun' en Pologne ; etc. etc., et Verizane, Fraganeo. 
sont Ucvcrenofelda, Fergunna , position trop allemande. — Peut-être je me trompe dans mes eipli- 
^ations compacte : mais ce que Scbafarjik propose, n'est pas trop rassurant. 



46 SLA VIA , 16. 

La principauté des Zakhlounies à àp^ovTfa t&jv Zn.y\o\Jii.w4 s'étendait 
au delà de Narenla jusqu'à Raguse, divisée en dix-neuf zoupanies. Sur 
une montagne s'élevaient deux villes Bona et Cliluni, et les habitants 
avec le pays furent appelés Zaclilum (au delà de Clilum). La partie 
maritime était nommée kraïna (région, plaine); intérieur podgoria 
(pied-mont) dans laquelle se trouvait les villes Neret et Rama. Depuis 
que Michel, fils de Wischevit s'était établi, Zakhloum n'était pas toujours 
dans une bonne inielligence avec la Serbie (ôi). 

Une autre principauté Terbounia ou Trabounia, TE^êouvta, TpaSouvia:, 
Treuvunia (dipl. 1193-1250, 1254, etc.), (Trebigne sur Tribinschitza 
divisée en neuf zoupanies, portait aussi le nom de RavaAïi à cause que 
la lisière maritime était ainsi appelée (55). 

Enfin A;i>:/t5£, se prolongeait de Dekalera (Catlaro), par Antibari, 
Ilelkynion, Elisso, jusqu'à Dyrachion. La ville Dioklea (Doukla) située 
sur le confluent de Moratcha avec Zetta; cette dernière a communiqué 
son nom à la province (se). 

C'est au delà de ces quatre provinces que la Serbie dévastée s'était 
de nouveau organisée. Elle avait pou de villes habitées, xâîT.oK oîxoy//.r,a 

•z'o ^iijri'jiyo'i, z'o Tïîpvaêovîjxsv, tô Msyjoiro-j; zo àpt'^-jir./j., zb A£avr,z to Sa/£^</fç, 

dans toute espace depuis Drin noire jusqu'à Sava. Ses frontières heur- 
taient Ibar; Sitnitza n'était pas dans sa possession; au nord sur les 
frontières de Kroatie se distinguait y^piov Boîu-.a contenant les villes 
Tô Kâzipa, xat tô As^ïji (Const. porph. 52) (ô"). Le pays se peuplait et 
se dépeuplait par une population mobile et alimentait l'élément de 
sa grandeur future, secondé par sa race mobile de pâtres, qui prome- 
naient leurs troupeaux jusqu'à Thessaloniquc , dont le thcma reçut le 
nom de Scrblia. 

La Morava inférieure, bien que sujette aux Boulgares, avait son chef 
qui recevait les ordres de Dyzanze, comme les chefs des Chrobaies , 

(54) Constantin (cliap. 53', compte au nombre des villes habitées : Bona, Cblum , Slagnon , 
Hokriskik , losle, Galumaonik et Dobriskik. — Le diokleatc (ap. Luc. édit. lOfiB, p. 295), nomme les 
zoupanies suivantes : dans Podgoria, zupania : Onogoste, Moratia, Comcrniza, Piua, Gerico, Netusini, 
Cuiscmo, Dcbrecs, Neret et Ramma ; dans Cherenania (kr.aïna) : juppanuc : Stantania , Tapava, 
Vabsco, Lucca, Vellica , C.orimita (Velicagor, Imita, ap Tciacsev, p. OG', Vcceuike (Vecscrigorie), 
Dubrava et Dchrc. 

(3u) Constantin (chap. 3i), compte entre les villes babitcrs : Terbunia, normes, Kliisena.Lukabatc 
et Zellcbe. — Le diokleale (ap Luc. p. 293) nomme jupaniic : Libomir, Vetanica, Rudina, Cruscevira, 
Lrmo, Ressena, I)raceviza,Canali, Ccrnoviza. 

(3C) Constantin (cliap. 55), nomme les grandes villes seulement chez les Dioklcates : Cradctoc ou 
Grade , Lonto et Dokla. — Le diokleato (ap. Luc. p. 295), compte : Zentae rcgio.... cl zupani.-e : 
Lusca, Padlngiae, Corska, Cupclnicli, Ohlir|uit, Propratna, Cremeniza, Budua rum Cuceva et Cripuli. 

(37) Uans la Serbie intérieure, se (ircnt connaître de bonne lieurs : Budinil , Besaevallnm (Ties- 
cliilza), Galis (sur la montagne Galilsclii prés Tscliatscli); LoDgoiniros , Lugomir; Scmbcria, Scrabria 
Subria ; banatus Maclioviensis , Macsua proviucia Matschv.1. 



SLAVIA, 17. 47 

Serbles, Zakhloums, Kanalcs, Trabouns cl Dikleas (Const. porphyrog. 
de cerem. aulsc, 11,48). Les pays ullra-raonlains ne cessaient d'aitircr 
les Slaves, qui se plaisaient à séjourner et à s'établir dans les zagorics. 
La Macédoine depuis trois siècles était pleine de leurs populations. Les 
A|0ay2uêiTa£, A^oîuyouêiTai, Af oyouêirai , Durgovitcc, établis sur la rivièrc 
Drogovitza en Thrace, demeuraient dans les bauleurs de la Macédoine 
(Dragomir au pied du mont Justcndjil, connus depuis GG9, 877). — 
En même temps se faisaient connaître : Eatouv/îrat (Baina, Yaïna près 
de Radovilz); — Sayouoa-rot, habitants les plaines de Tbessalonik; — 
'Pouyxîvoi, établis sur les rivages de la nier (près de Rondino); — 
Bep^r.Tut, Bs/ç>:-r«a(, assez puissanis quelque part dans l'intérieur. — A 
l'est de ces peuples, dans la zagoria de Rilo et Rodope, s'assirent SyoMvoi 
(1097, 1200, jusqu'à Melcnik). — Toute cette partie de l'empire fut 
ouverte aux Slaves, les vallées de Pologos, Pelagonie dépourvues d'ba- 
bilants, servaient de pâturage à leur troupeaux (voyez les écrivains 
byzantins). 

Plus au sud, autour du golfe Volo (Pagaseus sinus) cultivaient le ter- 
rain Bsir/sÇviTK!. Dans la Morée, Md-nyyoi xcii 'EÇîpîT«£ inquiéiaicnl quel- 
quefois (vers 850, 910) cette presqu'île (Const. porph. de adm. 50). — 
Ces noms nationaux acquirent de la renommée parmi les populations 
slaves, qui, diminuant ou grossissant d'après les circonstances, inon- 
daient l'empire. Ces noms allaient s'éteindre, la race continua plus 
longtemps à dégénérer par la fusion avec les indigènes grecs. 

17. Je vais terminer la revue de la Slavonie du x™« siècle, par 
l'examen d'un fragment qui nous reste de la relation arabe de Massoudi. 

Les arabes se formaient l'idée de l'existence de la Slavonie par 
des investigations faites à cet effet et par des communications directes. 
Leurs géographes déterminaient sa position et l'étendue. Ibn Kctir le 
farganien (vers 950), désignant les pays de chaque climat, place la 
Slavonie dans le vu™% d'où elle s'étend au delà de ce climat vers le nord 
(chap. 9, p. 59 de l'édit. de Golius). Massoudi compte l'étendue de la 
Slavonie, 5500 parasanges en longueur et 420 parasanges en largeur 
(apud Dcguigne, notices et extraits, t. I, p. 5i). Ibn Haoukal (vers 977) 
donne seulement 2 mois de chemin à la Slavonie, du midi au nord ctde 
l'est à l'ouest (p. 6). Tous y enclavent la Russie et ne la séparent point, 
même Abou Ishak l'islakhrien, parce qu'il ne désigne spécialement la 
Russie dans le dénombrement général des régions, ni dans son aperçu 
général des distances (p. i-4); tous ne distinguent aucune région 
occidentale à la Slavonie, qui s'étend jusqu'à l'océan, comme ils distin- 
guent ailleurs les Roums, les Franks, les Espagnols (Massoudi, p. 27, 



48 SLAVIA, 17. 

Abou Ishak p. 1-4)- En effet nous verrons que différentes provinces 
d'Allema"ne , et rAllemagne entière, est enfermée dans la Slavonie, 
par ces relations des arabes. 

Massoudi (mort en 957) est un des anciens écrivains arabes qui s'est 
préoccupé avec intérêt des Slaves et de leurs affaires. Il est probable 
qu'il est le seul qui prit le soin de réunir les relations à ce sujet. Les 
autres après lui se négligeaient ou répétaient subrepticement ce qu'il a 
dit. L'istakhrien Abou Isbak et le bagdadien Ibn Haoukal ne nous 
apprennent rien. 

Les ouvrages de Massoudi ne sont pas publiés, ce qu'il y a sur les 
Slaves, n'est connu que par deux extraits d'un ouvrage plus considé- 
rable, extraits, dont un moins complet se trouve dans une note du 
résumé de l'ouvrage de Massoudi, fait par de Guignes (p. 27); l'autre, 
plus complet est inséré dans la compilation de relations arabes, com- 
posée par D'Ohsson, sous le litre de voyage (fictif) d'Abou el Cassim, 
ou des peuples du Caucase et des pays au nord de la mer noire 
(cbap. 0, p. 85). 

Le plus nombreux des peuples Sklabes, dit Massoudi, est celui 
qui s'appelle iJ'-c^sJ i^^lJO Louza'ïet, Louza'na, Loudzana, Loud- 
hana. 11 va trafiquer jusqu'en Audalous, à Constantinople el chez les 
Khozars. Ce sont les Loulzanicns de Loutzk sur Slir. Ils avaient des 
relations avec Constantinople par Kiiov, el l'embassnde des Slaves, 
en 955, au khalif de Kordoue, et le nom de Nemetz (Aschkenaz) connu 
en Espagne, confirment l'existence antérieure de relations slaves avec 
l'Espagne. Les Loutzaniens pouvaient y prendre leur part, ou bien 
l'écrivain arabe se plaît à concentrer et emboîter dans Loutzk ce qui 
était commun aux autres populations. 

Les autres nations sklabes sont AJ!^iî..^\ i-js^Ja^l Istabouana ou 
Istabrana, dont le roi actuel s'appelle ^^i£o ^biiLe Saklaïdji ou 
Saklandji. La lecture Islabrana est pré^férable^et sans doute plus 
certaine, car elle nous donne le nom des Obotrites, Aboirites (Einhardi 
annal, s. a. 818, 822, 82i) : orientalium Sclavorum, id est Abolrilorum, 
qu'on appelait Oster-abtrezi (géogr. bavar.) Ist-abrana, Est-abrata. Us 
avaient leurs possessions au nord du Danube. Cette explication d'Esta- 
brana esi corroborée par les noms de leurs voisins, relatés par 
Massoudi. 

Ces voisins sont de l'autre côté du Danube, au sud du fleuve. En 
premier lieu ^--jLs-'Uj Drandjabin. Ce sont les Praedecenlini des 
latins, Hrauiizoviens, IJransins, assis aux environs de Mlava, comme 
nous l'avons vu. — Ensuite , ^ULi. Khaschauin, Guduscani des 



SLA VIA, 17. 49 

latins, Koutschani. — Enfin les y,^y^ Serbin, plus éloignés Ser- 
biens. Les Serbin sont très-redoutables; cependant ils relèvent d'un 
empire voisin (byzantin). Cbez les Serbin, lorsque le roi meurt, plu- 
sieurs de ses sujets se brûlent avec son corps et l'on fait aussi périr 
ses chevaux dans les flammes. — Les Serbiens s'étant établi sur les 
terres de l'empire romain, se reconnaissaient, à l'instar des autres 
peuples dépendants de l'empire. 

Les Kroates, situés à l'occident, sont nommés par Massoudi ^^JK^:L 
Kharvatin, ''t^TijOp de ben Gorion, KpoccTioc, Kpa6«TK«, XpuZxroi, 
Xop^cToi des Grecs. — Plus loin sont les SjL'» Morava. 

Quelque part se trouvent les j.rji-^" ^'-'■'=' Menali ou Menabin, dont 
le roi s'appelle j^^_*_xJj Zentobir (De Guignes les appelle Menani et 
leur roi Rantbir). — Peut-être c'est une notice inconnue pour les autres 
histoires ; mais voici ce qui pourrait être applicable à l'interprétation 
des noms arabisés. Blastemir régnant heureusement en Serbie, et 
mariant (vers 840) sa fille àKraïnan fils de Bêla, zoupan trebuonien, lui 
conféra le titre d'archon. Ce litre passa à Falimir, fils de Kraïnan , et 
à Tzutzemir, fils de Falimir. Le nom de tçoutÇ/j//c^o; ne diffère pas trop 
de Zentobir, Tzen tomir, et comme les Trebouniens furent appelés 
Kanale : ils sont les Menale de l'arabe. 

Massoudi connaît les ij^j^) Douleba (Doulaïah chez De Guignes), 
dont le roi s'appelle :s^%^ ^ \^ Vandj Slava (Thala chez De Guignes). 
Les Doulèbes, nous l'avons ^ vu , s'établirent en Bohême : plagaiti 
adauslrakm (dioecesis pragensis) , contra Tculonkos orientales has 
urbes habuil terminales : Chynov , Dudlebi , Notolici, usque ad mediam 
sylvam (dipl. ap. Cosm. prag. p. 5i). Les possessions des Doudlèbes , 
Doulcbes s'étendaient sur les frontières de Bavière (dipl. 1088,1175, 
apud Schafarjik, YIII, 40, 2). Or, les Doulèbcs composaient le nouvel 
état des Tschekhs (Bohême), dont le duc (91G-929) était Vaislav, Ven- 
ceslav, Vandj-slava. Massoudi en est bien informé. 

Nous nous sommes prévenu, qu'à cette cette époque les Arabes ne 
distinguaient pas les Allemands des Slaves. Or, Massoudi compte au 
nombre des nations slaves, celle des Allemands aussi. 11 dit que les 
plus beaux des Slaves, les plus nombreux et les plus formidables sont 
les -Ji^jJ Tourks. Chacun y voit, qu'il parle des Madiars, Hongrois, 
appelés Tourks par les byzantins. De même comme ces Tourks étran- 
gers, il amalgame aux Slaves les étrangers Allemands. Les Slaves 
appellent dans leur idiome un Allemand, Niemetz, et en général tous 
les Allemands rsiemtzi. Celle appellation passa aux étrangers khozars, 
juifs, arabes : aussi Massoudi nous avertit que les plus braves et les 
III. 4 



§0 SLAVIA , 18. 

meilleurs cavaliers de tous les Sklabes sont les j^^^^li Naradjin, 
dont le roi s'appelle iit^s Grana, nom substitué dans la langue arabe 
à celui de Henri. Ce roi est donc Henri l'oiseleur (919-936). (De Guignes 
lisait Nabdgin ou Namdgin et leur roi Ara). 

Du nombre des étrangers comptés aux Slaves, sont les y^L^ 
Sassin. Les Saxons, appelés Sassi chez les Slaves, prédominieant en 
Allemagne du temps de Henri l'oiseleur de la maison de Saxe : les 
byzantins qualifiaient son successeur Otto, roi de Saxe , équivalant à 
celui d'Allemagne. 

18. Qui est le roi ^^y^^ v»îX.U Âvandj, qui a beaucoup de villes, 
qui fait la guerre aux ^ Romains, aux Franks, aux Nogbardes ( Lom- 
bardes) et aux autres peuples, qui sont tantôt vaincus, tantôt vain- 
queurs? L'appellation d' Avandj est la même que de Venceslav, Yandj- 
slava, seulement privée de la terminaison. Cependant, il est impossible 
de présumer dans ce roi guerrier la répétition du roi des Doulèbcs 
Tschekhs, pieux chantre des psaumes dans l'église, éloigné des Nog- 
bardes. C'est un tout différent, un chef de Kroates ou Narentans paga- 
niens, à portée de faire la guerre aux Romains, Franks et Lombards. 
Un autre puissant roi ►!>jJ! v^CL» Dir se retrouve facilement. Dir 
vareg, de la suite des Rouss, s'installa à Kiiov vers 866, comme libéra- 
teur de cette cité du joug des kbozars. Il se lit connaître à Constanti- 
nople, et s'était baptisé; par le commerce il était non moins connu chez 
les Arabes. Le rouss Oleg, en 882, l'avait assassiné par trahison et régna 
à Kiiov, (jusqu'à 912), 'ensuite Igor (9 io) et Sviatoslav (972). Les Arabes, 
suivant leurs habitudes , qualifiaient de Dir, ceux qui succédaient et 
régnaient à Kiiov. Si le nom de Kiiov ou de Rouss ne l'accompagne 
point : c'est que nous ne possédons que de très-faibles fractions de la 
narration de Massoudi, qui n'a pas ignoré l'existence des Rouss. 

De Guignes assure que Massoudi fit encore (dans le chap. 29), men- 
tion d'un pays slave qu'il appelle Noukbard ou Noukirad , Noukard ou 
Noukorod (p. 6, et 27) (Novogorod), dont la capitale était Arnkis qui est 
traversée par un très-grand fleuve Dgiainan. Ce passage a échappé à 
l'attention D'Ohsson, ou plutôt négligé, il n'en fait aucune mention (ôs). 
Tous les Sklabes, au rapport des personnes les mieux instruites de 
leur origine, descendent de ^X^ Mari, fils de Japhet (probable- 
ment ^^L» Madai de la genèse, X, 2), et c'est à lui qu'ils font 
eux-mêmes remonter leur généalogie. — Celte assertion est con- 
tas) l,c savant Frahn , rrlalanl re pnssagi' (llm Fnszlnn , p. 47), rrprptta : ich bcdaurc , dass dioso 
nnmina propria, h'k ht mit araliisth'.T Silirift aiisgodrinkl sind : viellciclit licssfn sic sicli riaiin 
ausinitti'In. 



SLAVIA, 18. 81 

irariée par les relations des autres arabes lYakout, en 1413, savait que 

Seklab descendait de Sabthi, fils de Kassoukhim, fils de Younan, fils 
de Japhet, qu'ils forment plusieurs tribus qui se font la guerre et 
qu'ils sont chrétiens iacobites, d'autres nestoriens, quelques-uns n'ont 
aucune religion, d'autres adorent le feu (Vil, 5). Le géographe 
Kazvini, mort 123G, se rapporte à l'opinion d'Ibn el Kouli, et assure 
queRouui, Seklab, Ernien (Germain), et Frendj, étaient les quatre 
fils de Litta, fils de Relouchim, qui était fils de Jafet. Schems eddia 
dimeschki, en 1386, reprend cette descendance, rectifiant que Litta fut 
fils de Jounan (Javan) , qui était le fils de Jafet : mais il rappelle en 
même temps que les autres firent descendre les Sklabes de Madaï 
fils de Japhet. Si les Slaves croyaient eux-mêmes descendre de Mari 
ou Madai, ce sont les Slaves chrétiens, baptisés, auxquels on a lu la 
genèse de l'ancien testament. La descendance de Mari n'a d'autre 
valeur, que la qualification de Dadan ou Khanaan qu'on leur donnait. 
Il est probable cependant que Mari trouva une position géographique 
dans la table de l'astronome Ibn lounis, qui lui assigna oO" 40' de 
longitude et 59° 56' de latitude. 

Les Rouss et Sklabs sont divisés en beaucoup de nations qui ont 
chacune leur roi et qui se font souvent la guerre. La principale 
nation se nomme bJ.Jj Yelinana; on peut la considérer comme 
la souche des Sklabs. Jadis elle les dominait tous, et son roi nommé 
v_^C5^L» Madjek (chez De Guignes Mahak), recevait l'hommage des 
autres princes sklabes : mais la désunion survint et affaiblit la puissance 
de ces peuples en leur donnant à chacun un souverain particulier. 
Massoudi y ajoute, que c'est un sujet trop long pour être entamé, 
qu'il l'a traité avec étendue dans ses autres ouvrages (Massoudi, 
juouroudj. chap. 32). Or, il se dit être instruit sur ce qui s'était 
passé en Slavonie, et il en a raconté beaucoup de circonstances. 

Voici un Dut d'une haute importance pour l'histoire slave et 
probablomcnt non moins pour l'histoire de leurs voisins. Cependant 
Madjek el Volinanas échappent à toutes les conjectures de nos con- 
naissances actuelles. La nation prétiominante Yelinana, serait sans 
fondement relatée aux Yolyniens ou à quelque peuplade de nom 
analogue, car aucune n'a jamais pris, autant qu'elles sont connues, 
tant d'ascendant. 

Les conjectures basées sur les événement connus dans l'histoire, 
ne laissent pas mieux établir l'époque de la domination de Madjek. 
L'histoire offre deux puissances qui s'étaient formées momentanément 
dans la Slavonie. Celle des Moraves sous Sviatopolk (mort en 894), 
dissoute par les dissenlions de ses successeurs; l'autre plus ancienne 



52 SLAVIA ,19. 

SOUS le chef Samo (mort en 658). Celle des Moraves ne convient pas à 
la relation de Massoudi, parce qu'il a nommé lui-même les Moraves 
particulièrement, sans rappeler leur puissance momentanée. Celle 
de Samo aurait plus de chances à satisfaire la relation de Massoudi. 
Elle durait 55 ans, plus longtemps que l'autre, et Samo était qualifié 
roi ou chef des Vinules, et ce nom est analogue à Velinana. En tortu- 
rant un peu Tappellalion arabe de Madjck au moyen des habitudes 
slaves , ou parvient à y retrouver le nom de Samo entier. L'habitude 
slave rendait les noms des chefs en forme de diminutif : Bolko, 
Prjemko, Leschek, Ylodek, Vanko ou Valzek, Miescliko ou Mieschek , 
ainsi Samko ou Samek, et l'arabe, par la transposition, en a fait 
Madjck. Probabilité très-douteuse. Massoudi se serait-il préoccupé des 
temps aussi reculés? 

L'intérieur de la Slavonie, laboratoire qui déversait tant de peuples, 
ne cessait point de s'agiter. Depuis la retraite des Doulèbes, Chrobates, 
Serbes, il a dû s'y opérer immanquablement de grandes transformations. 
Les traditions populaires nourrirent des réminiscences d'un empire 
slave (Matih. chron. pol. lib. 1), dont l'existence réelle sous un Madjck 
a pu être connue aux arabes, qu'ignore l'histoire écrite en Europe. 
L'activité commerciale des Loudzana et l'établissement des Volyniens 
seraient des conséquences de grandes commotions. Quelques légendes 
défigurant l'histoire postérieure, font croire que la qualification de 
Mesko, Mieschek, Madjek, est générique de chef d'état, antérieure aux 
Mieschek, Mietziszislav de Pologne. Bluettes sorties des ténèbres qui 
s'évanouissent aux regards aUeniifs. Il est à regretter que la narration 
de Massoudi, de la dissidence qui alliiibllt la puissance slave, est perdue 
ou reste ignorée : elle donnerait certainement une lumière sur l'état 
de la Slavonie de cette époque, ferait au moins connaître l'opinion des 
Arabes au sujet de cette dissention. 

Nous avons moins à regretter ce que Massoudi relatait dans ses 
autres ouvrages sur un philosophe qui vivait anciennement (Zamolxis 
ou Dikenes) parmi les Sklabes et qui par ses artifices et ses adroites 
impostures, avait su captiver les cœurs et gouverner les esprits de 
tous ces peuples, auquel enfin on attribue la construction d'un temple 
et de l'idole resplendissante de pierreries précieuses. Massoudi donne 
la description de trois de ces magnifiques temples (Arkon, Retra...) 
(moroudjc, chap. 02) La relation entachée de la fantaisie orientale, 
nous éloignerait trop de notre but géographique. 



SLAVIA, 19. 55 

Ll£KIIITES. 

19. Malaise, inquiétude morale, appât do gain, espérance duue 
meilleure silualion, prédisposent les populations, sont-elles pasteurs 
ou agricoles, à devenir plus mobiles, à se déplacer, dépayser. Très 
souvent cependant les calamités et les grandes catastrophes d'infor- 
tune, décident à s'expatrier. Toutes ces causes agirent sur la race 
slave, quand elle se dispersait dans toutes les directions jusqu'au Rhin, 
jusqu'aux dernières extrémités de la Grèce , s'aveniurant par l'Asie 
mineure. Le grand débordement, grandissant et déclinant, s'était 
accompli dans le courant d'un siècle (550-050), mais la mobilité 
extraordinaire ne cessait de remuer les peuples par l'instabiliié de for- 
lune et les vicissitudes qui forçaient à l'émigration, qui occasionnaient 
de transplantations à la suite des guerres; cette mutabilité de situation 
se prolongait plusieurs siècles, jusqu'au x'= et xi". L'immense perturba- 
tion fatiguait les vastes espaces inégalement. Dans certaines parties 
plus avancées dans le monde étranger, l'élément slave allait s'assoupir 
et s'éteindre; ailleurs il se manifestait dans toute sa vigueur, et 
partout il était destiné à des réformes variées, à la suite de climat, 
de changement dans l'existence, de la fusion des idées, de la civilisa- 
lion avancée : parce qu'ils étaient barbares ces Slaves, ils allaient se 
civiliser. Partout changeait la condition de l'hom.ne, et l'ordre social se 
trouva en souffrance pour prendre des directions très- variées. 

Les Slaves dans leur patrie, au delà du Danube, étaient libres. Les 
prisonniers de guerre chez eux (braniec, braiicc) n'étaient pas esclaves, 
ils pouvaient se racheter ou naturaliser. Les captifs ou les populations 
enlevées et enmenées par les excursions (jeniec , jeiice) , trouvaient de 
suite l'établissement civique (culture de terre) et la naturalisation. 
Dans leur régime populaire, les Slaves, tous égaux, discutaient les 
affaires prospères ou adverses, agissaient ensuite sans égard à la 
décision arrêtée. Sobres, de mœurs rigides, ils ne prétendaient ni 
richesses, ni bonne chère, labourant les terres pour se suffire; 
endurants dans les fatigues, ils aimaient le repos; pour leur sécurité ils 
choisissaient des gîtes moins accessibles. Adorant le Dieu unique, 
créateur et tout-puissant, sacrifiaient, tiraient des augures, vénéraient 
les rivières et quelques esprits (Procop. de belle goth. III, li; Mauricii 
strateg. XI, 5; Leonis tactica, XVIII, 100-107). 

Cet état de leur société , conséquence de leur croyance et de leur 
culte, s'était perpétué de siècle en siècle, inquiété par d'autres, sans 
inquiéter les autres. L'étranger en passant secouait l'intérieur, et l'élé- 
meni vital de la race reprenait sa vigueur. On peut., je pense, présumer, 



S4 SLAAIA, 19. 

que rage de grandes commotions , Ta trouvé tel qu'il éiait dès son 
origine : peu modifié. L'histoire fournit par iuiervalle, par-ci par-là 
l'apparition de l'auîorité d'un pontife, d'un chef , d'une puissance, 
l'apparence enfin de prétention dynastique, et de suite tout retombe 
dans la dissolution populaire, insaisissable pour l'unité de l'action, 
pour la vue éblouie par les mirages historiques; dissolution qui ne 
se laisse refaire qu'après d'immenses agitations et par une opération 
de six siècles (ooO-liOo). 

Le baptême (867-886) disposa les peuples dispersés par la Grèce, de 
renoncer à leur habitude et de se conformer à la soumission des Grecs 
(Leouis taclica, 101). Après la chute de la puissance de la Boulgarie, 
gonflée par l'éiablissement forcée de tant de captifs, les Slaves baptisés 
allaient paisiblement (1016) peupler la Grèce sous le nom de Boulgares, 
étendre le nom de la grande Boulgarie jusqu'au défilé de Thermopyles 
(Benj. de Tudèle chap. i); dociles, dressés à toutes les éventualités, à 
effacer leur nationalité. Les seuls Kroates et Serbes conservaient la 
vitalité de la race. La prise en possession de villes maritimes, les rela- 
tions avec l'Italie et l'empire, n'affaiblirent leur génie, décidant cepen- 
dant de nombreuses modifications. Les Kroates mieux établis, accep- 
tèrent (1091) le régime dynastique de la Hongrie, conservant leur 
existence à part. Chez les Serbes, ceux qui parvenaient à la position de 
vlastelin (possesseur de domaines), agitaient la nation par leurs dissen- 
lions, le peuple ne perdait pas encore autant qu'ailleurs. 

Le baptême a pu sauver l'âme des convertis : mais que dire du sort 
terrestre! En Allemagne, en Karinlie, Frankonie, Saxe et chez les 
Sorabes et Yinules, les Allemands répétaient encore : Ubcri, sicul 
Sclavi soient esse (dipl. 1116, 1136, ap. Ludevig, script bamb.), mais les 
populations laborieuses des slaves passaient graduellement en Leibei- 
gene. Un sort plus dur, plus sauvage attendait encore ceux qui défen- 
daient leurs autels et leur indépendance. — Chez les Bohèmes, la civi- 
lisation matérielle faisant ses progrès, augmentant les richesses et les 
distinctions, inventa la prise de corps et la vente des débiteurs insol- 
vables au profit des créanciers (vita s. Adalb. per. Job. canap. 12, per 
Brun. H); on vendait les captifs (Cosm. prag...). Un trafic, contraire 
aux principes slaves, souilla momentanément les Pomoraniens mêmes 
(Helm. II, 5). Ce sont les symptômes qui touchaient isolément les 
individus ou aggravaient la situation trop spéciale : mais le progrès du 
temps découvre par toute la Slavonie l'état du peuple dégradé d'une 
manière effrayante. 

20. Lorsque les Kroates s'étaient divisé en deux états, ils soutenaient 



SLAVIA, 20. 55 

leur aniilié par des missives réciproques (Const. porphyr. de adm. 
imp. 50). A partir des Slaves qui bâtirent Novogorod, des deux côtés du 
Dniepr habitaient IcsPoIolschans, aux environs de Polota et de Polotzk 
qu'ils bâtirent; les Krivitsches, KpiS/îxxtvot, dont la ville s'appelait 
Sniolensk, uû.ivit/.x; les Dregovilschcs, A^Guyoï^St-rot, qui liabilaicnt 
entre Dvina et Pripel; les Radimiisches et Vialitschcs; ensuite les 
Derevlans, Aspê/-v«vo<, dont la ville était Iskorosl; les Loutzans 
Asv^xvôvot de la ville Loulzk , AovrÇz ; les Volynans où/tivoj; les Polanes, 
Polaniens, qui bâtirent Riiov, iLioi^x; les Sicviers et 2£^§«o« ; les Ulit- 
scbes et Tivertzes, TsêcpStavoi (Tyrigètes) qui occupaient les rivages du 
Dniestr (Tyras, Tourla) et les autres Slaves ; tous ces slaves vivaient 
en paix (ziviachu w niiric, TraznwTat, Const. porphyrog. do adni. 
imp. 9, 37; Nestor, po spisku Lavrenlia p. 5, 7). Leurs villes grandirent 
par le commerce : Novogorod, S.nolensk, Loutzk, Kiiov, Tscliernigov, 
Tçjpvr/wya, Vyschogrod, Bojîr/îaoe, et vivaient en paix. Le régime po- 
pulaire , l'intérêt commun animaient leur fraternité. Il faudrait croire 
qu'aux environs de la Yistule jusqu'aux Pomorans, les peuples avec 
leur régime populaire, nounisaicnt les dispositions pacifiques; que 
dans la grande Chrobalie, la délimitation d'idiomes variés s'accomplit 
en paix. En effet, ni l'histoire, ni tradition quelconque ne mentionnent 
de dissentions continues de peuple à peuple. Les populations s'alliaient, 
se fédéraient contre leur ennemi, se séparaient et se divisaient en paix, 
sauf quelques exceptions extraordinaires. Ce n'est que par l'ambition ou 
l'animosité des chefs, lorsque le pouvoir restait concentré dans un 
chef , que se déclarait l'esprit de dissention, d'invasion, de domina- 
lion. De cette façon un peuple se vit momentanément soumi à un chef 
A'oisin : mais nous ne pouvons pas inventer de conquêtes d'un peuple 
par un peuple : pour en avoir des exemples, il fallait changer l'esprit 
et la croyance par la civilisation. 

Charlemagne transplantait les populations, les rois Boulgars l'imi- 
taient; Boleslav, le grand roi de Pologne, Brjetislav duc de Bohème, 
colonisaient les captifs. Ces événements dépaysaient les populations, 
sans changer leur condition sociale, au moins d'après l'ancien principe, 
ne fesaient que déplacer leur civisme. La fortune favorisait les positions 
civiques des individus. Quand nous voyons les Serbes émigrer, nous 
pouvons être sûr que c'étaient les vlastelins, proceres, d'une position 
plus éminente; le peuple, vulgus, fut plus exposé à être dépaysé. On 
peut dire qu'au sein de chaque peuple la fortune créait une classe plus 
éminente, ouverte, accessible à chacun; le peuple n'enviait pas la jouis- 
sance de faveurs civiques qui lui étaient moins accessibles, il se con- 
tentait de la participation commune dans toutes les affaires publiques, 



56 SLAVIA, 21. 

les chefs agitaient égalemeui les deux classes ; on ne saurait remarquer 
distinctement de collisions intérieures entre les classes civiques, si elles 
ne se seraient dessinées dans les réminiscences des fastes vislulans. 

21 Les traditions répètent; les événements connus qui se déroulent 
en dernier lieu, et la position postérieure préparée par la marche sécu- 
laire, confirment que la condition civique s'était divisée en deux classes, 
que les populations étaient agitées plutôt par la prépondérance de l'une 
d'elles que par l'ascendant de quelque individu. Lutte civique, qui se 
prolongea de génération en génération sans déranger l'étal social. Le 
peuple, kmet, kmiecie, vulgus, tenait à la possession de petites por- 
tions indivisibles qui dépendaient du domaine, gardait l'égalité de con- 
dition. La classe plus avaniureuse des lekhs, lech, lechites, s'emparait 
de possessions spacieuses, de domaines, de terres divisibles , qu'elle 
qualifiait de libres, vola. Plus d'une fois, diu agilali, non sine proclio et 
periculo, les deux classes marchaient ordinairement d'accord, culti- 
vaient et administraient leur patrie en bonne harmonie. Il n'était pas 
sans exemple que l'administratio reipubllcœ Immilibus cl incerlis cessit 
personis, nulla prorsus vel vulgi vel procerum suggillante invidia. On 
avait des exemples qu'un originarius, fils d'un captif ou d'un prisonnier 
de guerre s'élevait aux plus hautes dignités. Plus souvent la république 
restait rege orbata, sine rcge claudicans. Le peuple prenant l'ascendant 
établissait son souverain conseil, kmet, kmiet, et disposait de la 
république. Les lekhs aimaient mieux avoir un chef, un Leschek, et de 
principes succedancos , sous lesquels brillait maintes fois, immensitas 
imperii (39). La fortune balançant le succès : les séditions éclataient de 
part et d'autre et c'était probablement à la suite de ces commotions 
que se déclarait la scission des tribus lechites sous la conduite de 
Radim elYialko, qui s'assirent sur Soj etOka; qu'un Lekh conduisit 
les Chrobates en Bohême. 

22. Le sort du peuple des Viatisches et Radimitsches n'était pas 
avanfïigeux. Exposés aux invasions, ils participaient très-faiblement au 
trafic et partageaient la destinée des voisins. L'activité slave s'était con- 
centrée dans de grandes villes marchandes où grandirent les richesses 
et l'opulence. Là discutait l'esprit populaire, exténuant la vitalité des 
campagnes épuisées par les courses des chefs rousses, de knez, descen- 
dants de Rourik, de boiars. L'élément byzantin s'associant à celui des 



(59) J'emprunte Its expressions de Matlbée aux armes de choleva évèque de Krakovie, 1166, le 
fcul des Iiistoriens qui , dans sa bizarre narration, donne la clef à expliquer; cciixii est attesté 
vers 1130 par l'iiiiioricn Gallus. 



SLAVIA, 25. 5/ 

varegs, couvrit de son linceuil l'organisalion vivaiile. La législation 
s'empressa de distinguer les hommes libres, svobodniie, des asservis. 
Bientôt les apanages déchirent tou5 ces Slaves qui recurent le nom de 
Russes et de Russie, le souffle byzantin glace le génie slave, la trame du 
peuple se pelotonne sur un triste avenir. 

23. En attendant, sur les plaines de la Vistule, la prépondérance des 
lekhs se déclarait à tel point, qu'on y distinguait quatre peuples par 
leurs noms. Les Mazoviens, Mazovschanie; Luticzi, Lucie (Gall. II, 58), 
Licicaviki ou Licicaniki (ap. >Vitik. III, GG) , Leczicanie: Polanie, 
(Bolani, Pulani), et Pomoranie; tous les quatre se sont appelés 
Lekhites (siedosza na Vi^lie i prozwaszasia Liachowe, Nestor, po 
}arv. spisku p. 5). — Mais les lekhs s'agitaient dans la Chrobatie 
orientale en s'emparanl de ses villes (Premisl , Tscherviensk , Czer- 
viensk, Russie rouge); ils étaient sans doute assez puissants dans toute 
la Chrobatie, d'où ils conduisirent les Chrovaies en Bohême, et ils 
figurent dans une éminente position chez les Tschekhs. Ils ne préten- 
daient point asservir le peuple , cette conception ne s'insinuait point 
à leurs idées qu'à la suite de la civilisation qui dardait ses rayons de 
l'occident. Il semble qu'en Bohême ils réussirent à scinder la classe 
kmetone, d'en former les kmetons supérieurs, qui firent cause com- 
mune, et le peuple passa dans une condition analogue à celle du peuple 
en Allemagne. 

Dans les peuples lekhites et chez les Chrobates les affaires n'allaient 
pas du même train. Il semble que les lekhites réussirent d'établir et 
de prolonger le régime d'une dynastie sur les Polaniens et leurs 
associés Kouiaviens : de Leschek et Popiel (750-8G0). La tradition 
flétrit cette dynastie de nom de popel, cendre , elle qualifia de ce nom 
les autres princes de cette époque (Vischevit ou Vislav de Vislitza est 
un de popels), elle répétait : sub cincre maxima vUjet virlus scintilla- 
Tum et savait qu'une révolte renversa le régime cendreux, élevant au 
trône un kmelon polanien (rusticus, agricola) Ziemovit fils de Piast, 
dont la postérité régna, modérant l'intérêt et la condition des deux 
classes, soutenue par les lekhs. Ils cherchaient d'étendre la domination, 
et les faits d'armes consolidaient le droit dynastique des Piasts. Les 
Lentschitzaniens et les Maxoviens s'unirent plus facilement, mais les 
Pomorans, chez lesquels l'élément populaire avait le dessus, se sépa- 
raient de l'union plus d'une fois. 

Rien ne fait présumer qu'il y ait eu quelque collision de la domination 
des Piasts avec la Moravie, à laquelle Vislitza depuis 884, et la 
Chrobatie paraissent appartenir. Au moins est-il certain , qu'après la 



58 SLAVIA, 25. 

chute de la Moravie, 898, la grande Chrobalie, exposée aux iucursions 
des Piclscliings, des Madiars el des Allemands, se soumit à Oiton le 
grand (Const. porph. de adm. imp. 30, 31). Melhodius y fesait sou 
apostolat, les chrétiens de Moravie s'y retiraient après sa chute, 
Krakov était le chef-lieu de celte Chrobatie. Lorsque l'évèché de 
Praga fut fondé en 96G, tout ce qui se trouvait dans la dépendance 
d'Olton ou de la Chrobalie devait composer le diocèse. On comptait :\ 
lui la Chrobatie jusqu'au fleuve Slir et le pays ultramontain jusqu'au 
Danube, où la province Vag paraît aussi s'appeller Ruhia , en coui- 
mémonilion des Rougs, dont les débris se laissaient distinguer un 
certain temps dans celle partie de la grande Moravie (4o). 

Meschko, Mielschislav, roi des lekhiles , cuius poleslalis erant Slavi 
qui dkunlur Licicaviki (Wilik. III, 6G) , régnant sur les trois peuples 
lechites, par ses possessions à l'occident, au delà de Bober, rencontra 
les Allemands, qui s'étaient emparés de Luzices. Vaincu, 963, lui-même 
se soumit à l'empire : impcrutori fidcUs, tribulum usque in Yurla 
fluvium solvcns (Dilm. II, 19). Il se lit baptiser et par la qualité de 
marchionis, comilis, ducis, ralfermit sa domination. Après sa mort, 992, 
Boleslav, ne voulant pas souffrir les prétentions aux apanages : 
novcrca et fralribus eccpulsis , cxcccalisquc familiaribus suis Odilicno 
alque Pribuvoio, vulpina callidilate, rcgnum Iraxit in unum (Ditm. 
IV, 57) (il). Par ces temps là Boleslav II duc de Bohème, se félicitait 



(40) La législation bavaroise des années 87C-880 et 900, dit : Sclavi qai de Rugis vel de Bobonianis 
mcrcandi causa exeunt, etc. {Ant. Fel. Oel'elii, nionum, boica 28, U, 103; Aveutini, annal, bojor. IV, 
p. 288; Goldasti, rer. bioc. script, p. C'J8, 7IS). — Terniiui aulem ejus (scdis prac-gensis) occidcntem 
versus hi sunt : Lugast quae tendit ad médium fluniiuis Cbub (Eger), Zelza et Liuscna, cl Dascna, 
Liulomerici, Leniuci, usque ad mediam sjlvam qua Buemia liraitatur. Diende ad aquiloueni bi suut 
termiui : Psowane, Cbrowali, cl altéra Cbrowati , Zlasane, Trebowauc, Buborane, Ucdoscse, usque 
ad mediam sylvam qua Milcianorum ocurruut terraini. Inde ad orieutem hos fluvios babet terminos : 
Buo (Bug) scilicet et Ztir, cura Rrakova ciuitate, provinciaque cui Wag uomeu est, cum omuibus 
regionibus ad priedictam urbcm pertinentibus qu* Krakova est. lude Ungaiorum limitibusaddilis 
usque ad montes quibus nomcn est Tritri, dilatata procedit. Dcinede in ea parle quae nieiidicm 
respicit, addita reginne Sloravia usque ad flumeu cui iiomen est Wag, et ad mediam svlvam cui 
nomcn est Mure, et eiusdom monlis eadem parocbia tendit qua Bawaria limitatur (ap. Cosm. prag... 
ap. Lunig teutschc Reicbs arch. conlin 1, p. 230). Le diplôme est fabriqué entre 1037 cl lO'Ji (Otblo, 
vila s. VVoUkangi eppi ralisp. 20) conQrmé en 1086. 

(41) L'u de familiaribus , Oagon , s'est retiré avec la reine noverca Oda el ses fils, à Rome , où ils 
fireul cession de leur étal à S. Pierre. Celle cession indique les limites de la doniiualion de père 
Micczislav : Dagou index el Ole senatrix, et lilii eorum Misca el Lampertus (devenu moins), (leguu- 
lur) sancto l'elro conlulisse unara civitaleni Scbiuesgbe (Gnezuo), cura omnibus suis pertinenliis 
ialra hos aOines : sicul incipil a primo latore, Longum mare (Pomorauia), fine Pruzra, usque in locum 
qui dicitur Russe; el fiues Russe exleudenle usque iu Cracoa, el usque ad llumen Odere reote iu 
locum Alcniurc (sylva Murc'i; el ab ipsa Alomura, uscjuc iu Icrram Mili;v; et line Milzae, rcclo in terra 
Odere usciuu iu pra'diclam ciuilalem Scbiuesgbe (donatio Job. XV, auuo circil. OOK. ap. Muratori 
anli(i. Ilalia- ini;dii ajri , t. V, p. 831; confcr. Ditm. IV, 28). — Milzieni, Pomoraui , Prussi , Russie 
Krakuv ou Clirubatia sont exclus, sont limitrophes. 



SLAVIA, 23. 59 

qu'il a pu occuper Krakov et rétablir les limites du diocèse jusqu'au 
Stir : mais à peine a-t-il fermé ses paupières , 999, Boleslav le grand 
s'empara de Krakov, de toute la Chrobatie, de la Moravie et de can- 
tons de Silésie (42). Il accepta dans son alliance et sous sa domination 
les Pomoraniens(Gallus I, 0; Malb. II, 13; Boguph. inter script, siles. 
sommersb. II, p. -5) confœderatus cum Otlone , omncm Slaviam qitac est 
uUra Odoram tribulis subiccil (Helmold, I, 15); pax continua fuit, 
car tout à l'ouest de l'Oder était cédé à Otion, et pacifié par la 
coopération de Boleslav; les Lutizi furent la part de l'empereur (Bruno, 
vita S. Adalb. 2G). 

Au mois de mars de l'année 1000, Otton III visita en souverain le 
corps de l'apôtre Adalbert à Gnezpe, organisa la hiérarchie épiscopale 
dans les états de Boleslav, la Chrobatie allait désormais former uu 
dioccce à part (Ditm. IV, 28). Emerveillé du faste de la cour et de la 
cordialité de Boleslav, il déclara qu'il serait indigne de qualifier de duc 
un monarque aussi grand, et pendant un festin, uccipicns impériale 
diadema capilis sui, capiti Bolcslavi in amiciciœ fœdus imposuit, 
reconnut sa royauté et se désista de sa souveraineté (Gallus, I,G; 
Matth. II, 11; Ditm. V, 6; etc). Après sa mort 1002, une longue 
guerre s'était engagée avec l'Allemagne. Boleslav ayant ses adhérents 
en Bohême, s'était emparé momentanément de ce pays; par le traité de 
Boudischin, 1018, il acquit les Milziens, les Louzices, les Loubouschcs 
au delà de l'Oder (Ditm. IV, 24, VI, 48, VII, 36; annal. Saxo, p. 4G0). 
Il visita kiiov où il avait aussi ses adhérents : mais il se contenta du 
butin et de la soumission tributaire (Ditm. VIII, 16; annal, quedl. 
6. a. 1019; Nestor, t. I. p. 125; Gallus, I, 7). A la fin, il se fit solen- 
nellement couronner de sa propre autorité en 1025, et bientôt sur le 
lit de mort, il présageait les séditions et les grandes commotions. 

24. Boleslav le grand désigna pour successeur son fils Meschko, 
Mieczislav II, né d'une simple slavone, et à Otto-Bezbraim, sou 
premier né d'une princesse de Hongrie, il destina la Ruhie Vag comme 
apanage, in Ruhhiam (Russiam) provinciam pcpulil (Wippo, édit. 1751, 
Pistorii, t. III, p. 470, 477). L'usurpation momentanée d'Otton- 
Bezbraïm, qui périt 1052; le retour de Mieczislav II, à condition des 



(-12) Une légende du xiii* siècle détermine les limites des conquêtes du sud, ou de la province Vag 
Rouliia : termini Polonorum ad littus Danubii, ad ciuitatem Strigouicnscm lerminabantur; dein 
uiagiiensem (in Apriensem) ciuitatem ibaut ; deiu iu lluuiiim qui Cepla nun cupatur, u&quc ad 
castrum Galis (IlalitscU;, ibique intcr Ungaros, Rullienos et Polonos lincm dabanl (cliron. polon. 
mixta uogar. vita S. Steph. 7, mspti p. 35i). A partir d'Agria, Erlau, elles touchaient, Teisse, Cissa, 
et longeaient en montant les rivières Sodrog et Toplia, Ccpla, jusqu'à sa source et les montagoes. 



60 SLAVIA, 24. 

apanages à sou frère cousin Théodoric qui pcrit 1035, et à son neveu 
Roman, fils d'Ollon-liezbraim, qui rentra dans la possession de Ruhie 
Vag (pour la transmettre aux Hongrois : Emericus dux Ruizorum); le 
divorce de la reine Rixa, n'étaient que les préludes de la conflagration 
(Gallus 1, 1, 8; annal, hildesh. s. a. 1028, 1050, 1031, Wippovita Henr. 
salici, p. 470; nionach. brunwiller. vita Ezonis 3; Boguf. ap Som- 
mersb. t. II , p. 26; elc) (is). 

i'tinam igncm scdUionis accendentes dcum cl hmmnem vereanlur 
(Gallus, I, 10) : mais ils n'auraient pu l'enflammer, s'il n'y avait 
pas de causes, et ces causes irritaient trop longtemps le civisme popu- 
laire et national. La reine Rixa allemande, qui gouvernait (1054-1036) 
s'enfuit; le jeune Kazimir se retira. Scdicionanlur cives (kmetons), 
dissipalionc dissipalur terra (Matth. II, 15); adversus episcopos et 
sacerdotes dei , scdicionctn inceperunt , eorumque , quosdam gladio , 
quasi diguius , pcremerimt, quosdnm vcro, quasi morte dtgnos viliori, 
lapidibus obrucrunl; chrislianilas bene inchoala et roborula, flcbililer 
disperiit (Gallus, I, 19; annal, hildesh. s. a. 1054). Ensuite, contra 
nobiles (lechitas) , liberali (kmetoues), se ipsos in dominium cœtulcruyit, 
aliis in servilio versa vice delenlis, aliis peremptis (Gallus, I, 19). 
L'invasion bohème aggrava le malheur; elle commit d'effroyables 
destructions; la province, surtout des Polanieus, changea en désert 
sans habitants; ailleurs on s'organisait en désordre, vindicarice potesta- 
tcs, priyicipes abortivi. La Mazovie seule constitua une unité sous le 
chef de son dignitaire Masiav, homme du peuple, sordido famulilii 
génère, avo originario; elle offrit un refuge au peuple. Après plusieurs 
années reparut Kazimir pacificateur, non sine proelio. L'accommode- 
ment civique fut terminé par une sanglante victoire 1042, et la chute 
de Masiav secouru par les Pomoraniens (Gallus, l, 20; Matth. Il, 15). 
L'accommodement n'était point à la pleine satisfaction du peuple. 

Boleslav II le hardi, tout jeune encore, releva la renommée et la 
puissance de ses états. 11 réglait les affaires de la Hongrie (a), de la 
Russie , sans négliger l'intérieur de ses états où fermentait une nou- 
velle explosion. Le peuple ne pensait plus à son antique croyance, il 
voulait reconquérir son droit, anliquum mes , sons la sauve-garde de 
l'évangile et de son baptême. La nouvelle doctrine et la nouvelle 



(•13) Ce que je dis de Vag Ruliia je le dois à l'heureuse explication d'Auguste Bielovski dans sou 
ouvrage : introduction critique : wstçp kriticziiy do dzieiow Polskicli, Lw6w, 1831; ouvrage plein de 
juslos et iiigc'uieus(>s observations. 

(U) L'apologiste de Boleslav, déversant sa liaine contre les lekbites , s'écrie : et liccl essct tacen- 
durn, tamcn, ne Veritas gcstoruin obiiubilarolur Magarones , boc est Ungari , totiin suam potcnliam, 
a Tulouis Uabebant et cxlrahcbaut et roborc curum scnipcr pugnaruut (logenda scti Steph. sub fine). 



SLAVIA, 24, 61 

discipline ne cessaient de le contrarier et de l'humilier , elle soulevait 
dans le mariage -impcdimenhim condilionis : le peuple apprit qu'il 
peut être considéré comme esclave. Il conspira et se souleva , s'empa- 
rant de places munies, il se fortifia : factio servorum in dominos con- 
spirala, firmanl municipia, domlvns, non solum arccnt rcversuros 
(e Russia) , scd et reversis beUum mflirjunl. Les insurgés épousaient les 
filles Ickliitcs qui donnaient volonlières leur conseniemcnl : filias 
dominorum ad sua vola inflcclunl , quœ uUro conscnscrunl (Mallh. II, 
17, 19). Vladislav Herman, frère du roi, prit alors en mariage une 
fille de peuple (ancillam), une kmetone qui lui mit au monde le 
premier né Zhignicv. Boleslav le hardi accourut de son expédition et 
prenant le parti du peuple, répétant : phbe remota quid rcx erit! in 
suos bcllum ab hosiibus translulU (Matth. II, 19). Il sévit contre quel- 
ques-uns des seigneurs : convocalo lolius regni concilio, prœcipuos et 
maiores capilis abscissione damnauil (vila seti Slanislai, 15) : mais il 
n'a pu arrêter les excès, quand le peuple en colère déshonorait les 
liens conjugales des Ickhiles , quanJ populus vix cxpugnalus, fut 
exposé à la vengeance, pro singulari terne rilalc , singularibus pcrdidcre 
suppliciis (Matih. II, 19). Boleslav voyant que le peuple, vix expu- 
gnatns , ne pouvait plus résister , cum millus rusticorum fugiiioo 
obediret, pairibus invisus (1079), Ungariam sccedit (Gallus, I, 29; 
Matth. Il, 19). 

Malgré la victoire et le châtiment particulièremenl infligé, l'agita- 
tion continuait longtemps, énervant lentement la vitalité populaire. 
Vladislav Ilerman, élevé au trône de son frère par les lekhitcs, a dû 
répudier sa femme et renier son premier né. Mesko fils de Boleslav, 
rappelé, périt empoisonné (1089). Tola Polonia Jugebal (eum) , sicut 
mater unie i mor lui fdii : ruslici, paslores, artifices, operalores, pucri 
et puellœ, servi et ancillœ. (Gai. 1 , 29). Reparut cependant sur la scène 
politique (1095), le hien aimé Zhignicv: le tout puissant palatin 
Sicciekh , ignobilcs nobilibus prœponebal (Gai. II, 4-, 16), L'indolant 
Vladislav Herman et le misérahle Zhignicv témoignaient une singu- 
lière prédilection pour la Mazovie et la Kouiavie qui donnaient tant de 
force à Maslav. Une sombre agitation préparait un triste dénouement. 
La puissante cité Krousehvitza (1096) succomba presque rasée; les 
postes avancées des Pomoranicns , chez lesquels la question populaire 
se concentrait en dernier lieu, cédaient et les plus formidables posi- 
tions maritimes (1 105-1 121) tombaient dans les mains des lekhitcs. 

25. Les Pomoranicns, comptés au nombre des peuples lekhitcs, 
bien que de la même nationalité que leurs frères Polaniens, formaient 



62 BLAYIA, 25. 

une spécialité à part, autant par leur situation, que par la direction 
qu'avait prise chez eux la marche de la civilisation et des relations 
extérieures. Éloignés de la sanglante propagande du christianisme, 
séparés de la Pologne par d'immenses forêts vierges , à peine étaient- 
ils liés par quelques pactes convenus qui les obligeaient de payer un 
subside, d'assister à quelques expéditions et de la part de la Pologne, 
on ne sait pas s'ils eurent de secours obligés. 

Par leur position maritime, ils se trouvaient cependant exposés aux 
irruptions étrangères. Le danois Harald blaatand, secondé par le 
suédois Stirbiorn, vers 980, prirent une position forte dans une île de 
l'embouchure d'Oder. Ils l'appellèrent Hymsburg, Jomsburg (Jomswi- 
kinga saga, 23; knytlinga, 1 ; Svain x\agesen , ap. Langebek, I, p. 51; 
Saxo, X, p. 182), position très-commode pour la piraterie et pour les 
expéditions maritimes des ^vikings. L'organisation que lui a donné 
(vers 988), Palnaioke (mort vers 990), n'était pas de longue durée : 
sous son successeur Siguald, la force des wikings fut brisée. Jomsburg 
rentra sous l'autorité directe de Danemark. Knout le grand l'a confié 
(en 1050) à son fils Sven, qui l'abandonna allant (1054) en Norvège, 
(Knout mourut 1056). Les Pomoraniens recouvrant cette possession en 
firent une grande et commerçante ville Iulin ou Wolin. Si les danois 
depuis Magnus (mort lOiS), jusqu'à Nicolas (1107), cherchaient à 
regagner leur station, ce n'est pas qu'ils se seraient emparés de la 
cité, niais qu'ils reprenaient une position qui pouvait inquiéter les 
Pomorans (is). 

Quand Otto III, dans l'année 1000, érigeait un évcché, in parlibus 
infidelium, à Kolberg, c'était un acte diplomatique, par lequel il 
reconnut la souveraineté de Boleslav sur ce pays. En effet, l'autorité 
de Doleslav et des rois de Pologne n'était point désavouée par les 
Pomorans : mais ils restaient fidèles à leur culte national et à leurs 
institutions. Dans leurs sanctuaires restaient debout les idoles , 
sculploria arle incrcdibili pulchriludine cœlala (vila Ottonis bamb...). 
Dans la cité Iulin fiamboyait oUa Vulcani (znitsch); csl sane ma.iima 
omnium quas Europa claudil ciuitatum ; urbs mcrcibus omnium scplcn- 
trionalium nnlionum locuplcs ; quam incoJunt Slavi cum aliis gcnlibus 
grœcis (de Novogrod), et barbaris (Nordmannis, Estonibus, Prussis), 
nom advenœ Saxones parcm cohabilandi legem acceperunt , si lamen 
chrislianilatis (itulum, ibi morantes , non publicaverint , (Adarai breni. 
bist. eccles. cap. (GG) 12). 

(•t."» 1)10 Ziigo ilpr I>nnrn narh wf'nilfn, voii N.- M. retrrscn, ubcrsrtil von C. Diukimk Holm 
l'eld, iluns los mt'niuiri's Jcs nnliqiiaires ihi nord , )8W. p. ÎOU ot suivantes. 



SLAviA , as. 63 

La prospérité des Pomorans grandit par mer et par terre. On 
ignore comment, par des forêts inaccessibles, ils prirent de fortes 
positions tout le long de Noteiz; profilant des guerres civiles, ils se 
barrèrent de l'Oder jusqu'à la Vistulc , contrariant l'esprit lekhite. 
Du temps de Zbigniev et de Boleslav III, les Polonais ne possédaient 
au delà de Noletz qu'un seul Zantok rcgni custodia et clavis (Gal- 
lus, II, 17). Les casteîla Velun (Gall. II, 48), Czarnkov (II, U), 
Ustie (II, -47), Naklo (I, 5; III, 1, 20), couvraient les frontières des' 
Pomorans; le plus formidable Naklo gardait un oppidum (Gall. I, 3). 
Sur le bord de la Yistule ils avaient oppidum ^Vyscgrad, castcUum 
Ulud in angulo silum fluviorum, Mazovienscs per Wyslam fluvium 
navigio veniebant (Gall. III, 28). De l'autre côté des frontières 
Medzyrzecz castrum, ayant des oppidans était en possession des 
Pomorans (Gall. II, 14). 

Les Polonais ayant pénétré dans l'intérieur rencontraient partout 
des places munies : seplcm caslcllis acquisilis (Gall. III, i), tria casteîla 
ccpit (18), aliud caslrian (26); caslrum Bytom (II, 51). Pour y arriver 
il fallait se frayer le chemin par des coupes {le). 

Le chef-lieu des Pomorans était Bialygrod : ad urbem rcgiam et 
egregiam Albam nomine pcrvcnissct... civilas (Gall. II, 22), m mcdio 
lerrœ, civitas... Alba... urbs quœ quasi cenlrum, terrœ médium repu- 
tatur (II, 39), située sur Persanla, à l'embouchure de laquelle, urbs, 
civilas, Cholberg, Kolobrjega, non-seulement gardée psiv un castrum 
mari proximum , mais munie du côté de la mer et de la terre ; 
entourée de suburbia; urbs opulenta divitiis , munitaquc proxidiis ; 
divitia suburbii, maritimœ divitia;, opes equoreas (Gall. II, 28). Cité 
émule de celle de lulin, fut prise en 1107. Iulin ne fesait pas tant 
de résistance, Ulininn civilas dci summi , a chrislianis capta est 
(relatent à l'année 1099, les annotations du manuscrit de Santko, 
p. 15, a; la date paraît-élre anticipée). Les Pomoraniens défendaient 
leur sol pied à pied. Enfin Boleslav III, profilant de l'hiver rigou- 
reux (1121), traversa la rivière Rcga et les marais gelés et s'empara de 
la cité Steilin, considérée pour la capitale et réputée imprenable 
(Sefridi, vila Ottonis bamb). 

Un pacte détermina une dépendance plus intime des Pomoraniens. 
Ils devaient payer 300 marcs d'argent annuellement, armer de chaque 
dixième chaumière un contingent et devaient, sous leurs propres 



(-IC) Per dcscrtnm Cholberg veniunt (G-iII. II, 28); nemns qnod (112-1), transihamus niilli ante 
morlalium perrinm erat, nisi quod siiperioribus annis (1107) dux Polonia;, sectis, si^atisqiic 
arboribus viam exercitos cxcidcral (Sefr. viu Oitonis bamb.). 



04 SLAVIA, To. 

princes, gouverneurs et castellans, complcf sur auxiUa Polonorum 
(Scfridi, vila Oit. bamb. 11,29). Otton, évêque de Bamberg (H24), 
alla convertir et baptiser, il visita Piritz, Kamiu, Julin, Slellin avec 
succès (Sefr. vita Ott. II, 13, 25, 25; Helm. I, 40, 10), institua à sa 
place un évêque pour lequel un ëvêché était fondé jusqu'à Leba, 
par laquelle il était séparé du diocèse de Krouschvitza , qui s'étendait 
sur la Ponieranie orientale de Dantzik, baptisée depuis longtemps 
(Sefr. vila Ott. Il, -iO; Dregeri, cod. dipl. poin. t. I, 1, 2; Lunig, 
t. II. Anhang p. 4). 

La soumission et le baptême des Pomoraniens énerva l'esprit 
populaire. L'agitation s'était enfin fatiguée et épuisée chez les 
Polaniens; les collisions entre les iiemianie , terrigena;, prenaient 
une autre direction : mais la séparation sociale parmi les indigènes 
ne pouvait s'accomplir aussitôt. La possession des terres et la con- 
dition civique ne les distinguaient que trop, mais les liens de famille 
les rapprochaient encore. La doctrine de l'inceste : mulieres ingcnuœ 
scrvili proslilulœ inccstui (Malth. II, 21), ne pouvait prendre d'assez 
profondes racines. Quand même elle opérait la triste séparation en 
castes, il fallait plusieurs générations pour désapparenter les lerrigenœ 
kmelones, de ceux de bene nali el posscssionati lechilœ, qui se quali- 
fiaient de z lachcic, slechcic , slachla, schlachla, comme issus et 
descendants des lekhs. Les slaves russiens appelaient toujours la 
nation par leur nom. Dans l'intérieur, l'état qu'ils formaient n'avait 
pas de nom, il formait un éiat slave de plusieurs peuples. Les 
Allemands et à la suite la cour de Rome, l'appelaient Polonia et 
toutes les provinces réunies aux Polaniens, acceptaient ce nom. La 
Pologne seule dans les vastes espaces au nord des karpates, après 
tant de secousses a su établir un état indépendant, animé par l'élé- 
ment indigène qui se concentrait dans les descendants des lechites : 
mais son existence chancelait encore quoniam hahuit regcm , nunc 
oulem ducihus gubcrnalur; servit el ipsa par Thumiliant traite de 
Kargov 1157, sub tribulo impcraloriœ maiestalis (Helm. I, 1, 9, 10); 
champion de l'église et de l'empire, disposée à fournir pecuniam et 
miUlcs in auxilium romanœ ccclesiœ (Gall. III, 2), se transformant au 
préjudice du peuple, elle n'était plus capable d'intervenir dans les 
affaires des Vinules et de sauver leur existence {i^). 

2G. Les Vinules restaient encore debout , souvent tributaires , qucl- 

(47)- Sur lo sort nltoriiMir du poiiplc voyoz mos rousiilérations sur l'i'lal politi(|UC de l'ancionne 
rolofjnc et sur riii5loiic lie son ponpio, n«i se trouvent dans mon histoire de Pologne , publiée à 
Mlle, 1844. 



SLAVIA, 25. 65 

quefois forcés au christianisme, ils étaient presque indépendants, 
gardaient leur culte national et leur organisation. On a pu remar- 
quer quelques divisions parmi les chefs des Obotrites, mais partout 
ailleurs bonne harmonie, par laquelle prospérait l'union des puissants 
Velelabes Luiices. Tout d'un coup, vers 1050, de part les Kizins et 
Zrezpanes éclatent des plaintes contre la domination oppressive des 
alliés Redares Dolences. Les séditions sont suivies d'une guerre achar- 
née : les Zrezpanes restent vainqueurs. Les Redares, humiliés et 
exténués appellent l'assistance des Obotrites, des Danois, des Alle- 
mands et écrasent les Zrezpaniens, énervant leur propre vitalité. 
{Helm. I, 21). Véritable suicide de la nation. La sainteté du lieu 
resta encore intacte, mais les Redares et les Lutices ne reparaissent 
plus avec leurs drapeaux, leur existence est à peine mentionnée 
jusqu'à la ruine totale. 

L'avarice insatiable des Allemands (dit Helmold), empêchait tou- 
jours l'établissement du christianisme. Mais l'infatiguable propagande 
ébranlant les convictions, faiblit les Vinules. Lorsque Boleslav III 
parut à l'embouchure de l'Oder (H21), les Lutices et les Rougs se 
jetèrent sous la protection de cet apôtre de l'évangile. Otton de 
Bamberg (1125) prêcha chez les Lutices, (vita Ottonis...). Peut-être 
à la suite le sanctuaire redarien fut silencieusement démoli : les 
Rougs restaient payens. L'empire inquiet, réclama (1155) les rede- 
vances, tribuium, de la possession qui s'est soumise d'elle-même 
(Otto frising. VJI, 19). La croix était implantée dans le centre, et 
de gros nuages de croisade présageaient de terribles orages. Le 
premier essai (1147), n'avait pas de succès (Helm. I, 62; Saxo 
gram. XIV, p. 255). Mais les Allemands et les Danois jurèrent la 
destruction des Vinules; les chefs couronnes et mitres, les évêques 
dirigeaient les expéditions successives. Les Vinules se préparaient à 
résister, à soutenir les derniers combats, sans alliés, sans secours. 

Chez les Vagires, les Allemands réussirent (1151-1155) à se for- 
tifier et démolir, non sine melu, le sanctuaire de Prove (droit, juge 
suprême) el recesserunt Slavi qui habilabanl in oppidis, et vcncrunt 
Saxoyies el habilaverunl illic. Dcfecerunl que Slavi paulatim in terra : 
crevit ergo opus dei in Wagirensi terra , (Helm. 1 , 85). Albert 
l'ours (1152-1162) soumit les Brizans et les Stoderans, dépeuplant 
leurs pays : ad ullimum deficieniibus sensim Slavis, misit Traieclum 
et ad loca Rheno contigua; insuper, ad eos qui patiebantur vim maris, 
Hollandos , Seelandos et Flandros el adducit ex eis populum magnum 
nimi/t , el habitare eos fecil in urbibus et oppidis Slavorum : ainsi que 
la dîme aux évêchés de Brandeburg et Havelberg, dont ils étaient 
m. s 



G6 SLAVIA, 27. 

privés, augmenta immensément (Helm. I, 88). Le roitelet Pribislav 
sauva son peuple : il en lit cadeau au même markgrave (fragm. chron. 
brand. ap. Mader, p. 264). 

La terre des Obolriies était assez dévastée, lorsque (H64), à l'aide 
de Dieu , le pieux Henri-le-lion allait consommer l'œuvre : terra 
Obolrilorum et finilimœ regiones , novissimo hoc bello in soliludinem 
redaclœ. Si quœ Slavorum extremœ remanserani rdiquiœ, tantœ incdia 
confecli sunl, ut congregalim ad Pomeranos sive ad Danos confugere 
congerentur , quos illi , nihil miserantes , Polonis , Sorabis atque 
Bohemis vendidcrunt. De celte façon sur le continent : omne robur 
Slavorum consurnpsissel usquc ad (incm (Helm. II, 5). Cependant les 
Danois avaient de longs démêlés avec les petits chefs des villes mari- 
times, Rostok, Bart, Volgasl. Leur héros, l'évêque Absalon, plus 
humain que les Alleniands, ne voulait point exterminer le peuple 
qu'il appelait à la foi. Les insulaires, après une résistance prolongée, 
consentirent en 1108 à la destruction de leurs idoles et se soumirent 
aux Danois (Helm. H, 12). Le génie slave expira par une longue et 
doubureuse agonie; malgré la déconfiture des forces vitales, il n'a 
succombé qu'après une résistance opiniâtre et désespérée. 

La Pologne n'a rien fait pour sauver de la destruction les frères qui 
se jeltaient sous sa protection : après tant de permutations qui l'ont 
agitées, elle était faible. Le baptême n'a pu cependant préserver la 
race slave de l'aggression civilisatrice. A peine le baptême mit au 
silence les fêtes populaires aux environs des embouchures de l'Oder, 
les princes chréliensse disputaient le territoire. Lesducs de Poméranie 
partiigeaient les dépouilles, exposés eux-mêmes aux attaques des Danois 
(inO-H85). Ils fesaient partie de la Pologne par les pactes de soumis- 
sion et on ne voit pas d'auxiliaires polonais, quand ils furent forcés à se 
soumettre aux étrangers. 

27. Le génie slave allait périr, étouffé, accablé, écrasé : mais ne 
dégénérait pas encore dans le sentiment de ses enfants. Ce n'est que 
dans les domaines des Uouriks-rouss que des symptômes de dégéné- 
ressence commençaient à se déclarer. Encore n'était-ce pas dans ces 
cités républicaines qui l'ont concentré dans leurs soviet , dans leurs 
bruyantes vietza : mais c'était parmi leurs entants déversés dans les 
colonies ultra-sylvaines, zaleskie, que la dénaturalisation de l'esprit 
avait lieu. Encore là (à Vladimir sur Klazma , à Souzdal et ailleurs), 
celle génération slave dépaysée, cédant à l'impulsion innée de sa race, 
;igilail un ccrlain temps son esjirit populaire : mais bientôt le linceuil 
by/anlin refroidit son àme, perveilit boii sentiment eu aveugle servi- 



SLAVIA, 28. 67 

leur, el laulocratie s'y forma jurant ranéantissement des libertés : et 
la sainte Kiiov fut, 1169, sa première victime. Le i;laive matricide 
éguisa ensuite ses limbes pour porter la mort et exterminer successive- 
ment partout l'antique vitalité. Plus d'une fois brisé, il se relevait pour 
continuer ses ravages. Égorgeant le peuple et ses institutions concen- 
trées dans des cités, il rencontra les lekhites. La vitalité de ces derniers 
devait se développer spécialement dans les apanages des Piasis : mais 
elle inspirait el gagnait les apanages limitrophesdesRouriks. La sauvage 
autocratie ultra-sylvaine n'a pu franchir les ruines et les décombres de 
Kiiov, lorsque l'esprit de Pologne circulait à travers les déserts jusqu'au 
Dniepr : pour lui il n'y avait pas des limites. La Pologne au nord des 
Karpaies, unique état pur-slave dans sa faiblesse matérielle, n'avait 
pas des frontières. 

Serbie. 

28. Au sud des Karpates existait encore un autre état slave qui 
gardait la pureté de sa souche : c'était la Serbie dans les parties ulira- 
danubiennes. Elle aussi n'avait pas des limites. L'âme encore crue, 
imbibée de quelques pratiques byzantines, fatiguée de l'indolante et 
méprisable suprématie, étouffant ses commotions intestines, parut à 
l'extérieur vivace et agile. A la suite des dernières collisions intestines, 
vers 1120, vint sur la scène politique la famile de Bêla Ourosch, qui 
prit un ascendant au point qu'elle put relever et diriger avec éclat 
l'esprit indépendant, concentrer et régler l'intérieur, former un état 
indivisible. Une seule portion de la Serbie, nommée Bosna , ducatus, 
banatus, resta moins uuie, disposée à former un pays à part (Çinnam , 
ad. a. 1151). 

Etienne Nemania (descendant de Bêla Urosius), zoupan de Raska, 
était peut-être encore confirmé par l'empereur, 11H5, dans la charge 
de la grande zoupanie. Mais il était déjà depuis plusieurs années, 
(1139), élevé par les Serbes eux-mêmes à celte dignité suprême : il lui 
fallait seulement combattre les partis de ses frères aînées pour con- 
solider son autorité. Ensuite il entreprit de recouvrer les usurpations 
de l'empire et d'étendre les frontières. 

Son lils Sava, saint évêque de Serbie, relate dans la biographie de son 
père (en i2l)S), que le domaine paternel fut agrandi par l'acquisilioa 
de la terre miuitime (primorskiie zcmlie) Zelu, avec toutes les villes et 
depuis Rabna jusqu'aux deux Pilota (Poulali). C'est la partie septen- 
trionale de la zoupanie diokleate. IS'emania l'a délivré du pouvoir de ses 
frères (poiibszuiu nekoïda et nasiliia svoïeie iemu diedini). Ensuite par 
lacquisiiioii laite smt les Grecs des terres : latkovo, Khvostno et tout le 



68 SLA VIA, 27. 

Podrimiie (tout le pays de Drin noir près de Skutari et Zadrim), Kostr'c, 
DrVkovinu (Drinato?), Sitnitzu (de la rivière Sitnitza), Lab (Laabia sur 
une rivière qui se perd dans la Morava orientale), Liplian (Lipenium), 
Grbotschicu (partie montagneuse de Gliubotia dagh), Rieke (Sahorika 
ou Soukha rieka), Ousckou (Ouskoup, Scopi, qu'il ruina en H92); et le 
Pomoravie (le pays de basse Morava), Zagr'latu (Gherlitzaet Groschlilza 
près de Krahouïevatsch), Lievtsche (de la rivière Levazna qui se jette 
dans la Morava), Belilziu (mscrit. ap. Scbafarj. 50, note 49, p. 614; 52, 
p. 662). 

Les excursions de Nemania avançaient certainement plus loin , visi- 
taient les environs de Timok, descendaient Vardar, mais les acquisitions 
plus étendues furent réservées pour ses successeurs. D'après la relation 
qu'a donné son fils sur les acquisitions positives, on voit qu'il avait 
assez à recouvrer dans le pays de Drin, partie méridionale de la zoupa- 
nie diokleate, où l'empire s'était saisie de plusieurs positions que les 
Serbes possédaient antérieurement; qu'à l'exception de la zoupanie 
diokleate, Nemania n'avait aucun embarras de la part de zoupanies 
maritimes; qu'il s'est emparé de tous les pays le long de la basse 
Morava, de ceux qui sont enjambés par Ibar et Morava orientale, enfin 
du canton de Ouskoup en Macédoine. Ainsi commence la puissance 
de la dynastie rasse, raske, de Ouroscb Nemania à illustrer la Serbie. 
Une monarchie dans son genre prend sa naissance. Le grand roi 
Dragoslav (1257) prit le nom d'Ourosch d'après l'exemple de ses aïeux : 
Ourosch-le-grand. 

Ce n'est qu'avec la plus grande réserve que je hasarde l'explication de 
quelques assertions arabes, par ce nom d'Ourosch. Arzakhel en Espagne 
vers H 70, connaît une capitale d'un roi Erath; la position qu'il lui 
assigne par les longitude et latitude géographiques répond à la position 
de la Serbie, où le nom d'Ourosch (Erath) était honorifique de la dynas- 
tie dont les dynantes résidaient maintes fois à Rasa. 

Ibn Saïd, 1276, relate une capitale \\yz Araz d'un des rois slaves du 
pays occidental ; ce roi s'est rendu maître de tous les pays des Slaves, 
des Allemands, des Hankars (Hongrois) et des Baschkirds. La position 
d'un semblable roi se trouve très bien en Serbie, Ourosch-le-grand 
avait peu de démêlés avec la Hongrie, mais il en avait et il combattait 
les Allemands, quand il secourut la Hongrie contre les Bohèmes. Au 
reste, les combats se relatent à des Ouroscb, les prédécesseurs qui 
avaient des démêlés avec les Slaves (Kroatcs) et les Baschkirs (Tatars 
Mongoux. — Ibn Saïd ajoute que la capitale Araz est célèbre, assez 
bien fortifiée, au milieu d'un grand lac salé, en sorte qu'on ne peut pas 
y passer que par une seule chaussée artificielle; enfin qu'elle est située 



SLAVIA, 27. 69 

sur l'océan , très au nord d'après la lalilude géographique de 55° 50', 
qu'il lui assigne. Une semblable situation ne convient ni à la résidence 
Rasa, ni à la Serbie en général. 

Il faut cependant remarquer qu'un lac baignant les murs d'une ville 
avait été inventé à la curiosité des géographes pour lesquels la Serbie 
restait longtemps inconnue. La carte du xv* siècle, reproduite par 
Ubelin 1513, 15:20, ensuite par Villanovano 1555, appelle ce lac Sver- 
cegno, situé au nord de Sitnitza, comme un lac sans issue. Castaldo 
apprit qu'une rivière sort du lac, se dirige à l'est et perd ses eaux 
dans Ibar, et que la ville prénommée est située au milieu de ce grand 
lac. Mercator, Hond, Janson, Bleauw, Witt, et tous ceux qui les 
copiaient, ne négligeaient le lac Suercegno, Suersegno dans sa propor- 
tion et situation, avec sa ville aquatique Sitaïza, Sitinza, Sitniza et la 
rivière qui s'échappait vers le fleuve Ibar. Hommann inscrivit le nom 
de la rivière Sitnitza. On croyait donc à l'existence de ce lac au milieu 
du xvni* siècle et Matthias Seutter à Augsbourg précisait avec soin ses 
formes et sa position qui tombe aux environs de Usiiza et Posega. La 
croyance à l'existence d'une ville sur un lac dans la Serbie était assez 
accréditée, malgré l'école française qui l'avait réniée depuis Sanson; 
et cette croyance remonte vers le moyen âge , comme si elle dérivait 
d'Araz capitale du roi Eralh? 

Le lac salé peut se réduire facilement à un fossé de la place forte : 
mais l'océan? et la latitude? Sa position maritime sur l'océan est 
Irès-conlestée par celle du lac salé : mais la latitude géographique et 
le climat? Serait-on autorisé de présumer une méprise d'ibn Saïd qu'il 
aurait inventé la latitude ., ^ de la latitude ., _^ qui désignerait 
le climat arabe des Ourosch? ^ ^ 

J'ai fini l'examen de la Slavouie des x'' et xn* siècles : il peut 
servir d'introduction à la description sicilienne d'Edrisi , dans laquelle 
on a beaucoup sur la Slavie du xm' siècle. 



ANALYSE 

DE PLUSIEURS SECTIONS 

©ES Tl' ET vu' CLIMATS 

DE LA DESCRIPTION 

D'EDRISI. 



(;mom. XV, 17. 



(Voyez : 1, les triangulations, n" 40, 42, de l'atlas; 2, tabula itineraria e 
codice asseliniano n" 41 en deux planches de l'atlas ; 3, trois cartes expli- 
catives, qui se trouvent dans l'atlas.) 



ORDRE DES MATIÈRES. 



Introdnction, 1-4, version de Jaubert, noms propres ; 5-8, carte itinéraire. 
— Angleterre; 9-10, ses positions. — France; 11-12, sa triangulation.— 
Allemagne; 13, capitale, 14-13, provinces, pays de Louvain; 16, Saxe, 17, 
Frise et Bavière. — Karintia, Dalmatia, Djctoulia ; 18-19, étendue de Karin- 
tie; 20-22, Danube à l'est de Belgrad; 25-24, Slavonie ; 23-26, Dalmatie; 27- 
28, Djetoulia. — Berdjan, Remania; 29-51, les environs de Berisklava, 52, 
de Kalimalaïa, 33-56, du Danube vers son embouchure, 37-59, triangulation 
de la Romaine. — Macédoine; 40-42, positions et roules, 43-44, canal de 
Constantinople , 43-47, pays delà description edrisienne. — Hongrie; 48-49, 
ses positions. — Boemia; 30-51, son étendue, 32-34, ses positions, 33, son 
existence. — Polonia; 56-58, connue à l'étranger, 59, son étendue et ses po- 
sitions. — Russie méridionale; 65-66, ses positions. — Skandi^iavie nord; 67, 
Danemark, 68-70, positions autour delà baltique. — /{wssje septentrionale; 
71-72, inconnue. — Rous tourk, Nibaria; 75-76, trois hordes; 77, positions 
desibariaet fleuve Rousia. — Komani; 78, établissement des Komans, 79-80, 
étendue; 81, péninsule; 82-85, mer Manitasch, 84, Petakhia chez eux, 85, 
Kaptschak et idiome. — Bartas; 86, leur renommée. — Commerce; 87-93, 
commerce , culture sociale spécialement en Pologne et en Russie méridionale, 
antérieures à l'époque d'Edrisi. 



ANALYSE DE LA DESCRIPTION D'EDRISL 



i. Le savant Amédée Jauberl, invité par la commission centrale 
de la société géographique, entreprit la version française de là géogra- 
phie d'Edrisi, complète en ce sens, que rien d'essentiel n'y serait omis 
(de la préface, p. 10). Grâce à ce plan, nous avons la géographie 
d'Edrisi entière dans l'impression. Â mon avis, cependant, il esta 
regretter que le traducteur s'est décidé d'omettre quelques passages 
étrangères à la géographie. Lorsque l'auteur a jugé à propos de les 
insérer dans sa description, leur publication était convenable et pou- 
vait être utile pour ceux qui s'occupent d'autres recherches et même 
pour les scrutateurs de la géographie, s'ils voulaient porter leur vue 
sur Edrisi extravagant. 

La version était une tâche ardue, non à cause de la langue arabe dont 
les obscurités ont été victorieusement surmontées par le traducteur 
versé, mais à cause des noms propres et des chiffres. Des milliers de 
noms et des distances se présentaient continuellement dans trois manu- 
scrits et dans l'ancienne version latine, qu'il fallait collationner. Le 
traducteur le signale, observant qu'un tel ouvrage, composé dans les 
ténèbres du xn- siècle, ne nous est parvenu qu'infirme, mutilé et transcrit 
par d'ignorants copistes en caractères d'écriture, où le déplacement de 
points diacritiques suffit pour dénaturer le sens des mots, pour défi- 
gurer et rendre méconnaissables les noms propres. Il avait donc l'unique 
soin, non de restaurer le texte, mais de le dégrossir à l'aide de plu- 
sieurs textes qu'il avait à sa disposition et il a annoté scrupuleusement 
les variantes qui se sont présentées à sa vue, il a inscrit avec effusion, 
près de chaque nom propre, le nom en caractère arabe, tant inva- 
riablement répété que varié dans sa répétition. Ce soin est inappré- 
ciable pour les investigateurs. Nous pensons que le traducteur n'a 
pas donné le même soin aux distances, aussi susceptibles d'erreurs, 
chez les copistes. 

Nous, pensons que les ténèbres du xn'^ siècle n'avaient aucune 
influence sur l'exactitude des copistes, qui devaient respecter et 
conserver ce que Touvrage leur présentait, pour nous laisser juger 



74 EDRtsr. 

lauleur; ci toiil poile à croire que les copies, difficiles à la lecture à 
cause de rccriliirc , sont assez studieuses et exactes. Elles ne sont 
pas entières, parce qu'elles suppriment des passages, elles abrègent 
inaintefois le texte, mais sans vouloir iravestir, rectifier, elles ren- 
daient ce qu'elles avaient devant leur plume, avec cette lumière (juc 
l'obscurilé du xu" siècle accordait également à l'auteur et à ses 
copistes. II y a dans chacune des copies des erreurs évidentes, mais à 
voir le peu de variantes données par le traducteur dans les noms 
propres et dans le sens du texte, il est certain que les copistes 
n'étaient pas tout-à fait ignorants , qu'ils comprenaient ce qu'ils 
copiaient, les copies étant très-conformes, et il nous ont transmis la 
production des ténèbres du xn^ siècle, mutilée mais très-peu défigurée. 
Dans les distances le traducteur a noté encore moins des variations, 
ainsi qu'on serait obligé de les considérer intactes, comme provenant 
d'Edrisi lui-même. Toutefois nonobstant les erreurs, la simple lecture 
des cliifl'res se présente souvent incertaine. Elle est pénible pour les 
longitudes et les latitudes géographiques, surtout dans 5 et 8 ^ ^ 
pour les itinéraires dans G, 80 cl 100 ^ ,^ ,^_^ ^ ^ 

2. Ces considérations ne diminuent en rien les peines qu'avait le 
savant traducteur en débrouillant la lecture du nombre aussi consi- 
dérable des noms de tous les pays. Dans l'écriture arabe négligée, 
coulante, bàlivc, un point éloigné, omis ou enlevé et dévoré par le 
temps, change le nom ou le laisse indéterminé. Sa fixation devient 
impossible ou hypothétique. Le traducteur a déterminé la valeur 
des lettres pour la prononciation des noms, mais cette prononciation 
dépend des voyelles qui l'ont motivé de lire i^i. Rabna ou Uibna; 
ir^_^ Lovanos ou Louns, (p. 565, 3Gi, 5G5); ^'-jy ^>LJ égale- 
ment Louban. 

Le manuscrit d'Asselin est accompagné de soixante neuf tableaux 
ou cartes géographiques. Le traducteur n'a donné que trois de ces 
cartes comme spécimen. Sa version va être enrichie encore d'un 
tableau offrant l'assemblage de soixante huit caries manuscrites , 
son savant confrère Jomard s'étant chargé de le dresser. C'est grand 
dommage que la version soit privée de ces caries : leur réduction 
par l'assemblage à une trop petite échelle, ne pouvant pas contenir 
toutes les inscriptions. Le traducteur, en confrontant les trois manu- 
scrits et l'ancienne édition, recourut rarement à ces tableaux pour 
les collationncr avec le texte. Cependant Edrisi, dans sa description, 
renvoit assez souvent le lecteur à ces cartes qui font partie intégrante 



INTRODUCTION, 3. /,> 

de louviage et dans la copie une source abondante de variantes qui 
méritaient d'être examinées par un savant exercé dans la lecture de 
l'écriture arabe. Edrisi lui-même avait composé ces cartes pour 
que le lecteur put d'un coup-d'œil et sans peine acquérir la connais- 
sance des voies et des peuples, et ces caries sont suivies par sa 
description. Elles contiennent, en outre, quantité de noms qui ne 
se trouvent point dans le texte. Le texte, par exemple, mentionne 
trois villes de Norvège, six places fortes du pays de Nibaria , sans les 
nommer; ces noms de villes et de places fortes sont inscrites sur 
les cartes. La carte, autant que je puis débrouiller, mentionne Bou- 
logne en France qu'on chercberait en vain dans le texte. 

Pour nous, ignorant la langue arabe, il est bien de réfléchir sur 
ces bizarreries, qui résultent de la prononciation des noms par les 
arabes et sur leur écriture en leur caractère. Sans se soucier trop 
de la prononciation variée persane, turke, arabe, maureske, il nous 
est absolument nécessaire d'observer les lettres arabes desquelles sort 
l'orthographe pour rendre ou désigner le son de la voix étrangère. 
Sous ce rapport l'orthographe arabe décèle souvent une inconstance 
pénible. On y rencontre coniinuellement le changement des voyelles 
et l'abondance des lettres intruses; changement de consonnes et leur 
transposition; substitution de sons rauques, gutturaux, sifflants ou 
d'aspiration; article ou consonnes aspirantes préposées; tronquation 
de syllabes entières ou l'insertion fragmentaire : tout cela déflgure 
continuellement les noms au dernier point. Rhotakisme, lamismC' 
elifisme, sinisme, nunisme, betisme, mettent à l'épreuve l'attention 
de ceux qui s'efforcent à discerner et déterminer ces noms pervertis. 
Qu'on me pardonne toutes ces expressions pour la plupart inusitées, 
si elles sont impropres, elles n'exagèrent les embarras des scrutateurs, 
surtout dans les régions plus éloignées, moins fréquentées des arabes, 
dont les idiomes étaient moins familiers aux arabes. 

5. Eux-mêmes connaissaient l'infirmité de leur idiome et de leur 
écriture pour rendre les mots étrangers. Deux siècles plus tard , 
Aboulféda rend compte des soins qu'il se donnait à cause de la sylla- 
bisation. Il inscrivait les lettres en usage dans les noms et ajoutait 
les d'babtbong, c'est-à-dire les notes orthographiques pour signaler 
avec quelles voyelles elles devaient être prononcées. Puisqu'il y a 
des noms barbares que personne ne saurait prononcer sans avoir les 
consonnes nettement écrites, accompagnées des voyelles, il observe, 
que dans les noms vulgairement connus , souvent le peuple substitue 
ou change les fathah et dbarama avec kesrah; les a, u, à la place de c. 



76 EDRISI. 

ajoute on supprime les consonnes. Tabriz, Tosier, Barin, Tadinor, 
dans la prononciation vulgaire sont Tauriz, Schoster, Ba'rin, Todmor. 
Cette inconstance de la prononciation décide Aboulféda par la syllabi- 
saiion (versio Reiske, p. 182, 185). 

Suivant les Arabes, Venise, Adrianople, Genève , sont : Benadikia, 
Adcrnoboli ou Drinoboli , Djinibra; Chalon, Evreux, Langres, Troyes, 
Varis , Djalou s , Abraous, Lanka, Arovs, Abariz ou Abarisch; Arras, 
fleuve Araxes, Raiz ou elraïz, Baz; Orléans, Olianos, qui se prononce 
aussi Orlianos; Provence est Brabansia; Krakov, Gniezno , Krakal , 
Djenazja; Volcan, borkan. Ils peuvent prononcer et écrire Abydos 
par Abidah, mais ils aiment mieux l'appeler Andus : parce que les 
Arabes aiment à mettre un noun à la place de p ou 6, ils écrivent : 
Boemia ou Noemia, par un 6 ou un n, indifféremment (Edrisi, 
p. 571). Le nom de la mer noire, Pontus, doit être écrit Nitasch, 
par un noun kesraté, je,tha, noté d'un autre kesra et schin de trois 
points. C'est de cette manière qu'on l'écrivit dans les temps anciens 
(Âbnlf. versio Reiskii, p. 131). 

Le changement cl la transmutation des consonnes est une question 
plus grave que l'inconslancc des notes oriliograpliiques et des voyelles. 
L'arabe, écrivant indisiinclement Noemia, Nebsa, Nischa, Nabdhos, 
Nabrova, Tebsava, Tondjah, ou Boemia, Bensa, Bischa, Bandbos, 
Betrova, Bctsava, Nondjab, échange b, n, t. Les copistes sont 
presque autorisés à cette inconstance qui ne dépend que des points 
diacritiques, il n'y a même rien d'improbable, si les copies nom- 
breuses sent d'accord sur quelque faux changement, que celte 
variation sort de la plume d'Edrisi lui-même, et de l'usage, vu .qu'il 
fait observer assez souvent que quantité de noms s'écrivent par 
différentes lettres : i^fi\^ a-^Lj Boemia, Noemia, , r^r-'^ V *^^ Pîiris, 
^<£JLa ^U! le Mans, i.\s^ i.Kt, Skela, iK^o iK~w Sikla, ^yJJ 
ïj.N<io Tebsava, ijjiyh ij_a5 ».> Tarrakona. La permuiaiion de ca)^h 
en /"e donne souvent indislinctemenl ..^^^i .i'»i ,.('i^ Karran, Far- 
ran, au lieu de Fezzan de l'Afrique LUJ !-.^.-i»3 Kokaïa ou Kofaia; 
^^::^1 (3rr^^ '^ mont Caucase, Kaïtali ou Faitab; le même mont 
Caucase ^i j-xà Kabokh ouFetb. Celle dernière dénomination signifie- 
rait mont^ de^ victoire, mais l'arabe protcslerait qu'il ne veut rendre 
par Feih que le nom du Caucase. 

C'est l'usage et le bon plaisir qui ne blesse pas l'écrivain cl le 
lecteur arabe. Ces diversités innombrables , dépendent d'un point 
diacritique. Négliger les points de la lettre, h, t, ?, n, c'est la laisser 



INTUODLCTION , 4 77 

sans valeur; négliger le point de hh, dj, c'est laisser un h; négliger 
sur z, c'est le changer en r. Comptons maintenant les erreurs, l'in- 
curie des copistes, le caractère négligeant où l'on ne distingue pas 
avec certitude un lam peu élevé; un mem d'un /ë, un /e d'un b, un 
/••c/"d'un noun; où l'on ne débrouille à la fin des noms les ré, fé, dal, 
mem, be, ie, kaf, lam, ou un zaïn privé de point, et vous comprendrez 
les peines qu'avait le traducteur en fixant la leçon et les variations 
des noms propres. C'est dommage, et nous ne cessons de regretter , 
qu'il n'a pas consulté et examiné de même les cartes géographiques, 
qui n'arrêtaient sou attention que rarement. 

i. Depuis la publication des extraits maigres de la géographie 
d'Edrisi en arabe, à Rome 1592, et à Paris 1619, qui n'oHraient qu'une 
nomenclature sèche, privée des renseignements que donne la connais- 
sance du texte de l'ouvrage entier, les nombreuses localités provo- 
quèrent les éludes et les illustrations de Bochart, d'Anville, Reiske, 
Conde, Casiri, Hartman, Walkenaer. Elles me sont inconnues et il 
m'était impossible d'en faire connaissance. Le traducteur les avait 
sous ses yeux et s'en servit dans ses explications (préface p. 8); il dit 
qu'il est redevable à Willam Platt l'indication des lieux de l'Angleterre 
(p. 425), il recommande de nombreuses concordances de noms des 
lieux de la Komanie grecque, ce qui était l'objet d'un examen très 
approfondi de sou confrère Hase (p. 2SG). Cependant il proteste qu'il 
n'avait guère de prétention à l'illustration complète (préf. p. 15). 
Cette illustration , bien qu'avancée, demandait des investigations spé- 
ciales et trop laborieuses pour chaque région. 

Amédée Jaubert a rendu un service éminent en étudiant son objet à 
tel point et en mettant au jour, à chaque page, de nombreuses explica- 
tions. Il a laissé cependant grand nombre qu'il ne savait pas désigner; 
il a hasardé une (juantité considérable , qui ne saurait résister à la 
réflexion sérieuse. L'homonymie apparente est très-souvent insuffisante 
à décider l'explication : il faut prendre garde à la situation relative, à 
l'existence réelle à l'époque d'Edrisi; confronter les distances avant 
de se déterminer à identifier la ressemblance des noms. Aussi je 
pense que l'explication de Monlir par Modor est trop hasardée, car 
Montir est sur les confins de Pologne, et Modor est au centre de la 
Hongrie. Comment avec Zamiou se référer à Zamosc qui ne fut fondé 
et construit que quatre siècles plus tard ? Comment Edrisi nommcrait-il 
Schithov Riiov de Pologne, l'orsqu'il appelle Kiiov russien Kav? 

C'est aux investigateurs postérieurs d'éclaircir par ci par là cette 
confusion que l'oubli et les méprises rendaient inévitables dans cette 



78 EDRisr, 

inulliliidc de noms barbares el défigurés, conlinuellement répétés. C'est 
par inadverlauce qu'on trouve Rabna ou Ribna, une fois expliquée 
par Raab, une autre fois par Ribnitz (p. 579, 584); Wurza ou Warze et 
Niuzbourg ou Nieubourg, deux villes de Saxe, distantes de "25 milles, 
expliquées par Odense et INieborg de Danemark (p. "il, 581, 427). En 
premier lieu le traducteur dit : Cali Cala, aujourd'hui Erzeroum; 
quelques pages après, Cali Cala est placée sans explication à côté 
d'Erzen qui est illustré par Erzeroum, et lorsque de Bidliz on compte 
75 milles, cet Erzen comme Erzeroum est éloigné de quatre journées 
de Meiafarekin (p. 520, 526, 527). Cependant sur la route de Bidliz à 
Meïafarekin, Erzeroum ne se trouve pas, mais la ville d'Arménie Arzan, 
qui est évidemment cet Erzen d'Edrisi. Mais nous retrouvons encore 
un Erzeroum dans Arsia , située dans la province de Djaldia (p. 501 )• 
Je n'entreprends pas d'essajer à débrouiller cette confusion qui est en 
dehors de mon but (i). 

Admirant le beau travail du savant traducteur et puisant dans ses 
lumières, si je me permets d'indiquer ces quelques écarts, c'est pour 
atténuer les miens. Je pris le courage de chercher le jour où le traduc- 
teur laissa une obscurité confuse, et je sais que dans mes hypothèses, 
dans mes élucubralions dirigées par des ressources insuffisantes, je ne 
manquerai pas de tomber dans les erreurs inévitables. Je serais heureux 
si elles mériteraient d'être surprises et corrigées par des investigateurs 
versés. 

5. Dans le premier volume, nous avons fait connaître la carte itiné- 
raire de l'ouvrage d'Edrisi , le nombre de ses sections , leur grandeur et 
la grandeur de la carte entière; sa dimension, le manque d'échelle, le 
but de leur dessin, ses couleurs, sa peinture. Nous allons ici exploiter 
ses dix sections de deux climats, déchilfrer leurs légendes el épigraphes: 
par conséquent nous devons avant tout examiner son écriture et i-endre 
compte de l'exécution de notre copie. 

L'écriture de la tarte itinéraire offre beaucoup plus d'insuffisance que 
le dessin. Rapide, négligée, elle fatigue la lectureet jette dans l'incertitude. 
Les points diacritiques très-souvent omis, sur la lettre hé finale toujours, 
cvidcnimenlque le frottement et le temps firent disparaître un nombre 

(1) Certainoniciit Erzeroum psl un ICrzan romain Arzan ;ir-Rouni. Mais il y avait 'l'autres Arzan , 
Arzan arménien , el Arzandjan , tous assez rapproches que les géographes arabes distinguaient. 
Quant a Cali Cala, déjà Aboull'oda discute sur sa position cl son origine, et nommait une montagne 
Cali Cala. Reiskc énonçait son opinion pour Theodosiopolis. Il ne manquait pas d'investigateurs 
qui letrouvaient Cali Cala dans Erzeroum. Colins, dans les notes à l'Alfragan , c(unbattait cette 
opinion. La discussion d'Aboiilféda roule dans le Hjczira; la description d'Edrisi fait ses tours dans 
l'Arménie. (Voyez les climats d'ilm Kclir dans l'atlas, el d'Alkomi, t. I.) 



CARTES ITIMiRAÎRES, 5. "0 

assez considérable, mais pour sur bonne quanlité n'était jamais marqué 
et ceux qui sont marqués sont jelés ordinairement trop en avant, trop 
éloignés et dispersés. Il est bon d'observer que le point de zé se trouve 
quelque fois à sa place, quelque fois est mis au-dessous, en bas. Quant 
aux fé et hafih sont ordinairement distingués par un seul point dessous 

et dessus : ainsi que kafn'esl marqué que d'un seul point en baut ^^ ^ 

et le fé, suivant l'écriture arabe africaine, distingué par un point mis 

dessous, eu bas. v 5 Cependant on trouve de très-rares exceptions où 

kaf est chargé de deux points (2). 

n serait superflu d'insister trop sur les erreurs qui sont à observer sur 
chaque section. Le nom du Rhin est inscrit sur le Mein et le nom de 
Mein, Mourin est placé sur le Rhin ; Verdun, Garmisia, Darmon, deux 
fois répétés ; Sikla, Besanzin, Molsa, sans épigraphes; on peut supposer 
quelque déplacement de noms comme de Frankfort. On remarque les 
noms privés de terminaison , fracturés par l'omission de syllabes et de 
letlreS; dépouillées de leur commencement, de leurs initiales : Ankborda 
seulement au lieu de Frankborda. Nonobstant les diUicullés, les incer- 
titudes et les fautes, c'est la récolte abondante de variantes quelque- 
fois utiles pour rapprocher et rectifier l'orthographe varié. 

Quantité de positions nommées dans le texte, ne se trouvent pas in- 
diquées dans la carte itinéraire : mais il y a des positions nommées qui 
sont passées sous silence dans le texte. Nous l'avons déjà observé que 
Russie, Norwège, France, Romanie nous en donnent des exemples. 
Au bout du compte le débrouillement de la lecture est excessivement 
fatigante pour les plus versés dans l'écriture arabe, et en plusieurs 
occasions capable d'épuiser leurs conjectures. 

J'avais cependant la témérité de reproduire dans mon atlas ces dix 
sections réduites à un tiers de l'échelle, ensemble et lisibles, tout igno- 
rant que je suis de l'arabe. J'ai confronté à plusieurs reprises tous les 
noms, toutes les inscriptions de la carte itinéraire avec le texte de la 
version et partout je les tiouvais conformes, au moins rapprochés par 
quelque apparence, je conservais la leçon du texte, insérant sur mes 
planches en caractère lisible, arabe et latin. 

Remarquan t une dilférence patente, je devais la respecter, la conserver 
cl l'inscrire sur ma planche en double caractère comme ma lecture me 
la donnait. Lorsque je pensais que c'était une erreur, tout en reprodui- 
sant l'épigraphe arabe de la carte, j'ajoutais le nom lalin suivant le 

(2) n semble que les textes des manuscrits consultés par Jaubcrt, emplovaient dans leur écriture 
ta lettre /■(' de l'alphabet africain , parce que, à l'occasion de Foglia, Fathoua (Padoue), Fanonsa 
(venosa), Jaubert observe que les copistes des deuT manuscrits ont employé la lettre fé surmonté 
«l'un point et non le fé de l'alpliabct arabe al'ricain (p. S-IT, iC'.>). 



80 EDRISI. 

texte. Quand il m'a été impossible de débrouiller la valeur des lettres, 
je copiais les traits de ces inscriptions aussi illisiblement que je les 
voyais. Ce que j'ai ajouté, est ordinalremeut mis entre parenthèse. 
Celte opération produisit certainement nombre d'erreurs : je prie qu'on 
me corrige, et j'engage les savants à donner aux gens du monde le fac 
simile des C9 sections . 

G. La table itinéraire, composée de 70 (68) sections, est une partie 
intégrante de la description; elle avait son existence avant la descrip- 
tion. Edrisi l'avait sous les yeux, souvent il renvoit le lecteur à la re- 
garder. Elle indique les positions relatives des points et la direction des 
itinéraires ei des dislances. Quand la direction de la distance du texte 
ne s'accorde pas avec celle de la carie, lui est contraire, reste à juger 
laquelle est réelle. C'est ainsi que le texte dit, de Paris à Louns vers 
l'occideni (p. ôGi), de Tours à Nifars vers l'occident (p. 357), de Mont- 
dugon à Bourges vers le sud (p. 2i^2) : la carie itinéraire trace tout le 
contraire, et c'est juste. 

Le texte détermine chaque distance par le nombre des milles; la 
carte ne donne aucune échelle pour la confirmer ou contrarier; elle 
n'a pas d'échelle. 

Il n'y a donc de question d'échelle, et en matière de distance règne 
une grande incertitude: dans le texte même, Edrisi ne nous donne 
aucun éclaircissement de mesure varice. Dans les prolégomènes seule- 
ment il indique le rapport des railles aux parasanges. La parasange 
compte trois milles. Dans toute la description il se sert ordinairement 
de milles, souvent de journées de marche, quelquefois de stations, les 
parasanges sont presque oubliées. Il les néglige dans sa description , 
car tontes les mesures connues étaient changés en milles déterminés 
(prolég. p. 21), les parasanges étant une mesure déterminée, furent 
donc irès-nicilemenl absorbées par les milles, d'autant plus qu'elles ne 
convenaient point aux Italiens et aux Siciliens. Malheureusement les 
milles n'étaient pas toujours égaux , leur longueur variait et Edrisi n'y 
faisait aucune attention. Il n'en était pas de même avec les autres me- 
sures connues comme avec les parasanges : la réduction de ces autres 
en milles présentait des difficultés et des incertitudes. Malgré l'assu- 
rance que toutes les mesures furent comptées en milles déterminés, 
Edrisi laisse une multitude de journées indéterminées; je dis indéter- 
minées, parce que bien qu'ordinairement il compte une journée à 2o ou 
.ÎO milles, assez souvent cependant ces journées sont plus longues et 
montent à iO milles et plus; et trop souvent elles sont plus courtes, 
surtout dans les intervalles où les points sont trop rapprochés. 



CARTB ITINÉRAIRE , 7. SI 

Nous avons observé ailleurs que l'esprit humain agrandit ce qu'il teut 
faire plus ostensible, plus détaillé; que les cartes géographiques de tout 
temps étaient affectées de cette disposition, de cette inévitable néces- 
sité. Aujourd'hui même, nonobstant tout le raffinement de l'exactitude 
scrupuleuse, comment marquer sur une carte générale, une ville, un 
faubourg, sans dépasserleur enceinte ; comment tracer distinctement les 
fleuves sans déborder leur largeur, surtout lorsque la carte est dressée 
sur unepetiie échelle? Anciennement on était moins scrupuleux sous ce 
rapport, plus enclin à tracer les détails démesurés, souvent on ne 
cherchait point à les réduire à leur juste proportion , à les restreindre 
dans leur étendue réelle. Ce défaut affectait les cartes, malgré leur 
progrès scientifique. Toutes les parties plus animées, plus habitées, 
plus fréquentées, plus connues, figuraient gonflées et élargies. Les 
dislances apportées par de nombreuses relations contribuaient beau- 
coup à celte défiguralion. 

7. Les dislances provenaient rarement de chemins mesurés. Elles 
étaient rapportées par des voyageurs et des marchands. Dans les pays 
peu peuplés ils étaient lances à franchir de grandes distances d'un bond, 
et tout ce qu'ils voyaient se présentait rapproché. Dans les pays plus 
cultivés, ils s'arrêtaient à chaque instant, ils ont des affaires à régler, 
leurs journées se passent dans des haltes et repaîtrages : mais ce sont 
des journées de distances. Tout se dilate à leur vue; étourdis do leurs 
distractions, ils rapportent de bonne foi des chiffres doubles, triples, 
décuples. La cour du roi Roger, en confrontant ces données, les a trou- 
vées d'un singulier accord, partout où le mouvement local , le trafic 
rapproché, agitaient les populations. La connaissance des longitudes et 
latitudes de la table ronde, pourrait nous dire si les géographes sici- 
liens savaient se prémunir contre les conséquences de cette désharmo- 
nie des itinéraires; mais ce qui est sûr, c'est qu'Edrisi relate fidèlement 
toutes les données gonflées ou exténuées. Ainsi nous voyons dans sa des- 
cription les distances aux environs de Belgrade, dans la Romanie, dans 
la Crimée, énormes, excessives. On dirait que les milles y étaient 
moindres. La différence des milles contribua sans doute plus d'une fois 
à élever les chiffres des distances , mais au fond , sur tous ces points 
animés, c'est le trafic, c'est la marche lente des marchands qui les em- 
poulaient. Par la proportion des mesures itinéraires relatées par 
Edrisi,on peut jugerde la culture du pays, de la civilisation matérielle, 
du mouvement local et du commerce. 

Ces considérations me paraissaient nécessaires pour bien apprécier 
les mesures d'Edrisi, pour ne pas voir trop souvent d'erreur dans le 
m. 6 



99 KDRISI. 

texte où il n'y en a pas ; pour ne pas exiger une stricte application , le 
compas dans la main, à desdistances réelles: pour ne pas les négliger 
à cause de leur inégalité, de leur apparente inaptitude; enfin pour ne 
pas s'effrayer des monstruDsités que la triangulation composerait. Cette 
triangulation mérite d'être essayée. Souvent elle paraît d'abord impos- 
sible, souvent elle est livrée à l'arbitraire, quand les itinéraires se 
croisent seulement sans former des triangles, ou quand les chiffres s'y 
opposent par leur incohérence, leur mauvaise lecture, ou par les er- 
reurs qu'on ne saurait rectifier. Cependant ces distances sont sorties 
de la triangulation qui composa la table rogérienne : or elles sont aptes 
à cette opération et elles donnent des produits satisfaisants. Quand 
même la triangulation devient impossible , son examen donne des ren- 
seignements avantageux aux recherches de la position. 

8. Edrisi,dans sa description, ne perd pas de vue les étals, les dorai- 
nations; mais son attention est essentiellement renfermée dans les ré- 
gions et les populations qui les occupent. Telle n'a plus d'indépendance, 
elle est soumise par un étranger, à peine qu'il en reste le nom ; une 
autre est déchirée entre plusieurs états , mais c'est toujours la popula- 
tion qui est l'objet de sa description. Il est donc possible de déterminer 
l'étendue et les frontières des régions, et il devient tout impossible 
ë'énumérer les étals sur sa parole et de tracer leurs frontières. Quand 
il néglige de le dire, restent la région ou sa portion (3). 

La carte ne connaît pas de tracement de frontières. Le vague plane 
dans ses épigraphes des régions, qui sont déchirées et dispersées 
sur plusieurs sections , il faut ramasser ces tranches séparées pour en 
faire une totalité. De même la description revient plusieurs fois sur ces 
régions, elle énuraère ses villes principales, elle compte ses dépen- 
dances, elle nomme les pays limitrophes, elle signale l'étendue par-ci, 
par-là , en suivant les routes des marchands et elle laisse maintes fois 
du doute, du vague. Les itinéraires dirigent la description. Elle passe 
à la fois en revue toutes les voies de la section et des régions que celle-ci 
contient; souvent elle déborde sur les routes de la section suivante, 
sans dire dans quelle région elle a fait celle irruption. Il y a des régions 
à peine mentionnées (Bilkan, Beliim) ensuite oubliées. La multitude de 
détails accable et embrouille la plume d'Edrisi. 

f») I.nn cartes ovplicalives de la Jcscription d'Edrisi ne snnl pas politique», ne présentent que 
d^« limites de provimes, de régions , de certaines populations; les limites politiques des états étaient 
différentes. Pour mettre à l'évideucc celte distinction, j'ajoute dans mon atlas une petite carte 
politique sur laquelle on voit les froDlicres des états juste datM les années d'Edrisi. Elle a été 
préparée il )■ a vingt trois ans avec les autres pour uu atlas historique. Qu'on me p»rdount qu'elle 
•sien polonais, extraite d'un alla<: poloRnis. 



ANGLETERRE, $. 8d 

Ces réflexions sont le résultat de l'analyse de dis sections des yi* et 
vil* climats. Je pense qu'elles sont applicables à toutes les autres, à 
l'ouvrage entier. Chaque point se disperse , s'empêtre, s'enchaîne avec 
les autres. Je voulus me borner à la région de Pologne, de Russie, de 
Bohême; mais bientôt j'ai vu que pour y entrer il fallait sortir d'Alle- 
magne pour courir au fond de la Romanie, suivant les traces des com- 
merçants de cette époque, qu'il était nécessaire de s'enfoncer dans la 
Hongrie. El comme plusieurs sections des climats vi et vu paraissent 
moins illustrées par le traducteur, je me suis décidé à donner le résul- 
tat de ce que j'ai pu remarquer, concernant les régions danubiennes et 
la Romanie; l'Angleterre et la France ne sont élaborées que parce 
qu'elles prennnet une place considérable des sections dont je donne la 
copie. 11 suffirait à cet elfet de former une nomenclature comparative de 
points expliqués et de signaler leur position par les cartes gravées. 
Mais l'exposition de nos régions, trop confuse dans Edrisi, demande 
absolument une analyse assez compliquée et il en fallait rendre compte 
verbal plus ou mons explicite. Sous ce rapport je serai plus circon- 
stancié dans le développement des régions qui font l'objet principal de 
mes investigations, et plus succinct dans les autres qui ne sont que 
secondaires, où je ne prétends guère à dire quelque chose de nouveau , 
ou d'aplanir toutes les difficultés, d'expliquer les obscurités, de vider 
les questions; je les effleurerai pour provoquer les autres plus versés, 
plus heureux. 

Angleterre. 

9. Willam Platt donna au traducteur d'Edrisi l'indication des lieux 
de l'Angleterre. Il y a donc peu de motifs à nous arrêter sur ce point 
qui figure dans nos sections. Cependant nous avons le plaisir de contra- 
rier, de contester plusieurs indications, ne pouvant en aucune manière 
admettre dans la description d'Edrisi de si exorbitantes transpositions, 
qui résulteraient des indications données. Deux cents ans plus tard, 
l'atlas catalan donnait les noms anglais sur sa carte; noms presque mé- 
connaissables à cause de leur prononciation et de leur tortueux ortho- 
graphe. Ceux d'Edrisi sont au premier coup-d'œil évidemment anglais, 
quoique rendus en caractère arabe. Ils sont bien relatés et viennent de 
bons renseignements. L'Angleterre, à celte époque, avait son doomsdai- 
book, sa statistique, ses cartes spéciales. Rome, qui prélevait le denier 
de Saint-Pierre, et les Normands de Sicile possédèrent facilement, par 
l'entremise des Normands d'Angleterre , une bonne connaissance de 
celte île. Dans la répétition officielle d'Edrisi , il ne se glisse que p«u 
de méprises. 



84 EBRISl. 

Nous commençons par le point le mieux établi , par le nord. 

^jjG^tS^ Afardik et i-jL»»:» Durhalma , sont Berwik et Durham. 
Nous sommes d'accord. 80 milles d'Afardik .« ' ^\ Aqhrimes sur 
mer, est Grimesby, et 100 (lisant 80 serait trop) d'Aglirimcs dans l'in- 
térieur du pays i-'yu ou j^J^^ Nikole , Nikolas (la carte itinéraire 
porte Bikola), Linkoln. 

Le fleuve traverse cette dernière ville par le milieu , se dirige ensuite 
Tcrs Aghrimcs, et décharge ses eaux dans la mer au midi d'Aghrimes. 
L'eau qui coule de Linkoln se perd dans la rivière Wilham , qui a son 
embouchure au sud de Grimesby près de Boston. Edrisi l'a appelée 
iXi.j Beschka. En désignant son embouchure liO milles d'Afardik, 
il le nomme de Beska place forte, bàlie sur ses bords, à 12 milles de 
la mer, ce qui répond à Boston. 

j 80 milles par mer d'Aghrimes. ^^'^fJ Barghik, ville distante 
de 10 milles de la mer. Le texte et la carte itinéraire donnent cette 
leçon; je pense cependant qu'en suivant les pas d'Edrisi, personne ne 
s'opposera à la leçon de ^4-i »_' Narghlik, admeitant la mutation ordi- 
naire de noun en bé. Cette leçon répond à Norwich. 

De Narghik à i^^js^ Djartmouda, qui est à l'entrée d'un golfe de 
forme circulaire vers le nord , le texte compte ^ 90 milles par D»er; 
en sorte que la distance de Djartmouda à Aghrimes par mer est de 
150 railles. Cette somme de deux distances exige une certaine rectifica- 
tion, car si d'Aghrimes à Narghik il y avait 80 milles , pour la distance 
de Narghik à Djartmouda il ne resterait que ?- 70. Je ne mé déconcerte 
point par cette erreur ni par l'exorbitance que donne la soustraction, et 
je vois qu2 Djartmoud est Yarmoul d). 

10. Au sud de Djartmoud, à 40 railles, est l'embouchure de sjoLL. 
îsjoLL, Roihaîda ou Rhotanda (ro-Thaud) Tamise. Ce fleuve est con- 
sidérable et rapide, il prend sa source près du centre de l'île, coule 
près de iJii'ii Gharkafordh à 50 milles de sa source, passe au midi 
de cette ville, se dirige durant l'espace de 40 milles à , ^jjùj 
Londres, puiù va se perdre dans la mer. A mon avis, pour retrouver 
Gharkaford, ii faut se détourner de la Tamise par la rivière Lça, vers 
Hereford ou Hartford , Heortford. 

(i) En lisant d'Aghrimes à Bargliik a tOO au lipu da i SO, rin''3iitad« Bargbik à Djartmouda 

\ 30; et Pi Ton Toulait «upposi'r toute la distauto 3 llOaulioude y3 4B0 on n'aurait de 

l!»rj;liik à Djartmouda que ^C 10. Les variantes fixeront peut-être ces chiffres : mais la version 

française se montre trop «obre pour cette sorte de variantes. Yarmoul est nommé Artmua dus 

\*t épigraphe! de Tatlas ratalan. Vojcz notre portulan général. 



ANGLETERRE, 10. 8» 

De Djarimouda GO milles, de Londres 40 et de l'embouchure de 
Rotanda20,onarriveà , ^j^ Dobres, Douvres. De Dobres à , w..C;:.^^ 
Hastings 70 milles. De Ilaslings à ^Lay:, Scborham GO milles. De 
Schorcham à aj^^j. Haiouna 60 milles (lisez ù^^) Hampton, Hamtun, 
Suih-Hampton. 

Dncôlé de Torient (de l'occident) de Haïouna se jette la rivière f^^ 
Ghounester. Elle prend sa source dans les montagnes qui s'étendent au 
centre de l'île. Ghounester, Winchester, est une ville située dans l'in- 
térieur des terres à 80 milles de Haïouna et à 40 milles de , yj,J%^ 
Salaboures, Salisboury, en se dirigeant du côté de l'occident. Je pense 
que c'est clair. 

De la ville et du cap Haïouna à ^.syi Gharham, Wareham, 25 
milles. ' 

Ici, à la fin de notre course , nous allons succomber avec Edrisi , sans 
savoir comment se tirer de ses propres filets. Il dit qu'au nombre des 
villes d'Angleterre, situées à l'extrémité occidentale et dans la partie 
la plus étroite de cette île, il faut compter .L^^x^ju- Sansahnar, à 
12 milles de la mer. Elle est jolie, florissante, et située sur le bord 
d'une grande rivière qui vient du côté du nord, et qui se jette dans la 
mer à l'orient de la ville. De là à Gharham, Wareham, en suivant le 
rivage, GO milles, et au cap le plus occidental de l'île oriental (près 
de Djartmouda) 580 milles; au dernier cap de l'île (presqu'île) dite 
àJLi.^ Kornvalia, Landsend de la Cornouaille 300 milles. Cette par- 
tie, la plus étroite, la plus mince, ressemble à un bec d'oiseau. De 
Sansahnar à Salaberis, Salisboury, dans les terres du côté du nord, 
60 milles , et Salaberis est située sur la rive orientale de la rivière qui 
se jette dans la mer près de Sahsenar, Sansahnar. C'est tout ce que le 
texte dit de la situation de Sansahnar. 

La carte itinéraire lui donne quelque démenti. Salaberis y est à l'oc- 
cident du fleuve; outre ce démenti, la rivière Avon qui coule près de 
Salisbury , tombe dans la mer à l'orient de Wareham, et entre Salisbury 
et Wareham il y a si peu de distance , qu'il faut désespérer d'y trouver 
une ville florissante répondant à Sansahnar. La distance nord de Salis- 
bury, relativement à Sansahnar, est donc fortement inclinée et indique 
une position plus septentrionale que celle de Sansahnar. Or, Sansahnar 
étant placée dans la partie mince du bec, est occidentale à Salis- 
bury, et n'a aucune relation avec la rivière qui baigne les murs de 
Salisbury. Ces considérations décèlent une confusion dans la relation 
d'Edrisi. Il est cependant clair et incontestable que la ville florissante 
de Sansahnar était à l'occident de Wareham , vers les frontières de la 
Cornouaille , dans la péninsule qui s'étend vers l'occident en forme de 



S6 EDRISI. 

bec d'oiseau. Dorchester pouvait avoir dans ces temps reculés une 
station maritime, qui, dans le langage des commerçants, donnait le 
nom à la ville même, qui est appelée Sansahnar par Edrisi. 

^■ous n'avons ancun motif pour nous occuper de Hirlanda , Irlande, 
de Reslanda, Thule ou Islande et Frisland; de la mignone Skosia, 
Ecosse; elles étaient désertes, inhabitées, dit Edrisi (s). 

France. 

H. Les illustrations des lieux de la France, données par le traduc- 
teur, sont toutes irrécusables. Il a laissé cependant quelques points 
dans l'incertilude ou abandonnés; je pense qu'on peut parvenir à les 
déterminer. 

Dans ce but j'ai essayé la triangulation des distances de la France 
(voyez n" 40 de l'atlas). Quatre faisceaux de triangles se sont formés 
assez facilement. Un belge, l'autre pyrénéen, le troisième normand, 
le quatrième du centre s'étendant depuis Orléans jusqu'aux Alpes. Les 
deux premiers sans difficultés et raisonnablement, les deux autres affec- 
tés de contrainte , de données inconciliables , et dans le faisceau central 
d'une absurdité inadmissible. En écartant cette dernière et empêtrant 
tant bien que mal par différentes combinaisons le faisceau normand , il 
restait à réunir ces quatre faisceaux et à obtenir de leur réunion pour 
toute la France un réseau général , attaché à la triangulation de 
l'Allemagne. De nombreux essais m'ont convaincu que cette réunion 
était impossible, si l'on ne retouchait pas le nœud normand pour le 
rattacher à des proportions réelles. 

Il est probable que ces nombreuses distances sont comptées en railles 
de différentes grandeurs, petits et grands, doubles ou même qua- 
druples des petits. Les deux journées et 12 milles de Komminge par 
Toulouse à Morlais répondent à 80 milles, et les 6 milles de Narbonne 
à St-Gilles répondent à une journée de Narbonne à Arles. Les 50 et 
40 milles d'Avranche au Mans et à Seez , répondent à 70 et 80 de 

(5) l,cs explications propofées par^Villam Plaît, discorJautes avec celles que nous avons données, 
«ont les suivantes : Agiirimcs Lynn régis, Baska fleuve Fsk , Bargliik Iptwich , Djarlmouda Pford- 
muth, Gliarkalord Ifellingford , Haiouna Corse casile, Sansahnar C/jicAcs/cr. Edrisi pouvait s'éga- 
rer avec sa relation sur Sansalmar, mais il serait contre toute vérité s'il se serait éfcarë jusqu'à 
Cbicliester. — Edrisi à l'occasion de l'île Scliaslanda (Antilia) se proposait de parler plus au long de 
l'Irlande mais il a oublié d'r revenir. Bakoui sait qu'Irlande est une grande ile où demeurent les 
raadjous , elle a 1000 milles de tour (VI , Sj. Dans le même climat il connaît l'ile J.^'' 3 fJ Bardmil 
(Brazmil, Bratil),oii l'on trouve de l'ambre; les liabi'.anis vont dans une île voisine tirer leur nour- 
riture de l'écorce d'un arlirc qu'on nomme maouta ou maiilia. Il y a une montagne élevée, sur 
laquelle est une statnc qui annonce qu'il ne faut pas aller plus loin sur la mer (VI , 6). Voyei cartes 
des géograplici. cbap. (M, note 43i; prolégomènes cliap. 



FRANCE, 11. 87 

St-Malo à Seez et à Angers. Les 855 de petits milles ou lieues, 
mesurant le circuit du sac breton, long de 80 railles bien grands. Ces 
considérations font présumer l'existence de milles inégaux. De 
Toulouse au Puy 250?... Quels sont ces milles, lieues ou stades aussi 
mignons? 

Mais comment discerner les différences des milles? comprendre et 
déterminer la proportion de leur grandeur? Nous répétons bien de 
fois, que la description d'Edrisi ne donne aucune notice positive pour 
établir une proportion quelconque, et elle ne fait même aucune distinc- 
tion. La triangulation sicilienne d'Edrisi avait été composée sans dis- 
tinction de la grandeur des milles, et nous avons remarqué ailleurs que 
très-longtemps dans la composition des cartes, la géographie se servait 
de ces distances, comme si elles étaient toujours de la même grandeur 
de milles. 

Des erreurs par omission , par la prise d'une lettre chiffrale pour une 
autre, contribuent certainement à l'incohérance de plusieurs points. 
Je suppose des omissions fréquentes dans les grandes distances, dont 
les nombres des milles sont insuffisants, parce qu'après la forma- 
tion de tous les réseaux de la triangulation , quantité de ces distances 
sont en défaut, à cause qu'elles ne sont pas assez longues, et sont ré- 
tablies lorsqu'on les complète par dixaines ou centaines. C'est ainsi que 
les^ 40 milles du Mans à Paris montent à J 4iO (120); les ^^ 60 
de Bayeux à Maliz à -J 160(150); les ^^ 100 de Tours à Nevers 
à ^3 150; les p 70 de Nevers à Angers à ^^j 220. Il est bon d'é- 
tendre les ^ 90 milles de la longueur du sac breton à ^^5 190. 

Le choix entre les doubles distances de Seez à St-Malo ou Avranche 
étant nécessaire, l'admission de , 'à 100 entre St-Malo et Angers au 
lieu de ,^ 80, n'est qu'un changement de lecture au reste insignifiant 
pour la composition. Une rectification ou correction plus essentielle 
existe dans les distances de ij 15 milles de Bayeux à Evreux, et dans 
J i^ 30 ou 45 milles de Bayeux à Rouen. La première de 15 milles, 
placerait Evreux sous la porte de Bayeux; l'autre, de 45 milles, est 
contrariée par les 90 milles de Dieppe par Tonque, à l'embouchure 
d'Esterham ou Orne, qui perd ses eaux près de Bayeux. En effet , l'insuf- 
fisancede ces deux distances empêcherait la jonction de quatre parties 
de la triangulation. Ces deux distances sont donc erronées ou oflrenl des 
chiffres inexactement débrouillés. Nous proposons à chacune le même 
chiffre de i3 105 milles, ce qui rapproche la dislance de Dieppe à 
l'embouchure d'Orne, et conserve dans l'écriture la ressemblance des 
lettres chiffrales, des chiffres contestés. 



88 EDRISI. 

12. La dislance de 80 milles de Nevers à Bourges n'est pas en ligne 
directe, parce qu'elle est la somme de deux distances, de -40 de Nevers 
à Auxères, et de 40 d'Auxères à Bourges, qui forment un angle. Dans 
la composition de la triangulation centrale, il y a plus de peine avec les 
distances de Nevers à Limoges, à Mont-Luron et àClermonl. Dans quel 
sens qu'on les tourne, ou obtient une combinaison inadmissible. On 
dirait que la combinaison d'autres triangles, qui place Auxonne sur la 
ligne d'Orléans à devers, est un obstacle. Elle contribue beaucoup à 
l'insuccès de leur coordonation. Mais si même on parvenait à reculer la 
position d'Auxères à sou emplacement vers le nord, la composition des 
dislances données de Nevers à Limoges et à Clermont ne serait plus 
satisfaisante. C'est qu'il y a peut-être une erreur, ou , ce qui est plus 
probable, le concours de milles inégaux. Ceux vers Clermont sont pe- 
tits, et les autres vers Limoges sont trop grands, surtout les , ^- 60 
donnés directement de Nevers à Limoges, demandent une extension de 
y> 90 ou même de »J 117 en partant par Mont-Luçon. 

Dans toute la composition de la triangulation, Nevers est un singu- 
lier point central, point de départ, qui rayonne par douze différentes 
directions. Malheureusement la moitié est en question , à cause des 
omissions, des chiffres inhérents , ou à cause des diversités des milles. 
Les rayons dont il sagit sont de grandes distances. 

Dans la triangulation belge on voit aussi l'insuffisance de quelques 
distances. De Gand à Bruges, de Tournay à St-Omer; l'une et 
l'autre de aj 15 milles sont à rectifier en ij 35. D'Alringos à St-Omer 
les iOi 25 demandent une lecture de ii 35. 

On dirait que la triaugularisaiion des distances édrisiennes pour la 
France est une peine perdue, qu'on n'en retire aucun fruit, parce 
qu'on arrive à l'explication de toutes les localités par le simple récit 
de la description, comme l'a prouvé l'heurenx résultat du savant 
traducteur. Je ne contesterai pas cette observation juste sous ce rapport. 
Je ne dirai pas que la triangulation confirme l'explication de plusieurs 
points : que ^^l-jJLà Kastel est réellement Chàteauroux; .jaY^ Maliz, 
Mcaux, à condition que la dislance de Chartres soit en grands milles; 
que la triangulation ramène ostensiblement , AitJ Bargosch sur Bazas 
eu Baxas, Vesula et JL/> yj Barmaui, sur Bernay, Bernacum; que la 
triangulation répugne d'accepter le double ^^rv^ Kamraï, dont 70 
milles de Louvain mènent juste dans la position de Cambrai, qui est 
roccidcnt du Rhin , (juoiqu'il ne se trouvepas sur ses rivages. En effet, à 
Edrisi ne donne qu'une seule fois les conditions de cette ville, qu'elle est 
grande et contient de vastes et beaux édifices , et s'il a ajouté celte vague 



ALLEMAGNE, 13. 89 

remarque qu'elle est à roccident du Rhin, il l'a probablement ajouté 
dans le but de rectifier l'erreur de la carte itinéraire, qui déplace 
Kamraï à l'orient du Rhin, loin de ses rivages. 

Toutes ces petites explications ne compenseraient pas ces combinai- 
sons laborieuses des distances, si l'on n'en retirait pas quelques autres 
avantages qui dévoilent la marche des connaissances géographiques, si 
l'on ne les confrontait pas avec les cartes postérieures et ne savait pas se 
convaincrejusqu'àquel point cesdistanceshélérogènes,sansapprécialion, 
mal coordonnées, dirigeaient la composition des cartes postérieures, sur- 
tout en Italie, comme nous l'avons remarqué dans le mémoire précédent. 

Reste à retrouver l'emplacement de j^ ou ^^idj de Balkir ou 
Balghir sur mer et -^I.--j Besnis dans le mont Jura , et voici ce que 
je remarque. Balghir se place près d'Olone sur Talmond, Tailemont, 
qui a un havre et la haute mer. Cette ville est située sur les rivages de 
la Guinardière, disent les anciennes cartes, et signalent de Guières aux 
environs. C'est donc de cette dénomination que la station du conmierce 
avait son nom : dans la Guinard, dans la Guiere, bal Ghir. Mais aussi il 
est très-probable que les barges d'Olone, marquées dans le Neptune 
français près de Sable d'Olone , engendrèrent le nom de Balghir : les 
appellations obscures gagnent quelquefois l'usage vulgaire. Toujours 
est-il certain que Balghir répond à la station d'Olone. — Quant à Bes- 
nis, comme la direction des distances n'est pas indiquée, si on les 
lournc à l'ouest, on trouve entre Dijon et Maçon, à des distances 
proportionnées, Bussy ou Bussy-bourg et Visnan-bourg. L'un ou l'autre 
répond à Besnis. 

Allemagne. 

15. Lorsque j'ai lu dans Edrisi que ^j^j Nebsa ou Bensa était la 
capitale d'Allemagne, tout de suite Bamberg s'était présenté à ma vue , 
et il devint le point de départ de toutes mes recherches ultérieures. 

L'Allemagne n'avait pas de capitale ni de résidence. Aix-la-Chapelle 
était déjà déchue de sa priorité, métropole comme Cologne, Mayence, 
au moment des élections et des couronnements. La maison de Suabe 
succéda à peine à la maison de Franconie , et sous le règne de celle-ci , 
Bamberg, centre de la Franconie, devenait une ville principale, une 
ville de prédilection. Une tradition du goût national lésait monter la 
fondation de celte ville à la soeur de Henri l'oiseleur. Baba, inventée à 
cet effet pour donner un lustre à Bamberg, et l'origine de son nom 
Baba, Babcnberg, Papeberga, Bamberg. 

Cependant Bamberg, du temps des Karlovingiens, était déjà la rési- 
dence d'un comté, qui fut supprimé et réuni à la couronne entre 903 

HI. 6. 



90 EDRISI. 

et 907. C'est au plus lard en 1007 qu'Henri II , de la maison de Saxe, y 
fonda un évèclié immédiat du Sainl-Siége. Sous la maison de Franconie 
la ville et révêché acquirent une importance extraordinaire. Plusieurs 
des ducs principaux s'étant emparés du droit de prétaxalion , ou de la 
recommandation du candidat aux élections, devenus ensuite électeurs 
de l'empire, voulant donner la splendeur au nouvel évéclié, se char- 
gèrent des hautes fonctions héréditaires de cette principauté ecclésiasti- 
que, les faisant remplir par leurs lieutenants, comme ils fonctionnaient 
par eux-mêmes, an qualité de grands ofliciers du royaume, ainsi que la 
cour épiscopale de Bamberg représentait en miniature la cour royale 
impériale. Aucun autre évêché d'Allemagne n'était honoré de cette 
façon. Les ducs prétaxateurs soumirent certaines villes en vasselage à 
l'évéque. Le duc de Bavière comme grand-sénéchal, la ville d'Am.berg; 
le duc de Saxe comme grand-maréchal, les villes de Wittemberg ei de 
Mùhlberg, le markgraf de Brandebourg, comme grand-chambellan 
prenant son investiture, promettait toujours de rechercher les fiefs pour 
rendre l'hommage due à l'église de Bamberg, et il les cherche d'un bout 
à l'autre de l'Allemagne, quoiqu'il n'y a plus d'électeurs. De cette façon 
l'Allemagne relevant de l'évêché, Bamberg acquit le droit de se quali- 
fier de capitale. Du temps d'Edrisi, plusieurs fois, en 1122, 1135, 1150 
et 1107, la diète se tenait à Bamberg. Mais ce qui est plus remarquable, 
c'est que le commerce y croisait ses chemins, et ce qui le prouve à la 
dernière évidence, ce sont les itinéraires indiqués par Edrisi, qui tra- 
versaient ^jz^i Babas, Babenberg. 

La capitale Bensa, Babenberg, placée au centre, rayonnait comme 
aucune autre ville d'Allemagne, de six chemins dans toutes les direc- 
tions, et ces chemins démontrent tout de suite plusieurs emplacements 
sans réplique. La triangulation débrouille le reste comme nous l'avons 
tissu , sans toucher à quelque chiffre. 

14. Les provinces qui obéissent au roi des Allemands sont au nombre 
de quinze (p. 360) 

L^^^^ Gasonia , Saxe. 

iJaL Bolonia , Pologne. 

oWj lispz, ^^'^^ Boemia (<?). 

(6) I.e traduclcnr suppose dans Berania la Poinéranii» : mais l'erreur y est évidente. Si l'on toh- 
Init y voir la Pomcranir, cm d»; l'a'irait pas au iioiirbre des pioviiices de Bolièmc ; cppendanl , deux 
pages pliislms (p. 371), F.drisi parle rie la i>roviiicc Boemia, qui appartient dl'^llemngne, cl ne tonnait 
aïKiine Birania. I.a J'cniéraiiie fosait alors parlii. iiUcgrante de la Pologne, et n'aicéd.! à l'cnipiro 
qu'en 4180. Edrisi compte au nombre des provinces dépendantes de l'.illeinagnc, la Pologne. Les 
Allemands le lui ont dit ainsi : lui-oi»nie il u'insiate pas pour la seconde fois avec celte assertion. 



ALLEMAGl^iE, U. 91 

îj.lia^Ii Kalantarla, partout ailleurs Ajj'Jaj J Karanlaria, Karin- 
iliie {i). 

iobls3 Akoulia, pays d'Aquiice. 

<v^y! Abcrnesia, lisez comme il est partout ailleurs i--;^^'-^ Dcua- 
dikia , Venise. 

wLsL-^ Doskana, Toscane. 

i.^^^s\ Afransia, Frankonie. 

^Lj v^L) v~j Bair, Babir, Bafir, Bavière. 

Ajîj.Nff Souaba, Suabe. 

i-Cj^J AxJj-^î Lohrinka, Loiarinka, Lorraine. 

i^jLjj) -J'uLJ .«b J Loubau, Lovanos, Loubauia, pays de I,ou- 
vain. 
xl} yi Braban , Brabant. 

j^ Ilaino, Hainaut. 

àJ^jJ Bourgounia , Bourgogne allemande. 

Il faut y ajouter ajj.) Jl Afrisia, la Frisie, qu'Edrisi compte au nom- 
bre des ireize provinces du roi de France, quoique dans sa narration il la 
regarde comme partie d'Allemagne, Les méprises de cette espèce sont 
familières à Edrisi. Il sépare encore une Allemagne iJL^^JÎ dans l'Al- 
lemagne (p. 357,366,375), en y comprenant certainement la Frankonie 
avec la Suabe. 

Nous ne nous occuperons point de la Bourgogne allemande, du pays 
d'Aquilée; très-peu de plusieurs autres provinces, où le traducteur a 
levé les obscurités : nous demanderons seulement s'il ne convient pas 
mieux de reconnaître dans l:u^^\ o^~-i.! Aghintz ou Aghista (p. 'âôO, 
24i, 2io, 562), au lieu de Aix en Suisse, Aosta, Augusta prœtoria en 
Savoie? Il serait aussi difficile , à notre avis , d'admettre l'explication de 
Chkela par Bruxelles. 

La Flandre appartenait au roi des Français. Elle comprend Tornai, 
Brouges, Sanl-Mir, Kamraï, Atringos (Courtray), Sankola sur la mer (s), 
et la ville principale Kand. Toutes ces villes sont reconnaissables tant 

(7) Forme de pronom iatinn connue dans les fliroiiiques. Voyez h carte anpio-saionne dans notre 
allas, n° 26. De môme dans liormesla d'Alfred on a : an ollire h.iclfe Donna tliaerc ca isthaol land 
Careodre ; ensuite au sud le moul qui s'appelle Alpis, près duquel Baegtliwara (Bavière), land 
gcmaerc and Swefa (Suabi), and llionre be tastan Carendrau lande bcgeoudan Ibacm westeiiae is 
Pulgara land : à l'est est Carinlliie et au delà des déserts Coulgarie. 

(S) La table itinéraire, à la place de Sankola, porto i.vï,,^ par erreur et par omission n"j pis 
donné d'épigvapbe à Sikia tn Frisie. 



92 EDRISI. 

par leurs noms que par les distances. La Flandre touche à la Frisie 
si on enferme dans les limites de celle dernière, la Zeeland et la 
Hollande. 

Dans rénuraéralion des villes, la province de Hainaut est oubliée. 
Cependant entre Kamraï, la ville de ,A>y ij^y }i.y Mouïz, Mouis, 
Mouisch, Mons, y est renommée; le Hainaut est enclavé dans la 
Flandre. 

Encore le Brabant qui n'est pas détaillé, semblerait composer une 
dépendance de la Flandre, si on voulait accepter la leçon , ^aJ 
Lovanos (Louvain), donnée (p. 360) par le traducteur. Mais c'est 
la ville de France ou de Flandre Louns (Laon), (p. 564, 565). De 
Louns i\ Kamraï, en se dirigeant vers l'orient, 60 milles (p. 565); de 
Kamraï à Louns (et non Lovanos) , dont il a déjà été question vers l'oc- 
cident, dit Edrisi, 60 milles (p. 566). Ces passages sont identiques, et 
Lovanos à la page 566, est probablement une erreur typographique. — 
Aussi lorsque je lis qu'Atringos est au-dessus de Rand et au-dessous de 
Liège (p. 566), je suis tenté de présumer que ce Liège, qui est privé de 
son nom en arabe, est Louns ou Lille. — Quant au Brabant, nous le 
renvoyons au pays de Louvain. 

La Bourgogne allemande monte jusqu'à Berdun (Verdun), où com- 
mence la Lorraine, dans laquelle il n'y a que trois villes nommées : 
Mas (Metz), _.LJ a^vU Liadja (Liège) et Kamraï sur la rive occiden- 
taleduRhin. Au reste, Lorraine est une province peu considérable, 
(p. 565) (9). 

i5. Toula côté de Lorraine s'étend une autre province plus considé- 
rable, dont les limites poussent dans plusieurs autres circumvoisines. 
C'est le pays de .IJ .,D ..^t'J iJbJ j^'Àij,) Lobanos, Louba- 
nia, Louban, Liban, Lian (p. 557, 566, 568, 575). La Flandre est bor- 
née par le pays de Louban (p. 565), et ce pays Lian est limité du côté du 
midi par l'Allemagne, et entouré vers l'occident, par la Lorraine et par 
la Bourgogne allemande; il confine vers le nord (de la Souabe) avec la 
Souabe et la Bavière, et vers l'orient avec la Saxe et une porlion de la 
Frise (p. 566). On remarque au nombre des principales villes de ce 
vaste pays : Bàle, Spire, "NVorms, Maïanse, Frankford, Mesla (Kassel), 
Cologne, Utrecht, Hardbourd (Erfurt) et Bensa (Bamberg) (p. 567). 
Or, c'est l'anlique France rhénane, austrasiane, Louvain était un 

(!>) Kornniï l'st Cambrai. Di' I ii'içc à Kniniaï en si> diiipoaiit vers le noniest 70 millrs dit Edrisi , 
cl il nous autorise par criitaines d'exemples de prendre eellc direction à la renverse. — Komrai est 
situé sur la rive ooeideatale du Kliiu. La rarte itinéraire inscrit ec nom sur le Main , et .lutorite de 
transporter Oudrnard et Carabrai , vers l'occidcnl, et la rive serait celle de l'Escaut. 



▲LLEMAGME , 1S. 93 

terlain temps une ville principale de cette France, sa capitale. La 
tradition en a conservé le souvenir, et le langage vulgaire donnait 
son nom à tout un pays. Le langage public, ni officiel, ni des 
écrivains ou des chroniques, autant que je sache, n'a jamais compris 
sur cette échelle le pays de Louvain. Les récits des marchands, com- 
merçants, voyageurs, l'ont apporté à Edrisi et aux Siciliens, donnant 
à ce pays une extension extraordinaire; du haut Rhin jusqu'à son em- 
bouchure , et vers l'orient jusqu'au fond de la Saxe, englobant toute la 
Franconie, spécialement oubliée par notre géographe. Tous les récils 
s'accordaient à lui donner cette extension, qui empiète sur les provinces 
du centre d'Allemagne. 

Le vague de ce langage populaire se déclare en y comptant Bâle, qui 
est une ville de la Bourgogne allemande ou sa dépendance , étant plu- 
tôt de Souaba. Aussi Spire, considérée tantôt pour une ville de Bour- 
gogne, tantôt pour celle de Souaba. De même Worms est une dépen- 
dance d'Allemagne (p. 362, 567, 569). Cette extension extraordinaire du 
pays de Louvain, dans la bouche des commerçants qui connaissaient 
une existence spéciale de Souaba, de Frankonia, fondée sur la réminis- 
sance de possession des Franks-rhénans, certainement était en même 
temps nourri par quelque autre motif commercial ou industriel, qui 
touchait de près l'intérêt, et portait leur vue sur Louvain, partout où 
ils élargissaient ses frontières. Louvain, à cette époque, était déjà une 
ville éminemment industrielle. Ses produits se répandaient au loin; si 
elle n'avait pas de ses propres établissements partout, les commerçants 
y rencontraient des dépôts de son industrie. Je présume que c'est là la 
cause de sa colossale renommée. Si la qualification du pays de Louvain 
ne se décèle pas par d'autres monuments historiques, l'activité com- 
merciale et industrielle ne pouvait y disparaître au dernier point. 
C'est aux historiens de Louvain de la retrouver. 

La Souaba a peu d'étendue. Ses principales villes sont : Ulm, Augs- 
bourg, Bâle, Spire, Akrizav et Eskindja. Cette dernière i.sr^^ as-^-'! 
est une grande ville, située dans le voisinage du mont Djour (Alpes), 
sur une éminence qui fait partie d'où le Danube prend sa source. Entre 
cette source du Danube et Eskindja, on compte 12 milles. D'Eskindja 
dans la direction nord-est à Ulm, on compte 60 railles et 100 milles à 
Bâle ; 53 seulement à Akrizav (p. 246, 569). Les distances d'Eskindja, 
60 à Ulm et 100 à Bâle, sont confirmées par deux passages, où la dis- 
tance entre Ulm et Bâle est portée à 170 milles (p. 246) ou 160 (p. 567). 
La Souaba touche à Karantaria (Karintie) (lo). Akrisar est réellement 

(10) Et non Tarantaisc , comme suppose le traducteur. 



94 EDRISI. 

la ville la plus importante de Karintie, et Eskindja fait partie de cette 
province voisine (p. 249, 5G9). Âskindja est cependant associée avec les 
Grizons(p. 2ô9)- 

Comment réconcilier tant de discordances sur celte grande ville? 
Donau-Eschingen se présente cousonnani avec Eskindja, éloigné une 
couple de lieues d'Uhn. Etait-il grand, sur une éminence? 11 faudrait 
cependant trouver un espace pour longer le Danube 60 milles. La dis- 
tance de Bàle ^ 100 milles, peut être réduite à ^ 80, à ^ 6 milles. 
Geyssingen s'y présente rapproché à Bàle et plus éloigné d'Ulm, et il 
peut proportionnellement compter 12 milles à la source du Danube et 
60 àL'lm. Mais Geyssingen était-il jamais grand,sur une éminence? (ii) 
Tous deux appartenaient au comté de Fùrstemberg, dont l'existence 
restait assez longtemps obscure. 

16. C'est un singulier pays que l'Allemagne ; indéterminé , il s'abîme 
dans sa prétendue capitale. Il y a un roi des Allemands, auquel obéis- 
sent quinze provinces , parmi lesquelles l'Allemagne ne se trouve pas. 
Ces provinces composent l'Allemagne ou sont ses dépendances. Mais 
l'Allemagne est au sud du pays de Louvain (p. 366) ; elle est entourée 
au nord par la Frise, au couchant par le pays de Louvain, à l'orient 
par la Saxe et au nord (la Frise), par l'Océan (p. 373). Bensa (Bamberg) 
en est la capitale. Masela àloL» (Rassel) placée au centre d'Allemagne, 
à cette dernière, deMayence, en se dirigeant vers l'orient, il y a 
70 milles (12); de Cologne autant, et de Bensa io. De Masela à Har- 
bourg, ville de frontière de la Saxe, vers l'orient 60 milles. Masela est 
donc évidemment Kassel , centre de tout ce pays, qui s'étend jusqu'à 
l'océan, Encore Worms est une dépendance d'Allemagne qui s'étend au 
couchant de la Souaba (p. 236, 367). L'Allemagne n'a pas d'autre spéci- 
fication. Son nom est attaché à la Franconie. Englobée par le langage 
populaire dans le pays de Louvain, elle se divisait en provinces situées 
à l'orient du Rhin jusqu'à l'océan, qui composaient ses dépendances. 

(il) l\ y a un autre GeyssiDgen à trois m.Uis «i'L'lm , spparlonaiilà ciHte riloc. — Esrhingen , 
lalioe Danubii locio, vul^io Bonescliingiii. 

(lî) Dans le nombre des «uridsilts que nous relate BaVoui sur les Tilles dts Frauks, nous trou- 
vons : 43^" Li/= Mafabnklia ['in pourrait lire Mafandja) , grande ville dos Franks dont une partie 
liabitêe , l'autre enseiiieni ce, aupri s d"un Toive qu'on nomme //In ou Zin. Il T a beaucoup de 
piaules aromatiques, poivre, gingembre, girolle; il y a des drachmes frappées à Sauiarkaud par 
Nasr eddin al asuani. — Il faut lire le Dcuve ,.»j'w et yi t Kli>>» fl l^atn , et la ville 
^f v^ [ i^ lUagandja, Muiance, où circulait la monnaie sammanidc? et l'on y viudait l'épicerie en 
abondance. — Ibn Said relate qu'iiuc ville d'.Mlemiyu •, remarquable par les savnnls et les philoso- 
phes doul clic est le rendez-vous, s'ap|iellc _y^.f^XJ Nafsin, Baf;in : t'est le nom de Bensa, Bensin. 
Baïuberg. *^ 



ALLEMAGNE , 16. 95 

La Saxe , du temps d'Edrisi , n'était plus ce pays où Cliarlemagne 
détruisit l'existence nationale des Saxons. Celte antique Saxe, dans le 
récit d'Edrisi , s'est éclipsée sous le nom d'Allemagne et de Frise. Celle 
d'Edrisi prit son assiette nouvelle sur le territoire Slave, où elle cher- 
chait longtemps à déterminer ses frontières. Les habitants de Saxe 
étaient les indigènes Slaves et toute sorte d'Allemands. Déjà cent ans 
auparavant, lorsque Boleslav-lc-grand, en 101 i, indomilos Saxoncs 
edomuU, dompta les indomptables Saxons : in pMmine Sale in mcdio 
terrœorum, meta fcrrea fines Poloniœ Icrminavit (Gallus, 1,G, p. 56), fixa 
une borne de fer comme frontière de Pologne dans la rivière de Sala 
au centre de leurs terres. La Saxe se centralisa autour de Sala, rivière 
de la grande Serbie. Aussi les villes de Saxe nommées par Edrisi, sont 
toutes des environs de Sala. 

ùy}iy» y'y» Harbour ou Hardbourd. 

iîVJ3 iS'.Jji î^rc^j-5 Dulboiirh , Dhulbourga ou Dhilbourga, 
comme l'écrit la carte itinéraire. 

v^Cj_j-j iSji'xy^ -.jJy-Ji Nizbourg, Nirezbourgh , Niubourg. 

jLaw JLa. Hala. 

»; ,j Vurza, Varze. 

i>.,S^-y9 2^j^j3 Kazlaza, Kazlasa. 

iJuLa ili-L» iL-iu/» Maschesala, Maschla, Masla (clim. YI , 5 , p. 37d, 
577, 581, VII, 5, p. 427). Cette dernière ville est aussi considérée 
pour une ville deBoeme (\I, 2, p. 571) (13). 

De toutes les villes prénommées de la Saxe, Hala seule se conforme 
à la Halle de Saxe. Si l'on suivait les consonnances les plus rapprochées 
on se porterait avec Niresberg à Mersebourg , avec Harbour à Harburg, 
situé vis-à-vis de Hamburg; on trouverait Delbourg entre Ems et Lippe 
en Vestfalie saxonne, ou Dusbourg sur le Roer. Mais les dislances s'y 
opposent. 

Hardbourd est évidemment Erfurt, éloigné de 70 milles de Kassel et 
60 de Bamberg. Au xvi* siècle, sur les cartes publiées en Italie, Erfurt 
est appelé Erdfurd. 

Niubourg est au nord de Hala à 40 milles et il faut écrire et lire 
s^VJ^ ou v..i5^juj Maïdebourg ou Naïdebourg, comme on appe- 
lait cette ville archiépiscopale et principale de Saxe dans la langue 

ilô) Le liri(iM(lcnr trouve la soûle HaU Mans Halle, ilc Sa:^c. Le i"sl ■ suivant son iuterpriitalion 
«e disperse elsf-lko à l'oxtériour. Masla flans Brcslau de Sili-sie, Varzc dans Oilcnsoe de l'ile de 
Fionie; Nizbourg, uornmc Nuezbourg, dans Norinibcrg de FranKonie, et noniiuo Niubourg dan» 
Sieborg deJ)aneinark en Fionie ([>. 375, C81, iî7, rtc). Qu'on me iiar.loune tjnaud je contrario 
ces illuftratiuDS. 



96 EDRisr. 

Yulgaire, almano-slave. Les caries publiées en Italie au xvi* siècle, 
Tappelaienl Maïdenburg. 

Dans la direction de l'occident, à 60 railles de Magdeburg, est situé 
Dulbourg ou Dlibourg. Je pense que cette dernière lecture est la plus 
exacte, elle nous apporte Quedlimburg, privé de la première syllabe : 
à cette époque fameux couvent de religieuses. 

Niubourg (Naïdebourg) et Hala sont également éloignées de Krakal 
(Rrakovie) 100 milles. Ces milles sont différents des autres, on pour- 
rait les doubler 

La situation de Masla, Maschesala, est indiquée par différentes dis- 
lances. Eloignée 80 milles de Hala, 150 de Krakov, 450 de Bassau et 
Bilhs, ou des environs de Gran et de Neutra. Ces distances se dirigent 
vers le centre de la Boenie, vers sa capitale Prague (VI, 5, p. 577, 581). 
Le nom de Prague est inconnu à Edrisi et Masla est signalée comme 
grande et puissante ville de Bohême. Nous y reviendrons ci-après. 

Entre Harbourd, Muzbourg et Masla se trouve Kazlaza, 100 milles 
au sud de Niuzbourg, 00 à l'orient de Harbourd, et 100 à l'occident de 
Masla (saxo-boeme)(p.581).Ces indications nous ramènent vers les bords 
de la Sala, où, à cette époque, Saalfeld, Saalafeld, dot d'une abbaie, 
était renommée et avait de l'iniporlance. 

Ce qui est vers le nord de Magdebourg est ténébreux. Suivant Edrisi, 
il n'y a que 25 milles de Niuzbourg (Magdeburg) à Vourza sur le fleuve 
du même nom, et autant de Vourza à l'océan ténébreux (p. 581, -427). 
Les distances aussi petites n'indiqueraient rien si l'on ne les prenait 
pas pour de grands milles d'Allemagne. Le nom de la rivière se relate 
à Veser, Visurgis : la table itinéraire semble le confirmer, car elle trace 
vers l'occident de la gorge du Danemark un fleuve anonyme qui serait 
l'Elbe, et en second lieu un autre sur lequel est nommé Vourza. Vourza 
fleuve étant Visurgis, Vourza fleuve se trouverait dans Ferden, Werden, 
Verdia, Vreda ville épiscopale depuis 785, à 25 milles d'Allemagne de 
Magdebourg et moins de l'embouchure de Veser. 

M. Le long de l'océan s'étend la Frise, depuis Saxe jusqu'à Utrecht. 
Ses villes principales sont : 
JC^ iK^ iU'-o i.Kt Schkela,Skcla, Sikla. 

^,'ai., -♦j'i»— Schwars, Swarans. 
«..x-^.^i \;.=s-'pl àsr^V^^ All^î^i'oulindja, Akarouldjina, Akarou- 

lindja. 
i.' ^.' Berna (p. 575, 57 i, 505). 



ALLEMAGNE, 17. 97 

De Berna à Vourza, ville de Saxe, ^ 100 milles, et Berna est située à 

,^ ^ 80 milles à Porient de l'embouchure du Rhin. Certes il n'y a pas 

lieu de coulester que Berna est Bremen, et les 100 milles à Vourza 
peuvent être réduits ix j G. 

Akaroulindja , la Karoulindja (prononcez Krolindja, Grolindgea), 
•située près de la mer, est éloignée de Brème 7 milles (immences d'Alle- 
magne, peut-être y 17), et de Cologne 100, est évidenmient Groningen. 

Schwars est une ville agréablement située au bas d'une montagne, 
avec des eaux courantes; éloignée de Erbourd 60 milles vers le nord, 
et 70 de Sikla. Ce serait une hypothèse que d'y voir Schverin, dans ce 
temps-là érigé en évêché pour les nouveaux baptisés Obotriles Slaves. 
Mais nous avons sur Veser, Schwarns» dont la leçon ressort de l'épigraphe 
de la table itinéraire (n). 

Edrisi dit : de Gand à Skela ou Schkela , ville dépendante de la Frise 
et dont nous reparlerons, en se dirigeant vers l'orient, on compte 80 
milles (p. 565) (15). Suivant sa promesse, Edrisi revient sur celte ville 
de la Frise, en examinant la Frise elle-même où elle est nommée Sikla, 
Sikela (p. 575) (ig). C'est la même ville sans aucun doute, 

Sikla ou Skela est une importante ville, située dans une plaine, dans 
un territoire agréable, possédant beaucoup d'habitations contigues, des 
bazars et du commerce : c'est le centre de la Frise ; aussi , ses commu- 
nications sont rayonnantes de tous les côtés : 80 milles à Gand , 80 à 
Utrecht, 70 à Groningen , 80 à Schavarns, 70 à Qiiedlimbourg ; parmi 
toutes ces villes au centre. Ces distances porteraient sa position vers les 
environs de Cologne, vers le courant de la rivière Siegen. Mais dans 
cette partie, il n'y avait à cette époque là rien qui conviendrait à une 
ville importante; en effet, la partie est trop extra-frontière et trop 
éloignée du centre de Frisie. Il faudrait reculer avec les distances 
d'Utrecht et de Groningen pour rentrer dans la Frise. Tekelenburg, 
Cleves, Gueldre, Schylse localité dans le Ravenstein, Schoeleburg sur 
Hase, offrent des cliquetis qui ne peuvent pas satisfaire l'importance de 
l'époque. Pourrait-on se rabattre sur Aix-la-Chapelle (Skela, capella)? 
je l'ignore. 

La Bavière ^.-^l: ySi) j^_j Baïr, Bafir, Babir (p. 24G, 568, 570), 
pays et province, est restreinte à une petite dimension. Ses principale* 
villes sont : 

(44) Je ne puis pas adhérer à son explication par Scliwarzbourg ou quelque autn- aiis«i ohscure. 

(IS) Le traducteur y voit Bruxelles. 

^16] Eu ce cas le traducteur la dctermiue par Celle ou Zelle de la bas$'< Saxe. 

ni. 7 



0g EDRISI. 

sJXp^j ^S'lJ^J Reinschbourg ou Rendjbourg. 
„as^^iy^ iy^~'i Tebsava, Tebzava, Balsau. 

iiaJ,^^ Eizerkarlha, Izerkaria. 

i^ù^i i~ivivi i-^^vi i— ^^ ri Gharmaisa, Gharmasia, oûarnia- 
schia, Gharmaïscha (p. 570). Elle est contestée à Bavière et ren- 
voyée à li Karinlie (p. 571, 573). 

La première est évidemment Raiisbonne, Regensbourg. Quant aux 
autres il faut les chercher (n). 

Tebsava ou Batsau, à voir les distances et la description est indubi- 
tablement Passau sur le Danube. 

Izerkarta 60 milles de Passau, rappelle la rivière Iser, qui traverse la 
Bavière et sur laquelle il y avait plusieurs résidences ducales. Une des 
plus considérables à celte époque était Landshut, qualifiée de ce nom 
suivant l'opinion populaire à la suite du château fort, considéré comme 
gardien (hut, hùten) du pays (Land). Ce château avec la ville gardait de 
même la rivière Iser et son passage, d'où vient Iscrwart, Isergarde, 
Izerkarta. 

Quant à Garmasia , ville d'Allemagne ou de Karinlie, elle est située 
entre Bamberg et Vienne; Bambcrg, éloigné 70 milles vers le nord 
ouest, Biana ou Vienne, GO ou 40 milles vers l'orient. Sur celte direc- 
tion, presque à moitié chemin de Bamberg à Vienne, on trouve au nord 
du Danube en Bavière un petit bourg Garhaïm, et sur le bord du Danube, 
à l'embouchure de la rivière Klon, en Autriche, une peiiie ville avec 
un château, plus rapprochée à Vienne, nommée Greim ou Grein. Pro- 
bablement c'est la Garmisia. Krems est trop rapprochée à Vienne, pour 
pouvoir convenir à la situation indiquée. 

KaRINTIA, DALMATIA, DJETOULIA (sERBIA). 

18. L'usage populaire, remontant par habitude aux traditions an- 
eiennes, ne donnait aucun égard aux frontières d'Allemagne, que le 
duché de Bavière fesaii étendre sur ce point; il absorba toutela Bavière 
méridionale par la dénomination de Karinlie. Cet usage populaire pré- 
domine tous les récits et les renseignements que les marchands appor- 
taient aux géographes de Sicile, sur les régions formant les dépendances 
d'Allemagne et sur les pays ultérieurs. Bohême, Karinlie et les autres 

(<7) Le trïdoitpur n'a pas remarqué l'identité de Tebsava avec Balsan et Ta expliqué une fois» 
tort par Leipzig- , une autre fois par Passau , ce qui est juste. Il k Touln trouver Stuttgard de Snab» 
éi\% la bavaroise Fircikarta, je ne saii par qnri motif. 



KÀRINTIA, 18. 99 

qui vont uous occuper, sont déterminés comme le comprenait le tuI- 
gaire. Mais souvent ces idées vulgaires ne sont pas suffisamment déter- 
minées, se tordent dans des biais qui étendent les limites et déplacent 
les villes de pays en pays. 

Nous allons à la reconnaissance de leurs chancellants récits et nous 
entreprenons un long pèlerinage, avançant jusqu'à l'embouchure du 
Danube et jusqu'à l'Hellespont. Trois routes seulement attachent à 
l'Allemagne ces régions iaimences, variées et jusqu'aujourd'hui mysté- 
rieuses à bien d'égards. De ces trois routes, une perce directement 
dans la Karintie; lautre parcourt les frontières de la Karintie et de la 
Bohême, la troisième traverse la Bohème. Nous nous proposons de 
sortir par les deux premières qui conduisent en Karintie ou en Slavo- 
nie; à la fin nous rejoindrons l'Allemagne par celle qui traverse la 
Bohême. 

La Karintie, Karantania, appelée par Edrisi ordinairement Karantara 
s.LJaj^ (p. 246, 5.57, 5G8, 569, 575), ses variantes : aj >-îaJ »5 ï,iJsi!f3 
ij JaJl5 est un pays et à la fois une province peu considérable; situé entre 
le Danube et la Drave, il touche à la Souaba (p. 246). Comme province 
{duché de Karintie), elle est peu considérable, sa ville la plus remarqua- 
ble est j\yiS\ Akrizav, à l'extrémité du mont Djouz, 51 milles d'Ulm 
et 55 d'Eskindja, en se dirigeant vers le nord-ouest. Eskindja est dans 
le voisinage du mont Djouz et fait partie de la Karantara (p. 569). 
Ainsi que la Karintie s'étendrait jusqu'aux sources du Danube : mais 
c'est une erreur, aussi bien que la distance de 55 milles. 

Comme pays, la Karintie est bornée à l'occident par le pays d'Aquilée, 
au midi par les états des Vénitiens, à l'orient par la Onkaria et au nord 
par la Boerae (p. 572). Un vaste pays qui a ses subdivisions. Au nombre 
de ses villes principales on compte : 



jo ï.LJj Bedhvrra, Bedhravara. 



ijha^ Bouzana. 



Neitherm. 
Schebrouna. 



ijLiJj ,j:it^l5 Kalgradoun, Belgraba. 
^f^j)ijX^ jLIv^ Sinola, Sinolavs. 
ijji ijji Bouza, Boura. 
j_jL-j Bilvar. 

iJSyi^\ Estergouna, Ostrikouna. 
lyjj^'j Titlus.. 



JOO EDUISI. 

i] ) cJo yS \ J^.j ^^G yS \ Afrank-bila , Afrabakbila. 

i^jjyi] à."Jvj| Abranbata , Abrandes. 
i;^^^j.i Gharraasia. 
j^ W J^ Akrizav. 
i.Jj! Akoulia; ^% Balam. 

^.^'«'ly pjil iX3vjy v3 Frizizak, Afrizizak. Ces trois dernières villes 
sont limitrophes de la Karintie (p. 37:2 , 375, 576, 578). 

Mais il faut retrancher de ce nombre Neitherm, Oslrigouna cl Sçhe- 
brouna, villes de la Bohème ; Tillus, ville de la Hongrie ; aussi plusieurs 
de la Slavonie, située au delà de la Drave.qui est seulement enclavée 
dans la région de Karantara et ne furnie que sa subdivision; enfin Gar- 
inisia, ville d'Allemagne et de Bavière (is). 

Nous allons maintenant à la reconnaissance de tous ces lieux, sans 
pouvoir dire jusqu'à quel point nous sortirons de la confusion. 

19. Lorsque nous voyons sur la carte itinéraire Ostrihoun (Gran) 
sur les bords du Danube, supérienr à Biana (Vienne); Agra placé au 
nord de Neutra; Titul au midi du Danube, énormément éloigné de 
Bclgrad, nous pouvons dire que les positions sont extrêmement dépla- 
cées. Le texte de la description ne nous apporte pas de remède, étant 
ordinairement d'accord avec la carte. Réfléchissant sur les distances, 
i! est nécessaire de présumer dilïerentes espèces de milles, de sorte que 
la triangulation avec tous ces déplacements est possible, mais rappro- 
chée à la réalité, devient presque impossible. Cette discordance et cet 
embrouillement résultent des nombreux récils rapportés par des mar- 
chands. Ils étaient d'accord, mais l'inlerprèie dont on se servit, ne pût 
bien comprendre leurs nariations, les coordonner et trier : les géogra- 
phes n'étaient pas plus heureux dans leurs combinaisons. Cependant il y 
a des points certains qui peuvent guider la recherche, expli(juer l'erreur, 
et les investigateurs plus approfondis, avec des matériaux dont nous 
sommes privés, ne manqueront pas d'achever l'explication. 



(18) I.c trailnclonr a Irès-lu'urcusi'inenl ilistiiiput plusieurs de ces viUi'S, niai$ je ne puis consentir 
;i illuslrer Bcilliwaia [nr PrtiTvaradein , Sclicbro'iiia par Sopiouy, r.otuana par Besclika , Bill»» par 
l'ellis; Akoulia par Wiikowar, Sinolav par Sililiiin, Kalam par Agram cl Balam par Bellovar, 
lorsqiU! le Iraduitciir lui uicino retrouve ce deruier dans Bihar : à toutes ces attributions s'oppo- 
lent les positions et les distances. — Continuons notre protestation sur ec point, duquel nous 
déborderons un peu vers l'orient. Banssin ne s'explique pas par Pantzova; ni Kalgradoun 'qui n'est 
que Belgradoun) par Galgoliium ; ni Uubna par Itaab ; ni Kavorz par Karlovitz ; ou Kavorzova par 
kuvar. 



RARIMIA, 20. 10 1 

De ce nombre assez considérable de villes énuuiérées , il y en a peu 
qui appailiennenl à la Karinlie, située entre la Drave et le Danube, au 
pays qui ne porie d'autre nom que celui de Karanlara. 

Nous avons déjà nommé Akrizav (Gratz), placé au pied du mont 
Djouz : ce n'est qu'à la fin que nous arriverons dans nos investii^ations 
à Frizizak, situé dans son voisinage. 

Nous pensons que Bouza est Petz (cinq), Quinquecclesi^e, Fùnfkir- 
chen, Pictkosciol, cinq églises. Nous le signalons seulement pour le 
moment, sa situation sera fixée, comme celle de plusieurs autres, par 
des combinaisons ultérieures. 

Belgraba est une ville remarquable par la beauté de ses édifices, est 
entourée de fortes murailles et pourvue de bazars. Elle est commer- 
çante, industrieuse et fréquentée. Ses cbamps bien ensemencés pro- 
duisent du blé et des légumes en abondance. On ne peut pas se mépren- 
dre sur celte ville. L'unique de ce nom à laquelle elle peut être référée 
est Belgrad, Bialygrod, Albaregia, Alba regalis, Stuhvcissemburg, 
Szekesfeyerwar; ancienne capitale et résidence des rois de Hongrie. 
Elle est éloignée d'Ostrikouua (Gran)ôO milles, de Bouzaua 55 (p. ô7G), 
et son emplacement est fixé. 

Bouzana, ville de moyenne grandeur, sur le bord du Danube, est sur ce 
point la dernière dépendance de Karinlie. C'est Boudzin, Bouda, Ofen. 

De Bouzana à Bedhvara ou Bedhrava sur le même lleuve, on compte 
60 railles. Le Danube coule au midi à partir de la ville Bouzana, puis à 
l'orient vers Bedhvara, puis se dirige vers le nord. La dislance de 60 
milles défend d'enfermer ces détours du Danube dans un trop étroit 
espace, c'est l'indication du cours entier du Danube. Il va vers l'orient 
jusqu'à Bouzana, se tourne vers midi jusqu'à Bedwara où il revient à 
sa direction vers l'orient, enfin (depuis Rossocastro) il monte vers le 
nord. Le nom de Voukovar est le seul peut-être, dans ce repli méri- 
dional du Danube, qui se rapproche à l'euphonie de Bedhvara, Bedhrava. 
Il est dit que la Drave se jette dans le Danube entre Bouzana et 
Bedhvara (p. 376), aussi confond-elle ses eaux avec le Danube non loin 
de Voukovar; le Danube venant de Boudzin, la reçoit entre ces deux 
villes avant d'atteindre Voukovar. 

20. En suivant le cours du Danube de Bedhvara à Tillous , on compte 
75 milles. Titlous, située sur la rive septentrionale du fleuve, est une 
ville extrêmement riche et peuplée. C'est une ville de la Hongrie, limi- 
trophe de l'Esklavonie. Si ce n'est sa grandeur, au moins son emplace- 
ment el son nom se sont conservés jusqu'aujourd'hui. Cette ville n'ap- 
partenait plus à la Karinlie, el nous nous trouvons dans sa portion qui 



102 EDRISI. 

porte le nom de A^jJliL-l Sklavonia, dont Titlous est limitrophe, et 
nous nous rapprochons à un coin de terre limitrophe à plusieurs ré- 
gions. 11 offre dans la description d'Edrisi des difficultés extrêmement 
graves qu'on ne peut résoudre à la fois. C'est un dédale à peine exlrica- 
ble. Il est étonnant comment Edrisi, sa carte, et certainement la table 
ronde rogérienne , ont pu y laisser tant d'obscurité et se noyer dans une 
telle confusion. 

Ce coin était à cette époque très-fréquenté et animé. Les croisées y 
passaient en masse; les marchands s'y rendaient nombreux; une foule 
de relations avait été sans doute apportée à l'investigation du roi Roger : 
mais on n'a pas su les coordonner. Il semble qu'en les confrontant, on 
a compris l'accord de différents récits, qui passaient et s'arrêtaient sur 
différents points. Les uns, des narrateurs, s'arrêtaient à Belgrad, à Gra- 
diska , à Ribnitza et leur récit fut à cet égard d'accord; les autres s'ar- 
rêtaient dans des localités intermédiaires, à Branilzova, à Kavorizova, 
et leur relation conforme, donna un autre accord. Tous étaient d'accord 
sous le rapport de tout petits milles, qui éloignaient ces places à des 
distances excessives. On n'a pas conçu qu'il fallait faire fusion de deux 
narrations : en les acceptant, on enchaîna seulement leurs renseigne- 
ments par juxta position. D'abord ceux sur Bansin et Kavors, ensuite 
ceux sur Belgrad, Gradiska et Ribnitza. Les distances déjà énormes par 
leur nature, se doublaient par cette opération, et pour les adapter à la 
longitude géographique, les géographes de la table ronde étaient néces- 
sairement forcés à procéder à une réduction considérable que nous 
ne connaissons pas, mais nous la relrouvous dans les indications de 
Journées de chemin. Au prime abord , nous allons commencer par un 
point connu de Belgrad, Alba grœca, Griechisch >veissenburg, Kandor 
alba. 

21. De Titlous, en descendant le Danube, on arrive à Belgradoun. C'est 
une ville florissante et très-peuplée où l'on voit de vastes églises. De là 
à Lilwj>.j ^^ ou Lil.wJo J! Afrideska ou Agridiska (Gradiska, l'ancien 
Cuppse, à l'embouchure d'Ipek, Bek, Pincus), ville sur le bord de ce 
fleuve, également importante et peuplée, par terre 75 milles et par la 
rivière 2 journées ou 1 journée. D'Agradiska à Rabna ou Ribna 
(Ribnilz), 2 fortes journées, équivalant à ce qu'on dit à 100 milles, ou 
seulement 1 et demi-journée. El de Belgrad à Ribna par terre loO 
milles. Agradiska est située dans une plaine cultivée, riche, fertile en 
grains et bien arrosée, elle est commerçante. Mais cette plaine est for- 
mée par des montagnes qui s'étendent le long du Danube, c'est à leur 
sommet que cette ville florissante est bâtie : on la compte au nombre 



KARINTIA, 2t. 105 

des dépendances de Makedonia (p. 291, 579), c'est-à-dire à l'empire 
grec. 

Ces trois villes florissantes n'étaient pas les seules à celte époque qui 
couvraient les rives méridionales du Danube. Il y en avait une qui sur- 
passait leur importance. Branilzova, Bouranilzova, Brandiz (ancien 
Viminacium), située près de l'embouchure de la Mlava au Danube, vis- 
à-vis de Kosiolatz , qui existe encore à l'orient de l'embouchure, regar- 
dant les ruines de l'ancien Brandiz, ville d'une ancienne peuplade slave 
Branitzevtzi , Branitschevtzi, que les latins appelaient Praedecenti, 
Praedevecenti , Praedenescenti. Les croisées du xi'^et xn" siècle, traver- 
saient celte ville pour se rendre de Belgrad à Nissa. Possédée par les 
Boulgares, avec la chute de leur royaume en I0I8, elle entra sous la 
domination des empereurs grecs. Nommée par les écrivains byzantins, 
Theophylacle en 1081, Anne Komnène en llli, Kinname et autres, 
parce qu'il fallait la fortifier et garder des attaques, elle était prise et 
reprise par des voisins. Reconquise par les Grecs, elle fut, en 1154, 
attaquée par les Hongrois qui s'en emparèrent en 1183, et la resti- 
tuèrent en 1186, quoique les Boulgares la comptaient dans la même 
année 1186, au nombre de leurs dominations. Cependant l'empereur 
Frédérik II, allant en Palestine, y trouva un lieutenant grec. Lorsque 
les frontières des Boulgars reculaient devant les Serbiens, Branilzova, 
comme capitale d'un canton, d'un palaiinat, entra dans les mains des 
Serbiens. Il est probable que vers 1189, Nemanla, chef ou roi des 
Serbes, l'occupa avec quantité d'autres places au delà de la Morava. 
Le lieutenant de l'empire grec cessa d'y fonctionner, les Serbiens pos- 
sédaient le canton et sa capitale encore en 1275, puis les Hongrois. 
L'importance commença à décliner, et sous la domination turque, la 
ville tomba en ruine : une portion seulement prolonge son humble 
existence sous le nom de Kostolatz (Schafarjik, Slovien. Slaros. II, 5, 
§50, p. 612, 613). 

Vers l'orient, au canton de Bransin, touchait un autre aussi très- 
renomraéàla même époque, avec sa capitale Koutshevo. LesKoutschans, 
Koutschevans , appelés par les latins Guduscani, Goduscani, lui don- 
nèrent l'origine. Dans le xn* et xni" siècle , les fastes de la Hongrie et 
de la Serbie en font une mention fréquente. Les Grecs, les Hongrois, 
les Boulgares , à la fin les Serbiens se mettaient en possession de ce 
canton. En dernier lieu il est mentionné en 1459, un cornes Cucie- 
viensis et Branicevensis. La rivière Pek ou Bek, Ipek, traversait ce 
canton pour se jeter dans le Danube près de Gradiska. Aujourd'hui il 
n'en reste qu'un souvenir dans la montagne appelée Koutscha!, et dans 
un hameau nommé Kouischaina (Schafarjik, p. 613, 014). On y voit les 



J04 EDRISI. 

villages de ce canton , Rrousevitsch et Rrivatscha. Je pense que nous 
trouvons ces deux cantons avec leurs capitales, appelées par Edrisi, 
Bansin et Kavorlzova. Ces deux villes sont situées sur le Danube, 
sur ses rives méridionales; elles sont populeuses , riches et considérées 
comme les mieux habitées du pays des Hongrois (p. 577). 

22. De Tiilous à Bansin on compte, en se dirigeant vers Torien! , 
75 milles (p. 578). Bansin ..y^-^ /.^■''^•' ,.r*'^-J située sur la rive 
méridionale du Danube (lo), ville célèbre, comptée au nombre des 
plus anciennes résidences (des autorités, d'un lieutenant); commerçante, 
industrieuse, habitée par de savants Grecs, ,jjb .àl 'ujj; ...L^-Jj 
entourée de cultures et d'habitations, où le prix des grains est cons- 
tamment modéré, à cause de leur abondance. De Bansin à Kavorz ou 
Kavortzova JLs \j3 ijj'-s ^j}i^l-5 ville importante sur le Danube, 
vàrs l'orient GO milles (p. 577), et de Belgrad à Kavorz 70 milles ou 
2 fortes journées; par le fleuve la dislance est moindre (p. 579). Tiilous 
est donc à l'occident de Kavorz , aussi le fleuve Tessia se jette dans le 
Danube , à l'occident de Kavorz et de Bansin (p. 580) (20). 

De ces données de deux relations juxtaposées par Edrisi, les dislances 
s'enclavent de cette manière : 

Tillous. Belgrad. Bsiisin. Gradiska. Kavorz. 



";i milles. 



70 milles, 2 journées. 



1 jouinée, 73 milles. 2 j. lisj. 100 m. 



2 ili journées. 



Fraiikbila. 



70 milles ou 100 milles. 



Les journées y sont comptées par 53 milles, 50, G6 et 75 milles. 
En comparant les journées, on a de Ribna à Kavorz une ou une derai- 
journée; de Kavorz à Gradiska, une journée; de Gradiska par Bansin 
à Belgrad, une journée, celte dernière double. Chacune comptée à 
25 ou 50 milles, il en restera de Belgrad à Titlous une 40"= de milles. 



(10) Car ce n'est pas .\rinia , mais Banssin qui est situé sur la rive méridionale. 
(50, I.a traduction dit onlro Kavori et lianssin , la caite itinéraire le confirme : il faut compter ça 
au nombre d'erreurs. 



SLAVOMIA, -25. 105 

Les quAtre ou trois et demi-journées entre Belgrad cl Kibna, font 
150 milles; or, une journée est réellement nionlée à 55 milles. Cette 
confrontation explique les bords du Danube, où se jettent Sava , 
Morava, Mlava, Pck; elle détermine les situations de Bansin, de 
Kavorzova. On ne peut pas arriver à un résultat sérieux et positif, en 
s'enferniant dans la consonnance des noms, rapprochant à des localités 
postérieurement renommées, dont l'existence, du temps d'Edrisi, serait 
douteuse. Bansin, résidence de savants Graïkioun (Grecs), est sans 
aucun doute Branzin, où résidait un lieutenant de l'empereur gicc, et 
je défie de trouver ou d'inventer pour Bansin une autre posiiion. 
L'indicalion de la situation de Kavorz, est une conséquence de celle-ci. 
Ces villes qui nous ont arrêté si longtemps, ne sont pas de Karintie ou 
deSlavonie, elles sont plutôt villes de la Hongrie, momentanément 
possédées par les Hongrois. H me fallait cependant y pénétrer et déter- 
miner leur position, car de ce point nous allons faire des courses dans 
la partie de Karintie qui porte le nom de Slavouie, ensuite nous ferons 
d'autres excursions- 

23. Mais avant de m'engager dans l'explication de la Slavonie, 
je dois prévenir mes lecteurs que la triangulation n" 42 de mon allas, 
et les cartes explicatives, offrent une grave inexactitude et de fausses 
interprétations qu'il faut rectifier et corriger. A peine écrivais-je la 
remarque, qu'il ne suffit point de confronter lesconsonnances des noms 
modernes pour expliquer les anciens, que je me trouvais privé de ren- 
seignements antérieurs pour distinguer les positions indiquées par 
Edrisi dans la Slavonie. Réduit aux indications modeines , je trouvais 
Afrankbila d'Edrisi dans le seul Vragolcvilsch de Serbie, le seul lieu 
dont les consonnes correspondaient suflisammcnt avec Afrankbila. 
Conteat de celte découverte, je claquais victoire; triangulation tor- 
tueuse, explications controuvées furent inventées avec le succès qu'en- 
gendre une imagination étourdie. C'est trop tard enfin que Frankavilla 
se présente à mon attention, pour expliquer et indiquer la position 
de Afrankbila. Il est donc nécessaire de reprendre l'explication 
des positions de la Slavonie et avant tout de coordonner sa triangu- 
lation et la rendre plus conforme à la description d'Edrisi. Par 
cette opération , nous arrivons, comme le prouve la figure ci-contre, 
à rapprocher Frisisak à la distance de 100 milles de Rendjbourg, à 
laquelle la composition antérieure, n° 42 de mon atlas , n'a pu parvenir. 
A l'aide de cette triangulation , appuyés sur les positions danubiennes 
^ue nous avons fixées , nous allons examiner la Slavonie. 

m. 7« 



106 EDRISI. 

TUIANGCLXTION DE DISTANCES ENTRE LES POSITIONS DÉ LA SLAVOME. 




La Sklavonie àJ_JjL,t précédemment sous la domination du roi de 
Hongrie, a été oon(|uise en majeure pariie à l'époque où nous écrivons, 
ditEdrisi, par les Vénitiens (p. 378). Cette conquête n'était pas durable. 
L'occupation de quantité de villes, n'était que le fait d'armes, des 
chances de la guerre. Chacun comprend que l'expression d'Edrisi est 
momentanée et indéterminée. La qualification de la Slavonie conquise 
par les Vénitiens est dans un sens large, embrasse la Kroatie, la Dal- 
matic et la Servie , où les Vénitiens faisaient des progrès et ne touchaient 
point la Sklavonie elle-même, entre Save et Drave, où les Vénitiens ne 
s'aventurèrent guère. Les rois de Hongrie prirent possession de 
vastes régions au midi de la Sava vers lOOi, et les ont conservées. 

Bilvar (Bellovar) est une ville du nombre de celles qui sont voisines 
des Vénitiens. A 5 journées de dislance vers l'orient est Bouza; ce qui 
confirme notre assertion que Bouza est Peiz. De Bouza (Pelz) à Sinola, 
ajournées. La direction de celte dernière distance est certainement 
vers l'occident, car Sinolav est une ville de Slavonie , difficile à fixer. 

Sinola, Sinolavs est une ville considérable et jolie, située au mUi 
de la rivière (Drave comme la carte itinéraire l'indique); possède des 
bazars et offre toute espèce de ressources. FI existe dans les montagnes 
qui renvironncni des mines de (er, et ce métal y est d'une incompa- 
rable bonté, soit sous le rapport du tranchant, ou sous celui de la 
maléabililé (p. 372). Cette ville e.si qualifiée d'orientale (p. 577); elle 
est orientale relativement à la Karintie proprement dite (relativement 
à Marca-Vindica), à trois journées ouest do VouKovar; il faut donc 



8LAV0NIA, ai. 107 

cherclier Sinolavs dans la partîe occidentale, où, dans la chaîne des 
uionlagnes, on trouve ça et là des g;isements de différents métaux, cl 
particulièrement de fer; ils sont aujourd'liui peu exploités. On y trouve 
Saladnak, Selidnik des cartes anciennes, Slalina des modernes, cl 
plusieurs noms analogues. 

De ce point de Sinolav, deux chemins nous dirigent parla Slavonie. 
De Sinolav à Akoulia, il y a 70 milles, à Afrankbila 80, et d'Afrankbila 
en se dirigeant vers le sud-ouest à Akoulia 70 milles (p. 577, 578). 
Frankbila est située au midi de Tillous, car la roule à celte ville allait 
de Tillous vers le sud. Frankbila est éloignée de Bansin 70 milles, 
également autant de Kavorz; mais comme Kavorz se trouve {)lus à 
l'orient, on comptait de Kavorz à Frankbila 100 milles (p. 577, 578). 
Toutes ces directions s'appointent sur Frankavilla dans Francochorion, 
ancien Sirmium, Milrovicz d'aujourd'hui (21). Fraukabila est considé- 
rable, ses habitants boivent de l'eau de puits et de fontaine, jouissent 
d'abondantes sources. Mais ce qui est plus important à noiilier, c'est 
que pour la plupart ils mènent une vie nomade v_^U3l L^^.l»! J.c. 
?j1j.J| (p. 577). Cette remarque opportune pour les citadins de 
Frankbila s'étend aux habitants des campagnes de nombreux pays, cl 
explique bien des choses. 

21. De Frankbila (Mitrovitsch) vers le sud-ouest à Akoulia 70 milles. 
Autant il y a d' Akoulia à Kalam ou Balam ; 50 seulement vers l'occident 
de Balam à Frizizak et de Afrizizak 100 jusqu'à Ralisbonne, ville de 
Bavière. Celte série de villes est limitrophe delà Karinlie (p. 578); 
elle forme une chaîne correspondant à ses frontières occidentales. 
Koulia, possédant de vastes dépendances, assise sur le i>enchant d'une 
montagne, également éloignée de Sinolav, Frankbila et Balam, esl 
fortifiée contre les attaques des Vénitiens (p. 578). Balam ou Kalam , 
grande et belle ville, entourée d'eaux courantes et de vastes dépen- 
dances, esl située sur les bords de la Drava (p. 573). Frizizak enlin , sur 
le chemin qui conduit vers Ralisbonne, est sans aucune contestaiion 
Freisak, ville dépendante jadis de l'archevêché de Sallzbourg, située 



(21) Je trouve flaas Schafarjik (starozil. slav. V, 33, note 18, p. CC7) , qu'on distinguo Franka- 
villa de Frankocliorion. Ce deruier mentioiiné dans les anuéps 112", llSl, par Nicetas clionialcs 
(éd. Ven. p. 10), indiquerait Sirmium. L'autre mentionné dans l'année fl80, par Ansbert, serait 
l'ancien liudaliaî ou Pudalia appelé dans les temps modernes Nagy-Olasï, Naygallas, Nangelos, 
Madielos, dont la situation est presque sous les murs de Sirmium , Mitrovitsch. Je pense, que cette 
distinetion a été faite par précaution do ne pas confondre les noms différents en apjiareuçe et que 
Afrankbila d'Edrisi rend cette distinction inutile. l'ranka villa n'est pas Pudalia, Madielos, mais 
Sirmium Mitrovitsdi , située dans Frankochoriou , dans une contrée l'rauke , dans laquelle vers l'an 
née 790, les Franks occupèrent Sirmium qui est leur ville, Franka villa , Afrankbila 



i08 EDRISI. 

dans le voisinage d'Agradiska , Graiz. Kalam ou Balam était aux envi- 
rons de Waradein, pour sûr Petlau, Poetovio. Quant à Koulia, je pro- 
pose Louka-Bania, Bania-louka, Vlamnie-Iouka, Vania-loiika (22); mais 
je ne défendrais point mon assertion si l'on trouverait quelque chose 
de mieux. Cette série de villes passe par le milieu de la spacieuse 
Karintie, et cependant Edrisi dit qu'elles sont frontières. On le lui a dit 
ainsi, parce que ces villes se rangent sur la frontière de Windisch-mark, 
(Windisch-Gralz, — Landsberg, — Feislritz ou Bislrschitz, etc.), Marca- 
vcndica entre Save et Drave. 

De la ville tles Nomades Frankbila, à Abrandes ou Branbata, on 
compte 50 milles. Les apparences phonétiques portent ma vue sur la 
ville Nerenla, et je pense que c'est juste, quoique la distance paraît 
être insuffisante. La population de cette ville est sédentaire, possédant 
des bazars, et la ville est située dans un bas-fond, juste au pied d'une 
montagne (p. 577), comme c'est eirectivement avec la ville Narenta. 
De Bîanbata à Bania 75 milles. Bania est une petite ville bien fortifiée 
sur les bords de la rivière Lina i^tJ qui a son embouchure (dans le 
Danube) entre Kavorz et Belgrad (p. 578, 579). Celle rivière Lin, nom- 
mée par son propre nom, se jette dans la grande rivière nommée Drin, 
qui elle même se perd dans la Save; cette dernière tombe dans le 
Danube sous les mnrs de Belgrad. Bania est une dénomination géné- 
rique d'un grand nombre de places. Tout près de la ville Preboi, sur 
les caries modernes, on trouve sur la rivière Lin une localité assez 
obscure, Bana, qui a pu avoir plus d'importance dans les temps 
anciens. En eiïct, de ce point de Bania (Bana) à Belgrad vers le nord , 
5 journées, et à Kavorz 100 milles (p. 579). 

De Bania à Albana, ville florissante, 90 milles, et d'Albana à Rabna 
(Ribnilza) 129 milles (p. 579). Ces dislances facilitent à déterminer la 
position d'Ablana, Blana , Bellina, située non loin de l'embouchure 
de Drin, vers l'occident. 

De Blana, en se dirigeant vers le sud à Ghano Jli ville prise et 
ruinée par les Vénitiens, située sur les bords d'une grande rivière, à 
4 journées par terre et à 2 journées par eau; de Nissova i journées, 
(p. 579). Je ne puis constater par les événements connus dans les 
chroniques, si les Vénitiens, qui conquirent à cette époque la meilleure 
partie de l'Esklavonic, j)énétrcrenl jus<|u'aux rives et au delà de 
Drina; je ne sais pas non plus si Ghano, une fois ruinée, s'était depuis 
relevée de sa destruction ; mais ce qui est certain, c'est qu'aux environs 



(22) UscmWcquo la earlo ijui se trouve dans l'cdition do Plolcniéc de 151S, l'appcltû LeTgc 
rcgaliê. 



DALMATIA, 23. 109 

de Posscga on se trouve à égale dislance de Bellina et de Nissa, et que 
c'est là que devait être Ghano ruiné; je vois enfin dans l'ensemble 
entier, que ce réseau de dislances , que nous avons composé pour la 
Slavonic, répond à toutes les conditions de la description d'Edrisi , 
retrace l'étendue que la voix vulgaire donnait au pays, et détermine la 
situation des villes , dont les noms se sont conservés ou subirent les 
changements qui effacèrent les anciens, en substituant d'autres noms 
aujourd'hui connus (-20). 

25. On voit que sous le nom de Karantara , de Karintie sont décrits 
les pays au sud du Danube; que la Karantara renferme tous ces pays, 
où au sud du Danube, s'était établi la race Slave, pour cultiver la terre 
dans les parties occidentales, pour les cultiver et profiter des pâturages 
dans les parties orientales. La partie occidentale est la Rariniie propre- 
ment dite, d'abord incorporée dans la Davière, ensuite détachée comme 
duché. La partie orientale décèle une certaine subdivision. La Moravie 
panonicnne porte le nom général de Karintie, ensuite la Sklavonie, qui 
s'étend au sud de Drava : elle contient la Kroatie et la Serbie dans les 
limites qu'elles avaient anciennement, du temps de Constant. Porpîiyro- 
genèle; leurs fronijères orientales passent à l'ouest d'Ibar et de Morava, 
et jusqu'aux embouchures de Sava et Drava. (Voyez Slavie du x' siècle 
et comparez les caries de notre atlas). Le langage vulgaire tenait à cette 
ancienne délimitation. Edrisi connaît et dislingue les Kroates et les 
Serbes , mais il néglige de distinguer leurs possessions; elles sont com- 
prises sous le nom de Sklavonie. Mais les géographes de Sicile, suivant 
l'ancienne habitude romaine, distinguaient les rivages des possessions 
Kroàlo-Serbés, par le nom de Dalmatie, ainsi que dans la description 
d'Edrisi figure encore un pays spécial, Dalraasia, oîi les conquêtes des 
Vénitiens faisaient des progrès. Dans ce pays il connaît la ségrégation 

(23) Le traducteur proposait de voir dans Atioulia, Wukowav; dans Afrizizak, Verolze; dans 
Ablana, Albana; et dans Cliano , Novi. — Je ue sais pas à quel Novi pense le traducteur. Ou sait 
que les Vénitiens possédaient Novi situé dans la Kroatie au fond du golfe adriati(|ue. Dans l'in- 
térieur il y a plusieurs Novi. — Les anciennes cartes (Ptoléméc édit. lolô], donnent dans l'intérieur 
des terres en Serbie , No\ i , placé à cùlé de Montenovo, enlry les sources d'Ibar et Drin , mm loin 
du mont Noir. En compulsant les cartes postérieures je trouve le nom de Novi remplacé par Uoui 
et transporté à l'occident de Drin (Ptol. de Ruscelli , ISOl), ou bien en lui conservant le même 
emplacement on l'appollait Cbina (Graecia Jae. Castaldo in tlieatro ortel. 1730). Cette dernière 
appellation répond , on ne peut pas mieux .i Gbano. Mais Montenovo par toute la suite des cartes : 
de Mercator, lloud , lauscn , Bleauw , Witt , Coronelli , Dclisic, Vaugondy, est régulicrcmont placé 
en Serbie ou en Bosmie, au sud ouest de Novi bazar, ainsi que Novi , Cbina , ne serait point à égale 
distance de Nissa et Bellina , et ce Novi procbe de Montenovo parait y iircndrc le nom do Lodi- 
novi. Au reste tout y est confus, obscure, à rccbercbcr bisloriqucmont. Les Vénitiens en guerre 
avecles Hongi-ois , ont-ils pénétré dans la Serbie? je ne puis plus m'éngager à résoudre Celte 
question. 



ilO EDRISI. 

de la Kroatie , il indique ses limites sans mentionner que du reste les 
Scrbiens étaient possesseurs. Ce pays étant une portion de la Slavonie, 
nous allons le parcourir par un examen rapide. 

Edrisi parle des conquêtes des Vénitiens et de leurs possessions, 
mais ni sa carte itinéraire, ni son texte n'ont indiqué la position de 
la cité elle-même. 11 dit que de ijJL^s Kamalga (Comaccliio) , il y a 
Ai milles à IJ'J Fatoua (Padoua), ajoutant que cette ville (conlinen- 
lale) est de tous côtés entourée par la mer. Ensuite, de Faioua il y a 
23 milles à ils 4=^ Alrila (Trevise), et 18 milles d'Atrilla à jysj^ 
Boiisa (Mourano, ainsi appelé par son porto Bouso) ; vient ensuite , ^.,,^1 ^ 
Gradis (Grade, vis-à-vis d'Aquilée), 50 milles de Bonsa; et aJ Lc?^ Lk.vs ^ 
Astidjanko (Siarazano) à 5 milles de Gradis, place forte , bâtie sur les 
bords d'une rivière dont le volume des eaux est considérable, bien que 
sa source soit peu éloignée (Timavo fons et porius). Celte ville impor- 
tante, habitée par des militaires, des marchands et des fabricants, où 
l'on équipe des iloties pour des expéditions guerrières, est l'entrepôt 
principal du pays de wbiCj I Ankoulaïa (d'Aquilée) (V, 2, p. 247, 248). 
xiinsi il a tourné Venise sans la nommer. On peut présumer que son 
texte, dans ce passage, est dépouillé de la description de Venise, de 
laquelle il ne reste que la mer qui entoure Padoue de tous côtés. Cette 
présomption devient à mon avis une certitude, lorsqu'on rencontre à la 
fin de ce passage une lacune, qui se retrouve dans l'abrégé de la des- 
cription d'Edrisi et dans le manuscrit asselin. 

Jaubert s'est borné à donner la transcription de cette lacune d'après 
la version latine, p. 22:2, 225, sans aucun examen (p. 2i8). Cette lacune 
cependant contient une description de l'istrie , dont les rivages sont 
détaillés par la carte itinéraire. Voici ce qu'elle dit. De rcgiontbus aulcm 
mcdilcrrancis Aquilciœ sunt Vcrona quœ et Ycrana dicHur ilj^j t'( 
, -iJi-^Li? (Bufalo cl Tamtos, Taïameulo, Tagliamento). Urbs Vcrona ' 
magna est distalque à , ^_aJa;=LL statione brevi (de même que de 
Bufalo) : et iam ab urbe eadnn (Vcrona) ad urbcm Ai^i (Bufalo) ix m. p. 
cl ab hac ad Ammclam sivc Angclam, cujus incolœ sunt de gcnlc franeo- 
rum, m m. p. ab Amvuia ad iJjJ,^ (Kandila) francorum, mm. p. 
et ab hac ad Vcronam scu Veranam , n m. p. Ce sont les établissements 
francks, entre Vérone et Boubalo. Il est remarquable comme Edrisi 
distingue ces Franks des indigènes Italiens ou Slaves. Vérone et Bou- 
balo ne se trouvent pas dans les caries modernes ni anciennes, et je 
n'ose pas hasarder l'explication par quehjue appellation analogique des 
petites localités; on y trouve cependant les villafranca, casielfranca, qui 
existent jusqu'aujourd'hui, comme souvenir des anciens établissements. 



DALMaTIA, 20. 1 H 

Verum de maritimis regionibus est d'Islria (Capo d'Istria) qvœ dislat, 
. ^ Ja/sLJs (Taïamcntoj urhe Aquilclae xxxiii m. p. A la place d'Istria, la 
carte porte , ^^JLs Saliros (S. Hilario?) — Ab hac, ad urbcm Moçjlo qtiœ 
cl Utnago dicilurix m. p. La carie porte jiL»jt (Umago, Humago). Parilcr 
aburbc Veronn medilerranea ad urbcm Vmago marilimam, cujus incolœ 
sunl [ranci, xviii m. p. Ab hac ad urbem Gcnlcbona, quœ rcnccns est cl 
ad francos pcrlinct. Il faut lire iJ^Ja;:^ Djenlenoba (Citta nova) : 
et a Gcnlenabo (Citta nova) ad Parcngio, quw ctiam Parcnzo vocalur, 
XII m. p. La carte porte inexactement -9 y t--' (Parcnzo). El ab hac ad 
Ruigo, dans la carte _^Jj Rigno, ou_»-jLjj Robigno (Rovigno) quœ ad 
frankosquoque spécial, xv m. p. Ab hac ad urbcm Polam, <Jaj xii m. p. 
Ab hac ad Molodlam, la carte porte i.J^^y Molodnia (Medolina) 
XVI m. p. Ab hac ad AJbon (Albona, omis dans la carte) xi m. p. Ab hac 
ad Flamona i^l Aima de la carte (Fianona) vi m. p. A Flamona ad 
Vrana iJi^\ et Avrana (Yrana) quœ uUima est inler regiones Aquilciœ 
maritimas, iv m. p. (Edrisi, p. 2i8 de la version de Jaubert), 

2G. D'el Avrana ou λI-j J Lobara (de la p. 285, Y. 4.) à ^_^> Boukari 
(Buccari), 10 milles. C'est la première dépendance de la i.^jd^ 
Khroasia, qu'on appelle aussi L*«LJ^ Dalmasia. 

De là à ijj^^ Roubara ïj.j'J Kabra (de la p. 261) (Fabra, Pribour), 
ville considérable, sur le penchant d'une montagne, IG milles. 

De là à il^ Sounna, àJL, Sana (de la p. 288, V. i.) (Segna, Zeng), 
jolie ville, dont les habitants sont Slaves, et possèdent beaucoup de 
navires, 30 milles. 

De là à àiU.L;u«9 Kastilaska , petite ville , dont la population slave 
ne possède que peu de navires, 15 milles. 

De là à ïiii..^ Maskala i.^\j Ji^^ Maskala weasia (Maluicin, 
Malvesin des anciennes cartes, Smoliana plus correctement des mo- 
dernes), appartenant aux Dalmates, 20 milles. 

De là à , ys)A Arnes (Vroniak au sud d'Iablanaiz), ville de movenne 
grandeur appartenant aux Dalmates et possédant quantité de navires, 
\5 milles. 

De là à ! JsL^ _J3L.<.a Sato ou Satva (Zusan au sud de Carlopago), 
appartenant aux Dalmates, qui y possèdent des navires dont ils se 
servent pour des expéditions militaires, 20 milles. (V. 5. p. 2GG, 2G7). 

Vient ici ^)^^_jLw Santoboulos (p. 2G1), qui indique les scopuli, 
scopulis, à l'entrée du golfe de Novograd. 



112 EDRISI. 

De Saio à >ioJ Nouna, qu'on nomme aussi ^j^^-' Ninos (Nina, 
Nona), viile considérable et naturellement irès-forie, 20 milles. 

De là à ïi^L^. Djadra (Zara), ville étendue et vaste, dont les habi- 
tants sont Dalmales. La mer baigne les murs de la ville, (il paraît que 
c'est Zara la nouvelle). 

DeZara à iJ3l,i,5 Dograta (Dratschevalscli , vis-à-vis de Novigrad), 
ville dont la population est mélangée de Dalmatcs et de Slaves, 50 milles. 

De là à .=^'JLv Sanadji (Sebennik), ville considérable, rcndcz- 
vous des marchands qui y font des expéditions par mer et par terre, 
20 milles. 

De là à ^..ij^l Ourgouri, qu'on appelle aussi j.U^J Lourgaro, 
(l'ancien PraHorium, vieiix Trau près de Rogoznitza), ville remarquable 
par ses agréments et par ses foriiflcations, peuplée de Dalmates qui se 
livrent an commerce et entreprennent des voyages lointains, ainsi que 
des expéditions militaires, 50 milles. 

De là à ir'y^y Targoris, )^\^j> Borgorouz (lisez Targorouz^ 
qu'on nomme aussi ^ »iy Targori (Tragurium, Trau), lieu dont les 
habitants, d'origine daluiale, sont constructeurs de navires, guerriers 
ou marchands, 6 milles. 

De là à ^isJLw! Asbalato (Spalatro), ville florissante, vaste, com- 
merçante, possédant des vaisseaux de guerre, 12 milles. 

De là à aJLju- Sigano, leçon fautive, la carte et un autre passage du 
texte (V, -i, p. 287) portent y.ii^ Slagno (Stagne dans la gorge de 
Sabioncello), ville peuplée de Slaves, qui sont pour la plupart naviga- 
teurs, 2.0 milles. 

De là à i>^,^i. ip\jij Ragorsa, qu"on nomme l-^ji^ Ragousa, 
dont les habitants sont Dalmates et possèdent des navires de guerre, 
50 milles. C'est ici que se termine la Rhroasia (V. 3, p. 2G7, 268). 

De Ragousa à ^j^^^s Kattaro ou jjVj Kadharo (Cattaro), ville 
florissante et peuplée de Dalmates guerriers et voyageurs, qui possèdent 
certain nombre de navires, 20 milles. 

De là à j\L^l Anlibaro (Antivari), lieu habité par des Slaves, 
50 milles. , 

De là à jL^ J^ Dolondja (Duleigno), ville importante de l'Esklavonie, 
peuplée d'habitants de Ladhikioun (à cause de la ressemblance du nom 
d'Olcinium), 70 milles (distance excessive) (V. 3, p. 208). 

Vient ici Leso à l'embouchure de Sirina (Drin), et de Deloudja 
à vj:^.»-L^t Adrast (Durazzo) des Franks, 80 milles. 



DALMATIA, 26. 113 

Dans la description de la chaîne de montagnes qui tmverse la 
I>almatie, Edrisi indique quelques villes de l'inlérieur. La chaîne du 
mont j.^ Leso s'étend dans la direction de CU^K^ Drasl (Dourazzo) 
jusqu'à 40 milles de Djadra (Zara). Elle est située à 15 milles de Dou- 
razzo. De la ville de Leso à Dcldjinia la maritime on compte 50 milles, 
cl dcDeldjinia à la montagne 12 milles; elle se prolonge jusqu'auprès 
d'Antibari, Kataro et Ragous ; elle se rapproche à 5 milles de Kataro. 
Vis-à-vis de la ville de Kadara et au delà de la montagne, à une distance 
de 13 milles, est o^'J Kamio, ville florissante située sur un embran- 
chement et entourée de montagnes qui affectent la forme d'un '-.tS'kk'f, 
en sorte qu'on ne peut y parvenir que d'un seul côté (V, 4, p. 287]. 
C'est \j^[3 Kamanova (de la p. 2G1, V, 5), située dans le canton Zêta 
(de Monténégro, Tscharnogora , Tschernitza), où l'on a la haute et la 
basse Komani sur la rivière Rinitza ou Sibnilza , qui se perd dans 
Moraka (m). 

La chaîne se dirige ensuite vers Stagno et là il s'en détache un pic 
très-élevé; puis vers Sbalalo (Spalatro), situé à 6 milles de la montagne 
derrière laquelle sont deux villes, savoir j"^^^ Nidjaou (Klissa, ancien 
Anderilum) et i^^S^ Kitra, 'ijS Kira (à la p. 201) (Kouprilz situé 
non loin de la montagne Kourtal); la première 12 milles de Spalato, et 
à une journée de la seconde. L'une et l'autre sont environnées de mon- 
tagnes d'un difficile accès. 

La chaîne se prolonge après vers Targouri (Traii) et vers ^!.s-^t;~' 
Sindjadji, Sinadji, ville bâtie sur un contre-fort de montagnes (Sing 
ou Sign? proche de la rivière Cettigna) (25). Puis vers Djadera (Zara), 
située dans une plaine à 1 journée des montagnes; puis vers Nouna 
la maritime (Nona), située à 12 milles: puis vers Sana (Segna) sur 
le penchant d'un coteau. Là ces montagnes atteignent par une ligne 
droite les environs de Lobara (Lovrnno), lieu situé sur une agréable 
colline (V, 4, p. 288). 

Nous allons maintenant entrer dans une province tout-à-fait spéciale 
à la description d'Edrisi , appelée Djetoulia , qu'on ne peut pas mieux 
interpréter que par Serbia. 



(21) Edrisi (p. 287) dit que fembrincUcment le plus voisin d'Adrinople et de la ville de L~) Ls 
Eania (p. 201, 281), [c'est-à dire entre ces deux villes placées à deux bouts , se dirige vers les bords 
de la mer de Peloponèse (mer occidentale de la Grèce), et se termine à 80 milles d'Astibos, 
Thèbes. — On ne peut pas confondre Kania avec Uamio. C'est une autre position. Kina se trouve en 
Albanie, au sud du mont Galitska : sur ce point deux chiînes se dirigent vers le sud La carte itiné- 
raire n"offre rien qui expliquerait la difficulté relative à Kania, bien qu'elle donne plusieurs noms qui 
ne se trouvent point dans le texte.— Jaubert, p.2Cl, lit lîouterla, c'est Tabcrla comme ailleurs. 

(45) Je risque celte supposition malgré ridcntité des noms avec Sebenico. 

III 8 



114 EDBISI. 

57. La ifij^ Gelhoulia , Djetoulia , s'élend vers l'orienl. Les Tilles 
principales de celte région, sont les suivantes : 

^**.^j Nissou , Nissova. 

«3^1'! <Jj»J^ ■j»-''jy^ Atrova, Atroubi, Âtrouni. 
Jj-J Jj^^.' c,Jj.j Bendi , Bidenou , rs'idenoii. 
^^ojj Banva. 
^..«,0 iJL^j iJuJ Nischa, Bischa, Bisa. 



LiL-Jjjii Akridiska. 




i' Aghrioz , Aghranzinos. 

' Slobouni, Estoboni. 

^•jj _.y:*v.s ^:>j;^ Moniekastro, Bonlckastro, 



; ^.^..oi. Lu J ^*JÙ*..,^yj ^«Ï^^L-Uj Bouliakhiskos, Bouliadji- 
miskos, Bouliadjiskomos (p. 291, 582, 585). 

La route qui traverse la Djelulie , dans la direction sud , inclinée 
quelque peu vers l'est, conduit dans la Romanie. De Ribua (Ribnitza) 
50 milles ou 1 journée jusqu'à Nissou ou Nissova, ville remarquable par 
son étendue, par l'abondance et le bas prix des provisions, telles que la 
viande, le poisson, le laitage et les fruits. Elle est située sur les bords 
de la ^-s\,j^ Morafa, ou plutôt elle est dans le voisinage de cette rivière 
qui descend des moniagncs de A^ w Serbia, nommées incorrectement 
hjj^ Serina. Sur la rivière près de laquelle est située Nissa, on a con- 
struit un grand pont destiné aux allants et aux venants (p. 291, 585). 

De Nissa à Trova ou Troubi vers l'orient, 40 milles ou 1 journée. La 
description nous assure une fois, qu'elle est située sur une montagne, 
d'où découle un cours d'eau qui se dirige vers la Morava; une autre fois 
elle dit que cette ville est bàiie sur les bords d'une petite rivière prove- 
nant des montagnes de Serbie, coulant à l'orient d'Âtrova, se jettant 
ensuite dans la Morava (p, 291, 585). Or, pour déterminer son emplace- 
ment il faut suivre la route ordinaire en remontant la rivière Nisova, 
qui se dirige vers la Morava, et avançant jusque vers Zaribrad. Ici, le 
nom d'Atrova, Trouva se retrouve, et vient de Turres, ad turres, de 
l'aniique itinéraire romaine (table penlinger. segm. 7). C'est la ville 



DJETOULIA, 28. H 5 

Turris, qu'en 5'tG Jusiinien voulut confier aux Slaves, à condlilon de 
préserver sur ce point l'empire des irruptions des Huns-Boulgares 
(Procop. de bel), golh. III, 14). Sur les bords de celle rivière (Xisova), 
on voit des moulins à farine , des vignobles et des jardins. 

De Trouva à Atralsa 40 milles ou 1 journée. Tralsa est un lieu bien 
peuplé et situé dans une plaine fertile (p. 291, 583). Sur la roule par 
laquelle nous avonçons, l'ancienne Sardica avait élé appelée chez les 
Slaves Sredelz, nom tiansformé par les Grecs en Triadilza (Lco diacon., 
Skylilzes, Zonaras, Theofylakt.; Anne Kommene). Les croisés l'appe- 
laient Straliz, Stralizia (Ansbert, >Vith. lyrias), de môme Edrisi Tralsa, 
Atralsa (Schafarj. II, 5, § 50, p. G19). Aujourd'hui Sophia. 

D'xVtralsa à Estoboni 1 journée. Stobouni est une jolie ville ou village. 
Cette place était sans doute où est aujourd'hui Ikliman , Ischliman, au 
pied du défilé par lequel on entre en Remanie. Le delîlé passé, le 
chemin se divise : a gauche il longe les chaînes des montagnes Balkan 
par Tscharnagora (Montagne noire), située sur la rive de Troutscha 
vers Kaloper pour arriver à Kabrova, placé au del.à des montagnes, sur 
leurs penchants septentrionaux. C'est dans celle direction que se trou- 
vait, à 6 journées de Stobouni, Akartous, Karlous ou Karnous, Kranoas, 
ville située sur une haute montagne : ce qui vient au défilé Schimka 
ou Schipka qui s'ouvre vers les sources de lalros. Les six journées de 
chemin, poussent Akarnous sur ce défilé : mais il est plus que probable 
qu'Akarnous s'élevait plus près sur un défilé où d'Anville indiqua 
l'ancien ad montem Haeini (Cornus (Sgroton), Corinus (.Mercalor), sur 
Slramich qui tombe dans Mariza près de Fiiippop.) : ce passage ouvre 
le chemin vers les sources d'Osma. La ville Akarnous n'appariienl plus 
à la Djeloulie. 

28. Revenant sur nos pas, nous nous transportons vers l'embouchure 
de la Morava, pour longer le Danube. Morafa confond ses eaux avec le 
Danube auprès d'Akradiska. D'Akradiska (Gradiska) à Ribna (Ilibnilza, 
ajournées ou une et demie; et d'Agradisca à Neokaslro 2 journées et 
demie. Neokaslro est dans une contrée fertile, les vivres y sont à bon 
marché, les vignobles et les vergers nombreux; le Danube baigne ses 
murs du côté du midi (p. 585). Les dislances données assignent l'em- 
placement de ce château neuf sur le lerriloire d'Orsova. 

De Ncokastro i journée et demie, près du fleuve Bideni, ancienne 
Bononia; dans le moyen âge B'din, Bydinum (Theophyl.), Bidini 
(Kedren); B'dyn dans une lettre du roi Asan; appelé B'din par l'arche- 
vêque Daniel (Schafarj. II, 5,^50, p. 619); AViddin. Et (de Bideni) 
même dislance vers l'orient sur le fleuve, jusqu'à Best kaslrova, jolie 



1 f 6 EDRISI. 

ville de laquelle, à la même dislance vers rorieut, Derislra ou Odestra, 
ville qui est déjà au delà de la frontière de Djetoulie (p. 586) (26)> 

Entre ces deux dernières villes se perd dans le Danube la rivière 
^^jjL.*-/» Mesinos (Osnia), à laquelle réunit ses eaux la rivière qui 
sort d'une montagne, dans le voisinage de laquelle est la ville Boulia- 
djimiskos ou Bouliadjiskos ou Bouliakhiskos (p. 387). En remontant 
Osma vers les moniagnes, on trouve aujourd'hui Koulodjcritza ou 
Kalogeritza, dont le nom est analogue, oîi il ne manque pas de rivières 
qui se réunissent avec la Osma, Osmen, Osraus (27). 

La ville d'Osma, Ozma, ancienne Melta, est nommée par Edrisi 
Messinos, Mesinos, comme située sur une montagne; grande et 
ancienne ville commerçante , où l'on fait beaucoup d'affaires et où l'on 
trouve d'abondantes ressources (p. 384, 488). 

De Mesinos il y a -40 milles à Aghranzinos ou Anghrio (Gavardin sur 
Voda ou Plevena, Utus, Yid), de laquelle 2 journées ou 70 milles à 
Bonlckastro (p. 388) ou Besikastro. 

Bisclia ou Bisa, aujourd'hui Bclz sur Iskrai ou Isker, ancien Oescus, 
est au centre des autres. Le texte d'Edrisi donne 5 milles nord-ouest de 
Bideni, o milles de Messinos, 4 milles vers le sud d'Akarnus (p. 384). 
Nous tâcherons bientôt d'apprécier ces distances entassant sur un point 
tant de villes ! (Bods de Sgroion, Bilz de Mercalor, etc.). 

De Bischa à Banva 6 journées dans la direction nord-est et d'Alrova 
au même Banva dans la même direction nord-est 90 milles (p. 384). Si 
nous voudrions avancer avec ces distances de G journées 150 milles, ei 
90 milles dans la direction indiquée, nous nous transporterions au delà 
des limites de Djetoulia, au delà du Danube et nous ne réussirons jamais 
à appointer ces deux distances sur un point; il est donc indispensable 
d'admettre que dans ces données gît une erreur; que la direction de 
Bischa à Banva, n'est pas nord -est, mais plutôt nord-ouest, et qu'il faut 
I)ar quelque raison réduire les dislances trop énormes. En partant 
d'Atrova et de Bisch dans les directions opposées, à des dislances pro- 
portionnées, on arrive à une ville ancienne située sur la rivière appelée 
Skisul, Ognit, Igoustoul, connue du temps d'Edrisi sous le nom de Boïa, 
Boïon (dans Kedren en 1013), qui existe aujourd'hui sous le nom de 



(26} Le souvenir (le Bcst-Kastrova , se conscrre pcut-(trc dans Pcsiikoî, Peslikov, village sitné 
sur le Danube, non loin de l'cmboacliurc de Iskra, ouest. Quant à Odestra , nous j reviendront 
plus lard. 

{il) La phonesis de Bouliakhiskos ou Bouliadjibkos-djimishot, me parait aussi grecque que je 
présume ce nom composé de jîou/y) conseil, ^ovAiOi conseillers ^ouÀix lieu dn conseil; 
/.tïT/j caMClle ou 3utx>î vase, coupe; Jtîjcsç disque, assiette; &w,ctxo; coléreux. 



BERDJAIt, ROMANIA, 90. 117 

Poïinia. Cependant je ne saurais dire si elle est Mlie sur une éminence, 
comme Banva, ville peu considérable, sur uno montagne. 

Edrisi nous avertit que Ribnitza, Nissa, par conséquent tout ce qui 
est à l'est de Morava, sont les dépendances de Makedonia(p. 579);cepen- 
dant il étend la Djetoulie ou le pays des nomades au delà de la rivière 
Osma. Toutes ces dépendances sont coutigucs, suivant son expression, à 
la Germanie, Djermanie. Cette Djernianie englobe la Romanie et la 
partie orientale de la Boulgarie, dont le nom est inconnu à la description 
d'Edrisi. Quant à Makedonia, elle s'étend vers le sud, elle n'a pas 
trouvé dans la description de séparation spéciale, mais les chemins qui 
la traversent y sont spécifiées; nous nous proposons de les parcourir. 

Berdjan, Romama. 

29. Le traducteur d'Edrisi, tout satisfait des explications communi- 
quées par son confrère Hase, pour la Grèce, la Macédoine et les parages 
de la Romanie (p. 28G), n'a pas touché ces points de Djeioulie que nous 
avons fixés; ensuite arrivé à la relation édrisienne de la reconstruction 
d'Aghirmini par l'empereur Heraklius, il donne le texte arabe du pas- 
sage de la relation, qui lui paraît extrêmement obscure, ainsi que tout ce 
qui suit jusqu'à la fin de la section (p. 587), et de ce point il n'ose hasar- 
der presque aucune explication aux positions de l'intérieur de la Boul- 
garie et de la Romanie. En effet, il fallait bien réfléchir et analyser les 
difficultés très-variées, avant de pouvoir discerner les renseignements 
donnés par Edrisi. Je dis qu'Edrisi nous donne des renseignements sur 
ces régions là, car, bien que sa description demande des illustrations 
approfondies, elle doit de sa part fournir des renseignements instructifs 
pour l'époque, et nulle part elle n'est plus abondante sous ce rapport, 
que pour la partie qui nous occupe et spécialement pour la Romanie. 

Nous avons pu remarquer que les localités de toutes ces régions 
danubiennes portent de noms différents, prononcés et écrits ou ortho- 
graphiés d'une manière très-variée. Le globe terrestre n'a peut-être 
nulle part autant de diversité inconstante et indéterminée. Il y a des 
villes, des rivières qui portent des noms de différents idiomes, de diffé- 
rentes époques, de l'usage varié : par dixaines et par vingtaines. Les 
indigènes grécisés, plus tard latinisés par les Romains, disparurent 
pour toujours lorsque leurs pays dévastés, se peuplèrent par d'autres 
souches. Slavonisés avec toute la Grèce, bientôt magyarisés, valakhisés, 
ils changèrent de face. La race slave surtout sema avec profusion ses 
dénominations, des rives du Danube jusqu'au Tenar. Les dénominations 
ftlaves déblayèrent celles des Grecs, Romains, Byzantins, ou s'associe- 



M 8 EDRISI. 

renl avec elles pour multiplier la confusion. Inlervinrent les commer- 
çants italiens, les belliqueux Francs, qui, conjointement avec les 
byzantins, modifiaient les dénominations, imposaient les leurs. Les 
Arabes, lesTalars, les Turks travestirent une multitude dans leurs 
langages. Enfin les géographes modernes, de ce chaos, reproduisant ces 
dénominations tant de fois transformées : allemands, français, italiens, 
russes, chacun suivant son orthographe inconstant, qui s'embrouilla 
avec l'orihographe slave, turk ou magyare, sans savoir réduire tant de 
diversités à une règle clairement déterminée et fixe. 

Pour épurer l'embrouillement, il faut étudier l'histoire cl les cartes 
géographiques de différentes époques. Car il est claire qu'on ne peut 
pas sans condition suivre le description d'Edrisi conformément à la 
connaissance et l'état actuel : mais qu'il est nécessaire de se rapporter 
à l'époque dans laquelle il rédigeait sa description, chercher des 
lumières dans les temps antérieurs plutôt que postérieurs. Pour fixer 
cependant les explications et les renseignements retrouvés, il faut s'ap- 
puyer sur les cartes modernes censées d'être exactes et capables de 
reproduire le terrain des pays comme il est. 

Nous n'avons pas négligé de consulter à cet effet toutes les cartes qui 
s'égaraient par quelque circonstance dans notre retraite. Les caries de 
l'atlas catalan de 1577; d'Essler et d'Ubelin (attachées à l'atlas de 
Ptolémée de 1513); italiennes de l'année 1581 (attachées à l'atlas de 
Ptolémée de Ruscelli et de Moietius); celles de Clirislian Sgrothonus 
(du recueil de Jodc 1569); de Wolfgang Lazins, d'Augustin Ilirsvogel, 
de Jacq Caslaldus (dans l'atlas d'Abraham Orlclius 1570); de Mercator, 
de Hondius, de Janson, de Blaeuw, de Wil, de Guillaume Delisle (dans 
leurs atlas); de Coronelli, Vangondy, Le Rouge, Donne, Hérisson, 
d'Anville, Reichard; de Scliùiz viennois reproduite par Wciland à 
"NVcimar; de Danielovà Vienne 1813; de La Pie 1822 (grande carte); de 
Lameau 1827, — présentaient et rappelaient la marche et le progrès de 
la géographie dans cette partie du continent européen moins accessible 
aux géomètres. Les cartes anciennes, presque jusqu'à la fin duxvufsiècle, 
répondaient mieux i\ la désharmonio des dislances d'Edrisi. C'était la 
conséquence inévitable de conceptions basées encore sur ces itinéraires, 
dont les notions furent réunies en premier lieu en Sicile pour l'usage 
d'Edrisi. Ces cartes cependant ne pouvaient satisfaire, et leur imper- 
fection devait céder à des investigations et à la connaissance moderne. 
L'incertitude accable souvent ces investigations récentes. Les caries 
modernes, dressées par des ingénieurs habiles, sont sufiisamment d'ac- 
cord sur le littoral , mais dans l'intérieur du continent elles s'égarent en 
discordances très-sensibles. Le cours des fleuves cl des rivières, l'élen- 



BERDJAN, ROMANIA, 50. H 9 

due discordante des montagnes, déplacent les positions, changent les 
distances et les directions des itinéraires. La Boulgarie et la Remanie 
sont encore le plus affectées de celte incertitude. Pour dresser notre 
carie explicative des pays danubiens (pi. Iode notre allas), nous avons 
pris pour modèle la carte de Lameau. 

50. Il y a là, dans ces cartes récentes , de nombreux points contestés. 
Un des plus remarquables est celui de la position de Perislavia, ville 
dans son temps renommée. Preslav, appelé par les Grecs byzantins 
Presthlava , Presthlavon , Persthlava, Pcrislhlava, Paraslhlava (Constan- 
tin porphyrogen. Léon le diacre, Kedren, Zonaïas et autres); par l'an- 
naliste russien Nestor, Pereiaslavielz; dans le diplôme de 1186 du roi 
Asan , Praslav; par Edrisi Berisklaba , était la résidence des premiers 
rois de Boulgarie jusqu'à 971. Sa position se retrouve-t-elledans le Provat 
qui existe encore , ou dans les ruines de Tanlique Marcianopolis? Les 
ruines et Provat existent; cependant on les confond , regardant Provat 
comme l'antique Marcianopolis. Certaines cartes rapprochent les ruines 
à Provat; les autres les placent très-éIoignées,à une distance irès-consi- 
dérable. Les investigateurs d'Allemagne et de Russie s'accordent de 
les distinguer; les géographes français (La Pie, Lameau), s'obstinent à 
les confondre, et à placer Provat sur les décombres de Marcianopolis. 
En effet, Provat, situé non loin de Preslav, est assez ancien, lorsqu'on 
1186, il faisait partie de l'apanage du prince Pierre, qui possédait aussi 
Preslav (géogr. akropolit.). Les byzantins qualiliaient Preslav de grand, 
et Kedren avec Zonaras signalent positivement l'existence du petit 
Preslav, qui disparut comme le grand (Schafarj. II , 5, § ôO, p. 618). 
Edrisi distingue aussi les deux Berisklaba. io^LC-^J Berisklaba et 
Ajî^xLy iji-*-^ Mighali Berisklaba (p. 582), Mîya//i TTîptcrj/aSa, il les 
distingue dans son texte et sur sa carte itinéraire. On a dit que la situa- 
tion de la pelile Perislava est inconnue; la situation de la grande, 
relatée à Provat ou à Marcianopolis, autant que je sache, n'est qu'une 
pure conjecture. Aucun écrivain du temps de l'existence des deux Pères- 
lavas, n'a fourni d'indications positives sur leurs positions; le seul 
Edrisi vient nous donner quelques explications, et si nous ne savons 
tout de suite tirer tous les avantages possibles de ces renseignements, 
nous pouvons dire avec certitude, qu'ils sont en partie contraires aux 
conjectures discordantes. 

Mais le désaccord des conjectures se manifeste encore sous un autre 
aspect sur les cartes récentes. Les portulans des navigateurs indiquaient 
les embouchures des petites et des grandes rivières. La tâche de les 
faire remonter à leurs sources, d'accourcir ou de prolonger leurs 



\ 20 EDRISI. 

cours, appartenait à la connaissance des géographes. Dans le xvi* siècle 
on savait qu'une rivière mouillait les murs de Varna et on s'imagina que 
Provat est situé sur le fleuve Paniz-us, qui tombe dans la mer plus au 
sud. Dans le xvm* siècle, on y multiplia les embouchures et on déplaça 
les localités. Provat et Devina avec leur rivière et leur lac, se trouvèrent 
au nord de Varna. Les murs de Varna élaicnt baignés au sud par 
le fleuve Varna, sur lequel on avait Marcianopolis, et plus haut 
Provadtschik (ou petit Provat). Ce fleuve recevait deux rivières, dont 
une Dafné, coulant près d'Eskistamboul; Sçhoumla se trouvait entre 
ces rivières. Plus au sud coulait le fleuve Karatschik ou Panysus. Il 
semble que celle partie, depuis Delislc et d'Anville, est mieux connue 
aujourd'hui, puisqu'on s'accorde qu'au nord de Varna n'existe aucune 
rivière assez considérable. Varna (Cruni) est baignée au sud par la 
rivière de Provat (Zyras), qui, renforcée par quelques autres afiluences, 
traverse les deux lacs Devna ; sur ses bords sont situés Devena et 
Provat. Au midi, deux Kamché; grande et petite, ou blanche et noire 
(Potamos cl Panysos) se réunissent pour porter les eaux de Kamché ou 
Panysos dans la mer; Eski Stamboul se trouve sur la grande Kamché 
(Vrana de Delisle). Suivant d'Anville, Marcianopolis est située sur la grande 
Kamché (Vrana), et la petite porte le nom de Panysos (Fiza de Delisle). 
Ainsi, comme le géographe de Ravenne dit qu'au milieu de Marciano- 
polis passe le fleuve appelé Potamia : per quam Mareianopolim medio 
transit fluvius qui dicitur Potamia (IV, G, p. 57). La station de Panysos, 
sur la rivière de Panysos (Kamché petite), fut éloignée de 12 milles 
romains au sud (lable penligerienne). Le mont Balkan s'interpose entre 
ce Kamché. et Karnobat, qui coulent parallèlement. Le terrain est donc 
assez assuré pour comprendre les renseignements d'Edrisi. Je dis assez, 
parce que La Pie et Lameau, dans les détails surtout du fleuve Kamché, 
ne sont pas d'accord, et les branches de Kamché sont chez eux diffé- 
remment hérissées. Celles de Lameau sont plus conformes à la connais- 
sance de d'Anville. 

51 . Berisklava (petite), comme le dit Edrisi, est une ville sur les bords 
d'une rivière et près d'un marais (p. 58G). Cette indication fixe la petite 
Berisklava à l'embouchure d'une petite rivière, qui se perd dans le 
petit lac Devna au sud d'AIadin, où est aujourd'hui le village Emereler. 
Je pense qu'on s'efforcera en vain de proposer une autre position. 
C'est vis-à-vis de Varna. Les deux lacs séparent Varna de Berisklava, 

Edrisi s'élant arrête sur ce point, donne la route par terre de 
Bidhlosà Konstantinople. Bidhlos ,r')w\j si la lecture est incontestable, 
serait Baldjik ou Baltelouk d'aujourd'hui (ancien Cruni). Bidhlos est 



BF.RDJAN, R6MANIA, 53. 42Î 

nommé deux fois (p. 585, 588), dans l'itinéraire maritime. Pour la 
troisième fois, cet itinéraire maritime nomme à sa place Baruas .j^j> 
(Varna) (p. 594). La carte itinéraire ne connaît que Barnas. Barnas et 
Bidlilos sont à la même hauteur, 50 milles au nord d'Emiiieh. 

Par la roule par terre, de Bidiilos on se rend d'abord à yi.) Boulhra 
(p. 586). Cette jolie ville n'existe plus, ou bien a cliangé de nom. Cest 
un nom boulgar ou slave, car eu 1085, suivant Anne Komaiène, une 
ville boulgare Veiren, dont la position est inconnue, se trouvait non 
loin du Danube (Schafarjik, p. 619) (as). En avançant de Bidhlos 
50 milles dans l'intérieur, dans la direction vers le Danube, nous nous 
trouvons aux environs de Hadji Oglou Bazardjik. Il est probable que 
Boulra s'y trouvait , la route tournoyant quelque peu. 

De Boulra à ^-^^i Berkanto, on a la même dislance de 50 milles 
ou une journée. Entre ces deux villes coule une ririère, se dirigeant 
vers le midi, traverse àib\,C Sklafa (petite Berisklava), puis se jette 
dans la mer (p. 586). Je crois que ce passage confirme l'emplacement 
que nous avons indiqué à la petite Berisklava. Berkanto est située sur 
le penchant d'une agréable colline. La carte itinéraire d'Edrisi déplace 
les points diacritiques, et ferait croire que le nom de Berkanto n'est pas 
assez solidement établi. Elle semble écrire Kerkanto; il est probable 
qu'il doit èlre écrit «x:.? ^ Barafanto, Baravaulo. Quelle que soit la 
lecture véritable, je pense que cette ville est Berkamis du géographe 
ravcnnate (IV, 7, p 58), et la lecture Berkanto suflît pour remarquer 
l'analogie et l'identité de ce nom avec Prauadi , Paravadi , Pravati , Pra- 
vala, Pravat, ville ancienne, située sur la rivière Paravat, qui jette ses 
eaux dans le même petit lac Devna, dans lequel se perd la rivière qui 
traverse Slava ou petite Beriskava. 

De Berkanto à asjJC^j ^l*^^ Mighali Berisklava, ville de gran- 
vdeur moyenne, dans le voisinage de laquelle est une petite rivière, 
1 journée (p. 586). Or, la grande Preslava ne louchait point les bords 
de la rivière Provat, ni d'aucune rivière considérable, elle n'était que 
dans le voisinage d'un courant. Elle se trouvait à une journée ou 25 à 
50 milles éloignée des rives de Provat aux environs de Tschalikavaki 
quelque part entre les deux Kamchés, non loiu du courant de l'une 
d'elles, non loin des ruines de Markianopolis, dont l'emplacement et 
les ruines sont sur la rivière considérable de Poiamos Kamtche. 

52. Afin d'avancer de Mighali Berisklava vers Constantinople , il fal_ 
lait franchir la montagne Balkan. Il semble qu'à cet effet on traversait 

(Î8} Ou connaît aussi à l'ouest de Silistrie , Vclcrnizc. 

1» 8. 



1^2 EDRIST. 

le défilé nommé Bogazi ou Marouschbogazi, l'ancien Sidcra, qui conduil 
de Tschalikavak droit à Karnabat (29). Par ce défilé on arrivait de la 
grande Berisklava dans 1 journée à ^^y.^.^ y^^ Mebersinous ou ^-^y 
Mersni, comme le dit la carie itinéraire, ville ancienne et célèbre, dans 
nn pays bien cultivé (50), car de Mebersni la direction de la route s'in- 
cline vers l'orient pour atteindre dans une demi-journée <^f-^ 
A<^hirmini ^-^^il Agharmini j;*.i Gharmati, aujourd'hui Karnabat, 
rétablie par Heraklius II, repeuplée et florissante, entourée de cultures 
(p. 386, 587). 

En descendant du mont Balkan nous nous trouvons dans la Romanie, 
pays plein de culture et florissant, rempli à chaque pas d'antiques sou- 
venirs. Il n'y a rien d"élonnant si les relations des environs de Karna- 
bat nomment des localités qualifiées de villes anciennes, célèbres. 

Edrisi s'arrête sur son itinéraire constantinopolitain àGharraati; il 
n'avance plus par terre à la capitale; il tourne vers l'occident et à 
i journée il entre dans , vo^^-:-. Estimes ,,^-^^\ Estïos (p. 587). Je 
pense qu'aujourd'hui c'est Islandji ou Selimno, Slivno des Slaves, d'où 
par le défilé Tschimka ou Tichipka, Schipka, où prend ses sources 
lantrus ou lalrus, on traverse le Balkan pour se rendre à ^«,>ji*«9^ Ub 
Bouliadjiskomos, où prend ses sources la rivière Osma et que nous 
retrouvons dans Kalodjeritza, en 5 journées. Le texte d'Edrisi dit que 
ces 5 journées sont en se dirigeant vers le sud : méprise évidente qui 
ne peut pas embarrasser; c'est le tour trop fréquent de l'idiome arabe 
qui veut dire dans la direction du sud (vers le nord). La direction est 
plutôt vers l'occident : mais Estios est au sud de Balkan et Bouliadjis- 
komos au nord. 

Dans une journée (certainement de 73 milles) en se dirigeant vers 
l'orient (sud-est), il vient de Bouliadjiskomos à bbi^Jua Kalimalaïa, 
existant encore sous le nom de Cialimalif , Schalimatif, Tscbalimalif. 
Kalimalaïa est une ville florissante, où l'on trouve beaucoup de grains 
el beaucoup de gibier. Le seigneur de Konstaniinople va souvent chas- 
ser dans ses environs, qui sont montagneux et très-boisés (p. 587). 



(59) Il T a cinq ddfilés par Balkan trrs-ripprocliés. Le promicr presque sur le bord de la mer 
prc« d'Emineh , fut appelé par les Slaves et les BoulgarcsBcrcgava (de rivage, riverain), (Schafarj. 
n, 3, S, 29, p. 574). L'autre TschcDgel ou Nadir, Nadir Derbent , ancien Sabalen ou Sondis, qui 
conduit de Proval à Wdos. Le troisième Bogaze ou Marousch bogaze, ancien Sidéra (porte de fer) ^ 
qui conduit de Sclioumla par TsclialikaYah à Karnabat. Le quatrième qui n'a pas de nom, ouvre le 
passage de Kollou ou Kazan à Karnabat. I.e cinquième appelé Demir kapu, (en lurk porte de fer), 
pour se rendre de Kollou ou Kaian à Selimno, Islandji, SItvno. 

(30) C'est la ville de Dersin, connue par les combats des Boulgan on 797,813, (Sirilter , raem. 
pop. Il, ir,i, SIS 



BKRDJAN, ROMAMIA, 35. 123 

De Kalimalaîa nous passons à 12 milles vers l'orienl par -..^J^l^ 
Madl)anios, jolie ville pour se rendre à Belrova, éloignée vers le sud 
50 milles (p. 587). 

Plusieurs fois nommée , la ville considérable, commerçante , indus- 
trieuse ^J^-J Betrova ^j^-o Nebrova (p. 382, 38i, 385, 387), appelée 
Burlizon par le géographe de Ravenne (IV, 6, p. 57), se trouve dans 
l'itinéraire de la table penlingérienne sous le nom de Burtiha , entre 
Hadrianople et Bergala ou Pyrgos, Arkadiopolis à 18 milles de ce der- 
nier et le double du premier. Or, c'est Eski Baba ou Baba la vieille d'au- 
jourd'hui. Burtiho, Burtizon, Belrova, Nebrova, (Burtudizus des cartes 
de Mercator), par une dégénération continuelle de son nom produisit 
le nom de Baba, ville très-ancienne, (vieille eski, Sicibaba de la carte 
de Jacq Castaldo). De Nebrova une route directe conduit à Kostanlinie. 

33. De cette excursion vers la grande capitale, revenant au delà du 
Balkan, nous sommes obligé de remarquer que la carte itinéraire 
d'Edrisi, reproduisant le nom de deux Beriskiava, les place dans le 
sens inverse de l'emplacement que nous leur avons assigné. La petite 
Beriskiava y est située près des sources de la rivière qui passe entre 
Boutra et Berkanto. Si l'on voulait, conformément à cette indication, 
sans égard aux marais, à un étang, à un lac rechercher la situation de 
la petite Beriskiava au fond de la terre : je ne m'y opposerais pas. 

Comme la carte itinéraire nomme deux Beriskiava dans les sections 
4 et 5 du VI'' climat, de même dans les mêuies sections elle répèle par 
deux fois Rekran ou Reknova, Odestra ou Veslrinos, Barinanou ou Bar- 
mos. Nous verrons que cette dernière répétition est réellement une 
répétition de la même ville. Quant aux autres, nous ne trouvons pas de 
motifs en faveur de vaines répétitions. Au contraire, à noire avis tout 
porte à croire qu'elles signalent l'existence de villes homonymes, toutes 
différentes. 

Pour résoudre cette double apparition, nous nous mettrons en route 
très -fréquentée par des commerçants, qui conduit de la Djetoulie de 
Mesinos (Osma), à des véritables dépôts de marchandises. Celle route 
a dû laisser des traces indélébiles : cependant avant d'atteindre les 
stations déterminées, nous sommes obligé d'errer plusieurs jours dans 
un pays spacieux, fertile en inconstance de fortune, en indications 
variées de positions, en incertitudes qu'offrent les cartes des géographes 
discordants, en nombreuses nomenclatures, tantôt slaves, tantôt turks, 
copiées par des géographes d'une manière indéterminée. 

Nous partons donc de Messinous (Osma) d'oîi à jJ-;-ji Dhinobolî 
^J.> Dcnbeli , bourg situé dans une plaine, 1 journée. C'est Nikopolis 



124 EDRISI. 

sur lastros, Nikoup, Nikopi. Celle station est préservée de toute contes- 
talion, puisque ou ne trouverait d'autre nom terminé en polis que la 
seule Nikopolis. Mais de Dhinoboli, faul-il se tourner tout de suite vers 
le Danube ou traverser l'intérieur de la Boulgarie? c'est ce que nous ne 
saurions résoudre assez positivement. 

De Dhinoboli à JLJ.,>j'v3 Karatamenial ou J'l^,'v5 Krimial, dans 
une plaine, près d'une colline, vers l'orient, 1 journée. Si l'on se diri- 
gerait vers le Danube ce serait Trimaniuui (de la table peuting. et du 
ravennaie VI, 7, p. 38), aujourd'iiui Rouschtschouk sur le Danube. Si 
l'on voulait passer directement vers l'orient par l'iniérienr de la Boul- 
garie, on y rencontre une foule de noms commençant par Kara, pour la 
plupart turks. Leur origine turke, postérieure, ne convient pas à l'épo- 
que d'Edrisi, à moins que quelques-uns de ces noms ne seraient d'une 
autre origine seulement turkisés. A l'est de Razgrad (appellation slave), 
nous remarquons, Krinaudje, Karakargoie, sans savoir à ([uoi s'en tenir. 
Cependant eu égard à la station suivante, éloignée des bords du Danube, 
nous aimons mieux rester avec Karatamenial aux environs de Krinaudje, 
que de s'aventurer par Rouschtschouk. 

De Karatamenial à ^-.Ljl Elmas, ville bien peuplée, vers l'orient 
une demi-journée; cette ville avait de vastes dépendances. En descen- 
dant sur la rive du Danube on ne trouve rien de satislaisanl pour une 
ville aussi considérable, si l'on ne voulait pas s'y arrêter dans une 
appellation obscure de Mccbemalis. Avançant par l'intérieur de la 
Boulgarie, pour Elmas se présente Palmas, Palmaiis, Palmaiœ, Pal- 
mala, ville assez considérable des itinéraires romaines, li milles de 
Durostoro et io de Marciauopolis (tabula |>cnlig; Procop. de a^dific. 
IV, 7). Elmas, Palmatis répond à Baltakioi ou Ballakidi des caries 
modernes (51). 

3i. De Elmas à ^j-^ 1 Reknova (ou ^y^\ Zakatra p. ô82, 597), 
près d'une montagne, une demi-jouinée. Admeltant la lecture de 
Reknova, à laquelle est analogue celle de la carte itinéraire ,.,p , 
Rekran, on pourrait présuuier, si l'on voulait suivre le Danube, que 
cette situation existe dans ïrakan, situé presque sous les murs de 
vSilislric, parce qu'il n'y a pas d'autre nom assez analogue. Suivant la 
direction intérieure de Palmatis ou de Elmas, on s'empêtre de nouveau 
dans les Kara, oUranl une simple transposition des consonnes dans 
Garoane, Karanova, Karaulik, Karana. Cette dernière est trop retirée 
de la direction indiquée au chemin que nous suivons. 

(iî) D'Anvillc assigue a r.tlniatis une situation i|uclqiiu yen plus infiiiliouale 



BERDJAM, ROMAKIA, 34. i2§ 

De Rekran à j.;;^^^;.^; Rossokaslro, ville iinportante , dans une 
plaine vers Torient, (uie demi-journée. C'est irop évident Rassova, et 
c'est la première station fixée et déterminée sur les rives du Danube, 
qui nous préserve de s'égarer. 

De Rossokaslra à Ip,j }^L.^ Mighali tlicrme, petite ville, ceinte de 
murs, une demi-journée ou 13 milles. Le nom grec atycin ècpy.7.t, 
proclame la renommée des grands bains de cette petite ville. Ç.c nom 
pouvait élre remplacé postérieurement par un autre analogue, depuis 
que les bains disparurent. Aussi je présume que les megalelberme se 
retrouvent aujourd'hui près de Rassova, dans le nom slave de la 
Tschernavoda (eau noire), située sur le point du Danube d'où, dans les 
siècles reculés s'échappait un bras du fleuve qui, courant vers la mer et 
versant ses eaux dans le Pont, formait une embouchure méridionale du 
Danube. Ce bras se dessine à présent par des lacs, étangs et marais 
jusqu'à la mer; un courant d'eau noire, Tschernavoda , fend la terre 
dans un sens contraire et se perd dans le Danube. 

Des Grands bains à j^XwS^J . y::.^cxJ Linokastro, place forte, com- 
merçante et centre de communication pour les voyageurs vers l'orient, 
une demi-journée. La qualification de Lino est encore sonnante du 
grec; faisant probablement allusion ou à ce que cette place était bien 
munie : ;.«£vo,-, construit de pierres; ou à la position aquatique : //;/&,-, 
canal, retraite de l'eau d'un fleuve, marais, élang (02). Doian a pu rem- 
placer celte place forte. La lecture de o^~m5..;I >'eokastro_ (p. Ô97), 
au lieu de Linokastro est fautive. 

De Linokastro à Ghorlou , joli pays Irès-fréquenté par les marchands 
qui y apportent divers objets de commerce , vers l'orient une journée. 
La lecture inconstante et variée de ce nom est difllcile à déterminer: 
J yi. Gliorlou, j^ji Ghorli, c'j'j^ Gholouni (p. Ô82, 588, ô97), 
,,j.U Gholoun (tabuhc itiner.). Si les dernières sont plus justes, on 
jjourrait fixer ce dépôt de marchandises par la position romaine Dino- 
gcUia (suivant la carte de Reichard), aujourd'hui Ilnilza, où le Danube 
se tourne pour la dernière fois vers ses embouchures (35). 

De Ghouloun à <).iL,'j Baska, ou , w^^— j Bastres (p. 582), une 
demi-journée. 

De Baska à ^it Akli ou à^^îil Akliba (p. 592), une demi-journée. 
Akla est ;iluéc dans une plaine fertile et cultivée; ses dépendances 
sont considérables et bien arrosées; il v a de l'industrie et les ouvriers 



(52 J.iioi filet, /( îy; miiijil, poisson de mer, dV-au douce. 

(35) Sur ce point la carte de 1313, de l'atlas d'Essler et dX'belin, place Clicnlia , mais de l'autre 
côte du DaQubc. 



126 EDRISI. 

y sont très-habiles surtout en fait de fabrication d'ouvrages en fer. 
Au nord sont des hautes montagnes au delà desquelles coule le Danube. 
ISonobstant cette dernière circonstance de la description , il n'y a de 
doute, à mon avis, qu'Akla, est Rilia, Eskikilia, Kilia ancienne, au sud 
du Danube et les montagnes sont au delà du Danube. Akli, Akliba es* 
très-rapprochée de la mer, sur ses bords même, parce qu'on y arrive 
d'Armonkastro (par mer) dans une journée de navigation (p. 592). 

D'Akli à , ►o.ji, AXwî , ^J^Iz«.\ Stlifanos 1 journée. Sllifanos est 
une ville considérable et elle était plus iniporlante encore avant 
l'époque actuelle. La carie itinéraire place celte ville de l'autre côté 
du Danube au nord, mais l'indication des roules qui conduisent de 
celle ville aux pays circum-voisins, exige absolument son emplacement 
au sud. C'est peut-être l'ancienne Salsovia (tab. peuting.; géogr. 
ravenn. IV, o, p. 56). Mais Sllifanos îtî-^xvo; est un nom grec. A la 
pointe occidentale du lac llalmyris ou Marasch Rassein se trouve Zebili, 
Sebel, Sicbil; signale probablement la position de Stlifanos. Stebil est 
une de formes slaves pour le nom d'É tienne , Stephauos. 

35. Voici maintenant le chemin aux pays circum-voisins, pays qua- 
lifiés de ..l'-S' !^' Bcrdjan. Stlifanos esta l'orient de J;..^jj.^i 1 Aksoun- 
boli ou ^^^^..JCj! Aniksoboli, distante à 1 journée. On a près du 
Danube le nom analogue dans Ignilza (34). 

D'Aniksoboli à Xi^yJ,] Agaihoboli vers l'orient 1 journée. 
Agaiboboli était donc située non loin de Stlifanos vers le sud. 

D'Agalhoboli à i.,^jï Kirkisia 1 journée. Nous voyons à une 
petite distance de llirsova, Karakla. 

De Kirkisia à <u,^2> Desina, j.;^.c^5^ Delsina vers l'orient I journée. 
Desina,à 4 journées de Berisklava la peiitc, comme nous l'avons vu, 
est fixée avec toute ceriitude par Devlschinou, bourg siluée avec 
Devlscha ou Devlscliinki sur une peliic rivière Devischa qui se perd 
dans le Danube au delà de Tscherna voda (eau noire). Certainement 
c'était un établissement Boulgare portant l'appellation slave de vierge, 
et de virginale ou de petites vierges (->n). Desina est non loin de l'em- 
bouchure du Danube : c'est-à-dire, loui près de ce bras de l'embou- 
chure la plus méridionale, qui autrefois sortait du Danube entre 
Rassova et Tscherna voda. Desina est en effet à tel point non loin de 
l'embouchure, quelle est éloignée de la mer iO milles seulement. Ces 
40 milles sont les 2 journées de Desina à Armonkastro (Karli). 

(3i] On a dans res pays Axiopolis, mais placée sur li^ Danube plus liaut, elle csl trop éloignée. 
(S5, l.a capitale île la grande Moravie portait le nom de Dicva, Tiergo. 



BEUDJAN, ROMANFA, 56, 127 

On voil que Berdjan à celle épo<iiie étaii très-commerçani, ne res- 
semblait guère ni à l'antiqne Scylhie moesienne, ni au Sendjak mo- 
derne de Silislrie. Berdjan s'étendait jusqu'à Reknova, qui se trouvait 
sur la route de Messinos (Osma). Nous avons recherché les traces de 
celte route, et je pense que les traces de sa direction jusqu'à Rosso- 
kastro sont préférables par l'intérieur de la Boulgarie que sur les bords 
du Danube. Aussi en tenant la direclion intérieure on comprend mieux 
l'indication d'Edrisi, qu'il y a de Rossokaslro à Beslrinos 15 milles, et 
deZakanra (Reknova) une journée (20 milles) (p. 597). 

Beslrinos w«;j Ji-^j dans l'écriture de la carte itinéraire, peut être 
la j^: y^i^j Veslrinos ou j^^jy:^.^ Deslrinos. Celte dernière lec- 
ture est préférable à toiites les autres, puisque c'est Durostorus des 
Romains, Durostol des Boulgares , Drista des indigènes, aujourd'hui 
Silistria des Turks. 

Cependant nous avons déjà nommé une ville de la description 
édrisienne, dont les rues sont larges , les bazars nombreux et les res- 
sources abondantes, appelée Deristra , située sur le Danube à 4 '/^ jour- 
nées de Yiddin vers l'orient (p. 586). Cette 5^^.^ Deristra est 
séparément indiquée par la carte itinéiaire, ainsi qu'on peut lire son 
nom j^-^i* Odeslra (VI, 4). Toujours c'est le même nom. D'après la 
distance donnée de Yiddin 4 ^'-2 journées, et les indications que la des- 
cription édrisienne nous fournit, Odeslra était non loin de l'embouchure 
d'Osmus et de Nikopolis ad lastrnm, ainsi qu'on ne peut, par aucune 
manière avancer plus loin que jusqu'à Schistova près d'Osraa , ou 
Zisto (de la carte de Delisle) près d'iantra. A l'époque d'Edrisi, les 
Boulgares avaient dans celte position une ville considérable Koriska. 
Cette ville ne dovait pas échapper à la connaissance d'Edrisi , elle a pu 
donner occasion à cette apparente répétition double du nom de 
Deristra. Au reste Odeslra vient de ad lastrum ou ad Islrum. Je pense 
que nous sommes suffisamment autorisés à suivre les distances du 
texte et l'indication de la carte itinéraire, afin de distinguer dans le 
texte si même Edrisi y a commis une confusion : Derislr (Odeslra, 
Koriskos) Zisto (ou Nicopolis ad Islrum); de Deristra (Yestrinos), 
Dorostol, Silistra. 

36. Si le même cas a lieu avec Reknova , il est plus difficile à décider. 
La carte itinéraire donne deux noms presque identiques, l'un à côté 
de l'autre , ^> , Rekran et ^j^^^j Reknova autant qu'on peut les 
débrouiller. Le premier est inscrit sur le chemin d'Osma, entre Elmas 
et Rossokaslro (YI, 4), et il se trouve dans le texte orthographié par 
^j-^j Zakatra ^j^^j Zakanra .^^^j Reknova (p. 382, 588, 597), 



] ^8 EDRISI. 

par conséquent le texte confond Rcknova avec Rekran, accuse la carte 
iliuéraire de répétition inutile du même lieu, et admet l'indenlité de 
Reivran avec Reknova. Cependant, en faveur de la séparation de ces 
deux noms, on peut se récrier sur la multitude des qualifications 
commençant par Kara, et sur la méprise dans la description d'Edrisi, 
qui n'a pas remarqué la distinction existant entre Rekran et Reknova, 
ainsi que par inadvertance il a éciit Rcknova ou Zakanra au lieu de 
Rekran. En disjoignant ces deux noms, Rekran répondrait à Kranova 
d'aujourd'hui et Reknova plus éloigné du Danube à Karabova. 

Examinant la carte itinéraire d'Edrisi, on remarque une route qui 
n'est pas mentionnée dans la description. Elle vient de Beriskiava à 
Desina. Cette route, certainement de I journées, avait trois stations, 
dont deux sont nommées, une est privée de nom. La première est dans 
Reknova (Karabova), de laquelle nous avons parlé. L'autre à mi-chemin 
ijj:>li:> Daghadarlha, tomberait sur Dok d'aujourd'hui, appelé autre- 
ment Satsch ou Dokour-Agbadji , ou Dokosalsch. Le nom de la deuxième 
station, omis par le dessinaleur de la carte itinéraire, était peut-êlre 
i^jlL^ls Tamlana, placée déjà sur un embranchement de la route de 
Desina à Bidhlos et Darnas (p. 382) (50). 

Enfin nous avons achevé nos courses dans la Djermanie, dont Berd- 
jan est une portion; nous avons terminé nos investigations routières au 
nord du Balkan, dans cette partie qui porte le nom de Boulgarie. Il nous 
reste à jeter un coup-d'œil sur une autre partie méridionale, située au 
delà du Balkan, appelée Romanie. Nous y avons fait déjà une irruption, 
s'emparant de plusieurs positions déterminées, et nous avons avancé 
jusqu'à Kalimalaia et Nebrova. Je pense qu'en fixant leurs situations, de 
grandes obscurités sont déjà dispersées. Le reste sera compris par la 
triangulation (n" 12 de l'atlas et sa carte explicative), que je réussis à 
composer des données relatées par Edrisi. Je dois cependant rendre 
compte de ma composition, ce qui me donnera le moyen de ni'expli- 
quer sur certaines diflicullés. 

37. Après la triangulation des distances d'Allemagne, je m'essayais 
plusieurs fois d(! régler une triangulation pour les pays danubiens. 
Longtemps tous mes ellorls se brisaient contre le déplacement de plu- 
sieurs points de la Hongrie, surtout de Bassan , Neitren, Bansin , Kavorz. 
Avec ce déplacement ne se présente aucune issue, même conforme 
■A la conception d'Edrisi. Il était à présumer, ce qui est évident, que les 
distances discordantes se contrariaient réciproquement, et l'inégalité 

(M) Peiil #lr« Taihiim de la carte de InIS, ilaiis l'allas JT-Sslor ol (n'iioliii. 



BERDJAN, ROMAKIA, ST. 129 

des milles, dont je ne puis comprendre la proportion, y menaient un 
obstacle invincible. Cependant les distances devaient se prêter à une 
combinaison quelconque, plus raisonnable, si le déplacement serait 
rectifié. A la fin après de nombreux essais, je suis parvenu à construire 
l'édifice tant bien que mal, sens touchera des mesures, observant 
scrupiileusemenl les cbilTres dont l'étendue diminuait par la loni^ueur 
des milles inconnus. Je ne propose, en faveur de quelques modifications, 
que de lire la distance entre Agra à Arinia ^L' 100, à la place de 
^^ 80. Le déplacement de Neitra et Bassan ne se laisse rectifier sans 
appréciation douteuse ou impossible de la grandeur des milles. Le 
choix de distances variées, entre Belgradoun et Ribna, olTrit un point 
d'appui à Torganisatioû des distances de la Slavonie. 

La triangulation jwur la Djetoulie, de la Makedonia et de tout le 
pays jusqu'à Berdjan et l'embouchure du Danube, est impraticable, car 
dans tout cet espace la description d'Edrisi n'oflre que des itinéraires 
qui se siiivent, s'embranchent et ne se croisent guère; à peine qu'on 
y trouve un couple de triangles isolés. 

La Remanie enfin, réunie par de nombreuses avenues avec les pays 
circumvoisios, se présente riche en itinéraires, distances et triangles, 
mais pleine d'écueils et de précipices, qui pénètrent jusque dans une 
partie de Djetoulie. Cependant il n'est pas impossible de les surmonter 
et de les franchir. 

D'abord il faut observer les erreurs aussi faciles pour l'écriture que 
pour la lecture, et je le répète, qu'il faut s'étonner qu'il y en a si peu : 
il y en a cependant. En premier lieu , je compte au nombre des erreurs 
toutes les distances de i, 5 ou G milles. Lorsque je trouve eu Italie de 
semblables distances rapprochées, je conçois qu'elles sont données pour 
telles par Edrisi même, parce qu'il y poursuit les détails minutieux; 
mais quand, dans un pays plus éloigné, dans la foule de grandes et 
de courtes distances, exagérées en longueur, je rencontre les -i, 5 et G 
milles, je doute de leur existence inaltérable, et l'erreur se confirme 
lorsqu'elles n'entrent pas dans le cadre des autres, lorsque, par leur in- 
cohérence , ils empêchent la composition des nœuds des itinéraires. Dans 
le cas des erreurs trop évidentes, je pense qu'au lieu de « six milles il faut 
lire ,^4 80; qu'à la place de ^ quatre milles, il est nécessaire d'écrire 

» 50; et les s cinq milles seront très-bien remplacés par a 40. 
C'est le procédé que je suivis pour rectifier ces erreurs, et le résultat est 
satisfaisant. 

L'orsqu'on voit de Philippopoli à Arkadiopoli 100 milles, de Karvi à 
Coustantinople IGO milles, et de Philoppopoli a C(Hisi;in!imi|ilo j 40 
m. 9 * 



150 EDRISI. 

seulement, on n'aura pas tort, je pense, de supposer que la cen- 
taine est omise dans cette dernière distance, que de Philippopoli à 
Constantinople, on comptait *a 440 milles. Je me suis servi de celte 
rectification dans la triangulation. L'orsqu'on lit que de Sorlova à 
Zagoria il y a 160 milles, et de Zagoria à Salonik liO, on remarquera 
l'erreur dans ce second chiffre. Il devait y être 240 , ou bien qu'au lieu 
de Saloniki il y avait Saloni; dans ce cas les 140 conviendraient. On 
peut présumer d'autres erreurs, mais comme elles ne nous ont pas 
gêné , nous n'oserons les accuser. 

58. Il y a des chiffres qui ne se laissent pas combiner avec les autres 
trop grands ou trop petits. Les premiers sont probablement une exagé- 
ration, les seconds résultent d'une autre espèce de railles plus grands. 
Dans la première catégorie, je mettrai la distance de 90 milles 
d'Âlrova à Banva, 70 milles de Bestkastro à Aghramzin. Le littoral dé- 
taillé en milles, est affecté de l'exagération sans fin. Les itinéraires dé- 
terminés assez souvent en journées, surtout lorsqu'elles doublent, 
triplent et quadruplent les journées, offrent des exagérations difficiles 
dans l'intérieur de la Macédoine. 

Les 25 milles sont un chiffre privilégié pour la moindre distance du 
littoral. Observez les distances entre Emineh et Agathoboli, entre 
Saloniki et Saint-George. Philippi esta 8 milles de la mer. Cette donnée 
exacte et scrupuleuse, s'échappe des exagérations; en attendant, Edrisi 
dit que de Philippi à Kalah (Cavalle) il y a une journée ou 25 milles. 

Un fait remarquable fait présumer l'existence réelle de la seconde 
catégorie, c'est-à-dire de l'existence des milles plus grands que ceux 
qui sont généralement comptés. Edrisi dit que de Nebrova à Constanti- 
nople on a 28 ou 50 milles. La répétition de ces chiffres préserve de les 
portera faux. Mais autre part, Edrisi dit que de Nebrova à Abloughis 
(Philopalium) on compte 50 milles , et d'Abloughis à Constantinople 
25, en tout 75 milles, en supposant un chemin dont la ligne directe de 
Nebrova à Constantinople serait 60 milles. La proportion de ces milles 
ordinaires 75 et 60 avec les milles 50 et 28, donnés spécialement à 
cette distance, semble dévoiler l'existence de grands milles composés 
de 2 ','2 milles ordinaires. 

Dans la mémo catégorie se rangent les 12 milles trois fois reproduits 
entre Roussio, Kobsila, Rodosto et Constantinople. Ces milles sont trois 
fois plus grands que les ordinaires. Il fallait négliger ces chiffres, ou 
bien les doubler ou tripler pour les raccommoder aux autres. En Hon- 
grie on parviendrait à rétablir la position de Neitrera en doublant ses 
distances d'Agra et de Bedhvarn. 



BERDJAM, ROXAT^IA, 29. 131 

Les 100 milles de Kalliboli à Saint-George, applicables dans la direc- 
tion droite, désignent certainement les détours du littoral. La distance 
de 90 milles de Nebrova à Karvi, un peu courte pour s'appliquer aux 
autres, oflFre peu d'embarras, parce que dans cette nombreuse compli- 
cation, celte distance ne monte réellement qu'à 100 milles. 

A l'exception de l'Italie, aucune région, dans la description d'Edrisi, 
D'à autant de détails et de ressources pour dresser le réseau des itiné- 
raires, pour composer la triangulation des distances, que la Romanie, 
Pour ce pays il y a quantité de renseignements, car la description des 
montagnes, des fleuves, du littoral, de la position, vient souvent 
éclaircir et confirmer la complication des mesures. Nous avons désigné 
tous les points où il nous fallait rectifier leur chillVe ou apprécier leur 
valeur. Toute la masse reste intacte; nous nous sommes servi de ces 
mesures comme elles sont énumérées dans le texte. 

Une opération cependant était immanquable dans l'appréciation de 
la valeur, pour changer les journées en milles. L'inconstance d'Edrisi 
dans ce calcul est manifeste, quand il compte ajournées de Boniekastro 
à Aghramzin 70 milles , et les 3 journées de Bouliadjiskomos à Nehrova 
de même 70 milles. Pour nous, il n'était pas licite de manier continuel- 
lement avec celte inconstance dans notre triangulation. Nous nous 
sommes efforcé de compter toujours 25 milles la journée. Le minimum 
20, le maximum 50, comme il est entre Roussio et Sorlova. Nous 
n'avons dérogé à celte règle que quand Edrisi nous y autorisait en 
donnant lui-même l'équivalant de la journée en milles, plus fort qu'à 
l'ordinaire. Dans ce cas le choix était à nous. 

39. Une autre opération géographique, la réduction des distances, 
pouvait nous conduire dans l'arbitraire; aussi l'avons-nous évité, 
en prenant toutes les mesures telles qu'elles sont données. Nous 
avons déjà dit que des temps anciens. Marin de Tyr, Piolémée, les 
arabes antérieurs et postérieurs à Edrisi diminuaient les distances d'un 
cinquième, afin de les dégager des déviations des voyageurs et de les 
employer en ligne directe. La moindre distance est susceptible à cette 
réduction, les grandes beaucoup plus. Il esta présumer que les géo- 
graphesde Sicile n'ont pas négligé celle réduction dans les grands 
intervalles, doni les mesures se trouvent dans la description d'Edrisi. 

L'itinéraire liiioralde la Romanie, donné en détail, n'est pas soumis 
à cette réduction. Cependant de Rodosto à Constanlinople, la somme 
des distances des stations monte à 110 milles; cette dislance est 
évaluée par Edrisi de 12 milles de la grande mesure au moins? mais ces 
^_^ 12 milles donneraient J 53 des milles ordinaires et ne répon- 



iôi Fnnrsi. 

draient guère à la niélhode géographique usitée. Les 110 milles dimi- 
nués d'un cinquième, donnent ^^^ 98 ou rondement ^ 90 milles. 
Celte dernière réduction géogra ^phique seule a pu répondre à noire 
construction. L'exactitude du chiffre de 12 milles nous est suspecte, 
parce qu'il faudrait les multiplier par 8 pour avoir la nonantaine. 
Peut-être au lieu de ^^ 12 il y avait J 56. Ces trente-six multi- 
pliés par 2 ' i donnent les nonanie désires. Peut-être les «, ^i 12 

dérivent tout simplement de la copie errouée de ^ 90. Par la même 
opération , nous avons réduit en distance directe le littoral entre Ablon- 
ghis et Sizeboli, ses 150 milles nous ont donné en ligne directe 
120 milles. 

Nous avons seulement opéré sur ces deux points pour établir les 
dislances droites. La dernière nécessité de la réduction se présenta 
dans la dislance de Zagoria à Sorlova. Elle est donnée 160 milles, 
réduite d'un cinquième elle est 120 milles. L'autre, plus considérable, 
de Zagoria à Saloniki, si elle est 210 milles au lieu de liO, réduite 
d'un cinquième à 200 milles, s'accommode à notre construction. Enfin, 
de toutes les autres nombreuses distances, seulement les deux rectifiées 
entre Emineh et Kalimalaïa demandent d'être réduites. 

Terminant mes explications, je puis observer qu'on pourrait éviter 
ces dernières réductions en donnant une extension plus considérable 
au Berdjan. à quoi sonl susceptibles les dislances et les itinéraires, si 
l'on donnait depuis Sizoboli et Emineh une inclination vers l'est, et si 
l'on augmenterait la valeur des journées de chemin. 

On remanjuera certainement que ma triangulation se rapporte à des 
caries récentes. Je dois donc faire observer que mon intention n'était 
pas de rétablir la carte d'Edrisi, mais d'analyser et d'éclaircir par ce 
moyen sa description. 

La triangulation confectionnée et la carte dressée sur la connais- 
sance moderne du terrain , réunies ensemble, offrent le résultat de 
mes recherches. Mais les connaissances récentes du terrain ne sont pas 
d'accord, comme nous l'avons remarqué. Celte discordance est grave et 
irès-embarrassanle pour les chemins à travers la Macédoine. Ma carte, 
accompagnée de la triangulation, est dessinée d'après Laraeau et repro- 
duit les cours et les directions des fleuves suivant les renseignements 
(ju'il a réuni. L'autre plus générale, sur la moindre échelle, se conforme 
plus aux connaissances antérieures , détaillées dans l'atlas de La Pie. 

MvkEDOMA. 

M. Parlant de Douraza on passe par Teberla (Bouterla de la p. 261) 
(Elbcssan), el on arri\e à Okhrida. D'Okhrida à gauche, on arrive a 



UAKEDONIA, 40. iô5 

Borplioura, aujourd'hui village Boulgare et Keliiga boulgar, à l'est de 
Magarovo sur la rivière de Kandrisi. De là on monle jusqu'à Skonia ou 
Skobja; c'est Skopia ou Uskup. Ensuite on traverse le fleuve Vardar 
pour se rendre à Kortos. 

Uskup est situé sur Vardar. C'est donc pour entrer à Skobia qu'il 
faut traverser le fleuve. D'Uskup on passe le fleuve Psigna pour arriver 
à Kortos, aujourd'hui Karatova ou Stoulzaïtza, située sur Braunisia. — 
Lameau place Karatova au nord des montagnes de ce nom sur la rivière 
Strourna, au sud de Giusiendjil , ce qui n'est pas d'accord avec la des- 
cription et les renseignements d'Edrisi. 

De Kortos la route se fourche. A gauche elle tourne au pied des mon- 
tagnes de Serbia. Je ne saurais pas donner l'explicaiion de cette route, 
mais à mon avis il est impossible de la faire monter jusqu'à Vrania 
pour arriver par Stobouni à Triadiza. Elle passait sans aucun doute 
par Giustendjil et Doubnitza. Elle touchait le canton montagneux 
Mademites, lorsqu'elle traversait Formendos, situé sur le sommet d'une 
montagne, ensuite au delà de Jusiiniana ou Giusiendjil elle avait sa 
station dans Malsouda. Avançant par Verbonik et Doubnitza ou Duonilza 
ou Bouzaïtza jusqu'à Samakov, où la dernière station Bermania se place 
à la distance de Stobouni (Ikliman), quelque part près d'une crevasse de 
la montagne. Le nom de Bermania répond à berzmania , birziminum, 
brezimenuem de la langue albanaise, qui désigne en albanais, un lieu 
voisin des précipices. — Que de monuments à découvrir dans ces en- 
droits solitaires! s'écria justement Malte-Brun (se). 

La carte itinéraire (V, 4) ofl're quelques noms de Macédoine qu'on ne 
trouve pas dans le texte. 'Son loin de Formendos elle inscrit las-'J.jl 
Ablandjor: c'est, je pense, Bylazora, aujourd'hui Strazin. Plus au sud, 
à côté de Skobia, se trouve ^-ui ou »Jbl Ilio ou Aïanio. A l'ouest de 
Scopia existait Vellii (où est aujourd'hui Kalkandere). Mais on pourrait 
renvoyer Ilio au delà des montagnes à l'ancien Gabuleum, aujourdh'ui 
Ghilan ou Morava. — Entre Okrhida et Toutili, au sud de Boulgar, on 
débrouille ^^'J~3 ou j-mI-? Kavpiir ou Kavartir, et au sud d'Okhrida et 
de la rivière (Likostomi) près d'Astibes (Thèbes), às^ts Katina, Kanina. 

La route de Kortos à droite se dirige par des villes connues jusqu'à 
Khrisoboli la maritime, par Slrinaou Stranissa, aujourd'hui Stromia ou 
Ostroumia, Slroumnitza sur le fleuve Slroumilza ou Radovit; puis par 
Raghoria, aujourd'hui Doïran, ancien Assoros, parce que Raghoria est 
une des plus anciennes de la Romanie, elle est au pied des montagnes 

(37) Malle-Brun , géopr. éditée par Hiinl, livre H8, p. îiO, 7i7. 



loi EDUISl. 

d'où parlent quatre rivières pour se jeter au nord dans le Vardar (ss) ; 
l)uis la roule passe à Seres, puis à Rabna, aujourd'hui Drama; enfin 
atteint Khrisoboli, grande ville située, sur les bords du détroit de 
Conslanlinople (p. 289,290). 

Parlant d'Ochrida à droite, on arrive à Toutili, aujourd'hui Monastir 
ou lîiiolia; après à Aberlis, Berlis, aujourd'hui Florlna; puis à Ostro- 
bon , Ostrovo ; puis à Boudiana , aujourd'hui Vodina , Vodena ; ensuite à 
Salonik, Thessalonika , Saloniki. 

Salonik est située sur le détroit de Conslanlinople (p. 290). De Salo- 
nik à Rendina, Rentina des byzantins, aujourd'hui Rendino ou 
Vastra (so). 

De Rentina on vient enfin à Aja-^^skt Âkhrisoboli la maritime , 

grande ville silnée sur les bords du détroit de Constantinople, agréable, 

remarquable par la beauté de ses marchés et par l'importance de son 

commerce; auprès de ses murs coule une rivière connue sous le nom de 

.wL»j^ Marmari. 

De Khrisoboli à wJl' »:uv ^à. ! Khristobelis on compte 25 milles (lo). 

a. Arrclons-nous un moment dans ce canton arrosé par Marmari, 
car noire géographe nous donne des renseigncmenis précieux sur celle 
portion de l'empire byzantin , laquelle , à ce que je vois par quantité de 
cartes, est obscure. Des portulans italiens fournissent peut-être des 
données explicites. Je ne les ai pas à ma disposition , mais les caries de 
Mercaloret des postérieurs me prévienncnlqu'on n'en a pas tiré l'avan- 
tage désiré, et le canton nommé littoral de la Macédoine, restait pour 
la connaissance des géographes modernes plongé dans les lénèbres. 
La comparaison des cartes, et, en leur absence, du littoral connu, 
peuvent convaincre qu'un désordre y était à débrouiller. Je ne me pro- 
pose pas d'y faire paraître toute la lumière, je veux comprendre ce 
qu'Edrisi relate, et, à col effet, je commence par la comparaison des 
cartes. Nous y suivons le litloral, et ce qui est dans l'intérieur du j)ays 
nous le mettons entre parenthèse. 



(58' I.a version françaisp d'F.drisi dit : an nord do rf Itp villp , cmilnnl quatre rivirros. 

(30; Saudino par erreur dans la carte de Casiaido ; ensuite reproduite par plusieurs autres. 

(40) Sur plusieurs point» de mon e.vpliralinn , je ne suis pas d'accord avec .lauhcrl , car roniitie 
i ' n'ai pas jugé .i propos di? voir Bermania dans Vrania : de même, je n'arcepie le rapprochement 
des Bnulphar, Rliagoria, Tontili, à Polngos, Ropelia, Tourboli, ni la confusion de la rivière Marmari 
avec Maritia; ni de Clirislopolis avec Chrysopolis. — I.e Iraducleur y dit ; « évidemment il y a ici 
quelque confusion » : non , dans le texte dTdrisi il n'y a aucune. 





MAKEDONIA , 41 


4 


Atlas eataluH 


Àrulré Benincasa 


Carte publiée 


de 1378. 


U67(ii)- 


en 1315 (iî). 


Golfo di contessa 


g. de contessa 


g. de contessa 


Carcala 


nicalidi 
radino 


Langistrum 

(Seres) 


Lastromola 


Lastromola 


embouch. de Strumon 
(Philippi) 


Crisopolli 


Grixopoli 


Grisopol 


Locrero 


Lesleropoli 


Lcsteropol 


Chrislopolli 


Caslopoli 


Christopol 




Langistro 


Langistro 




g aurilli 






g. de Asperosa 


Asperosa 




Asperosa 





43- 



Ce sont les indications directes des portulans que nous avons devant 
nous. Insuffisantes mais intactes, qui ne subirent aucune défiguralion ni 
altération. L'acceptation des caries Ptoléméennes embrouilla les con- 
naissances des portulans ou les fit négliger et oublier. Le piémontais 
Jacq Castaldo, entre autres, dressa une carte de la Grèce ou delà 
Turkie européenne; pour le littoral il ne s'écarta pas des portulans , 
mais bientôt Gérard Mercator, voulant les étudier, mit le comble à la 
confusion, qu'on ne s'est avisé de ramener à l'ordre. Cartes de 



Castaldo (43). 
Sandino 
(Philippi) 
(Carcala) 



embouchure. 
Contessa 



Mercator (ii). 
Sandino 
(PhilippiJ 
(Agastidi) 



Intermédiaires (is). Modernes (te). 
Rondino 



Chrislopoli et ruines 

d'Emboli U:}. 
(Ceres ou Marmara) 
emb. d'un bras de emb. de Marmara 

Slrimon ou Yeratasar. 

Contessa Contessa 

(Seres ou Marmara) 
(Tricala) 



ruines d'Eione 
(Orsova) 
emb. de Strouma 

ou Radovitz. 
ruines d'Amphi- 
polis et Contessa 
(Seres) 
(lenitsavi) 



(il La faite nautique poblièe en <(U8, sous le titre de l'Europe maritime par G. Blaeuw, chez 
Berey, à Paris, est conforme avec Ik oiocasa, sans les variantes et les erreurs ; voyez notre portulan 
gcnérale, IC, a la Tiu de l'allas. 

(■Jî) Dans l'édition de Ptolémée, d'EssIer et d'L'belin, a Strasbourg. 

[K] Reproduit en 4S70, par Ortclius. 

(il) Mercator était suivi et copié par Hond , Janson , Blaeuw; et il est suivi sur ce point par les 
cartes de la Grore moderne, anonyme publiée a Paris, (liez Pierre Mariette; et par celle de Philippe 
de la Ruo, publiée en 1651, cbei le même. 

[K) Witt, Delisle, Vaupondy, Homman et sos successeurs ct<-., dérangent l'ancien ordre chacua 
j son tour : il y a donc rhct eux assez de discordance. 

(w; La Pie et Lameau sont assez conformes sur et point : on a plus 0« détails djDS l* premier. 

(i*, Ckrisl«pnli rnivant Dclisle. 



136 



EDRISI. 





Arelhusa 








emb. de l'autre l)ras 






du Striinon. 








(Amphipolis) 


Rofani 


Orfano 


('.avala 


Cavalla 


Cavalla 


Cavalla, ancienne 


(Iramocastro) 


(Iramocastro) 




Neapolis 


embouchure 


erab. de Carisso 






Langistio 


Langistro 




(Anghista) 






(Phib'ppi) 


(Philippi) 






(Draina) 


(Drama) 
(Prahousta) 




Neapolis 


La Cavalla (is) 


La Cavalla 


Gisopoli (ah). 


Griso|)Oli 






Lestéiopoli 


Sevastopoli 






Cliristopoli 


taislopoli 






(Lesterocori) 








(Macedonia) 








(Boiu) 




(Cnmultza ou 




(Comergena) 




Gumulzina) 




(Rusioj 




(Rousio) 






Castropoli 


embouchure 


Sarpeute 




Saramont 




cap .\sperosa 




(Rusio; 




Sarizahan. 




(Nicopolis) 




(Rousio) 




(TopjTos) 




(Tschanglaïk) 


embouchure 


emb. de liume 


emb. de Mestro. 


emb. de Nestos 


Langista 


de Marmara. 


(Nicopolis) 


(Nicopolis) 


Gaurili 


.\bdera 




ruines d'Abdera. 


Asperosa 


.\sperosa 


Asperosa (30) 





Sans s'arrêter sur la répétition et la iransposilion de rivage en rivage 
d'Angisla, de Philippi, de Seres et Marmara et d'autres, on se 
demande d'où vient cette foule de polis? Xeapoli, Grisopoli, Lesteropoli 
Savastopoli , Christopoli , Casiropoli , entassés entre Cavalla et Sarpenlo 
où il n'y a pas de place. Ces noms grecs sont de l'empire byzantin, an- 
térieurs à l'invasion des Latins. Du temps de Mercaior, ils n'avaient plus 
de dislance. Les géographes retrouvant ces noms dans les portulans des 
marins, dans Edrisi, fesaient des conjectures el souvent ne savaient pas 
indiquer leur emplacement. 



42. A une journée ou 25 milles de Rondino, Edrisi nous mène à 
l'embouchure de la rivière .Marmara, aujourd'hui appelée Stroumilza, 

(iS) De Vaugoudv. 

(i9) Cisopnli au lieu de Grisopoli, erreur depuis répétée. — Rus.elli el Moletius , dans leurs 
«■dilions de Ptolémée 1361, 13G!, laissent en conrusioa Grisopulis , Pliilippe et Neapolis cranides 
t-oromc identiques. 

(SO) J. Laureuberg(dans l'all.ns de Witt <B71) , donne une toute autre suite de lieux et de noms 
du goUe Slrymonicus di Conlessa. Embouiliure «^ud de Striniena, Stagira, Eion , Arctusa , autre 
«mbouViiurc nord .venant d'AinpIiipolis , baignant Striniena); riviirc Canga , Cavalu , rivitire 
Ztgivitus, Neopolis, Pastus, floiiTr Nessut . .Vbdera. 



MAKEDONIA, 4î. 137 

Karnson, Radovitz, dans l'anliqiiité Ponliis, qiii entre près du bourg 
marmara dans le lac Rerkiiieou Takinos, qualifié aussi Marmara, et sor- 
taiii de ce lac , se jette dans la mer au midi des ruines d'Amphipolis. 
C'est ici tout à côté des décombres de cette antique ville, qu'était debout 
Akhrisoboli la maritime XsuioTroÀt,-, Grisopoli , ville d'or, à laquelle les 
Latins donnèrent le nom de Conlessa , laquelle, déplacée par diUérents 
désastres, conserve son nom dans Orfano. 

De Cbrysoboli à Rhana (Drama) dans Tiniérieur de la terre, il y a une 
journée (p. 289), et de Cbrysoboli à Akhristoboli , Xptazonohi, 25 milles 
(p. 297). Sa situation est indiquée par la description tout près de Pra- 
housta (si). Edrisi dit que vis-à-vis de Chrislopoli et dans son voisinage 
est une montagne (Ponubardagb , ancien Pangeus) (52), au delà de 
laquelle est un pays connu sous le nom de ^^.li Filibes (Pbiiippi), 
où il y a beaucoup d'industrie et de commerce, soit d'exportation, soit 
d'importation. Ce pays, couvert de vignes et de plantations de toute 
espèce, est situé sur une éminence à 8 milles de la mer. (Dislance ainsi 
donnée entre les ruines de Pbiiippi et la Cavale nouvelle d'aujourd'hui). 

Entre Cbristopolis et Pbiiippi coule une rivière connue sous le nom 
de ,^^j.ij> Magrobolami Ma/.^ooTro&st/zo; rivière la giande. De la 
rivière en question à Cbristopolis on compte 12 milles (p. 297). Celte 
petite rivière, qualifiée de grande, qui traverse les plaines de Pbiiippi, 
prend ses sources près de Prahousta et baigne stis murs, mais elle se 
jette dans le fleuve Angbista, juste 12 milles de Prabousla , prenant la 
proportion de la grandeur de 8 milles qui séparent Filibes de la mer. 
Les 23 milles de la même grandeur conduisent de Prabousla, (Cbris- 
topolis, aux ruines de Conlessa, Cbrysopolis. 

De Filibes à Kalah ville maritime, fort jolie, 23 milles (p. 297). Ce 
Kalab n'est point Cavala d'aujourd'bui, mais Eski Cavala, vieille Cavalla, 
située près de Telfere, à l'est de Prabousla (55). 

De Kalab à js^js^ o^;^ Sant Djordji, ville importante, avec de 
magnifiques bazars, de larges rues, de belles maisons, peuplée, riche 
et commerçante, 25 milles (p. 297). Cette distance placerait celte ville 
importante à la place de Saritschouban ou Serizaham , non loin de 
l'embouchure de Mesto ou Nestos, vis-à-vis de Thasos (54). 



(M) Prahousta offre sans ^ucun éouU: une appellation slave, boulgaro-slave. Pr« , aalérietir 
d'aïeux, de siècles; host , gost , logement, gîle , hospitalière. 

(5"2) Dulisle place ici inout Malaca , où il y a des mines d'argent. 

(55) Voyez la carte de La Pie. — Il parait donc que le nom de Cavala existe sur ce point. Caslaldo 
et Morcator l'ont déplace vers l'ouest. 

(m) A l'époque d'Edrisi il y avait grande quantité de places du nom de S. Ccorgc, qui disparurent 
et ne se retrouvent plus dans les cartes postérieures. Il est probable que l'appellalinn de S. George 
III. 9. 



138 EDRISI. 

De Saint George la niarilime, en se dirigeant vers rinlérieiir des 
terres, on rencontre à deux journées _j^j, Rousio, ville sur le pen- 
chant d'une haute montagne, vis-à-vis et à une journée de ^j-J-J 
Tabos sur le rivage (p. 29-2). Rousio est située sur le rivage de Mesto 
(Neslos); sur le rivage du même fleuve est Traglaik nommé Topyrus sur 
les cartes plus anciennes et de Mercalor; c'est Tabos de la description 
d'Edrisi. — Tel a été l'état de l'empire byzantin à celte époque sur ce 
point de la Macédoine. Dans le courant des siècles le sort du pays chan- 
ceait sur tous les points. A l'embouchure de Marmara florissaicnt 
consécutivement, Enniohodoï, Amphipolis, Chrysopolis, Conlessa; 
aujourd'hui les villageois de lenikevi contemplent les décombres de la 
fortune inconstante des siècles écoulés. 

43. Prévoyant quelques objections qu'on pourrait soulever contre la 
description d'Edrisi, de sa propre narration, à notre avis très-lucide, 
nous devons, afin de les écarter, faire comprendre la description de 
la principale rivière de la Romanie, qu'il appelle _»J^1 Akhliou, 
.^J-isI Akhlioun, et examiner une des plus singulières bizarreries 
géographiques : car Edrisi, donnant une intéressante relation sur le 
pays de Filbes et de Magrobolami, fournit en même temps, sur une 
région bien connue, une des plus absurdes idées qu'on puisse se créer. 
Pour la faire connaître, nous donnons son image qui occupe la .i"" sec- 
tion du v""" climat dans sa carte itinéraire. (Voyez p. liO). 

Pour la bien comprendre, il ne faut pas perdre de vue l'extension du 
canal ou détroit de Consiantinople. Sa longueur de la mer isiiasch 
(Ponlus) montait à 520 milles : c'est à dire GO milles jusqu'à Consianti- 
nople, et à partir de Consiantinople jusqu'à l'embouchure de ïjJ! 
Abidali dans la mer de Syrie, 250 railles (p. 501, 502). Mais ce canal ou 
détroit, ou plutôt sa dénomination, s'étend, comme nous l'avons pu 
remarquer, jusqu'à Salonik. Vis-à-vis de Salonik, la ville de Grisopoli 
est située sur les bords du détroit de Consiantinople (p. 289); Salonik 
de même est située sur le détroit de Consiantinople (p. 290). Tout le 
parage méridional de la Romanie et de Macédoine élait baigné par les 
eaux du détroit d'Abydos ou de Consiantinople. Ce n'est pas assez, 
Armiroun (dans la Thessalie), est aussi sur le détroit de Constanlinople 
(p. 291, 292), seulement elle n'est pas dans les élrcintes du canal que 
la table itinéraire prolonge scrupuleusement depuis Constanlinople 
jusqu'à Salonik, vis-à-vis de laquelle est inscrite Abidah. Armiroun est 

en question s'est clcflgiirce , qu'elle figure sur 1.1 rartc tic Castaldo sons le nom «le Gaiirili, ensuite 
se forma Saint Rgeniig, par la transposition , il'où Tient Saritsthouli 



iIAKEDO>'IA, 43. lôO 

en dehors de eelle gorge, parce qu'elle est à l'entrée du détroit 
(p. 29G). En résument Tidée d'Edrisi sur la parole de sa description > 
on douterait peut-être de l'avoir bien saisie, si l'image de la table itiné- 
raire ne venait ostensiblement conlirmer l'indolente conception, cal- 
quée sur la qualificaiion donnée à une portion de la mer par les marin* 
et les voyageurs. 

La rivière Akhlioun prend ses sources dans les montagnes de 
àJa^^î^Ul el Lakoudemounia (appellation dérivant du mont Lakmon, 
séparant Epire de Macédoine et dominant au nord le mont Parnasse). 
Akhlioun prend son origine là où ces montagnes s'embranchent, venant 
du midi de Larissa et de l'est de Zagoria. Ligolgho (Hodoïl), ville con- 
sidérable et importante , se trouve au sommet d'une montagne située 
non loin de la rivière Akhlioun (et de ses sources) (p. 293, 285). Cette 
rivière descend de Ligolgho à Karvi, ville an pied d'une montagne et 
sur la rivière d'Akhlioun. Les montagnes du nord dominent la ville, et 
la montagne qui va du nord au midi (et réunit les chaînes de Zagoria et 
de Lakoudemounia), est à 20 milles de Karvi (là est le défilé de 
Stobouni). Celle qui se prolonge du nord au midi (là où elle louche une 
autre branche à l'est de la montagne de Doubnitza, au delà de Rodoïi), 
est à la dislance de 10 milles de Karvi et i\J 125 (lisez iis 18o) de 
Constanlinople. Cependant de cette montagne de Lakoudemounia à la 
montagne la plus voisine (de la chaîne de Zagoria) on compte 30 milles. 
(C'est l'espace où est le défilé de Stobouni, entre les monts Rilo et 
Tourdjan, où commence la chaîne de Zagoria). D'ici les deux chaînes 
sont séparées par la rivière Akhlioun (p. 29i). Pour comprendre cette 
séparation lluviale, il faut savoir que la montagne Laknudemounia se 
croise évidemment avec l'embranchement qui vient de Lesso vers 
l'orient , passe au nord de Kasioria et se termine à 30 milles d'Adri- 
nople (p. 28G). Ce point est éloigné de 120 milles de Conslaniinople 
(p. 201). La rivière Akhlioun sépare les montagnes; au nord s'étend la 
chaîne de Zagoria (Balkan); au sud les chaînes de Lakoudemounia et 
Lesso (Rhodope). 

Akhlioun coule non loin de Ligolgho (Rodoïi), près de Karvi (ancienne 
Bessapara, aux environs de Tatarbazardjik, ou peut-être Birva) et du 
nord au midi passe dans le voisinage de Filiboboli et baigne Adrinoboli. 
Elle passe à 12 milles de Filiboboli (p. 29i, 385). Ces 12 milles scmt 
probablement la distance de Karvi à Fiiiboboli. 

Une autre branche de la rivière Akhlioun vient de Soriova (Tschor- 
lou, ancien Turulus); elle passe de Soriova vers Arkadioboli (p, 295, 
584), ainsi qu'on la traverse pour aller à Adrinoboli (p. 202). Les deu\ 
branches réunies ensemble prennent le nom de ^v,„-- Mariso (Marilza), 



iiQ EDRISr. 

car sur cette rivière Marisa est siîuée Kobsila (Ypsala) (p. 292); puis 
elle se jette dans le canal d'Abydos (p. 58i). Elle va direciement , 
ajoiile Edrisi, vers Aklirisoboli la maritime, se jette auprès de la ville 
d'Akhrisoboli la maritime, où elle prend ou porte le nom de ^x'--> 
Mari, et le texte, dans la répétition, amplifie cetie appellaiion par 
c.U.U Martiiari (p. 293, 5Si). C'est à dire Maritza, qui va droit à la 
roer sur laquelle est situé Chrysoi)oli, et se jette dans la mer par les 
rivages étendues à l'est de Chrysopoli. Nous avons réuni les passages 
dispersés et nous les avons rangé un à un suivant les déviations de 
cette rivière fantastique. 

i^ SECTION DU V' CI.JMAT. 



Sud. 




ESTOBONI 
o 

Ataalsk 



\ plAlira 




M Irakiia 


27 Knrtos 


S Falirdana (leçon ar!)itr.) 




lï Nabdos (Rjndos) 


28 Aberlis 


3 I.ibadliia 




IC I>jorclji (s. George) 


2!) (Karistu innommée) 


4 A 7.1a 




17 Kalah 


30 Fasiniont 


f; N.M-kia fOel-kia) 




18 Akliristolioli 


31 Agliinis 


C Amtclin 




19 (Sei'cs innommée) 


52 As('4iknla 


7 DjoiiD'l ou (innommée) 




20 Ualina 


5S Natanko et erolfal Sabagliin 


R S' lioront cl m. Zcrnii 




21 (innomméiî) 


3i Falina 


9 Rodoslro i-opélilioD déplacée 


ïi Knljj^ila 


35 Bedi'sia ou Hadesia (Dendcsia) 


10 Rio 




23 Arkadioboli 


3fi (Athina innoméc) 


Il nallioiira 




21 Saloni 


37 Larissa snrl.ikostumi 


\% Itoilnsto répétition mal pla 


•ce 


2S (iiinomméo) 


38 Aiuuio ou Aialiou 


13 Sctiniria 




S6 Asiranisa 





MAKEDOMIA, 44. 141 

H. Heureusement la table itinéraire vient confirmer ces étranges 
conceptions d'Edrisi, que nous avons débrouillé, consultant les caries 
postérieures et modernes. On voit qu'il y a un véritable tourment pour 
comprendre celte relation et sa version française. Ce près de Kbriso- 
boli, signilie dans le même canal sur lequel est siiué Khrisoboli. Les 
appellations du détroit de Constanlinople ou d'Abydos, des courants de 
rivières et des détroits qualifiés de Marmari, sont devenues génériques. 
On a Marmari sous les murs de Grizoboli , à l'embouchure de Marilza , 
dans le détroit d'Abydos ou Gallipoli, et sur toute la mer Marmara 
(Propontide) jusqu'à Constantinople. 

Quelques renseignements peu exactes, corroborés ou influencés par 
la croyance dans Piolémée, ont suggéré aux géographes l'idée de 
placer Tschorlou sur une rivière qui verse ses eaux dans la mer Mar- 
mara. La rivière appelée par Ptolémée Arzos, reçut chez eux le nom de 
la ville en question : mais ils ne purent s'accorder sur le point de son 
embouchure. Castaldo l'assigne à Chiurlich, à l'ouest de Selimbria, près 
de Congerbo; plusieurs autres cartes italiennes font perdre leur 
Chorelich dans la mer entre Heraelée et Kodosto; Mercator l'introduit 
dans la mer près de Selymbria; Delisle place la même rivière, nommée 
Chivourli ou Tourzoul, à l'ouest de Rodosto, près de Cora; Sanson el 
Vaugondy rapprochent leur Tschourlou à Selyvria; D'Anville place 
Turullussur la rivière qui se perd près de Heraclca; La Pie lui donne 
le nom Tschourlou et la lait entrer dans la mer près de Rodosto ; Lameau 
donna enfin congé à cet embouchure inconstante, ce qui est conforme 
à la relation d'Edrisi. 

Le nom d'Akhlioun est donc donné aux deux rivières des anciens, à 
Conladesdus et Agrianes d'un côté, et à une partie de Hebrus de l'autre 
côté. C'est une appellation singulière, qui n'a aucune analogie avec les 
noms qui sont propres à ces rivières. Des appellations toutes spéciales, 
inconnues, extraordinaires, toutes inattendues, se présentent fréquem- 
ment dans la description d'Edrisi, surtout pour les rivières. Elles sont 
souvent une conséquence de l'écriture du caractère arabe; il y en a 
d'autres qui dérivent du langage populaire des indigènes et des com- 
mergants. Leur origine est nécessairement latine ou grecque, quelque- 
fois dérivant des idiomes des indigènes : jamais de l'arabe, qui n'a pas 
pénétré dans les régions de notre analyse. Quant à Tappellaiion 
extraordinaire d'Akhioloun, le mot est sans doute grec et l'énigme 
n'est pas difficile à résoudre. Dans la description d'Edrisi, l'ancienne 
Anchiale est nommée Akhiolou. Or, le nom du fleuve Akhliou, 
Akhiolou est le même Avyt«/o; le maritime en grec, Marmara en 
latin, Marilza en vulgaire du latin. 



]i2 r.Duisi. 

45. Le pays entre le Danube el h\ nier, vers remJioucliure du lleuTC 
nommé Benljan, plus tard appelé du slavon Dobroudje, offre une sin- 
gulière illusion étymologique. Dans le langage des marins, bord, 
bordage, jouent un nMe très varié. De bord a pu cbez eux se former 
Bordjan, pays maritime, littoral, qui borde la mer, plein d'abords, où se 
concentrait un mouvement commercial très-considérable, où nombre 
de navires abordaient continuellement. On peut déduire de même le 
nom de Berdjan du Slavon, ce qui reviendrait au même, à la même 
signification de pays littoral. Bereg en slavon est le bord, la rive. Le 
défilé d'Emineb portail le nom de Bcrcgava, parce qu'il touchait le 
bord de la mer. Aussi le pays de Berdjan bordant, bordainen slavon, 
serait Beregan, Berezan, Berejan , Brejan. — Mais celte apparence 
illusoire s'évanouit quand on voit dans l'appellation de .,'-^,j Boi- 
djan, nommé également ,y~^\> Borsclian, un nom de la tradition 
ancienne el obscure qui se perpétua chez les arabes. Borsclian ou Bor- 
djan figure toujours chez les géographes arabes. Nommé d'abord 
en 833 dans le rasm du khovarezmien , ensuite en 930 par Ibn Kelir, 
en 1008 par Ibn lounis, on 1030 par Abou Rihan, vers 1250 par le 
géographe persan, en 1274 par Ibn Saïd , en 1331 par Aboulféda , 
en 1397 par le Bakouin el par les autres. Son extension est très-con- 
sidérable, il couvre l'occident el le nord du Roum byzantin, ainsi 
qu'au sud il traversait le vi'= climat el au nord le vn™* el au delà. Il a 
nne capitale du même nom , dont la position est fixée par les géogra- 
phes en longitude et latitude géographiques à l'occident de Constanti- 
nople. Aboulféda savait que l'existence de ce pays ne durait pas tou- 
jours, qu'il était conquit par les Allemands : cependant le Bakouin 
relate que les Bordjaniens ressemblent aux Franks et combattent les 
Slaves leurs voisins. Toutes ces répélilions ne sont que la reproduction 
d'un nom traditionnel, dont l'origine se perd dans l'ignorance, et qui a 
fourni l'appellation arabe à un coin Irès-restreint de l'empire byzantin, 
aux géographes de Sicile, ou plutôt à Edrisi lui-même, qui l'a tiré 
des écrivains de sa langue. Cependant, mieux instruit que tous les 
autres niahommédans sur l'état des pays byzantins et danubiens , ne 
trouvant plus de Berdjan, n'imposa ce nom qu'à un canton de l'empire 
à l'emboiirhurc du Danube. L'cmplacoment assigné au vaste Borsclian 
du ix" siècle, ré|>niid à la position des Boulghars danubiens qui y étaient 
déjà établis : on pourrait donc supposer que Berdjan n'est rien que la 
défiguration de Bourgar (55). Mais les écrivains arabes semblent tou- 

{Sli'i Borgan, lifs ir>>ilit ri'H(^rhr>lol , p. 128, ■211, 217, S^ifi, majoi-ps BurKiiiidionnm pssr. Sed siiiil 
Bulgari (dit Rfiskc) , aiil Hargari ; sir eiiim olim diroliantiir. Le sire t\i- Villi^iv.il , ilaiis ses voyages 
(apiiH du Cangiiim ad Jninvillc; , nominal la Boiirgorie ubi Cangius addil cssp Biitgariam. — L'allas 



UAKEDOMA, 46. 145 

jours disiiuguer leur Berdjau de Boulghar (se). Au ix' siècle la domina- 
tion des Avares élait encore formidable. Ebranlée par des soulèvemenls 
et les guerres des Slaves, elle succomba sous le glaive Allemand lorsque 
Charlemagne détruisit leur camp. Cet événement ne devait point rester 
inconnu aux Arabes, et probablemenl ce sonl les Avares qui portent 
chez eux le nom de Borscban , Berdjau. Les Slaves appelaient les 
Avarus, Obrins , Obrjiniens; les Arabes, instruits par leurs relations 
orales écrivirent le nom d'Obrzin, Obrzan, Borscban. 

4G. La qualification de i^.'Ljj.i Djerraanie, (iermania, parait plus 
extraordinaire et vraiment étrange. Qui a pu porter ce nom et l'imposer 
à une partie (le l'empire grec jusqu'aux portes de la capitale? qui aurait 
pu faire croiie aux Siciliens et à un écrivain de Sicile, tout arabe qu'il 
était, que l'empereur grec de Byzance avait sa Germanie? Certes, celte 
Djermanic n'est pas des Germains allemands, et je ne conçois guère 
qu'on penserait d'extraire ce nom de quelques établissements des Ger- 
mains Goihs. Celte appellation ne dérive d'aucune érudition. On a cer- 
tains géographes italiens , comuje Mauro, qui semblent enclaver tout le 
Danube dans l'Allemagne. Mais les Italiens appellent les Allemands 
Tedesco, AUemano, et leur érudition ne se permettrait point de caser 
l'antique Germania sur les rivages de la mer uoire. Mauro place les 
Gothes qui vinrent s'établir en Italie à l'emboucbure du Dniepr, quand 
Djermania d'Edrisi est le Berdjan et la Roniania jusqu'à Conslanlinople. 
Il faut donc chercher une autre issue avec celte appellation étrange. 
Si on lirait <uj-=vj^ Djerhania? Celte leçon, je pense, n'ollènserait 
point l'épigraphe de la carte itinéraire, elle donnerait l'appellation slave 
de tzarania, tscbarania, pays césarien, tzaricn , royal, impérial, où 
réside le tzar, l'empereur. Le peuple a pu donner ce nom au saint 
empire, ei spécialement à la Romanie, comme il donnait le nom de 
Tzarogrod, de la ville du tzar, à la capitale Conslanlinople. 

Nous avons observé l'importance de la remarque d'Edrisi, que les 

catalan de 1377, inscrivit au sud du Danube Bulgaria et au nord Burgaria. — Schafarjik dans ses 
antiquités slaves m, 29, i, fournit plus d'exemples d'identité de Borgian et des Boulgars par la 
transition de consonnanccs. Fraehu, Ibn Fozlan, p. 236, 237. 

(50) Le roi des Bosigars, dit Massoudi (cliap. 13), et les autres le répètent : à la tète de cinquante 
mille hommes, fit une invasion dans l'empire romain et poussa ses ravages jusqu'au pays de Bordjan, 
de France, etc. — Les Boulgars, voisins de Kiev, sont-ils ceux du Volga ou du Uauube; on discute 
(Fraelin, Ibn Fozlan, p. loi, HR). — Bakoui explique admirablement la double situation des Boul- 
gars! Berdjan dit il , est très au nord où le jour u'est que de 4 heures, ils sont madjous, et font la 
guerre aux Seklabs; ils ressemblent à bien d'égards aux Franks,ont de l'intelligence pour les arts et 
tonstruisent des vaisseaux (VU, 2). C'est l'espèce méditerranée assise sur Volga : et les autres, 
Boulgar, ville sur la mer Nilasch, environnée des Tourks. Il y a deux mois de chemin àKostautinich; 
ils fent la gutrre à Kostantinich; la longueur du jour y tsl de ÎO heures (VU , 5). Relatioas arabei. 



144 EDRISI. 

habitants d'Afrankbila (de Frankavilla), étaient nomades, peu séden- 
taires (p. 577). L'empire grec élait plein de hordes errantes, cherchant 
des pàluragesavec leurs iroupeaiixsur les montagnes ou dans les plaines. 
Boulgars, Valaks, Serbiens et différentes peuplades slaves rodaient 
pacifiquement, avec sécurité , dans la Iloraanie et jusqu'au lond de la 
Grèce, avec leurs moutons et leur bétail , de façon qu'ils tournoyaient 
au delà du Danube. Ils aimaient mieux s'enfoncer dans les pays cul- 
tivés et peuplés, où il avait assez de pâturages, parce que dans ces pays 
il leur était plus facile de se procurer des vêlements et de modestes 
commodités de la vie. Le thème de Thessalonik ne discontinuait point 
d'être qiialilié par les byzantins eux-mème de thème Serbe. Les monia- 
giies au nord de Justiniaoa, sont Serbes. Les Serbiens surtout grandis- 
saient alors en force, se fesaient remarquer plus dislhictement par leur 
disposition mobile. Leur propre pays entre la Drave et la Morava, où 
résidait toute leur force vitale, paraît, d'après la description d'Edrisi, 
sans villes, comme un désert. L'histoire civile et ecclésiastique y 
connaît quantité de villes et paroisses : mais elles semblent être 
ignorées par les relations commerciales. Cependant, de ce pays, les 
populations se répandaient et ménagaient les possessions byzantines 
aux environs de la Morava, d'où les frontières de l'empire devaient 
reculer à tout jamais, perdant jusqu'au simulacre d'autorité. Cette 
population Serbe, Serve, qualifiée par excellence de nomades, obtint 
le nom érudii des africains gélules, qui était chez les latins identique 
avec la qualilicalion de nomades, numides : il ne restait à Edrisi que 
de le répéter et d'appeler les Serbiens : Getules, Djetouli. Je pense que 
cette explication est incontestable et qu'on ne voudrait pas faire 
dt;river les Serbiens Geloules de la dénomination des anciens Getes. 

il. Il est vraiment curieux d'observer dans la narration d'Edrisi, 
comment on distinguait dans les villes littorales de l'Adriatique, les 
populations kroates, slaves, dalmates. Elles devaient se distinguer par 
quelque extérieur. Ce mélange de populations rend les frontières 
des pays incertaines. Dans le golfe d'Istrie, les îles sont kroates et le 
pays contigue est Kroatle : mais on l'appelle aussi Dalmatie. La Kroatie 
se termine avec Raguse; cependant, en commençant de Souna (Signia), 
dans les villes maritimes, partout la population dalmate est prédomi- 
nante encore. 

Les relations apportées aux géographes de Sicile, prennent leur 
source, ou de l'usage invétéré du vulgaire, ou de la vue de la popula- 
tion qui prévalait les autres en nombre ou en activité; déplaçaient sin- 
gulièrement les frontières des pays et des états connus par rhistoire. 



IIAKEDOMIA, 47. iio 

Les Serbiens, à celle époque, formaieni un éiai indépendant, puissant, 
j;randissaut. Leur dominalion s'éleudait depuis Gradiska, au sud de la 
Save, jusqu'à l'Adriatique; ils possédaieni tout jusqu'au delà de Lesso; 
à l'est les possessions ne dépassaient pas encore Ibar cl Morava : ce n'est 
que quelques années plus tard, vers 1 180, qu'ils avancèrent leurs fron- 
tières dans l'empire i^rec, occupèrent Nisa cl les cantons voisins. Cepen- 
dant la description d'Edrisi ne connaît pas de Djetoules Serbes dans le 
pays traversé par le grand fleuve Driu, elle l'emplit par la population des 
Sklavons, et elle peuple de Djetoules la moitié de la Boulgarie jusqu'au 
delà d'Osma. C'est parce que les commerçants voyaient une multitude 
de pasteurs nomades des Djetoules Serbiens, errer dans l'empire aux 
environs d'Iskraï, de \'oda , d'Osma, qui offusquaient les indigènes 
Grecs, Boulgares, Valaks (37). 

Par-ci par-là Edrisi fait sentir cette différence des limites et glisse 
des renseignemenls sur les possessions des états. Il ne nomme ni 
les Boulgars, ni les Valaks, parce qu'ils étaient trop soumis à la tcha- 
rania, à l'empire, et n'avaient aucun terrain d'indépendance. Il sait que 
Ribna, Nissa et les autres ville à l'est de la Morava, n'appartenaient 
point à la domination des Serbiens, qu'elles fesaient partie de la Make- 
donia, parce qu'elles restaient encore sous la domination des tzars ou 
des empereurs de Constantinople, de la Romanie. Les noms de Remania 
et de Makcdonia n'ont aucune limite déterminée. Les Grecs sont les 
Graïkhioun. Le littoral oriental de la Djermania ou de la Romanie est 
aussi le littoral oriental de la Makcdonia , traversé par les nionlagnes 
Lakoudeniounia 

De même Edrisi fait connaître , qu'il sait très-bien que la Sklavonie, 
dans laquelle les Vénitiens avançaient profondément leurs irruptions, 
appartenait aux Hongrois. 11 sait que la plus grande partie de la 
Karintie et des pays qualiûés Boemia, Noemia, composaient l'état de 
Hongrie. Mais il parle de la Hongrie , Onkaria , comme d'un pays séparé 
de la Karintie , qualifiant cette dernière de dépendance de l'état des 
Hongrois. Cette distinction des pays du domaine des Hongrois demande 
des considérations spéciales, pour la Karintie, pour la Hongrie et pour 
la Bohême. Nous avons déjà traité la question karintienne, restent 
celles de Hongrie et de Bohême. En revenant à cet effet sur nos pas 
vers le Danube, entrons d'abord dans Onkaria. 



(57) Pour mieux tompreudre cette observation et cette différence des froutières des états avec les 
rronlières des pays édrisieus, je joins à mon atlas une carte historique de Tannée Hii, par consé- 
quent de répoque du roi Roger. Qu'on nous pardonne qu'elle est en polonais. Elle était préparée il 
y a vingt ans pour une publication polonaise qui ne paraîtra plus. Si les cartes de l'atlas offrent 
quelques inexactitudes, le texte de mon ouvrage indique, explique et corrige en dernier lieu. 
lil. 10 



146 EDRISI. 

Hongrie. 

48. On range, dit Ediisi, au nombre des dépendances de la Hongrie, 
les villes suivantes : 

^.xo» Monlir, Monliour ou j^ Manbou. 

vJ:^^:. Schent. 
yoxi Baghs. 

i>j|jJy=K ij\yxjy^ Herngraba ou Djertgraba. 

L; ..'J I ,«-3 Kavorz ou Kavorzova. 
.^.liLijii Ralgradoun, plutôt ,j^iJaj Belgradoun. 

Û^^Jo J^ Âkridiska, Agradiska. 

»*..^;j ftj:^*--!}* Tensinou ou Tensibou. 

ijjlj Zanla (VI, 5, p. 575, 577, 579, 580). 

^-, JUJ' Titlous est aussi une ville de Hongrie (p. 578), comme nous 
l'avons dit, et ce nombre se grossit encore parj.^ J Arinia, comme 
nous allons le voir. 

La ville de Baghs est certainement Baks d'aujourd'hui, située non loin 
des rives du Danube , vis-à-vis de Voukovar, parce que la Hongrie 
d'Edrisi, du côté de Touest, touche le Danube. 

Nous avons fixé les positions des villes de Belgradoun (Belgrad),Bans- 
sin (Brandiz), Akridiska (Gradiska), Kavorz (Koutschaï) sur les rives 
méridionales du grand fleuve; c'était pour nous d'importance, parce 
que Banssin et Kavorz sont les points de départ pour les distances qui 
déterminent la position des villes restantes de la Hongrie. 

On compte 160 milles de Kavorz directement à Agra : en se dirigeant 
d'Agra vers le sud et en inclinant cette direction vers l'orient il y a ^^ 
80 milles (plutôt ^ 100); d'Agra jusqu'à une petite ville Arinia, et 
d'Arinia à Banssin 60 milles (p. 577). Par ces distances nous sommes 
conduits et arrêtés à Arad, d'où sort un embraac;itment de Marosch 
appelé Aranka, pour se joter par un autre lit dans la Teisse, 

Deux passages dans Edrisi donnent la description du courant de la 
Teisse. Nous les mettrons en regard , pour les mieux confronter, 
à la p. 579, 580. à la p. 590. 

La majeure partie de la Hongrie Les rivières principales de la 
est arrosée parle o^^ Boulent Pologne i.^iJj (de la Hongrie sor- 
et par la L-^' Tissa. Ces rivières tant des frontières de la Pologne), 
prennent l'une et l'autre leurs sont la vj:,.^:;^ Butent et la <u*«!» 
sources dans les montagnes de :>S' Tessia. Elles prennent leurs sour- 



HONGRIE, 49. 147 

Kard qui séparent la Hongrie de la ces dans les montagnes (de Kard), 
Pologne aJ JIj et du pays des qui séparent la Pologne de la Rus- 
^-,aa.L» Madjous; elles coulent sie (Hongrie) du nord au sud. 
vers le couchant. Parvenues à 8 Elles coulent vers l'occident; puis 
Journées de dislances de leurs se réunissent et ne forment plus 
sources, elles ne forment plus qu'un seul cours d'eau, qui se 
qu'un seul cours d'eau qui se jette dans le Danube à l'occident 
dirige vers le midi et finit par se de Kavorz. 
jeter dans le Danube entre Kavorz 
etBanssin. 

La différence et les méprises des deux relations ne nous paraissent 
pas élever quelque embarras ou incertitude. Comme l'embouchure 
entre Banssin et Kavorz est une méprise dans la première, aussi la 
position des montagnes entre la Russie cl la Pologne dans la seconde , 
est une confusion d'idées. Peut-être l'arabe a voulu dire que les mon- 
tagnes séparent la Pologne et la Russie (madjous) de la Hongrie. En 
attendant, comme la Russie placée avec la Pologne au delà des monta- 
gnes, se présente séparée, de môme Banssin, situé avec Kavorz au delà 
de l'embouchure, sont séparés. Ces méprises sont analogues. Dans la 
seconde relation , ces fleuves hongrois sont en Pologne. La vue de la 
carte itinéraire a pu donner occasion à cette méprise, en rejettant les 
fleuves, leurs sources et les montagnes de Kard au delà des montagnes 
Balavat (Karpates), dans les espaces où se suivent les villes de Pologne. 

Les Knrd sont évidemment les chaînes des Karpates, qui pénètrent 
vers le sud dans la Transylvanie. Le nom de Boutent pourrait êlre 
appuyé et justifié par quelques appellations consonnantes de localité ou 
de rivière de la partie orientale de la Hongrie; mais il est mieux d'ob- 
server que ce nom de Boutent n'est rien autre que le nom réel 
de la Teisse , appelée Tibiscus. De cette appellation latine, par la trans- 
position des lettres, ou plutôt par la transposition des points diacri- 
tiques, s'est formé Bilisk, Boutent. Ainsi, quand il est dit que la Teisse 
tombe dans Boutent, c'est une branche de Tissa qui perd ses cnux dans 
Tibiscus. 

49. De Kavorz à Scbciit , lieu situé sur la rive occidentale du fleuve 
(Butent), 4 journées (p. 580). Il n'y a que Zent qui peut lépondre à celle 
condition. 

De Schent à Djertgraba ou Herengraba , ville considérable et commer- 
çante, par eau 5 journées. En montant la Boutent nous devons abso- 
lument nous arrêter à Ksongrad, et, changeant la ponctuation arabe, 
rétablir le nom de la ville en <).j!^j.ck ou i.i\jx;y=^ Elle est pres(jue 



148 EDRISI. 

à l'embouchure de Koros dans la Teisse, Or, par celle rivière, aussi 
par eau, à o journées ou 120 milles (sur le Koros), se trouve Tensinova, 
ville agréable, offrant d'abondantes ressources et située au midi de la 
rivière Tissia (Koros). A l'époque d'Edrisi, Waradin ou Warasdin sur le 
Koros était déjà considérable- Ce Koros est qualifié de Tissia , mais d'où 
vient le nom de Tensibou Tensinou ? je ne le devine pas. 

Il est possible de se rendre de Kzongrad à Zanla en 5 journées , 
savoir : de Kzongrad à l'embouchure de la Teisse une forte journée. 
Celte embouchure est celle d'un bras de Koros , embranché du 
côté du nord. Puis en remontant la Boutent à Zanla 4 journées. Celle 
ville est florissante, peuplée et située sur les bords dans la partie 
septentrionale de Boulent (Teisse). Zanla est donc Zalmar. De là à 
Tensinon (Warasdin), en se dirigeant vers le sud, 4 fortes journées, 
en traversant des contrées cultivées cl fertiles, situées entre les deux 
rivières, la Boutent et la Tissia (Tibiscus et Koros). 

De Zanla (Zalmar) à Montir ou Mombou, grande ville sur les fron- 
tières de Pologne, en se dirigeant vers l'occident, ajournées (p. 580, 
575). Voici un point en apparence difficile. Toute la difficulté réside 
dans l'incertitude du nom de la ville. La variante trop forte de son 
appellation prévient que nous ne le possédons pas dans sa pureté. 
L'écriture de la carte itinéraire présente encore une variante y^ 
excessivement discordante avec les deux autres. Elle donnerait y^ 
y^^ Fouhbon, Foukhbar, et répondrait à Voukovar, seule ville 
avancée sur ce point, capable de remplir les conditions de frontières 
aux pieds de Kard , située entre les rivières Tissa , Bodrog et Tsepla, 
dans un coin reculé de la Hongrie, que nous allons bientôt reconnaître 
en particulier , en parcourant la Bohème, 

BOEMIA. 

50. Il est connu que les appellations de Bavaria et de Boemia, 
Bohemia, tirent leur origine commune du nom du Gaulois Boï. Edrisi 
nomme l'un Baïr, Bafirou Babir (p. 246, 557, 568, 570), l'autre «--»|»J 
Noamia, qu'on écrit aussi, dit-il, par 6, a.^Uj Boemia, province 
très-vaste, très-peuplée, Irès-ferlile (p. 571). 

Les peuplades Slaves s'étaient établies dans la Bohême; Lemoiizes, 
Loulilsches, Sediiizans, Psovans, Mokropsi, Datzanes, Doudlebes, 
qualiliées, comuie la masse des autres, des noms génériques de Vendes, 
Kroalcs, Chrabales ou Serbes. Avec le temps, le nom de Tschekh pré- 
valut entre elles et depuis rintroduction du christianisme, toutes se 
qualiliaicni de Tschekh. La dénomination des Tschekhs , d'abord rcs- 



BOEMlA,JiO. 149 

ireinle, prenait de temps en temps des dimensions extraordinaires, 
favorisée par la propagande de l'évangile. Le duc Boleslav II, en 999, 
déclara sur son lit de mort, qu'il conquit les pays au delà de l'Oder, 
jusqu'aux frontières des Russes, avec les villes Vrotslav et Krakov 
(Cosmas prag. hoc anno). Malgré oette étendue de son domaine, il 
dépendait de l'empire , comme membre du royaume d'Allemagne. 

Après la mort de Boleslav II, prévalut chez les Tschekhs le parti 
polonais, qui songeait à l'indépendance , à l'existence indépendante 
d'Allemagne. Le roi de Pologne, Boleslav-le-grand , s'empara de Krakov, 
de Vrotslav et de toutes les conquêtes éphémères des Tschekhs, et sem- 
blait devenir l'arbitre de leur sort, s'élablissant momentanément, en 
1002, dans leur capitale comme souverain. A la suite de cette extension 
de l'état de la Pologne, Boleslav-le-grand se trouva voisin et limitrophe 
des Hongrois , fixant ses frontières au delà des monis Karpates, sur les 
rives du Danube (chron. polon. mixta ungar. cap. 12). 

Les ducs régnants en Bohème, ne manquèrent pas de tirer une ven- 
geance épouvantable de la Pologne dès que l'occasion favorable s'en 
présenta. Sans songer à reconquérir les pertes, ils ravagèrent en 1038 
la Pologne, et y mirent tout à feu et à sang, s'eraparant des captifs, 
d'un butin immense et du corps de St-Adalbert, qui fut solennellement 
transporté de Gnezne à Praga (Cosm. prag. II, p. 2017; anonym. inier 
script. Menken. t. III, cap. 55; chronogr. Saxo, s. a. 1054, édit. Leibnitz. 
in access. historicar. t. I, p. 244; annal. Saxo, s. a. 1059, in corp. 
historicor. Eckhardi t. I, p. 471). 

Cette translation des dépouilles mortelles de l'apôtre, suggéra ceriai- 
nement une singulière invention , à cause que l'apôtre Adalberl était 
évéque de Praga. On a dit que l'empereur Otto, ami de l'évêque, avait 
fondé l'évéché de Praga avant de mourir , et lui assigna un immense 
diocèse par le diplôme de l'année 973., fabriqué à cet ell'et. Ce diplôme 
aurait été inventé à l'époque de la susdite translation, sans aucun 
doute, parce qu'il est connu par Othlo, qui, entre 1037 et 1052, 
écrivait la vie de Saint Wolfkang, évéque de Ratisbonne, et dans sa 
relation fait sonner les expressions du diplôme même (cap. 29, t. IV, 
p. 538, édit. Pertz) (as). 

Ce privilège, contraire aux événements historiques, fut bientôt consi- 
dérée comme authentique. Il aété déposécnlOSOàl'empereurlIenrilV, 
qui l'a conlirmé, et l'historien Kosmas de Praga, en 1123, l'inséra 
touteutier dans sa chronique (lib. II, p. 42; in Lunigii, teutschenReichs 
Archiv, Continuât, t. I, p. 230). 

(S8) Parochia exlitit , cpiscopaluni (Otto) , cflicit : ciiuiquc peragenJi coucanibii tempus vunisset , 
taiiU fa^il alacritate, ul ipse pri'ilcgium couiponertt. 



150 EDRISI. 

Ce privilège coulicnt pour la géographie deux parties. Dans la 
première, il fait un dénombrement des dislricls ou paroisses, ou des 
peuplades de la Bohême [elle-même et de ses possessions, qui, par 
l'irruption récente de 1058, restaient encore en possession des Tschekhs, 
aux environs de l'Oder. Dans la seconde partie, le diplôme désigne 
l'étendue de la province de Krakov, à laquelle l'église de Bohême 
acquit un certain droit par son apostolat antérieur et par l'occupa- 
tion de la Moravie. Parce que le clergé bohème y prêchait l'évangile, 
l'évêque Adalbert, d'après la tradition, ne négligeait point les ouailles 
de ce pays éloigné. Depuis la chute de la grande Moravie et la dépré- 
dation des Hongrois , l'archevêché de Moravie et l'évèché de Neutra 
disparurent, et les premières étincelles du christianisme pouvaient 
s'éteindre, si le nombre modique des convertis, privés de leur pasteur, 
n'avaient cherché l'intervention des évêques limitrophes. Ils s'adres- 
saient aux évêques de Juvavum ou Salzburg, de Passau et de Praga. 
Chacun y avait sa part, ses prétentions. Aux environs des Karpates le 
clergé de Bohême était le plus actif et ne discontinuait pas de servir 
les fidèles. 

51. Le diplôme, en déterminant l'étendue du diocèse de Bohême, 
après avoir détaillé son intérieur, continue : inde, ad oricnlem hos 
fluvios habct Icrminos : Bug scilicet cl Zlir , cum Cracoua civilalc, pro- 
vinciaquc cui Wag nomcn est , cum omnibus ad prœdictam urbem perfi- 
nenlibus , quœ Craeova est; indc , Ungarorum limitibus addiiis usque ud 
montes qnibus nomen Tritri, dUalata proccdit; dcinde , in ca parte quœ 
meridiem respieil addita regione Moravia , usquc ad (luvium cui nomen 
est Wag et ad mediam silvam cui nomcn est Mure et ejusdcm 7nonlis 
eadcm parochia tcndil, qua Bnvaria limUalur (Cosm. et Lunig. 11. ce). 
Or, à l'extérieur de Bohème, son diocèse s'étendait des deux côtés des 
Karpates; au midi sur la province Wag, et au nord sur celle de Krakov 
jusqu'aux deux rivières de Volynie , Boug et Slir. C'est aussi l'étendue 
de la conquête éi)hémèi'e du duc Boleslav H. 

Cette invention, attachée à la mémoire de Saint Adalbert, donna ori- 
gine à un autre coule qui se transforma en tradition. On a cru que 
Saint Adalbert intervint dans les contestations qu'avait la Pologne avec 
Saint Etienne, roi de Hongrie , et qu'il détermina les frontières de ces 
deux pays, en leur indiquant le mont Talour, les montagnes Tatri, 
pour limite commune (anon. inter script, ver. hungar. t. I, p. 37). Les 
Hongrois et les Polonais d'accord , observaient religieusement cette 
décision du saint évoque. Leur traité, en H9I, se relatait à la disposi- 
tion des saints, c'est-à-dire du bienheureux roi Etienne et du très-saint 



BOEUIA, 81. 151 

paliou de la Pologne Adalbert (foedus a. H91, apud Vincent. Kadlub. 
cap. 18 , p. 797). Les Hongrois ont gagné par celte croyance 
mutuelle, étant en possession de la province 4e ^Vag, et les écrivains, 
énuniéraui les conquêtes de Boleslav-le-grand , disaient qu'il avait 
conquis une portion de la Hongrie (Gall. I, 6 ; Matih. II, 15). 

L'étendue de cette conquête, faite entre 999 et 1000 sur les Tschekhs 
(et non pas sur les Hongrois), est déterminée géographiquement par 
une légende ou chronique écrite vers 1240, comme suit : nam termini 
Poloywrum ad lidus Danubii ad civitatem Strigonicnscm tcrminabantur ; 
dein, Magriensem (lisez in Agriensem) cii:ilatejn ibant ; dein in fJuvium 
qui Cepla nuncupatur usque ad castrum Galis; ibique inlcr Vngaros , 
Ruthenos et Polonos fincm dabant (vita S. Steph. vel cronica ungaror. 
mixta polonor. cap. 7, p. 5oi du mscr). Or, ce sont les limites de la pro- 
vince Wag qui passaient près de Strigoniura ou Gran, touchaient et 
enclavaient le canton de la ville Magria, c'est-à-dire Agra; ensuite 
montaient les rivières Teisse , Bodrog, jusqu'à Cepla ou Toplia , où elles 
se perdaient dans les Karapates, au delà desquelles le district de Galis 
ou Halitsch regardait le contact des frontières de trois états. Là Boles- 
lav-le-hardi, roi de Pologne, faisant ses grandes chasses aux environs 
de Galis, surveillait à la fois les affaires de la Hongrie et de la Russie 
(chron. pol. mixta ungar). 

La province de Wag portait encore une autre appellation, celle de 
Ruhia, Ruzzia, Rusia, Rugia, qui lui était donnée dans la grande Mora- 
vie, à cause de quelques débris des anciens Rugs ou Ruhs qu'on y dis- 
tinguait (lelon. bavar. de a. 876, 906, ap. Oefel. monum. boica , 28, 
II, 105; Aventin. annal, boior. IV, p. 188; Goldast. rcr. boic. script. 
p. 698, 718). La population slave, slavake y était différente de celle de 
Pologne, formait une province à part, limitrophe de la Hongrie. Otton 
Bezbraïm , fils d'une princesse hongroise, éloigné de la succession du 
trône de Boleslav-le-grand son père, fut en 102.') relégué in Ruhhiam 
provinciam, in Russiam (Wippo, vita. com. salici , p. 470 , -477, édit. 
Pisterii, 1751 , t. III). Il paraît que la province était destinée à la Hon- 
grie, parce que son frère, cousin Eraerik, fds du roi Etienne, portail 
le titre dMcts iî«(cor»m (annal, hildesh. ap. Pertz, 111.98). Après la 
mort d'Emerik (1051) et de Bezbraïm Olto (1052), le lils de ce dernier 
Roman prit possession de la province et de la principauté Russia comme 
apanage (Wippo, p. 578; Bogufal. inter. ser. siles. Soramersb. 1. 11,26). 
Après sa mort, la province Wag, Ruhia, entra en possession des Hon- 
grois, sans contestations connues , et les montagnes Tritri , Tatri et les 
Karpates séparaient la Pologne de la Hongrie. 

La possession de la province de Wag par la Hongrie , n'était pas de 



152 EDRISI. 

longue durée; cependant une tradition se conserve dans le peuple jus- 
qu'aujourd'hui. Surtout aux environs d'Orava ou Arva , qui perd ses 
eaux dans le "NVag, la population la répète. La possession antérieure des 
Tscliekhs était plus courte, mais elle héritait de la grande Moravie ; son 
influence, par l'activiié ecclésiastique, continuait d'être plus durable; 
l'idiome bohème jusq'aujourd'hui y est l'idiome liturgique : les livres de 
prières bohèmes et la poésie bohème y sont généralement répandus et re- 
cherchés avec prédilection. Allez-y sonder les pensées de la population et 
vous apprendrez jusqu'à quel point elle sympathise avec les Tschekhs, 
comment elle compte sur l'avenir des Tschekhs , qui sera le sien. 

J'espère que celte longue déduction ne paraîtra guère déplacée, 
quand nous nous proposons d'expliquer la description de la Bohème 
d'Edrisi. 

52. Il compte au nombre des villes de Bohème, les suivantes : 
^^/Lj.JiC^ i5'»j J-C^w aCLCs. Djikelbourka, Djikelbourgo, Dji- 

kelbourg. 
ija»^ Schbrouna. 

iJL-ji i-^j\ iJ.j-.j Biana,Abia, Dbiana. 
o^U ^^i-J Bassau, .Massa u. 
^a*_j ij-"—^ i/"~' BilhSî î^eiths, Bis. 
iJislys! ijs\ Agra, Agrakta. 
i\.K*J^fi ilib» jJvw jJLv^ Mcsla, Maschcla, Maschesala, (qu'il 

compte aussi à la Saxe). 
ij^^:Lo! Estcrgona, Oslrikouna, Oslrigoun. 

^ùiJSy.^^ Sinolavs (VI, "2, p. 571; 5, p. 575). Schebrouna, Ostrikoun 
et Sinolavs, sont aussi mises au nombre des villes de Karinlie. La der- 
nière avec raison , ce n'est que par méprise qu'elle s'est égarée dans ce 
nombre, sa position orientale est déterminée très au midi et même eu 
dehors de la Kroalie, dans la Slavonie. Quant à Schebrouna, c'est tout 
le contraire : ce n'est que par erreur; elle est donnée pour la ville de 
Karintie parce qu'elle n'est pas au sud mais au nord du Danube. Djikel- 
bourga a donné peut-être occasion à cet erreur si elle-même ferait par- 
lie de Karintie, dont nous observerons la probabilité. Dans cette éuu- 
méralion des villes de Bohème il ne pouvait pas manquer d'erreurs de ce 
genre, qui sont assez familières à la description d'Edrisi, comme nous 
l'avons signalé, indiquant les causes. Au nombre de ces erreurs il faut 
encore ranger l'oubli de fj^-J Ncitrem, qu'Edrisi veut enclaver dans 
la Karintie, contrairement à toute sa relation. 



BOEMIA, S3. 153 

Biana, Vienne et Ostrikoun, sont situées sur le Danube au sud. 
Biana est à 60 ou iO milles à l'orient de la ville de Bavière Garmaïscba 
(p. 570, 571); et de Biana à Ostrikoun, vers le sud, on compte 50 milles. 
De toutes les villes de Bohème, Ostrikoun est la plus vaste et la plus 
populeuse; elle est la capitale et le clief-lieu du gouvernement (p. 571). 

Gran, Strigonium en latin, Esztergon chez les Hongrois et Ostrihom 
chez les Slaves, est considéré pour la capilale (so). C'est près de cette 
ville que les rois Boleslav-le-grand et Etienne ont eu une entrevue 
(cron. hung. mixia pol. cap...); c'est la frontière de la Bohême, éloignée 
50 milles d'une autre capitale Belgraba (Alba regia). 

D'Ostrihom, à 50 milles vers le nord, sont situées deux villes : Sche- 
brouna et Djikelbourga. De Bouza à ces (feux villes aussi vers le nord, on 
compte -. 5 journées, et de Biana, encore vers le nord, à Schebrouna 
il y a 40 milles. Ces deux villes au nord de Bouza, d'Ostrihom et de 
Vienne, sont donc au nord du Danube, à la dislance l'une de l'autre de 
60 milles. Schebrouna est une ville remarquable, dont les dépendances 
sont culiivées et fertiles, les marchés fréquentés, les maisons hautes et 
les agréments renommés. Elle est située dans une belle plaine à 20 
milles du fleuve (p. 571, 575). Ce fleuve innommé ne peut pas être le 
Danube, parce que Biana , située sur le fleuve Danube, est éloignée 40 
milles : c'est donc un autre fleuve plus rapproché. 

55. Les distances données de Biana et d'Ostrikoun, dirigent vers le 
nord sur Brun ou Berna en Moravie et je pense qu'elles sont assez puis- 
santes pour y fixer la position de Schebrouna. Cet emplacement de 
Schebrouna étant déterminé, il devient presque impossible d'indiquer 
à Djikelbourga la situation en Moravie, et même au nord du Danube. 
11 me semble très-présumable que Djikelbourga n'est autre chose que 
Salzbourg de Kariniie. Il est vrai qu'à cette présomption la distance de 
80 milles s'oppose, car elle ne sufTirait pas pour celle d'Ostrihom à 
Salzbourg. Cependant il faut observer que presque toutes les mesures, 
milles ou journées, se présentent d'une grandeur excessive partout, 
depuis la Bavière jusqu'à l'embouchure de la Drava. Aussi les journées 
de Bouza, que nous avons fixée sur Peiz ou Cin-qéglises, sont exces- 
sives et demandent 150 milles : chaque journée double de 50 milles. 
Mais quant à ces dernières distances de 5 journées, on pourrait 
présumer que l'exorbilance des journées prend peul-ôlre son origine 
dans l'incertitude de la lecture des chiffres : car, si on lirait au 
lieu de ^ 3 journées, ^ 8 journées, on n'aurait à compter que de 

(.VJ) L'apiicllalion est pmeincnl slave : ostii-hoin, soiniiiet foililié, ou moiilisulo poinliic. 



i o4 EDRISI. 

petites journées, des journées ordinaires de 20 milles, pour aroir de 
Bouza à Scbebrouna et à Djikelbourga les IGO milles nécessaires. 

Schebrouna (Brun, situé presque au confluent de deux rivières) est 
éloigné 40 milles du Danube et 20 milles d'un autre fleuve de la 
Bohême. Ce fleuve, auquel Edrisi relate la siluatron de la ville, doit se 
trouver désigné par sa description. En efl'ct, ailleurs Edrisi raconte que 
deux rivières prennent leur source dans la Bohème, et après avoir 
coulé vers le sud-ouest, vont se jeter dans le Danube. Elles descendent 
des montagnes sj:_jL.b Balavat, qui séparent la Bohême delà Pologne. 
Après avoir coulé séparément, elles se réunissent et versent, comme 
nous l'indiquons, leurs eaux dans le Danube. Les villes d'Agra et de 
Biths sont bâties sur leurs borâs (p. 57r>). Réellement la rivière Arva, 
Orava, Oravilza, descend de la montagne karpatieune, nommée lalovek, 
Balavat (c^Lb lalavat), qui sépare la Pologne de la province bohème 
Vag. Elle coule, de même que la rivière Vag, vers le sud-ouest et se 
réunit à celte dernière qui porte ses eaux dans le Danube. Cette rivière, 
ce fleuve important, donnant son nom de Yag à toute la province, se 
rapproche à 20 milles de Brun. 

C'est juste. Mais la conception d'Edrisi est évidemment confuse s'il 
range Bilbs et Agra sur les bords de ce fleuve. Il est contrarié par la 
carte itinéraire dont il donne la description. Elle place ces villes avec 
Neitrem entre les rivières venant de Balavat (Karpates), vers le Danube, 
par conséquent dans l'intérieur d'une mésopotamie. Il y a en eQ"et 
plusieurs rivières : Neitra, Gran, Ipola qui coulent dans la même direc- 
tion que le fleuve Vag; c'est entre ces rivières qu'il faut chercher la 
situation de plusieurs villes. xMais la confusion d'Edrisi va plus loin et 
ne s'accorde guère avec la caite itinéraire; car ces villes nommées 
sont assez éloignées de Vag et trop dispersées dans la mésopotamie 
pour se trouver ensemble entre les rivières de la direction sud-ouest. 
11 est probable qu'il nous serait impossible de sortir de toutes ces diva- 
gations, si les noms de Neitrem et d'Agra ne nous rassuraient que l'un 
estMtria, Neutra, l'autre Erlau, en latin Agria, chez les Slaves, lager, 
et chez les Hongrois Eger. 

5i. Neitrem , suivant Edrisi, est à iO milles au sud d'Agra (p. 576), 
quoique ces deux villes sont presque à la même hauteur : Nilria à 
l'occident, quelque peu plus septentrional. De Neitrem à Bouzana et 
à Bedhvara, également 70 milles en se dirigeant vers le nord ou nord- 
est (p. 078). C'est tout le contraire. Bouzana (Boudzin, Bouda) sur le 
Danube, à 55 milles de Belgraba (Alba regalis), est au sud-est de 
Neitrem; et Bedhvara (Voukovar), placée sur le Danube, à double 
distance , de même au sud-est. 



BOEMIA, 54. 135 

Sur le Danube se trouve Bassan ou Massan , à 80 milles vers le sud- 
ouest d'Agra (p. 577); 80 milles vers le sud-est de Scliebrouna et 40 vers 
l'orient d'Ostrihom (p. 372) qui est à 80 milles au sud de Schebrouna. 
Prenons ici partout le sud pour le nord, et l'orient pour l'occident, et 
nous nous trouverons avec Bassan à Pre^ourg , chez les Slaves Prespo- 
rek et chez les Hongrois Poson, situés sur le Danube. Je ne vois pas 
d'autre issue à tant de farfouillenient. 

Quant àBiths, la question est encore plus obscure. Biths est située à 
40 milles vers le sud-est de Neitra, sur le même fleuve qu'Agra (p. 576, 
577). 11 en résulterait que Bilhs est dans le même canton qu'Agra, 
rapprochée aux mêmes rivières qui se perdent dans le Danube, placée 
presque à la même distance de IS'eitren comme Agra. On pourrait pro- 
poser une multitude d'hypothèses pour cette position , parce qu'il ne 
manque pas sur tous les points de la Hongrie, des noms analogues à 
Biths. Mais aucun de ces Bilhs ne répondrait aux deux conditions 
relatives à Neitra et Agra. La petite rivière Agria, qui se jette dans 
Teisse , n'olîre aucune place pour une autre ville; il faut absolument 
écarter cette condition du même fleuve pour Agra et Biths. 

Agra et Biths se trouvent tous deux (de même que Neitra) dans un 
pays où les livières coulent dans la même direction, et les villes de ce 
pays se trouvent sur les mêmes, c'est-à-dire entre les mômes rivières. 
Ainsi, je pense qu'à 40 milles sud-est de Neitra, nous nous trouvons 
très-bien avec Biths, sur les bords du Danube, dans Yoczcn, Yazia 
\Vaitzen et insula Vizxc, non loin à l'est de l'embouchure d'Ipola. La 
rivière Zagyva roule ses eaux vers le midi, à égale dislance d'Agra et de 
Bilhs. Ainsi Bilhs comme Agra se trouve sur les frontières de Bohême. 

Tout cela est la Bohême, la province Vag, dépendance et possession 
hongroise, dont Oslrihom est la capitale; séparée de la Hongrie par 
Teisse , Bodrog et Toplia, frontière avancée vers la ville Ungwar (Mon- 
tir, Manbou), (jui, dans le point d'Onkaria culminant au nord, louche 
la limite scabreuse de la Pologne et de la Russie. Pologne, Russie, 
Hongrie, Bohême s'appointent entre les villes frontières Ungwar et 
Galis. 

De Bassan (Poson), voisine d'Ostrihom , et de Bilhs voisine de Nei- 
trem, également vers le nord, à 5 journées ou loO milles, se trouve 
Masela, Maschela, Maschesala, ville agréable, entourée de vastes et fer- 
tiles dépendances et ceinte de fortes murailles (p. 577 , 578). Elle est 
rapprochée à la Saxe, à l'Allemagne, considérée même pour une ville 
de Sasonia, éloignée de Halla 80 milles, et de Kazlaza (Saalfeld) 
100 milles (p. 575, 581). Ces distances nous poussent forcément dans 
le centre de Bohême proprement dite. 



156 EDRISI. 

5o. Dans la descripiion éparpillée des tableaux coupés par sections, 
Edrisi reprend sans cesse ses courses interrompues, pour continuer 
ou achever ce qu'il avait commencé; il se répète et s'égare dans ce 
dédale de routes, au point d'oublier les provinces et les places les plus 
importantes. C'est ainsi qu'iP parle des îles de mer, des possessions, 
des conquêtes des Vénitiens , qu'il travarse en observations les localités 
de leur lagune, et la ville capitale elle-même, Venise, se dérobe à sa 
diction. Il serait probable qu'en parlant de la Bohême, content du 
chef-lieu d'une des provinces, il a passé sous silence sa capitale Praga. 
Cependant, les quatre distances opposées s'appointant, nous ont en- 
foncé dans le centre de la Bohême proprement dite, qui relevait de la 
Saxe ou du royaume d'Allemagne, et nous enferment dans une ville 
bohême-saxe , ceinte de fortes murailles. Nous sommes donc forcés 
d'assigner à Masla l'emplacement dans la Bohême, et à cet effet, à mon 
avis, aucune ville ne répond mieux que la capitale Praga. Pourquoi son 
nom est-il remplacé par un autre, par celui de Masla ? je ne saurais le 
dire, je ne sais former aucune hypothèse géographique pour l'expli- 
quer, mais je n'y vois rien qui conviendrait à Masla, que la seule Praga. 
Cette capitale était forte et commerçante, avait des marchés, de 
grandes foires; en allemand jahrmark, messe, messeU Peut-être que les 
marchands, qui donnaient des renseignements, étaient habitués de 
nommer Praga par ses messe (eo). 

Edrisi, en parlant de Bohême, s'était écrié avec une certaine indigna- 
lion : tout ce pays appartient à l'Allemand. C'est lui qui perçoit les im- 
pôts, qui veille à la sûreté publique, qui gouverne à sa volonté , duquel 
émanent les ordres suprêmes, qui nomme et dépose les agents de son 
autorité, sans que personne ose s'y opposer ni enfreindre ses lois (p. 371). 
A l'instant même il s'occupe d'Ostrihom , chef-lieu de la Bohème qui 
était le siège du gouvernement des Hongrois Magyars. Il y aurait donc 
en apparence de doutes, qu'il avait rinieniion de signaler la sujétion 
des Magyars à l'Allemagne. Serait-il possible pour nous d'y consentir? 

On sait que depuis cent ans la Hongrie s'était émancipée de l'in- 
fluence directe de l'Allemagne, qui lui a d'abord imposé le christia- 
nisme de l'empire. Anno 1055 romana respublica subcjctionem regni 
hungariœ perdidU (Wibcrt, vita scii Lconis, H, i). Depuis, la Pologne 
sous Boleslav-le-hardi , veillait à l'indépendance de la Hongrie. Le 



(60) On a dans la haute Silé^ie nn village Masscl , Maslova , siluë ;à i milles de Brcslav. On y 
trouTC dans son terrain sablonneux (]uantité de dépouilles liumaincs et des antiquités , de menuet 
reliques qui s'y rattachent. Pas de doute que ce lieu avait quelque imporlanco |du temps anti-chrc- 
licn ; mais aucune de temps postérieurs connus par l'histoire , ni commeroc , ni murailles, ni quel- 
que qualité que ce loit qui répondrait à Mascla éilrisicnnc. 



POLONIA, ÏG. 157 

pape Gréi»oire Vil, eu 1074, fulmine le roi Salomon : tu a regiavirtute 
et moribus longe discedcns jus et honorem a rcgc tcutonico in beneficium 
sicut audivimus suscepisli (cpilr. Il, 15). Salomon fui en effet dépouillé 
du Irône par Boleslav-le-hardi, occupé ensuite par des rois indépen- 
dants. L'écrivain de la légende hongroise, traçant l'apologie de Doles- 
lav-le-hardi (assassin d'un évèquc), cl plein de colère contre la noblesse 
remuante de Pologne , termine sa narration par l'aveu suivant : cl 
licel esscl Icnendum, tnrncn, ne verilas gestorum obnub'darclur, Magaro- 
nes hoc est Ungari lolam suam polentiam (leur indépendance), à Polonis 
habebant el exlrahcbant cl robore corum scmper pugnarcnl (cliron. un- 
gar. mixta polon. cap. II). 

Edrisi tienne la description de deux Bohèmes, de celle qui formait 
une province de la domination Magyare, dont le chef-lieu était Ostri- 
houn (de la province Y;ig ou Uuhia), et de l'autre proprement dite 
(Tschekhie), intimement liée avec la Saxe, c'est-à-dire avec l'Allemagne 
dont il connaissait la ville Masla , ceinle de fortes murailles. C'est de 
cette autre que les marchands et les voyageurs pouvaient relater à 
Edrisi de quelle façon l'Allemand y dispose de tout. Lui , dans sa diction 
embrouillée ne les a pas distingué et semble dire des Hongrois, lors- 
qu'il parle de la Bohème proprement dite, où était située la ville for- 
tifiée Masla ou la capitale Praga. De Masla à Krakov, ville de Pologne, 
il y a 150 milles (p. 581). 

POLONIA. 

56. Un écrivain de cette époque (1110-1140), ecclésiastique en 
Pologne, appelé Gallus, certainement arrivé de France, considérant 
quod regio Polonorum ab itineribus peregrinorum est remola el nisi 
transeunlibus in Russiam pro mercimonio, paucis nota : entreprend de 
donner sa description , croyant qu'une courte description ne sera pas 
réprouvée : si breviler inde disscralur, nulli vidcalur absurdum. 

Cette description est en effet extrêmement laconique. Il y dit que 
la Pologne compose la partie septentrionale de laSlavonie; touche à 
l'orient la Russie, au midi la Hongrie, du sud-ouest la Moravie, de 
l'occident la Saxe et le Danemark; au nord, trois peuples, des pays 
barbares et sauvages la séparent delà mer; les Seleuciens (Lutices), 
les Poméranienset les Prussiens. 11 ajoute qu'au delà de la mer, d'autres 
pays barbares possèdent les golfes et autres sinuosités, où enfin 
senties îles inhabitées, couvertes de neiges et de glaces perpétuelles. 

Il divise toute la Slavonie en troi: zones : septentrionale (Pologne), 
qui s'étend dès Sarmalicos ou Cotes (Prussiens) jusqu'à la Dace (Dane- 



158 EDRISI. 

mark) ei la Saxe; Taulre depuis la Trace (Romanie), iravcrse la Hon- 
grie, où les îluns Hongrois l'occupent, puis par la Karinlie, et se ter- 
mine sur la Bavière ; méridionale (la Iroisièiue) touche la médilerran- 
née (Âdrialiqiie), commençant de l'Epire, passe par la Dalmatie, la 
Kroatieet l'Istrie jusqu'à la fin de la mer Adriatique, où sont Venise et 
Aquilée, et l'Italie la clore. 

Enfin cette région peu connue , visitée seulement par Is traverse des 
marchands, quoique silveuse, est suffisamment pourvue d'or et d'ar- 
gent, de pain et de viande, de poisson et de miel, et supérieure aux 
autres, ce qu'étant entourée de sus-mentionnés peuples chrétiens ou 
payens, et par tous ces peuples conjointement ou séparément, bien de 
fois attaquée, elle n'a été subjuguée par aucun. Pays, patria, où l'air 
est salubre , le sol fertile, les forêts mieilleuses, les eaux poisson- 
neuses, les guerriers belliqueux, les paysans laborieux , les chevaux 
durables, les bœufs labourables, les vaches laiteuses, les brebis lai- 
neuses (Gallus, chron. Polon. proem. p. 14-17). 

Voici à quoi se réduit toute la tirade de Gallus. Il dit que la Pologne 
n'était connue à cette époque que de peu de gens qui la traversaient; 
mais il y a quelque chose à redire contre cette assertion. Admise par le 
baptême à la société des étals chréiiens, elle se faisait connaître , lors- 
qu'cn 99:2 les princes expulsés avec leur mère, allaient offrir au pape 
le pays qu'ils ne possédaient plus (Murator. aniip. liai, medii op,vi , I. V, 
p. 851) ; lorsque les émissaires de Boleslav-le-grand circulaient en Lor- 
raine, en Italie, fomentant le marquis d'Ivrea au pied des Alpes et le 
pape à Rome contre l'empereur roi d'Allemagne (Ditmar , VI, 56, et 
passim); lorsque le même Boleslav-le-grand en 1018 , forçait l'empire 
à conclure la paix honteuse à Bautzen cl se fit donner un contingent à 
l'Allemagne contre ses ennemis (Ditm. VIII, 1, 16, p. 8G1 ; annal, 
quedlimb. sub. a. 1029 , t. III, p. 84, édit. Pertz); lorsque Boleslav-lc- 
hardi, secondé par Grégoire VII , assura l'indépendance de la Hongrie 
(epist. Greg. VII pape, H , 13, 05, 70 ; chron. Ungaror. mixta Polonor), 
et les moines de .Sl-Gilles en Provence, recevaient de Vladislav Ilerman 
en 1084, les statuettes d'or fabriquées en Pologne (Gall. 1 , 50, p. 121). 

Comment un pays néophyte pouvait-il être aussi peu connu? Quantité 
considérabled'apùlres, multitude d'ecclésiastiques inondaient laPologne; 
voiries suites des évèques pour la plupart Italiens ou Français, les 
légats des papes; l'écrivain Gallus lui-même a vu en 1105 l'évêque de 
Beauvais venant en cette qualilé(Gallus, II, 21, p. 188); lui-même a vu 
un nuire Gallus, constructeur de places forlcs (Gall. II, 59, p. 214). 

L'empereur Otton III visita dans l'année 1000 la cotir de Bolcslav- 
le-grand, accompagne d'une foule de seigneurs (Dilm. IV, 20; Gall. I, 



POLONIA, S7. 459 

6, p. 38-45). Plusieurs reines en Pologne étaient allemandes, dont une 
passa ses dernières années, jusqu'en 1023, à S. Gall en Suisse (annal, 
quedlimb. t. III , p. 88, édit. de Perlz) ; l'autre , fameuse par son règne 
et ses donations, morte en 1068 à Brunviller, aux environs du Rhin 
(vila Ezonis et Richezae cap. 5, elc; annal, brumvillar. t. II, p. 100, 
édit. Pertzi; Lacomblet L'rkunden , p. 184, 186, 189, 192, 24i, 457). 
Des seigneurs allemands mécontents, trouvaient un abri en Pologne, 
des ambassadeurs et envoyés de l'empereur Henri II y allaient traiter; 
les irruptions des Polonais pénétraient dans le cœur de la Saxe , et la 
renommée porta leur nom jusque vers Aix-la-Chapelle et la Lorraine • 
(interpolator Ademari, ad III, 51, t. IV, p. 130, édit. Pertz). Dans 
toute cette étendue de l'empire, à Korvei, Merzebourg, Quedlimbourg, 
Hildesheim, Fulda, des événements arrivés en Pologne étaient insérés 
dans des cartulaires le jour même que la nouvelle arrivait; des nécrolo- 
gues qu'on y soutenait dans les couvents, la Pologne apprend ses faits 
d'armes de l'époque. Elle était assez connue, du moins en Allemagne 
et en Italie. Il faut cependant convenir, que noyée dans la qua- 
lification générale des Slaves, elle est rarement nommée dans de mai- 
gres monuments géographiques. Ses événements sont rapportés par de 
courtes notices, et comme ces siècles ne s'adonnaient guère aux 
descriptions des pays, elle est négligée plus qu'aucun pays. 

57. Des Allemands qui s'entretenaient de l'histoire de la Pologne, 
Adam de Brème (hisl. eccles.), notifia sa position, et Helmold de Bozov 
en 1175, reproduisant les paroles de son prédécesseur, déplore la dis- 
position des Polonais à la rapine (chron. Slav. 1 . 1 , § 9 , 10). Vers le 
même temps. Benjamin de Tiidèle, dans son voyage fictif entre 1160 
et 1173 ne l'a pas nommé. Il connaît le pays de niM"'2 Bohême appelé 
riDNIH: Praga, qui est le commencement de x^:i-^pîi\s l'Esklavonie, 
que les juifs qui y habitaient appelaient ]j;»; Kanaan, à cause que les 
habitants vendaient leurs fils et leurs filles à toutes les nations, de 
même que ceux de ^:-Dr. Russie, qui est un yrand royaume, s'étendant 
depuis la porte de Prague jusqu'à la porte de 'çr^ Pin ou Fin , cette 
grande ville (citée , état), qui est à l'extrémité du royaume. C'est jusque 
là que s'étend le royaume de Russie (p. 2i6 de l'édit. de Baratier). 
La Russie s'étendait donc depuis la porte ou les frontières de Bohême 
(Praga), jusqu'aux portes ou frontières des Finnois, de la race finnoise. 
En elfet , nous l'avons vu : la Bohême s'étendant avec sa province Vag, 
au sud des Karpates, louchait aux environs des sources de Cepla, à la 
province russienne où était Galis et Przemisl, rapproché aux sources du 
Dniester, comme nous le verrons. 



160 EDRISI. 

Il ne faut pas s'étonner que Benjamin et ses co-re.ligiounaires savaient 
du commerce des esclaves. Lorsque les Bohèmes vendaient les prison- 
niers qu'ils emmenaient de Poloi;ne, lorsqn"en 11 GO, les Pomoraniens 
vendaient aux Polonais, aux Sorabes et aux Bohèmes les malheureux 
Oboliiles qui cherchaient chez eux un refuge, fuyaiit le joug allemand 
(Helm. Il , 5), c'était un véritable trafic des enfants slavons. Les juifs, 
regardant l'unité de la race, ne pouvaient dire autrement, et ne pas 
négliger d'en tirer leur profit. La mère de Boleslav-bouche-lorse, la 
reine Judith, morte en lO'i.'j, racheta, autant que ses moyens le lui 
permettaient, grand nombre de chrétiens de la servitude juive (Gall. 
II, 1 , p. 151), puisque les juifs profitaient de ce trafic, et rien ne les 
empêchait encore d'eu tirer tous les avantages. 

La même année qui termine la narration du voyage de Benjamin 1 173, 
un autre juif, Petakhia de Balisbonne, se mit en route vers l'orient. 
Il vint en premier lieu à ^;V2^, '2 ;î^">ï; ï^vâg de Bohemia, d'où (dit le 
narrateur de son vovage louda Khasid) ^''^'i'^îlBt' Î/D3 ^N~lBî21 il ^"^ en 
\S'I^*,"iIî.y rvpb N'^jI'^'B'^*! il ^'^ f'" Pologne, et de la Pologne à Kiiov 
(sibbiib h'olam, publié par Carmoly, p. 9). 

Les juifs et les Allemands, voyageant à leur aise dans toute la 
Pologne, s'y casaient avec sécurité, mais les avenues furent difficiles 
par les armes des Allemands. 

En 1109, inspiré par Zl)igniev, l'empereur Henri V entreprit une 
expédition en Pologne. II remua toutes les armées de l'Allemagne. Les 
Bohèmes étaient leur guide (Gall. 111,3, p. 257) et le conduirent en 
Silésie vers Glogov; ensuite il pénétra jusqu'à Vrolslav, d'où s'évadant 
de son camp de chiens (Hundsfeld), il retourna par la Bohême dans ses 
foyers (Gall. 111,2-15). 

Cinquante ans après, en 1157, non sans difficulté, avançait vers 
l'Oder avec sa puissante armée , Frédéric Barberousse. On savait par 
tradition , que les armées de l'empire passaient jadis ce fleuve, mais le 
souvenir s'en était perdu. En effet, Frédéric pénétra dans le diocèse de 
Poznan et à la grande allégresse de ses guerriers, recula à pas préci- 
pités (Frederici eptla ad Wibald. abbat. in momum. vet. Mart. et Du- 
vandi, t. II, p. 593; Badevici vita Frider. I, 1-5). Ces expéditions 
furtivement terminées , ne pouvaient suflîsamment faire connaître la 
Pologne aux étrangers, leur séjour paisible était plus à même de don- 
ner les renseignements nécessaires à Boger roi de Sicile et à ses 
géographes. 

58. Edrisi revient deux fois sur la Pologne (p. 380, 589). La Pologne, 
dit-il , est un pays remarquable par le nombre dos savants qu'il ren- 



POLONU, 58. 161 

ferme. Beaucoup de j.m Romains (ei), amateurs des sciences, y sont 
venus de toutes parts. Ce pays est florissant et peuplé, ceint de tous 
côtés par des montagnes, qui le séparent delà i^\^ Bohème, de la 
i^av-c^ Sassonia et de la , w«i Roussie. L'une de ces villes les plus 
importantes est j^^j^ Krakal (Krakov), remarquable par le nombre de 
ses édifices et de ses marchés, de ses vignobles et de ses jardins (p. 980). 
— Pologne, pays de la science et des savants Roums, est fertile, sillonné 
de cours d'eau, couvert de villes et de villages. La vigne et l'olivier y 
croissent, ainsi que toute espèce d'arbres à fruits. Ses villes principales 
sont toutes belles, florissantes et célèbres, particulièrement en ce 
qu'elles sont habitées par des hommes versés dans la connaissance des' 
sciences et de la religion roum, et par des ouvriers habiles autant 
qu'intelligents. Krakal, Djenazia et les autres villes sont remplies 
d'habitations contigues , présentent beaucoup de ressources et se res- 
semblent singulièrement entre elles, sous le rapport de l'étendue et 
de l'aspect ; les objets qu'on y fabrique sont à peu près tous de même 
nature. Celte contrée est séparée de la Saxe , de la Bohême et de la 
Russie, par des montagnes qui l'environnent de toutes parts (p. 580). 
Il ne manquait pas d'instruction à la Pologne de cette époque reculée. 
Cent ans auparavant, vers 1030, Kazimir fut placé par Mieczislav II et 
Rixa ses parents, dans un couvent poury recevoir l'instruction (Gallus, 
ï , 21 , p. 98), avant d'aller continuer ses études à Liège, d'où il sortit 
en homme lettré ou savant, homo Utlcralus (Gall. I, i9, p. 92). Le 
clergé était appelé à soutenir les écoles. Un autre prince royal, Zbigniev, 
adulte, fréquenta l'école à Krakov, m Cracovia lilcris dalus fuit, ensuite 
sa marâtre l'envoya dans un couvent de Saxe (Gall. II, 4, p. 139), où il 
se forme en bon rhétoricien, u( literatus rlictorice coloravH (Gall. II, 16, 
p. 163). Des étrangers lettrés venaient s'y établir : Mirzva, anglo-saxon, 
versl02o, apportant les historiens de son pays (Dlugoss. clenod. msclpi. 
p. 5; Paprocki gniazdo enoly, p. 306, herby rycerstwa, p. 462); 
Gallus arrivait pour écrire l'histoire des événements dont il était té- 
moin. A la cour on aimait la lecture. A cet effet, on rédigeait en latin 
les événements du jour, pour les translater oralement en langue vul- 
gaire (Gall. III, p. 2i3), et au nombre du clergé de la cour, nous 
voyons l'écrivain Gallus que nous avons mentionné , dont Touvraqe 

(61) Je np comprends pas pourquoi le savant tradacteiir s'est décidé de rendre les Ronms j», 
par Grecs. Pourquoi ne s'cst-il rappelé commeDt Edrisi qualifia quelques pages précédcatcs ' les 
savants résidants à Baossio, qni sont ,»^ yC,] (p. 377 , Graikioun , Grecs. Or, les Roumt en 
Pologne îoutlcs l.ilins. \is y sont venus de toutes parts, de rualic, de France , d'Allesiagoe. Poor 
«fui-ci BOUS avons l'explication , mais pour les Grei s aucune. 

m. H 



162 BDRISI. 

historique, décoré de la verbosité poétique, enduit de la couleur apo- 
logétique , est un des plus remarquables entre autres contemporains. 
Otton, ensuite évèque de Bamberg, apprit la langue vulgaire pour 
diriger une école à Krakov (Sefridi vita Scti Otlonis, cap. 7), 

A Amalfi , dans les domaines du roi Roger, on avait fait avec grand 
fracas la découverte des digestes romains : en quelques années, leur 
copie se trouva en Pologne et empoula l'érudition extraordinaire de 
l'historien Matthée, évèque de Krakov (voyez sa chronique, liv. II et III). 
Ce sont quelques exemples, que les études du siècle furent cultivées 
en Pologne et que les Italiens pouvaient informer la curiosité du roi 
Roger et d'Edrisi. 

La Pologne, bien que pleine de forêts, possède des villes renommées , 
bien bâties, commerçantes, industrieuses, où les arts et les métiers 
sont cultivés avec plein succès. Nous nous entretiendrons plus bas 
sur celte industrie et spécialcnieni sur le commerce. Quant à la culture 
du pays et aux produits des jardins, il y a peu de motifs de s'y arrêter 
longtemps. Edrisi parle de la culture de vignes et d'oliviers. En effet, 
dans le pays nouvellement baptisé on s'efforçait à planter les vignes. 
Le clergé encourageait ces efforts pour qu'il ne manquait à l'autel du vin 
pur cultivé sur le lieu même. Otton de Bamberg , ayant converti les Po- 
méraniens, planta les vignes sur les bords de la Baltique (Siefr. vita scti 
Otton). En Pologne, Jusqu'au xv' siècle, on rencontre des mentions de 
vin fabriqué des vendanges du pays, vin très-acidulé, qualifié dans 
les documents de vin aigre. Il est bon de remarquer cependant, que 
vignes et vignobles sont si familières à la description d'Edrisi et repa- 
raissent si souvent dans différents pays, à tel point au nord, qu'il est 
difficile de se rendre compte de ce qu'il s'imaginait par leur prétendue 
culture. Quelque tiges de raisin remarquées dans un jardin par des 
voyageurs, suffirent peut-être à convaincre la curiosité des géographes 
de la cour de Roger, sur la culture du vin. Quant à l'olivier, dans de 
jardins de Pologne, une observation analogue pouvait assez 'facile- 
ment égarer l'imagination des Siciliens, qui, avant tout, accablaient 
chaque voyageur de questions comparatives avec ce qu'ils connaissaient 
et possédaient dans leur propre pays. Au reste, il suffit de remarquer 
que les informations qu'Edrisi avait des produits de la Pologne, viennent 
de jardins visités par des étrangers, et la relation de Gallus voit les 
campagnes, la culture et l'abondance du pays entier qu'il avait sous 
ses yeux. 

59. Tous les deux, Gallus et Edrisi, s'accordent que la Pologne est 
entourée par la Saxe, la Bohême et la Russie; Gallus spécifie encore la 



POLONIA, 59. 163 

Hongrie et le Danemark; Edrisi sait aussi que la Hongrie atteint les 
frontières de Pologne et sa carte itinéraire étend la Pologne jusqu'au 
Danemark. Gallus, ses contemporains d'Allemagne et les historiens 
postérieurs de Pologne, nous expliquent ce voisinage immédiat de la 
Pologne avec le Danemark. Après la sujétion de la Pomeranic, Boleslav- 
bouche-torse , vers Tan 112 i, prit possession de tout le littoral des 
Lutices, qui s'éclipsèrent à tout jamais ; il se mit à la fois en possession 
de l'île de Roughia (Sefridi vita scli Oit. iO; Otlo fresing. VII, 19; 
Dregeri, cod. pomer. t. I, 1, 2, Lunig, t. Il, Anhang, p. i). Par mer et 
par terre il devenait voisin des Danois, car ces derniers occupaient sur 
le continent le royaume des Obotrites. Les géographes du siècle, infor- 
més de cette extension, traçaient les limites de la Pologne sur les 
frontière du Danemark, et le nom de Pomorania, englobé dans ces 
limites , leur était inconnu. 

On chercherait en vain des Prussiens, des Pomoraniens dans Edrisi (ei); 
ceci n'offre aucune difficulté : la Pomoranie formait une dépendance de 
la Pologne; mais sur ce point d'autres circonlances fâcheuses pour 
notre curiosité se présentent. Regardant la carte itinéraire (clim. vu, 
sec. 5, 4), on remarque une connaissance de la Baltique peu commune 
pour celte époque, mais en même temps une cruelle confusion. 
La Suède n'est pas placée à côté de la Norvège, mais vis-à-vis, sur le 
continent, ayant à la suite, vers l'orient, la Finland et la Livonie, for- 
mant tout au sud de la mer un parage continu sans golfes. La Suède 
lient la place des Prussiens, sépare la Pologne de la mer, située elle- 
même sur les bras du fleuve Katlou, ou Katerlou qui sort de la Pologne, 
et, divisée, rend ses eaux à la mer par deux branches très-éloignées. 

Un fleuve semblable, sorti de la Pologne, répond à la Vistule. Le 
nom de JlL? Ratlou ou J^L'è Katerlou pouvait se former très-facile- 
ment de ALs j'Lai Fission , Visia , ou de J vii Filzlou , Visiula, et il 
n'y a pas de doute que ce fleuve est réellement la Vistule : seulement 
la Suède est déplacée et ses rivières confondues avec la VisUile. Nous 
y reviendrons dans son lieu. 

Les villes de la Pologne de cette époque sont connues par les événe- 
ments historiques et par diflerenles chartes. Les événements de plu- 
sieurs années, sont racontés par le témoin occulaire Gallus, souvent 
avec de minutieux détails. De sa narration résulte que la Pologne était 

(Ci) Le traducteur, dans une variante de la p. 368, i.j 1 ^j lierania, voulut rocoiiciaître le a..m 
«le PomOrania : mais une simple rénexion, que dans réuura^iation des provinces sur cette page 368, 
la Bohème manquerait, petit convaincre, que ce n'est qu'une variante erronée de i^f^ ^ Bcemia. 
l'aus La oiènje «iiUBcration. Karantaria offre une variante erronée daos KaUintaria 



164 EDRISI. 

formée de plusieurs régions distinctes, dont la division tirait son origine 
de différentes relations qui rapprochaient anciennement plusieurs peu- 
ples. Les pays des Polaniens formaient le noyau de l'élai, y compris les 
pays de Sieradz^ de Lentschilza, Lucia, et de Kouiavia. Les autres 
régions composaient des provinces à part. Mazovie, administrée par un 
gouverneur ou duc ; Krakovie avec toutes les terres appuyées sur les 
Karpates, constituait une province à part; Vrolslav, érigée en province, 
tout le long de l'Oder, administrée par un duc; enfin la nouvelle acqui- 
sition dePomeranie, à laquelle il fallait bientôt donner des gouver- 
neurs-ducs. En outre, quelques territoires séparés, divisés en castel- 
lanies, comme la Luzace et Lubousch. 

GO. Quoique le pays des Polaniens était le noyau de l'état, les deux 
principales capitales furent cependant choisies dans une province 
extérieure, plus considérable que la Pologne, autant par son étendue, 
que par sa population. Les deux capitales furent Krakov et Sandomir, 
éuœ sedes regni principales (Gall. II, 8, 16, 21, p. loi, 167, 178). 
Chaque province avait aussi une capitale spéciale, un chef-lieu : Vrolz- 
lav pour la province odérane (II, 8, p. 151; III, 10, 15, p. 271, 280); 
Plotzk pour Mazovie (II, 21, p. 177); Belgrad ou Alba, wr6s rc^m e( 
egregia, quasi cenlrum terrœ reputalur chez les Pomoraniens (II, 22, 59, 
p. 179, 215). Mais bientôt, à la suite de la réunion de la Pomoranie 
avec la Pologne, elle céda sa prééminence à deux autres : à Schtschet- 
sine ou Stettin , et à Gdansk ou Dantzik. En Pologne , le pays Polanien 
avait pour chef-lieu Gniezno Gnezdno sedes (II, 38, p. 212); l'autre 
Krouschvitza, déchue de sa puissance (II, -i, 5, p. lli, 146); Loulzilz 
(Lucie), ou Lèntschilz, sedes (II, 38, p. 212), et sans aucun doute 
Sieradz, était du nombre des chef -lieux de la province. 

Edrisi relouche quatre fois le dénombrement des villes de Pologne. 
D'abord il en compte cinq (p. 575), puis détermine la position de trois par 
leurs distances (p. 381); pour la troisième fois il en nomme six (p. 589), 
enfin, parcourant les itinéraires, il y ajoute quelques autres (p. 389, 390). 
Il en résulte qu'il compte, au nombre des villes de Pologne, les 
suivantes : 

Jil J Krakal, ijjL^. Djenazia, 

ijbiiii! <)o ^aJïjj Bcnklaïa ou Anklaïa , 
».bj.~. Serdava, iù\jij Ncgrada, 

y:Jj Schitov, j::^^] Zamiou, 

J.^j.w Sermeli, ?.Lj^*- Soubara, 

i..w.«Jlc Galisia, 



POLONIA, 60. 165 

Enfin ^o.»y) i^JcJ>y} ^y>^ i-^^yy cj^j^y. Barmos, Barmonsa, 
Berraova , Barniounia, Barmouni, (ces trois dernières sont encore 
mentionnées (YI, 6, p. 597). 

La division politique des états n'entrait point dans le plan des 
géographes de Sicile: cependant Edrisi savait, que les villes princi- 
pales de la Pologne étaient Krakov et Gnezno, Krakal et Djenazia, 
distantes de 80 à 100 milles l'une de l'autre, vers l'orient (VI, 5, 4, 
p. 571, 589) (63). 

Krakov est à 100 mille de Masla, à 100 milles également de Hala et 
de Nieuzbourg (Magdebourg) (p. 581). Ces deux distances de 100 milles 
méritent évidemment d'être au moins doublées; en même temps elles 
nous préparent à ne pas retrouver des villes intermédiaires entre Hala 
et Krakov, abîmées dans ces dislances. Aussi nous ne remarquons dans 
la description d'Edrisi, aucune ville de la province étendue le long de 
rOder, ni Breslau même, ou son chef-lieu Vrotzlav, ni Glogov, ni Opolé, 
ni rien qu'on rencontre dans la direction de Krakov à Hala et Magde- 
bourg. Les relations des commerçants y ont passé, outre. Ces relations 
apportaient maintes fois de petits détails, des noms moins célèbres et 
abandonnaient de plus considérables à l'oubli. 

Serdava ou Seradava, est évidement Seraz, Seradz, sur la route de 
Krakov à Gnezno. 

Negrada offre le nom deNovogrod, inconnu à la Pologne. La Pomo- 
ranie seule lournit ce nom dans une ville de peu d'importance, mais 
située près de deux autres qui furent renommées par leur commerce 
continental et maritime. Il est bon de remarquer que Negrada a 
pu se former très-facilement de Belgrada,qui désignerait la capitale 
pomoranienne de Belgrad, Albaurbs ogrcgia. 

Schitou est une des villes remarquables de la Pomoranie, et il est 
probable qu'il faut lire dans Edrisi ..^n^ Schitin ou ■fi^^.z^ Slsitin, 
Schtschetzin , Stettin. 

61. Zamiou. Sans admettre le changement ou plutôt la suppression 
et la disparition de quelques lettres ou syllabes, il est impossible de 
donner une explication à ce nom. Cependant cette ville devait être assez 
considérable, puisqu'elle se présente avant les autres. On trouve peut- 
être ailleurs sa variante, au lieu de Zamiou, nommée i^i) Zamir, qui 
confirmerait que c'est le nom tronqué et contracte de Sa-ndo-mir. 

(65) Nous sommes d'accord sur ces points avec le savant traducteur : mais nous ue pouvons 
admettre ses autres explications. Zamiou , n'est pas Zamosc, qu'on a fondé dans le i\V siècle ; 
Schirfwu, n'est pas Kiiov, car il est ailleurs nommé Kcv ; Benklafa, ne répond pas à Doukia, ni Soh- 
tara, à Sievier. Quant à Gaiisia, d'accord, c'est Halilsch, Galicia. 



166 EDRISI, 61. 

BeDklaïa el ses variantes Anklaïa (plutôt Ab-klaïa), est à 60 milles de 
Gnezno et à 100 milles de Sermeli (p. 381, 389). Sans hésiter, je rois 
dans Nklaia, Bklaïa, Pklaïa, la capitale de Mazovie Plolzk (et). Toutes 
les lettres, toutes les consonnes répondent et les distances de Gnezno et 
de Premisl à Plolzk sont d'accord et me confirment. 

Sermeli est non-seulement réunie par la distance avec Bklaîa 
(Plotzk), mais rattachée par des dislances à d'autres localilés, et sa 
situation est bien déterminée parce qu'il est dit, qu'elle est la ville de la 
province i,Ljij^ Soubara (p. 581) el située sur le Dniestr o-'-»^^ 
dans la partie septentrionale du cours de ce fleuve, qui coule vers 
l'orient (p. 390). Or, dans le canton de Sambor, le Dniestr, sorti de ses 
sources, prend la direction de l'orient. Quelques lieues au nord de ce 
fleuve est la ville de la province Presmil, Prjemisl, située sur la rivière 
San, et c'est la ville nommée Sermeli, dans la description d'Edrisi. 

De Sermeli (Prjemisl), la route de 12 jours conduit à Zaka, Zana ou 
Zala (il y a tant de variantes), ville située sur le Dniestr, près de son 
embouchure, puisque ce fleuve des environs de Sermeli court 1-2 jours 
jusqu'à Zana (VI, A, p. 589, 390). 

Zana ou Zala, avec le Dniestr s'avance dans le pays où la montagne 
Kard (Karpate) tournant sa chaîne vers le sud, donne le commence- 
ment au fleuve Tissa el sépare la Hongrie de la Pologne (p. 380, 589). 

La carte itinéraire place Zaka loin de l'embouchure du Dniestr : 
mais sa discordance sur ce point avec notre induction, n'a aucune 
valeur, parce qu'elle sème les villes de toutes ces régions, que nous 
allons parcourir, dans un désordre qui ne s'accorde guère avec la 
description. Douze journées suflisent pour le cours entier du Dniestr; 
l'emplacement de la ville Zaka est près de son embouchure. Enfin de 
trois variantes qu'offre le nom de la ville, la seule Zaka peut trouver 
un appui et certaine confirmation par la relation ancienne de Constan- 
tin porphyrogenèle , qui nomme parmi les villes, que possédaient les 
Patzinaks, dans les ruines vers l'embouchure du Dniestr, la ville de Saxa 
ou Saza-Kajsra (de admin. imp. 37). 

La carte itinéraire place non loin de Zaka, au sud de Dniestr, la ville 
de ^^IJCv Seklasi (VI, 5). C'est la ville de ^IJC Seklahi du 
texte (p. 397), qui ne donne aucun autre renseignement de sa position. 
La ressemblance extrême de ce nom avec la ville de Moldavie Szegalaz, 

(C4) Sur la porte dt- bron/.fi , faliri((upe en 1 l."i, el snspen.lii • dans la tzerlii!»v â.o sainte Soplne a 
Novogoroil la grande , l'L-vc(|ue di! l'Iolïk Alexandre y est rcpr<'senlé nommé i-l intitulé episcopns 
de B/iiciV/i (Frid. Adeliing, korsiinis<!ie, TliiircB, Bi'rlin, 18i3). Dans la confirmation d'mi couvent 
en 1153, du pape Ailrion IV,. Plotzk est appelé Ptozira. Plus tard les Italiens, sur leurs cartes 
(vogniibiques écrivaient ce nom Ploleho (Plotko], on Ploctma du latin, ploceasis. 



rOLONIA, 6Î. 167 

située au sud du Dniestr, sur le Rouialnik, suffit à mon avis pour dcler- 
niiner l'emplacement de Seklahi. Tout ce pays, sous la domination de 
Petzcneh, abandonné par les indigènes Slaves Tiverlz ou Tirivelz, était 
un désert presque inhabité pendant 150 années. Depuis que la horde 
de Petzeneh était détruite et que la Polovtzi se tenaient à l'écart de ce 
pays, il commençait à se repeupler. L'histoire connaît déjà la ville Berlad 
dans ce pays et sait que tout, jusqu'aux embouchures du Dniestr et du 
Danube, était sous la domination du duché de Halitsch. 

Galisia , nommée dans le texte (p. 589, 390, 597), est placée sur la 
carte itinéraire au nord du Dniestr, plus rapprochée à son embouchure. 
Cependant, malgré ce déplacement, il est évident que c'est Galis, 
Halitsch, capitale du duché. 

6:2. Par la description des montagnes Kard et du fleuve Dniestr, 
Edrisi prouve que les Italiens savaient par des relations de voyageurs, 
que le nom de Pologne s'étend jusqu'à la mer noire. Ils savaient en 
outre, que de Zaka à Bermova, il y avait 180 milles, de Bermova à 
Galisia 200 ; ils remarquaient que les deux pays, de Zaka et de Bermova 
appartenaient à la Russie; ils avisent qu'il faut mettre au nombre des 
villes de la Russie, les villes de Sermeli, Zaka, Barmounia et Galisia 
(p. 589, 590). En effet, dans le dénombrement des villes de Russie, ils 
nomment : Zaka, Barmonsa et Galisia (VI, 5, p. 397), réservant Sermeli 
pour la Pologne (p. 575, 581). Plus tard cependant, Edrisi mentionne, 
que Sermeli est appelée ij Js Touia par les Grecs , observant que 
même cette ville appartient à la Russie (VII, 4, p. 455) (es). 

Cette incertitude, dans ce qui appartient à la Pologne ou à la Russie, 
rapportée par les commerçants, annonce une opinion vulgaire, popu- 
laire, qui est de la plus haute valeur pour l'histoire et tient à une 
quantité de données historiques antérieures et postérieures. 

Sitôt que Boleslav-le-grand , en 1018, mit en fuite Jaroslav, il fut 
salué par tous les indigènes et honoré de leur hommage; sitôt qu'il entra 
à Kiiov, il donna congé aux contingents d'Allemagne, de la Hongrie, 
des Petzenegs, préférant compter sur la fidélité des indigènes (Ditm. 
VIII, IG). Il avait donc dans ces pays de nombreux partisans, comme il 
en avait en Bohème. 

Depuis ce temps là s'ouvrit une lulle entre les Lekhites et les Russes 
(d'origine Varègue) dans toute cette étendue des terres, jusqu'au delà 
du Dniepr. Elles restaient sans nom, sans dénomination arrêtée. Les 



(63) Les grecs ODl-ils interprète le nom de Prjemisl par leur (JoaÇw, ooix^'j), delibcro? on 
par àuiOi prudens , peritus * 



\ 68 EDRISI. 

étrangers les appelaient Roussia; sur le lieu même, elles étaient distin- 
guées de la Russie et les chroniques russiennes sont pleines de cette 
distinction. Halitsch spécialement est excepté de la Roussie (lietopis 
kiievska, sous l'année 1045, ap. Karanizin, p. 48, 49; sofîiski vremian. 
p. 219). Le nom de Roussia, apporté par la race princière de Rourik, 
ne se naturalisa pas, ni s'enracina sitôt sur le lieu même, comme on 
se l'imaginait à l'extérienr, chez les étrangers. Le nom de Roussia était 
spécialement attribué à cette partie où l'on voyait la résidence de la 
race des Rousses. On accorda de plus bonne heure la qualification de 
Roussia aux environs de Kiiov. Comme la province de Halitsch, de" 
même celle de Novogi'od la grande et même les colonies qui allaient 
s'établir vers Klazma et Volga , ne portaient point le nom de Roussia 
(voyez A. Feodotov, dans le journal : ruskii isloritscheski soboruik , 
Moskva 1838, t. L). Mais au loin les étrangers qualifiaient tout de 
Roussie et par un contraste singulier, les Polonais appelaient Rous, 
les cantons de Prjeniisl, de Halitsch, de Volyn, quand l'annaliste de 
Kiiov, Nestor (contemporain d'Edrisi), nomme ces cantons lekhites 
(polonais). En effet, quand le roi Roger, en Sicile, scrutait l'état de ces 
pays, il a pu apprendre que Trembovla, Halitsch , Prjemisl dans la 
terre de Sambor avaient des ducs spéciaux de la race russe , mais que 
la nationalité lekhite y fesait des progrès et les métamorphosaient en 
Pologne. 

Roussia , méridionale. 

63. Le nom de Russie , Roussia , jouissait d'une grande renommée. 
Depuis un siècle il est connu aux Byzantins, aux Boulgars, aux Mahom- 
médans, sur les bords de la caspicnne et aux environs du Kaukase. 
Aussi Edrisi est informé, que Roussia est limitrophe de Hongrie et de 
Djetoulia (Serbie); qu'elle chassa de leurs pays respectifs, les Bartas, 
les Boulgai's et le Khozares (en lOiG); elle s'est emparée de leurs pos- 
sessions, en sorte, qu'aux yeux des autres peuples il ne reste d'eux sur 
la terre absolument rien que leur nom (VI, G, p. 404). Or, la Russie est 
une vaste contrée qui s'étend beaucoup, soit en longueur, soit en lar- 
geur (VII, 4, p. 445); où les villes sont peu nombreuses et les habitants 
éparses, en sorte que pour aller d'un pays à l'autre il faut parcourir 
d'immenses distances à travers des lieux inhabités. Les Russes sont en 
guerre et en dispute continuelles, soit entre eux, soit avec leurs voisins 
(VI, 4, p. 390). La Russie s'étendait depuis les portes de Bohême jus- 
qu'aux portes des Finois (Benjamin de Tudèle, p. 245, 2iG). Dans la 
description d'Edrisi elle revient coutinucllcmcut sous sa plume ; sur la 



ROUSIA, 64. <69 

carte itinéraire, e!le n'a trouvé que très- peu d'espace pour ses grandes 
distances, et ses villes y sont pêle-mêle placées en désordre. On peut 
présumer qu'Edrisi connaissait plus de distances et négligea de les 
indiquer, en sorte que sa description est maintes fois insuffisante à 
débrouiller le désordre de la carte. 

Une seule fois il fu le dénombrement des villes de l'immense Russie, 
lien compte 18, comme appartenant à la o* section du vi* climat 
(p. 597), ce qui n'est pas exact comme on le voit, tant par l'immensité 
du pays, que par différents passages de sa description. Les villes de la 
Russie sont les suivantes : 

i*J J Lonsa (Loubetsch). 

J'j aiî; i,j'j Zana, Zaka, Zala. 
^iixl- _~.^C- Seklasi, Seklahi (Szegalah). 

Â>..>..^U Galisia (Halitscha). 

^^j^ Sinoboli , possédée par les Komans. 

i^^^ t w^J c-'^yi i^c^yj .^t^^j Berraova, Barmounia, 
Barmouni, Barraos, Barmonsa (Smolensk). 

^A Axmea, {^?\j Zamiou de Pologne). 

4*JL«L) i~oLw!^3 Barasansa, Narasansa, (Peresopnitza). 

iirs.^^ Loudjaga (Loutzk). 

iiw'— Saska, i>^ji Avsia. 

.l^jLT Kiiev, Kav, (Kiiev, Kiiov). 

àJ.ÎvJ Berizoula. 

j^jji Berizlav (Periaslav). 

J!i Kano (Kaniov), pj Tiver (Tourov, Tivrov). 
JCJ! Aleska (Olesche, Alaki). 
<^ J^^^C- Sekni, Seknimil, (Kalamila en Krimée). 

<uJj^ ^y Moules, Molsa (Cherson). 

Les communications entre ces villes étaient sans doute bien organi- 
sées, de sorte que les commerçants connaissaient et savaient relater 
les distances et les itinéraires. (Voyez la petite c-arte à la page 177.) 

64. Barmon, Barraos, Barmonsa, est une belle ville, bâtie sur les 
bords de ^^U.^ Dnabros, très-éloignée des autres, car pour déter- 
miner sa position il n'y a que de très-grandes distances, et il y en a 
plusieurs (VI, 5, p. 598; 4, p. 589, 598). De Barra, en descendant le 



170 EDRISI. 

Dniepr à Riiov 6 journées 

à Sinoboli située sur le Dniepr 6 

à Galisia près de Dniestr 200 milles 

à Zaka (à l'embouch. du Dniestr) 180 

Or, c'est Smolensk, appelé par les Grecs Ui^ma/.h (Const. porphyr. 
de admiu. imp. 9). D'où vient ce nom singulier de Barm donné à 
Smolensk? les monuments historiques, autant que je sache, ne le diront 
pas de sitôt. L'élymologie de la langue slave peut fournir différentes 
explications. Barm, Barmon , villes des portes bram; lieu où l'on fait 
passer le fleuve par le bac, passe-bac, porom, pr a m, prom; \icu -dii 
fond de forêts d'arbres résineux (bôr) borma; lieu ouvert dans les forêts 
par la hache, coup, poromb, porom, etc., etc. (ee). 

Les Grecs de Byzance savaient que les bacs descendaient par le 
Dniepr de Miliniska , de Lioutza , de Tzernigoga et Vouschgrada et arri- 
vaient à Kiiov, où tout le monde s'assemblait dans de oauSaTas (sovietas); 

Taira oyv aTîavTa âià roO no-ccy.oïi xccvipxo'ncu AavaTrpswî nc.l iTziawayo/rct ini 

xaazpo-/ To Kioi&a, rô iTzo/ofj.ci%6fxpjo/ auy.Zxzo: (Constant, porphyr. de adm. 
imp. 9). Le concours de la multitude sou' r/et, donnait le nom aux places 
où elle s'assemblait pour trafiquer en samvata, sovieta. 

Edrisi ne connaît de Tzernigoga , il mentionne la ville l**>jij) Lobsa 
Loubsa, Loubetsch, située sur le Dniepr, où les knez (princes), à cette 
époque, avaient leur station et tenaient leurs conciliabules. 

Kioiêa., Kiiov, Kiiev, aussi sur le Dniepr, cité encore splendidc, 
concours des peuples et du commerce. Visitée par les seuls Lakhes 
(Polonais), objet d'envie pour les princes de la race rousse à cause de 
sa suprématie; considérée comme mère, métropole des toutes les autres 
villes possédées par les princes rousses, cité sainte. 

De Kiiov à Berizoula, ville au nord du fleuve Dniepr, 50 milles. Ces 
milles sont d'une petitesse extrême. Les Grecs savaient que les mar- 
chands, arrivés à Kiiov par le Dniepr, abandonnaient leurs bacs el 
transportaient les marchandises à ySfTc-T^îêtj, où ils avaient leur» 
bateaux légers (vitz, vitzina) pour descendre les cataractes (porohy). 
Vitetzev, vitz, vitzina, vitzitza (vitka, vicinka, et autres diminutifs), 
vitzitschev ou préparalivc de vitzi, était donc sur les rives du Dniepr. 
Berizoula devait être voisine , ville du bord, berezna, brjojna, du petit 



(oc) Barmon , Darinns, oiïio iinr siiigiiliiTC lionionyniic .ivi'c lîiarmie sur laiiuolli' on a donnw laiil 
de lumicrfi : ('P[ienclant la pnsitinn (létcnninof ne jioiirrail jamais atteindre la Riarniio. l>ans lont 
ce qu'on a dit de Kiarmic, no se trouverait il pas quelque cliose à réclamer pour Smolensk? — l.cs 
Krivitsch qui bâtirent Smolensk, prirent leur nom de leur situation boiseuso ; n'appebif nl-ils pas 
leurchef-lifU d'un terrain esçartii, d'une eonpe?— Au reste, Smolensk, lieu de la résine, de la poiï, 
«éjour de ceux qui fahriquciit ou vendent de la poix, tire son origine de tmola, rétine, poix. 



ROUSIA, 65. 171 

bord bijezoula (vis-à-vis de RjiscIiev),d'où s'embranchaient les chemins 
par le fleuve vers la mer, et par le continent, vers l'occident. 

De Berizoula à Avsia, petite ville bien peuplée, par terre, 2 journées. 
De Avsia à Barasansa par terre, 2 journées. 

Le nom de Avsia m'est incompréhensible. Je ne trouve rien d'analo- 
gue aux environs de Zitomir, vers lequel elle est dirigée par les dis- 
tances. Barasansa (Barasabsa) est sans aucun doute Peresopnilza , 
aujourd'hui village, à l'époque d'Edrisi ville assez importante, connue 
dans les fastes de ce pays. 

De Barasansa à Loudjaga, vers le nord, 2 journées. Il y a moins de 
Peresopnilra à Loutzk dans la direction nord-ouest. Ville des Loutza- 
niens, appelée par les Byzantins A;v?scv/,vo£, AsvÇcv6^o« et leur ville 
KioxjT^x {TSMourÇa) Communiquait par (Stir, Pripetzet) Dniepr avec Kiiov 
(Const. porphyr. de adm. imp. 9, 57) (e:); ville renommée chez les 
arabes i^o^hj Loudza'aïa (Massoud, ap. d'Ohsson...). D'où, en se diri- 
geant vers l'occident, 5 faibles journées, Armen. Il n'en faut pas autant 
pour arriver à Vladimir, et il y a peu pour aboutir jusqu'à Sandomir, 
Zamiou ou Zamir. Peut-être au lieu de 5 on pourrait lire 8 journées, 
mais ce serait presque le double de ce qu'il en faut. L'itinéraire que 
nous suivons, est de la route, par laquelle on allait de l'occident d'Alle- 
magne, par Krakov à Kiiov. Dans rincerlilude des frontières qui divi- 
saient les Polonais de la Russie, ceux qui traversaient la Pologne pour 
se rendre en Russie, pensaient facilement, qu'entrant à Sandomir, ils 
touchaient le sol de l'immense Russie. 

65. Revenant à Kiiov, nous y apprenons que de Berizoula ou comp- 
tait une journée sur le Dniepr pour arriver à Berizlava. A vrai dire, 
ce n'était pas la ville même Periaslav, éloignée du Dniepr, mais sa 
station riveraine, oii elle avait des dépôts et le point d'expédition. De 
cette station, une journée et demie par le même fleuve, est située la 
ville de Kano, Kaniov, de laquelle à Aleska, située sur l'embouchure 
du Dniepr, quatre journées (p. 598). Aleska , Olesche est bien connue 
durant plusieurs siècles comme passage du Dniepr toujours pratiqué. 
Ce passage est nommé lûaa. par les byzantins (Const. porph. de adm. 

(07) Schafarjik, dans son crudil et profond ouvrage (starojitu. slav. n, 2, § 2S, p. 533) nianiloslc 
une autre opinion s>ir Lenlzanions des byzantins : il pense le retrouver dans Vclikie LouKi, ou 
grandes Louki. Mais on ignore l'existence de celte ville à cette époque, elle ne se fait connaître que 
très tard et toujours peu marquante; elle est éloignée du Dniepr, et il y a plus de dilTiculléà franchir 
la distance par terre et par eau de Veliki houki à Kiiov, que le détour Buvial de Lout/.k à Kiiov- 
LesTscliernigogiens de même déviaient par le fleuve Dzisna, pour entrer dans le courant du Dniepr. 
Aussi les Loutianiens de Loutik descendaient par Stir, Pripetz, avant d'arriver au Dniepr. Cette 
navigation est plus facile que la traverse de Veliki Louki 3 Kiiov. — Aussi je ne sais pas pourqooi 
Lioutzade Constaotio est expliquée par Loubetscli. 



172 EDRISl. 

imp. 9), cl dans les temps modernes , avait était gardé par des Talars 
sous le nom de Tavan. Aleska était située vis-à-vis de l'embouchure de 
Ingouletz SuvyouA et de la petite rivière Tehinka, qui donnait le nom au 
passage tatare, aussi bien que la ville Tavan, située au-dessus. 

La descente difficile par les cataractes du Dniepr, avait été connue 
aux byzantins. Edrisi n'en était point informé; il sait cependant qu'on 
allail par le fleuve en 6 jours et demideBerizoula à Aleska (p. 598): 
lorsque les voyageurs traversaient de Kiiov au passage (d'Aleska) par le 
continent G journées (Petakhia p. i). De Barasansa (Peresopnitza) par 
le continent à Molsa 5 journées. Molsa est aussi située à l'embouchure 
du Dniepr (p. 598), vis-à-vis d'Aleska, tout près de Ingouletz , où com- 
mence le Xtfi-nv de l'embouchure du Dniepr. 

Le littoral de la mer noire, compté à la Russie, est indiqué de la 
manière suivante : 

Akliba ou Akli (Kilia), située à une mille seulement de l'embouchure 
du Dniestr (p. 595). Ce mille unique 1 , résulte certainement du 
chiffre J 30. Puis à iJjS i3j'i Karta, Krata ou Karia,50 milles. 
KpKxvxxaTa dcs byzantins (Const. porph. de adm. imp. 57). A Moules 
ou Molsa 50 milles. Là est l'embouchure de ^-..jLj.) Dnabros. Puis 
Seknimil (Calamila des portulans italiens). Puis à ù^^^ Kersona 
(Cherson), un peu moins de 1 journée de navigation, c'est-à-dire 
80 milles (p. 595). Tout ce passage était désert. Dans les parties rap- 
prochées, les Chersonites avaient des salines. Entre le Dniepr et le 
Danube, toute cette côte d'or xp"'»; «t/ta^oj est dévastée. On y voyait les 
ruines des villes anciennes. Sur les décombres des églises, brillaient 
les croix, manifestant leur origine romaine et le christianisme. (Const. 
de adm. imp. 57, 42). 

Les Pelzeneh tenaient un siècle et demi le littoral et connaissaient 
les noms de ces ruines. Ces noms, au nombre de six, sont conservés par 
Constantin porphyrogenète(68). Comme le premier offre la qualification 
de Blanche 'AuTrpo?, qui répond à Bialigrod (citée blanche , Moncaslro, 
Akerman) : il est évident que leur énumération est sans ordre. Toug, 
Krakna, Salma , Saka, Ghiaïou, privées de la terminaison petzeueh 
kalai, pouvaient se conserver dans de temps postérieurs , ce qui nous 
autorise à rapprocher aux dénominations édrisienncs, nommément à Saka 

(68) 'IfSTÎO'/ ôti ïiSvi ro'j Aavâ:rp£w; -oza./j.o'J Tipbf rb àîroSiîTTTO' ftipoi Triv 
BouiyKjOt'av et; ri ■nepi.fÂCt.ra. roi> uùroj irorocy.aij eish ipyifj.'ji<.c.T:pa. ILxazpov 
wpôJTOv t6 6'J0fj.<xijBk> Tzapk t&jv IlaTÇtva/tT'Jiv 'AsTipov, otk r'o toùj )i,&ou; a\jrol> 
yaivEffâat xara/sù^ouç. JCc.oTpov êvlinpO'/. 76 Tou-z'/ixoLi. KaoTpov rphov , xo 
Rpaxva/âTat , Kczjrpov xiTaÇrov rà Za.'/.ij.xy.irai. Y^ct-srpov xé/tUTOv ToSaxaxiTWt. 
Kaarpov tXTOv rtitouxàrat, de aJnùD. imper. 57. 



ROUSIA, 66. 473 

Cl à Karta (Krakna). Après la destruction de la horde des Petscheneh, 
les Konians , retirés vers le Dniepr, ouvrirent un champ libre au 
rélabiissement des populations, d'abord slaves, ensuite valakhes. Aussi 
du temps d'Edrisi sont connus : Bcrlad, où naquit Jean Berladin, fils de 
Roscislav II duc de Prjemisl ; Seklahi, Zaka , Karta, Molsa, Olesche, 
toutes dans les possessions des Slaves de la Russie. 

C)6. Au nombre des villes de la Russie , sans que leur position serait 
indiquée par quelque dislance, nous trouvons Tiver et Saska. — Userait 
probable, que Tiver est Tourov, ville de la Polisie, à cette époque 
renommée, épiscopale. Il n'y a rien d'improbable cependant, que c'est 
Tivrov, située sur le Boug, Boh , ville moins importante mais connue 
à cause qu'elle se trouvait sur la route de Barasansa à Molsa (69). 

Nous ne trouvons aucun nom correspondant à iSL,l^ Saska; Nassir- 
eddin, en 12GI, connaît une ville peu éloignée de iob^i Kouiaba , 
Kiiov , appelée ^*JLv Saksin , et lui donne une position occidentale 
éloignée d'un demi-degré ou d'une douzaine de milles de Kiiov (70). ■ — 
Ce rapprochement peut être contesté, à cause que suivant les écrivains 
latins Rubriquis et Vincent de Beauvais, un peuple Saxi ou Sacxi ré- 
sista virilement à l'invasion des Tartars et sauva son indépendance , 
tandis que les orientaux comptent les ^..-ï*- Saksin au nombre des 
subjugués (71). La position de ces Saksin est assignée par Bakoui, qui 

(69) Le traducteur se transporte avec Tiver sur Trer. Je pense que l'ensenible de nos explications 
démontre l'impossibilité de se porter si loiu dans les pajs où Edrisi avouait l'ignorance des dénomi- 
nation dcsvilles. 

(70) Par quelque erreur ou inadvertance, il a placé la Russie sur la mer kaspiennc. Oulongbeg 
l'a copié sans rectiâcation ; voici de quel façon : 

Balandjar longit. SS» 20' latit. ^6° 30' 

BabebbvabfDertenl) — 8S — iS 

Kouiaba — 87 — -15 

Saksin — 86 30 — 43 

Swi ■:zrjuy.-i^è (j-e-j Hocyetp 'ESài'Oi ô Sk Oxj'Jojy fXTZzi iizifiûzlx àrjurirpi-ou 'A/sf atv- 
optSov 1807 editae per fratr. Zozimades, ad calcem Abulfeda;, Vieunae 18l7,in-8°, p. li, 16; -16,48. 

(71) Voici ce que dit le savant D'Avezac (p. S76, 577). Quant aux Saxi ou Sacxi, l'homonymie est si 
complète qu'il semble difficile de ne les point identifier avec les Sacsyn des auteurs orientaux, peuple 
voisin des Kbazars et des grands Bouighàrs, et probablement d'origine finnoise comme eux. 
D'Ohsson, hist. des Mongols, t. I, p. 346, 446, t. U, p. 13, 113; Aiou el faragi , bist. compend. 
dynastiar. p. Î8J, 306; Charmoy, relation de Mas'oudv, etc., dans les mémoires de Petersb. sciences 
polit, t. n, p. 344, 3j3, 358, 339; Daquoy, dans les notices et extraits des mss. de la bibl. du roi, 
t. H, p. 336; Fraehn, Ibn Foschl. Berichte, p. 59; Aboulfeda, édit. arabe de Rcioaud el Slane, 
p. Î05. — Mais une grande difficulté milite contre la légitimité de cette concordance , en ce que lef 
Sacsyn sont désignés par lesbisloriens, comme ayant été assujélis par les Mongols; il faudrait dè« 
lors supposer, qu'une partie au moins de ce peuple était parvenue à sauver son indépendance. — 
Vincent de Bctuvais (XXX, 87, f. 146, de l'bist. orient, de Reineck) répète, peut être d'après une 
autre source : plurimis itaque terris in servitutem eorum (Tatarorum) rcdactis, quacdam viriliter 
restiternnt cisj videlicet.... el gens Saxorum : qatotani cnim eorum ciiiitatem. TarUri obsaderunt , 
led eispraevalcre non potucrunt. 



i74 EDRISI. 

copia en 1 il5 les longitudes et latitudes de Nassîreddin, dans le terri- 
toire des Khozars : ^.^s.^ Saksin, grande ville du pays des Khozars , 
la plupart musulmans; il y a un fleuve qui gèle (Bakoui VI, 27). Ce 
fleuve qui gèle est indiqué dans le Don par Schemseddin Dimcschki, 
compilateur dans l'année 1386. Entre Itil et Kourr, il connaît un fleuve 
des Seklab et Rous, qui vient des montagnes de y^^'i^ Saksin et de 
Jvjbl\5l Kelabia, lequel reçoit les eaux des autres fleuves venant des 
i^^^j-^ -î^ P^ys Sourdak et gèle mieux en hiver qultil (p. 57 apud 
Fraehn, Ibn Foschl. Bericbte, p. 39). Est-ce la description du Don ou 
du Terek ? on ne sait pas : en attendant il faut avouer que Saska des 
Siciliens reste dans l'obscurité. 

Edrisi connaît encore une ville de la Russie, située près des sources 
du ^i,>^^J:) Dniestr, qu'il nomme ^,Jj-* Martori, éloignée 4 journées 
de Sermeli (Prjemisl) en se dirigeant ver le sud (VII, 4, p. 435). 
La carte itinéraire confirme et ne laisse ancun doute , qu'Edrisi 
rattache Martori et Sermeli (Prjemisl) au fleuve Dniestr (72). Edrisi 
ajoute que Sermeli porte en grec le nom de Touia ainsi que Martori 
(VII, 4, p. 433). Or, Martori portant aussi le nom de Touia, on pourrait 
présumer qu'au lieu de ijJs il serait mieux de lire io J? Tiria, et que 
les grecs appelaient Martori et Prjemisl, à cause de leur situation, 
Tiria, Tiras, du nom de fleuve Tyrus, Dniestr. En ce cas il faudrait 
chercher Martori près du Dniestr, non pas à ses sources où Sermeli a 
déjà pris sa place (Edrisi, VI, 4. p. 590), mais à 4 journées des sources, 
où (au nord de Karaienielz Podolski), sur la rivière Smotritsch, eziste 
une ville Smotritsch, Martori. 

Mais Edrisi affirme positivement que Martori est au nord de Sermeli, 
il le place dane le vu""' climat et rapproche aux villes septentrionales 
de la ballique; il trace le cours de Pripetz comme s'il le détournait 
vers l'ouest, pour le faire entrer dans le Dniestr tout près de Sermeli. 
Il faut donc chercher Martori dans les parties marécageuses de Pripetz. 
Les quatre journées de Prjemisl au nord, conduisent vers la Polisie et 
le Pripetz. Divisez les points réunis sur te et marquez par un d'eux 
lerisch, vous transformerez le nom delà ville en ^.yy Maznori, 
Mozir. Les quatre journées de Prjemisl à Mozir paraîtront insuflisantes: 
mais elles sont juste de la grandeur de cinq qui séparent Barasansa de 
Molsa. Près de Mozir il n'y a pas de sources d'aucune rivière, mais ces 
sources dérivent de la confusion de celles qui accompagnent Ser- 
meli. Mozir est sur la route qui conduit de Prjemisl et Halitsch , à 

("ti Crpondant le tnicliictour Jaiiboii n'iiosile pas n rx[ili>iuiT Imirsl |i:ir Dzivtu ri «uppofc que la 
^ualiRcaliou gri-iquc dcTouij |iourr.iit ilrsigner Tuuli. 



' 



SKANDINAVIA, 67. 475 

Barmon ou Sinolensk, il esta peu près à moitié chemin, donc à 100 
milles de Halitsch et Prjemisl , et ces 100 milles font juste les 4 
journées. 

Edrisi se montre avec de meilleures dispositions pour parler de la 
Russie septentrionale. En effet il en parle, mais sa narration est 
tellement enlassée dans le voisinage, que pour la suivre avec quelque 
succès, nous ferons bien en commençant par Texainen de la mer 
Baltique. 

Skandinavia , nord. 

67. La mer Baltique est appelée jJ,L.^M ^ vi-M vsr-^-1 mer occi- 
dentale septentrionale. Le premier coup-d'œil sur le cane et le premier 
aperçu de la description, riche en noms propres, où Ton remarque 
Saklouna (Sigloun), Kalmar avec la Sfada (Svède), Finmark, Tebest, 
(Tavasiia) etc., (VII, 4, p. iûl , 452), décèle qu'on avait en Sicile des 
renseignements peu communs sur la Baltique. Les ^'ormands Skandi- 
naves les ont communiqués aux Normands de Sicile. Dans la relation 
d'Edrisi, il n'y a rien sur les Prussiens, sur les Kourons, rien de 
déterminé sur les Livons ou sur lerabouchurc de Dvina , oîi allaient 
s'établir les Allemands; on a peu , presque rien du littoral méridional : 
mais le sinueux littoral au nord, possédé par les Normands, est visité 
avec soin. 

En commençant par la péninsule îi.j^.b Darraarscha (p. 427), 
Aw..) Dharraascha, iJ.,j^ji ^►rîVr^ Danmarscha, Danemark, on la 
voit figurée de la façon comme elle était figurée sur les cartes anglo- 
saxonnes. Ronde, réunie avec le continent par un col étroit, éloigné 60 
milles de rembouchure de sj,j Varze (Vezer). 

Entrant par ce col, par cette gorge (introilus), on a à 25 milles une 
ville florissante, nommée àL*J! Sila, ou Silia (île Syll), 

De là 50 milles à iji^X Tordira (Tonder, Tonnder), port abrité 
contre tous les vents. 

De là 100 milles à jc^ Khav, Khof, port également sûr (Kiôb, 
Ringkiôbing). 

De là 200 milles à g-^'JLJ^^Ij Vendilskada. C'est la pointe de 
Skagen (windel, windsel, bande, langue de terre), qualiûé encore 
de port. 

De là 200 milles à 'jL^^^tjb Horschhont, ville peu considérable 
(Horsens près d'Aarhus). 

De là 80 milles à ijj_jAJ Landvina, fort qui cherche en vain sa 
position aux environs de Holding, dans le détroit entre la péninsule et 



i 76 Ewiisi. 

l'île Fionie, Founen, Fyn, dans un passage étroit, où les terres 
rapprochées sont séparées par un Ilot Fennae (vina). 

De là 100 milles à ^^^h.»^ Sisaboli ou ^^1*^ Sisloï, Sislova 
(Slesvih sur la Slye) (73). 

De ce dernier lieu à l'extrémité de la péninsule, 12 milles. — La 
circonférence totale de la péninsule est de 750 milles (p. 427, 428). 

La ii'^y Norbega, S'^y Norbeza, est une île très-considérable, 
mais en majeure partie déserte. Cette île a deux caps, dont l'un occi- 
dental, touche à la péninsule i,^y<,j\^ Darmardja (Dannemark) et fait 
face au port nommé Vendleskada, situé à une demi -journée de 
navigation, et l'autre touche à la grande côte de Finmark (p. 429). La 
carte itinéraire nomme trois villes de Norvège : J , 5 yJ Berk-Ni, Ber- 
kena (Bergen); jX.^ Ghinou (Quins, baie, vallée et hauteur de Quins 
fiord, Quiens daal, Quiens heet); la troisième ville est <>j^i^ Scha- 
schouna , et nous devons nous contenter de remarquer ses traces dans 
Schaers\vik(VII,4). 

La Norvège est accostée de plusieurs îles innommées. Elles sont pour 
la pluspart désertes. Il y en a cependant deux dans l'océan ténébreux, 
qui sont habitées et qui portent le nom des îles i^^sro-^ ^>-:jLo] 
Amraines- madjous. La plus occidentale est peuplée d'hommes 
seulement; l'autre n'est habitée que par des femmes (VII, 4, p. 455). 
Suivant la carte itinéraire JLç;^ J^ ^y.V=^ l'î'^ des hommes est l'île 
(_^_*=s^ jLc«L.JI ^r^^Voi ^j?.j~^ Amazonius, des hommes infidèles. 
L'autre est ^i,CJ! SjJJ^ l'île albanak, ou l'île d'entrevue et de 
commerce des Amazonios, qui, chaque printemps, allaient cohabiter 
avec les femmes tout un mois. — Cette fable antique est placée sur les 
îles Aland (74). 

(78) Bakoui [en U!5) oorome dans 1b VI* climat uni» grande ville, U) aAJLw Schclesclivik.siluéa 
sur ta mer océan , où il y a peu de ebrctiGns; ils mangent du poisson et ils admettent la répudia- 
tion (VI, 28). 

(74) Je pense qu'à l'île de Norvège on peut rapporter ce que Ibn Saïd relate de Tile ou presqu'île 
slave LpiLco L>^lC^J Bergadhma ou Bergarma. On sait que les arabes ne distinguaient pas 
toujours les pars à l'occident de la Slavonic qui s'ctcndait jusqu'à l'océan. Or.rilo Bcrgarou 
Norgar, Norige, longue 700 milles, large 300, liabitée vers le sud par une race d'bomuies (uon- 
slaves) avec la tète attachée tout-à-fait aux épaules, qui demeurent ordinairement dans les trous 
de grands arbres, a pour capitale Bergarma (Bergen] dont les %LtL.Jl Baghars (Bargars, Norvé- 
giens) ont pris le nom : on Us suppose en effet (les Norvégiens) origisaircs de cette ville. — Si mon 
explication n'est pas acceptable, il est au moins certain qu'il ne s'agit pas ici de Boulgars, mais de 
Bargars , qui habitaient l'île et la ville capitale ; issus d« la ville, eux-mêmes et l'ilo sont appelés par 
le uora de la capitale- — Bakoui psrle des Amazones comme suit : I ..«I' I iCJ J.* la villo Nisa 
(dos femmes), d'une lie habitée par des femmes ; elles ont des esclaves qui passent la nuit avec elles, 
■uit lorsqu'elles accouchent d'un enfant mile, elles le tuent (VI, X3). 



SKAM)1NAVIA, 68. 177 

Jusqu'à ce point nous avons suivi avec un certain succès, je pense, 
la description d'Edrisi; la suivante ne nous offrira pas autant de satis- 
faction, elle résiste eu grande pariie à tous nos efforts. 

68. Nous avons dit, que par une étrange aberration, Edrisi pensait 
que Svada (Suède) et Fiuniark sont situés au sud de la nier, sur le 
continent de Pologne et de Prusse. Egaré par celle idée, il ne sait pas 
distinguer les distances par mer ou par terre, et s'embrouille dans des 
contradictions; ainsi toutes nos ressources pour sortir quelque peu de ce 
dédale se réduisent aux noms propres et à quelques distances isolément 
prises. Sa description est comme suit : 

A partir de la gorge de Danmarscha, en suivant la côte jusqu'à jj'^ri. 
Djarta ou ij'^s. Djesla ou i^js^ Djouna, ville maritime bien peuplée 
avec marchés florissants, on compte 200 railles. 

De là à ,.,-^J- Landschouden , ville considérable et florissante 
200 milles^ 

De cette ville à l'embouchure de la jlLâ Katlou , sur les bords de 
laquelle est bâtie une jolie ville, nommée .yj^^ Sakloun, 190 
milles. 

De cette ville à ,L^.l3 Kalmar, en se dirigeant vers l'occident (la 
carte itinéraire indique à l'orient), 200 milles. 

De Djerta la maritime à la ville i^^jj Zouada ou ii'Jj Zfada,en se 
dirigeant vers l'orient, on compte 100 milles. Cette ville, qui est consi- 
dérable et peuplée, donne son nom à toute une contrée, remarquable 
par son peu de population et par la rigueur de son climat. 

De Zouada à iJI Elba, en se dirigeant vers l'orient, 100 milles. 

Et de là , en suivant la même direciion , à i^.^ Fimia ou a-^ 
Felmia, ville située à 100 milles de la mer, 100 milles. 

Elba est vis-à-vis de Landschouden , en se dirigeant vers le nord et 
vers l'océan ténébreux. 

De l'embouchure de Katlou, rivière dont le nom se prononce aussi 
Jjis3 Katerlou, à iL^3 Kalmar, on compte 200 milles. 

Kalerlou est également le nom d'une ville, bàlie sur les boids de 
celle rivière qui est très-grande, et qui, après avoir coulé de l'ouest à 
l'est, se jette dans l'océan ténébreux par deux embouchures, distantes 
l'une de l'autre de 500 milles. De Kalmar à la seconde des embouchures, 
on compte 80 milles 

Le Finmark ^JJ ^i^} contient beaucoup de villages, d'habitations 
et de troupeaux : mais on n'y remarque pas d'aulrcs villes que 5;»j! 
Abreza et Calmax, qui sont l'une et l'autre assez grandes, mais mal 
m. 1-2 



178 EDRISI. 

peuplées (il iniséiables. I.c roi de Finmark possède des lieux habiles 
ilaus la Norvège (VII, ô, p. 428, 429; i, p. 431). 




OÎÎILlllIA 



MlTASCH ^%^— '^ 



V Mi 



I, Toui'ov. î, ilozir. 3, Siii()tiilStli. 4, Tivrov. 

Celte (lescripiion nous conduil, du premier coup- d'œil, de Djarla 
vers l'est par deux directions, qui par conséquent se fourchent quelque 
peu : une par Landschoudcn à Sakloun (peu éloignée de la mer); l'autre 
par Zvada, Elba, Fimia, jusqu'aux rivages de la mer: chacune contient 
400 milles. Landschoudcn et Elba les divisent par moitié ; or, Elba est 
vis-à-vis de Landschoudcn ; il serait difficile de décider au sud ou au 
nord, et il est plus difficile encore de trouver un pays dont la situation 
répoudrait à une semblable disparlition des positions. 

Il est probable que par le déplacement et par la confusion de la 
Suède avec le littoral de la Vistule, parmi les villes nommées, les unes 
sont de la Suède, les autres du littoral méridional. En supposant la 
lecture de aj'^ ou à.3^ Djarta ou Djouna on pouvait très-facilement 



SKANDINAVIA, 69. ilè 

trouver ij J^ Djidana, Gidanie, Gdansk, Danlzik, confirmer par con- 
séquent ranalogie de iJî Elba avec Elbing : mais il paraîtrait que 
Svada ou Fimia, intercalées sur celte direction, s'y opposent. 

69. Katlou, nous l'avons admis, est un nom dégénéré de Vistule. Mais 
cette Vislule Kallou, serait donc à une autre embouchure, éloignée de 
500 milles. 

De rembouchure de Katlou (Vislule) à 80 milles (par mer) se trouve 
Kalmar, par laquelle nous entrons en Suède. De Kalniar on compte 200 
milles à Saktoun , située sur l'autre emboucbure de Rallou. Celte dis- 
lance nous conduit à Sigtouna ou Birka, cilée encore puissante, 
immense, gigantesque et double (7s). Ville de la plus haute antiquité, 
bâtie sur les bords du lac Miiler. Odin y éleva un temple, jiLxta ynorem 
asarum (Snorro Slurles, t. I, p. 6; Wallin, p. 192, 199; Langebek, 
p. 4 50). Elle devint la résidence des rois. En 8Ô1, S. Ansgaire y prêcha 
l'évangile, et institua Tévéque Simon pour la répandre; le culte chré- 
tien cependant n'a pris de racines solides que vers l'an 1000, par les 
soins de l'évêque Sigurd. 

Avec la décadence de l'ancienne Sigloune, disparut son nom de 
Birka. La nouvelle, au xn* siècle , s'étendit de l'autre côté du lac : elle 
grandit el diminua la grandeur de l'ancienne, laquelle, avec le temps, 
fut réduite à un village qu'on nomme Fôr-Forn-Fomu-Slgluna , anté- 
rieure ou ancienne Siglouna. 

Au commencement du xi" siècle, l'ancienne Siglouna ou Birka fut 
ruinée par Olaf-le-gros, unde siô-konung ou rois-marins de >'orvège. 
Mais en 1055 et 1045, les rois de Suède y résidaient encore, ainsi que 
du temps d'Edrisi existaient à la fois deux grandes villes Siglouna, 
la nouvelle gardée par une place forte Almarslâck. La nouvelle 
devenant plus puissante , voyait dans son port, inaccessible aux pirates, 
les navires de toutes les nations du nord; elle avait ses flottes, comptait 
18,000 bourgeois opulents ; ses édifices s'élevaient avec orgueil, comme 
l'attestent les ruines gigantesques dans l'espace de plusieurs lieues. 

(75) Sur elle on a un ouvrage cicessivemeut rare de George Wallin , rédigé en six mémoires aca- 
démiques depuis 17-29 jusqu'à 1732. Ses litres sont les suivants : I, urbs aotiqua ruit niultos domi- 
nata perannos, hoc est, Sitguna stan el cadens, aetas prima, Upsaliae 1729; U, aetas seeunda 17-29; 
m, antiquae Sviouum protopoleos Sigtunae, aelas tertia 1830; IV, aetalis terliae continDilio, 1730; 
V, urbs antiq. etc. aetas quarta el iiltima 1732; VI, aetalis quarlaî pars ultima 1752. Ces mémoire! 
sont reproduits dans la collection non moins rare des œuvres académiques de Wallin, p. 187 ;36. 
— Langebek ; script, rer. dani<^r. medii a;vi, 1. 1, p. 4i3, IIC, a inséré dans les uolos les plus remar- 
quables observations de Wallin. — AValliu cl Rasmusen (de orien. commer. p. 48), relatent le 
passage d'Edrisi sur la version latine : insula Biœrko (Landscliudcn dansRasnius.) el ab bac urbe 
adostium fluminis Catolo (Gotbaelv dans Rasmus.KatU>u', oui adjacet urbs Siktuna, de. II. C. Sliau- 
toli, topogr. iibersicbt der Miinzen, p. 9, par mépri«« attribue leur citation à .Xbovll'tda. 



1 80 EDRISI. 

Sous le règne de Knout Erikson, le 14 juillet 1187, les pirates de 
différentes nations, pénétrant dans l'intérieur du pays, s'emparèrent 
d'abord d'Almarstàck, ensuite surprirent la citée même, la saccagèrent 
et emportèrent un butin immense. Après cette catastrophe, Sigtouna 
fut rebâtie, mais négligée et successivement abandonnée; elle déclina 
et ne compte que de huttes au milieu d'immenses ruines. Ici se décharge 
une embouchure de Katlou (du lac Mêler où est Telga). De cette embou- 
chure à Kalmar il y a 200 milles et de Kalmar à l'autre embouchure de 
Katlou (Yistule) 80 milles, ainsi entre les deux embouchures de Katlou 
se trouvent 500 milles. 

A 190 milles de Sakloun est situé Landschouden, composé de deux 
noms dans lesquels on dislingue Lounden (Lund ou Land), et Schonen 
(schouden), de la Skanic. 

De Landschouden à Djouna (Dantzik) 200 milles, et de Djouna à 
Zvada (Suède) 100 milles. La ville Zvada, qui donne le nom au pays, est 
tout-à-fait fictive. C'est la Svede et de Zvada (Suède) 100 milles vers 
l'orient, se trouve Elba (Elblong), Elbing. Elblong était une position 
depuis longtemps fréquentée. Deux cent cinquante ans avant Edrisi, 
Wulstan, anglo-saxon, visitant les embouchures de la Vislule occiden- 
tale, W'eichselmûde, orientale Ilfing, indiqua la situation d'ilfing 
(Elbing) ou Trusa, sur un lac de ce nom (lac Drausen). Elba est vis-à- 
vis de Landschouden, parce qu'elle est de l'autre côté de la mer. 

De Elba (Elblong) à Fimia (Fellin) vers l'orient 100 milles. La carte 
itinéraire rend son nom très-disticteraenl Felmia. Je pense que c'est la 
position qui est nommée dans une autre section (VII, 4, p. 452) Felmous. 
II est vrai que dans la carte itinéraire (VII, 3, 4), Felmia et Felmous 
sont inscrites comme deux positions différentes, et le texte d'Edrisi ne 
nous prévient pas de l'identité : mais cette identité décèlent le nom, et 
l'indication de la position. Edrisi dirige continuellement vers l'orient, 
il dit que la ville Felmia esta 100 milles de la mer, sans donner sa des- 
cription (VII , 3, p. 429), après il répète que le fort Felmous est situé à 
une certaine distance du rivage, c'est-à-dire 100 milles, qui l'éloignent 
de Bernova maritime, et il y donne la description de Felmous (VII, 4, 
p. 432), qui manquait à la première mention de celle position. Les 100 
milles sont insuffisants pour la dislance entre Elblong et Fellin, mais 
ils marchent dans la direction indiquée. 

La description d'Edrisi, confondant les deux côtés opposés delà 
Baltique, confond aussi Suède avec Finmark, quand il dit que le roi de 
Finmark possédait Kalmars et une portion de la Norvège. Cette confu- 
sion soulève pour nous une incertitude quand nous voulons débrouiller 
la position d'Abreza, ville de Finmark, Arboga ou Abroga, ville antique 



SKANDINATIA, 70. 481 

de Suède porte un nom analogue. Mais si l'on suit l'écriture de la carie 
itinéraire, Abreza porterait le nom de i)ji\ Aboura ou Abonza.qui 
répondrait à la ville Tourkou, appelée par les Suédois et les indigènes 
Finnois, Abo ou Aboé, située sur la rivière Aiiro, Auroiaki. 

70. A Finmark confine la Tavaslie. Edrisi le connaît. Il dit que 
vjl^^^^Js Tebest est un pays où l'on trouve beaucoup de bourgs et vil- 
lages, mais très-peu de villes. De ce nombre , il nomme la ville s:>\ji^^ 
Dagvada, considérable et très-peuplée, située sur les bords de la mer. 
Ne trouvant rien d'analogue qui pourrait expliquer et déterminer la 
position de Dagvada, Dagoada, il faut accepter la relation d'Edrisi à la 
lettre. Expliquer Dagvada par l'île Dago, serait accuser notre auteur 
d'une nouvelle confusion : à moins qu'on se convaincrait qu'à celle 
époque l'île Dago avait été en possession des Tavastiens et fesait partie 
de Tebest. Dagvada est éloigné des îles des Amazones à 1 et '2 journée 
(p. 453). 

A croire aux chiffres de la description, Dagoada et Tebesl furent irès- 
éloignés de Estlanda et plus rapprochés à l'embouchure de Katlou : 
car de cette dernière la distance de Dagvada est portée seulement à 100 
milles, el de Dagvada à Auho, ville de Estlanda, elle monte à 200 milles 
(p. 431,432)). 

Estlanda ïjjî^b:.^! est cependant Estonie, de laquelle Edrisi avait 
des relations assez abondantes, un peu fantastiques, qui donnaient une 
peinture des villes dans de riantes couleurs. 

Anho ft^'t ville de Estlanda, remarquable par la beauté de ses 
édifices el par son état florissant, 200 milles éloignée de Dagoada. Cette 
distance ne nous dit rien , mais les autres plus déterminées s'appoin- 
tent aux environs de Revel, qui portait des noms variables : Linda- 
nissa, Dani pillis, Danilin, qui n'ont aucune analogie avec Auho. 
Cependant les distances de 6 journées vers l'orient à Kalovri, et de oO 
milles en côtoyant jusqu'à l'embouchure de Bernova et à la ville du 
même nom, fixent Anho dans le territoire de Revel. 

Kalovri ^\^\^ lieu de l'Eslland, fortifié, peu important , dont les 
habitants se livrent aux travaux de l'agriculture avec peu d'avantage, 
mais élèvent de nombreux troupeaux. C'est Kexholm , Kekkisari , 
Koreleuborg, Karelogrod, Korelskojgrod sur Ladoga, villes des 
Kareliens. 

Bernova Ij^ près de l'embouchure de Bernov jj ^i Paruava 
(p. 452). 

D'ici commencent des contes toujours plus extravagants et plus fabu- 



^82 EbRlSI, 

leux. De Bcrnova (Parnava) à ^wj^U Felmons (Viliende, Fellin) situé 
aune certaine distance du rivage, 100 milles. Ce fort est abandonné 
durant l'hiver. Dans cette saison les habitants se réfugient dans des 
cavernes éloignées de la mer, où ils allument du feu qu'ils ne cessent 
d'entretenir, tant que dure la rigueur du froid. Quand l'été revient et 
que les brouillards épais et les pluies cessent de règnw sur la côte, 
ils reviennent à leurs demeures. C'est la ville Felmia déjà nommée 
(p. i29), distante 100 milles d'Elba (Elblong). 

De Felmous à i.'}c^j^ Madsouna, ville considérable et irès-pcuplée, 
dont les habitants sont madjous, c'est-à-dire infidèles et ignicoles, 500 
milles (Mesothen en Kourlande, aujourd'hui Millau). Je pense qu'il n'y 
a pas d'erreur quand on lira la distance de ^ 500 milles par^-^GO. 

Delà à j.j-Jj-^ Sounon , dépendance des Madjous, sur la côte 70 
milles. Au nombre des lieux de cette contrée les plus éloignésdelamer 
il faut ranger ^jla Kabi, ville qui est distante de 6 journées et i 
journées de Kalovri. Sounou est une position maritime ; comme Edrisi 
parle en continuité de la dislance de 6 journées de la mer Kobi , on 
en peut conclure que la distance de G journées est de Sounon. Présu- 
mant la position de Sounon à l'embouchure de Ilasau en Kourlande, 
on aura pour Kobi une ville assez importante, dans son temps Kebela 
(des caries d'Orlel), Kobola, à l'est de la gorge du lac Peypous (où les 
cartes moins détaillées aiment mieux inscrire Salatski). Je préfère 
cette situation à celle de Copio de Savolax. (On a un Kobel tout près 
de Pskov, c'est une petite localité, Smilniegorod Cobel; de l'autre 
côlé de la rivière on a Kambi). Et de Kalovri 7 jouraées , vers le midi , 
jLjii-^ Djinliar (Ingria, et Ischora sur Ischora) ville considérable sur 
le sommet d'une montagne inaccessible, où les habitants se défendent 
contre les attaques des magiciens de Russie. Celte ville n'est sous la 
domination d'aucun roi (VU, 4, p. 452, 435). Toutes ces villes et pays 
n'appartiennent pas à la Roussia. 

RoLSSiA, septentrionale. 

71. La Russie septentrionale est une vaste contrée, qui s'étend 
beaucoup, soit en longueur, soit eu largeur (VII, 4, p. 455), environnée 
de montagnes; les lieux habités y sont rares et personne, dit Edrisi, n'a 
pu nous indiquer les noms avec certitude. (Les trois villes sont marquées 
dans la carte itinéraire (VII, 5), mais anonymes, sans qu'aucun nom y 
soit inscrit). L'extrémité occidentale de l'océan ténébreux touche à la 
partie septentrionale de la Russie et s'étend du côté du nord, puis se 
détourne vers l'occident. Là il n'existe aucun lieu susceptible d'être 



ROUSIA, "1. 183 

traversé par les navigateurs (VII, o, p. loi). Un grand nombre de cours 
d'eaux découlent des montagnes et vont se perdre dans le lac ^ J? 
Termi, lac très-considérable, au millieu duquel est une haute mon- 
tagne, peuplée de chèvres sauvages et d'autres animaux nommés ferber 
ou berber (castor) (76). La longueur de l'est à l'ouest est de 500 milles 
et la largeur de 100 milles (VI, 6, p. 405). De la ville Boulgar, située 
sur Ithil, à la frontière orientale de celle Russie, il y a 10 stations 
(p. 403). Les auteurs postérieurs ne négligaient point de s'entretenir de 
ce lac avec quelques ditlérence. IbriSaïd, 1276, détermine par lon- 
guitude et latitude la position de Ixjl^ ïxJi château fort de l'île qui 
se trouve sur le lac ^u>Jd Tourna, qui est long 050 milles de l'ouest à 
l'est, et large à peu près 500 railles. Au millieu de ce lac il y a l'île de 
babr (castor) de presque 150 milles en long et 70 en large. Un château 
fort est bâti sur une montagne de celle île et on y garde les trésors du 
sultan des régions des ^^'-/»»JaJ! Tounianiens. Al-Bihaki parlailde nom- 
breuses rivières qui se déchargent dans ce lac (Abulf., texlearabip. 225). 
Nous ne nous efforcerons pas de rechercher les sources de tous ces 
contes, ni ce qui a pu donner l'origine au lac Termi, ou Tourna : si 
c'est Peipons, Ladoga, Onega, ou les marais de la Polisie ; nous remar- 
querons seulement, qu'Edrisi se plaint du manque de connaissance, 
avoue son ignorance sur toute la Russie seplenirionale. En effet, il n'y 
a rien d'étonnant s'il n'a connu l'existence de formidables colonies 
slavo-russes, transsylvaniennes, zaleskie, qui n'étaient éloignées que dix 
stations de Boulgar; mais il est surprenant que ceux qui lui ont fourni 
des renseignements sur la mer Baltique, ne l'ont pas instruit de l'exis- 
tence de Novogrod. Ces renseignements cependant venaient directe- 
ment de la mer Baltique, où Novogrod soutenait des communications 
avec les Normands, développait son commerce là, où les Normands- 
skandinaves et les Pomoraniens donnaient l'hospitalité à ses marchands: 
gens grœcorum in /M/(Ho(Adami;brem. hist. ecc es. II, 12). Le souvenir 
des courses des Varègs, Russes, et de leurs passages par la Novogrod, 
n'était pas encore oublié. 

72. Cependant les Arabes, par leur chemin ordinaire, que les rela- 

(76) Jaubcrt traduisit y^3 ou ^J tigre , à cause que le tigre est appelé berber par les PersaDs- 
Mais si l'arabe empruotait du persau, il empruntait aussi d'autres idiomes pour désigner lei objets 
étrangers. Dans le climat de Roussia le tigre n'existe pas. Dans ce climat les Slaves connaissent le 
b«ber, bebr, en allemand Biber, en françaii bicvre, du grec et latin castor. L'idiome arabe n'a pas da 
nom pour le castor, dit Fraebu (Ibn Foszl. Bericbte, p. 57', il se sert ou de l'appellation tataretuun- 
dou* ou de celle dca slaves bobr. — .Vboolfcda relate une singulière description de cet animal, il 
ressemble, dit-il, an lion par M force et au guépard par sa taille, aussi dit-on , e«t il géoéré par cet 
<i«nx espèces d'animaux. 



48i EDRISI. 

lions commerciales soutenaient encore, avaient des notions plus détail- 
lées sur ces parties septentrionales , comme on le voit par quelques 
mentions subreptices. Ainsi Ibn Saïd raconte que le prince de la ville 
Àiliu* Mascbqa , était Slave et qu'il possédait un royaume étendu et 
une armée nombreuse, (ap. Abulf.) et d'après la longitude et la latitude 
qu'il donne de sa position, elle est pour sûre dans l'intérieur des terres 
Slaves. Bakoui ajoute que Maschaqa , ou Maschafa, est une grande ville 
du pays des Slaves (le pays), sur le bord de la mer, entre des lieux que 
les armées ne peuvent traverser. Il y a beaucoup des vivres, du miel, 
de la viande, des poissons; on se sert d'hommes au lieu de chevaux. 
Il faut l'agrément du roi pour s'y marier; ce prince est absolu pour 
ses sujets (VII, G). — Moskva, Moskou, fondée en 1147, était déjà une 
ville considérable du temps d'Ibn Saïd, mais il n'est pas croyable 
qu'elle aurait donné alors son nom au prince et au pays, n'étant pas 
encore résidence. Les Tatars et les Arabes orthographiaient son nom 
par jlX*-^ LSw' _Jw Maskva, Quel est donc cet empire Slave 
Maschqa? 

La même incertitude offre jLc Araz, qu'Ibn Saïd place près de 
l'Océan : nous l'avons cherchée en Servie. 

La même présente L^j^ Sousiih, forteresse dans le pays desSklab, 
où il y a une fontaine salée dont on lire le sel , et une source de miel 
(Bakoui YII, 4). Toutes ces relations arabes, au lieu de fournir 
quelques renseignements, demandent des explications hasardeuses. 

Ou se trouve mieux avec _ft-"3^ !»*-jj Vaïsoua ou Valsou, pays situé 
au delà des Boulgars, distant de 3 mois de chemin. C'est là que les 
Boulgars font un échange muet. Les peuples Vaïsou n'entrent pas dans 
le pays des Boulgas , parce qu'en été ils y périraient ( Bakoui Vil, 8). 
Ces Vaisou sont les Vess, voisins de Novogorod. 

De même on n'a pas d'embarras avec Ujs loura 5 »^j lahra , pays des 
Tourks, musulmans, chrétiens, juifs, mages, payons, iO journées de 
marche, près de la mer des ténèbres. Ils ne sèment plus, mais ils ont 
beaucoup de forêts, vivent de poisson et de chasse; on dit que les 
Boulgars y portent des sabres. Ces peuples vont vers la mer des ténèbres 
pêcher de très gros poissons, qui sont chassés par d'autres encore 
plus gros. (Bakoui, VI, 23, Vil, 10). Les loura habitent à l'est de Pcrm. 
Vcs et loura ne sont pas de la race Slave. Ils ne sont pas nommés par 
Edrisi, il semble qu'ils lui sont inconnus. Mais il connaît quehiues autres 
peut-être par des relations directes avec les Komans, mais plus ceriaine- 
ment il les a trouvés dans les géographes arabes, au moins ce qu'il dit 
des Rouss.quincsont pas Rouss-slaves, est puisé dans les ouvrages arabes. 



ROtS-TOURK, 73. 1 OO 

ROVS-tOUrU, NlBARlA. 

73. Le fleuve Aihil, Iihil, venant de la Russie (inconnue) et passant par 
les pays des Boulgars, décharge ses eaux dans la merde Khozar ou 
Dileni (Caspienne). La source de ce fleuve est vers l'orient, dans une 
contrée déserte et fétide, d'où il coule vers l'occident et vers les 
Boulgars, se détourne ensuite vers l'orient, traverse la Russie, la 
Boulgarie et le pays de Bartas , parvient enfin à la Khozarie, où il se 
jette dans la mer. On dit qu'il se divise en plus de soixante et dix 
bras, formant ensemble le fleuve qui coule en Khozarie (Yl, 6. p. 405). 
Le fleuve Sakir dérive du fleuve Ilhil et se dirige séparément vers le 
Pont (p. 400). 

De Boulgar à la frontière de Roussie, 10 stations; et du même 
Boulgar à Kokianah, environ 20 stations. 

Kokiana àJ^^SS est une dépendance du pays de Boulgar, habité par 
desTourks, connu sous le nom de L-., Koussa. Ces Rousas sont divisés 
en trois hordes, dont l'une se nomme i y^^^y Beravs. Son roi réside a 
Kokiana. La seconde horde se nomme ij .^i^o Slavia, et son roi de- 
meure à 2.^-0 Slava, ville sur le sommet d'une montagne. La troi- 
sième est iJLj'j! Arthania ou Arsania, ou c^W^' ^^ Trania, jolie 
ville bâtie sur une montagne escarpée entre Slava et Kokianah , c'est- 
à-dire, à 4 journées de la première et de la seconde de ces villes. Les 
marchands musulmans parviennent à Kokianah : quant à Arthania 
(d'après le rapport d'Ibn Haoukal), aucun étranger n'y peut pénétrer, 
car les habitants mettraient infailliblement à mort quiconque oserait 
s'introduire dans leur pays. On en tire des peaux de bcrber (castor) 
noirs, de renards et du plomb. Ce sont les marchands de Kokianah qui 
se livrent à ce commerce. Les Rouss(Tourks) brûlent leurs morts cl ne 
les enterrent pas. Quelques-uns se rasent la barbe , d'autres la réuni.s- 
sent et la tressent à la manière des Arabes du Douab. Leur habille- 
ment est court et de l'espèce de ceux qu'on nomme kourtak : tandis 
que celui des Khozars, des Boulgars et des Badjinaks est le kourlak 
complet, tissu de soie, de coton, de lin ou de laine (VI, 6, p. 401, 402). 
El il y a deux espèces de Rouss. Les uns sont ceux, dont nous traitons 
dans la présente section (les Tourks); les autres ceux qui habitent dans 
le voisinage de la Hongrie et de la Djctoulie (p. 40i). Les Badjinaks sont 
en guerre avec les Rouss, quoiqu'ils ont les mêmes mœurs et 
suivent les mêmes coutumes que les Rouss. Ils brûlent leurs morts, 
quelques-uns se rasent, d'autres se tressent la barbe; leur vêtement 
consiste en manteaux courts (tout comme Rouss), el leur langue dilTère 
tant de la langue rousse, que de celle que parlent les Basdjirt (Basch- 



486 EDais4. 

kirs) (VII, p. 437). C'est tout ce qu'Edrisi relate de cette espèce des 
Rouss-Tourks. En les plaçant sur une dislance de 8 journées sur les 
confins des Boulgars, il leur assigne un domicile rapproché à Ithil et les 
sépare des Rouss de Kiiov par de spacieuses possessions des Konians. 
Edrisi proteste que rien n'a été admis dans sa discription qui ne serait 
pas attesté à l'unanimité par des voyageurs. Bien de fois il met en doute 
sa déclaration, et cette fois-ci ce doute change en certitude : qu'il ne 
relate pas ce que des rapports oraux lui ont apportés, mais il fait copier 
ce qu'ont dit ses devanciers, et lui-même indique l'auteur copié dans 
Ibn Haoukal. La copie, quant aux paroles, est fidèle, mais rendue dans 
un autre sens et interprétée d'une manière toute ditïérenle. Avant de 
l'examiner, nous allons résumer l'histoire de la marche des investiga- 
tions savantes, pour découvrir les sources de la connaissance de trois 
souches de Rouss. 

7i. En 1800 William Ouseley publia à Londres une géographie arabe, 
lui donnant pour auteur Ibn Haoukal. On y a remarqué les trois sou- 
ches des Rouss. Ewers (krilische verarbeitungen zur Geschichte der 
Russen, p. 78, sq.) se mit en campagne d'en profiter et inventer ses 
vues. En 10:23, FriUin, guidé par sa parfaite connaissance de l'idiome 
oriental, analysa les textes, confrontant les passages d'Ibn al Ouardi et 
d'Edrisi. Le passage de ce dernier lui était connu par l'intermédiaire de 
Schemseddin de Damaschk, géographe, grand érudit, mort en 1506, 
attestant qu'Edrisi distinguait quatre sortes de Slaves. 

En attendant, du fond du dépôt de Leyde, Ibn Haoukal souleva des 
réclamations. On s'était persuadé que la géographie, publiée par Ouseley, 
était quelque peu plus ancienne : Ces présomptions furent avérées 
quarante ans plus tard. La publication d'Ouseloy offre une géographie 
d'Abou Ishak, Persan d'Istakhar, vivant vers 950. Le texte arabe de cet 
auteur, lithographie eu 1839 par Môller, fut traduit en Allemand par 
Mordtmann à Hambourg, 1845. Préalablement cependant Fràhn réussit 
à donner à la fin de ses investigations les passages en question, aussi 
bien d'Istakhri que d'Ibn al Ouardi. — En même temps, 1 836-18 iO, 
paraissait la description d'Edrisi, et on pouvait se convaincre qu'Edrisi 
n'a jamais dit ce que lui imputait Schemseddin dimeschki. 

Or, dans l'état actuel des connaissances, on sait que la pre- 
mière source de la narration de différentes souches ou hordes de 
Rouss se trouve dans Abou Ishak d'Istakhar. Dans le chapitre où il 
traite de la mer Khozar, il dit que sur les bords d'Ithil et dans les 
contrées peu éloignées, habitaient : Khozar, Bartas et Rouss. Des 
Rouss, dit-il , il y a trois ,^Ua^1 sortes : dont une est rapprochée à 



ROUS-TODRfe, -o. 187 

Boulgar, son roi réside à ij[j^ (^.'-Jj^ :)>i'<^S ajU^ Kouthaba , 
Kousaba, Kouiaba), \ille plus grande que Boulgar. La seconde, la plus 
considérable, s'appelle ajjbL» Salavia (dont le roi demeure à Slava). 
La troisième population porte le nom de àJLjN! Arihania, Ersauia 
et son roi réside à LjiI Ïj'j. ! (jJ-m') Ersana, Aria ('J, ' Ersa). Les 
marchands parviennent jusqu'à Roulhaba ; aucun d'eux ne va à Arba 
(Ersa), car les habitants mettent les étrangers à mort et les noyent. 
Par consé(iuent personne ne peut dire ce qui se passe là, car il n'y a 
pas de communications. De Arba (Ersa) on tire des peaux de zibeline 
noire et du plomb. Les Rouss brûlent leurs morts avec le mobilier, 
pour le salut de leurs âmes. Leur habillement est court. Arba (Ersa) est 
située entre le pays des Rhozars et des grands Boulgars, qui confinent 
au Roum, au nord de ceux-ci. Ces Boulgars sont nombreux et à tel 
point puissants , qu'ils imposent le tribut aux provinces limitrophes du 
Roum. Les Boulgars intérieurs sont chrétiens (Istakhri, version de 
Mordtmann, p. 106; comparez Fràhn, Ibn Foszl. Berichte, p. 26i: le 
passage d'Iba Haonkal, ibid. p. 257, 238; code persan de la bibl. 
de Gotha, ibid. p. 20.5, 2G6; etc.). Âbou Ishak Istakhri ajoute que de 
l'embouchure d'Ithil à Boulgar, il y a deux mois de chemin parles 
déserts; et 20 Journées en descendant le fleuve. De Boulgar aux 
premières frontières de Roum (Russie), 10 stations; et de Boulgarà 
Kouthaba, 20 stations; et à Basdjird, 20 stations (p. 107). 

Qui sont ces Rouss, d'après cette relation primitive? Quels sont leurs 
rois aussi distingués? où sont leurs résidences? — On était d'accord 
que Koutaba est Kouiaba, Kiiov. Outania et Arba, reconnues pour 
Avtania et Arta, Ersania et Ersa, décelaient palpablemenl les Ersans, 
souche deMordva. Mais Slavia, Slava et non Skiaba, qu'indique-t-elle? 
offre-t-elle les Slaves, les Lithuaniens ou quelques autres? 

75. Koutaba ou Kouiaba est éloignée 20 stations de Boulgar. Istakhri 
indique souvent des distances par mirhaba, stations. De station en 
station il circule dans le Mavaralnahar; il compte 10 stations de Balkh 
à Bamian, etc. Les stations de cette mesure, au nonibre de20, pourraient 
à peine répondre à un tiers des distances entre Boulgar et Kiiov. Mais 
Istakhri dit aussi qu'on évaluait toute la longueur de riiabitabie à -400 
Stations, équivalentes par conséquent à 180 degrés, à chaque degré 2,22 
stations. Une vingtaine de semblables stations ne suffissent pas à la 
distance de Boulgar à Kiiov, mais pourraient la représenter en dernière 
nécessité. 

Abou Ishak témoignant beaucoup d'amitié à Ibn Ilaoukai , favorisait 
ses éludes géographiques. Ibn Haoukal réprouvant hautement l'habi- 



188 EDRISI. 

lude des cmprunls liilcraires, a dû spécialmcni estimer l'ouvrage 
d'Abou Ishak, parce qu'il l'exploiia et le copia dans son traité, com- 
pose vers 977. Le passage de trois espèces de Rouss y est introduit 
mot à mot de l'ouvrage d'Abou Ishak. La lecture de Routbaba (Rouiaba), 
de Slavia et d'Artania y est confirmée par les copies plus répandues 
et plus connues que celles de l'ouvrage de son prédécesseur. 

Edrisi,en 1 loi, puisa dans les écrits plus connus d'Ibn Haoukal : mais 
il acommodc ses paroles à quelque autre relation, leur donne une 
interprétation toute différente de nos érudits modernes, et distingue 
les Rouss autrement que ses prédécesseurs. 

En 921, Ibn Foszlan a vu de ses propres yeux les Rouss venant dans 
le pays des Rhozars. Ces Rouss certainement n'étaient pas Slaves, mais 
Skandinaves Varègs. 

En 947 Masoudi semble méconnaître les Rouss, traitant plus soigneu- 
sement que personne les affaires des Slaves. 

Vers 9o0 et 977, Abou Ishak et Ibn Haoukal connaissent les Sklabons 
et les trois espèces de Rouss, et ne les confondent point avec les 
Slaves. D'accord Ersania est de la souche de Mordva : or, Routaba n'est 
pas slave (77). 

Moukadessi (le jerosolimitaiu Schemscddin Abou Abdallah Moham- 
med, mort iOS^), rapporte qu'ils (les Rouss) habitent une île (péninsule) 
malsaine , où ils sont à l'abri de toute attaque. Leur population est 
d'environ cent mille âmes. Us n'ont ni maisons , ni troupeaux. Les 
Sklabes font des incursions dans leur pa)s (à l'abri de toute attaque?) 
et les pillent (apud Iakoul). — Or, ces Rouss ne sont pas Slaves, ne 
possèdent rien dans la Slavonie, habitants maritimes des îles, sont 
Rouss Varègs. 

(77) Mordva est nn ancien peuple, autrefois plus importaut. Jordanes, 553, le« appelle .Uerden*. 
Constantin porphyrogenétc, vers 913, sait que le pays de MopiTia était él»igné 10 journées des 
Petsclicnegs. Nestor 11 10, avertit l'emplacement de Mordva sur le flouvo Oka. Ils firent face en 12i8 
et 1ÎÔ2 au grand duc de Russie George VsclievolodoYitscl), et succombèrent en 1250 sous l'invasion 
des Mongoux. Les Mokscha étaient forcés de suivre les vainqueurs. Plan Carpiu 1-213, counait la 
défaite de Mordiiins. Rubriquis 1233, connaît le sort de Moxel situé au delà du Don. Ad aquiloncni 
sunt silvfe maximae, quas habitant duo gênera liominum Moxel (Moxes) sciliict qui sunt sine loge, 
puri pagani. ... Posl istos sunt alii, qui dicuntur Werda» (Mcrclas) quos latini vocant .tferrfmM 
(Mcrdues, Mardcs) et sunt saraceni. Post istos est Elilla fluvius {Ruysbr. p. 231, ÎS2). Marco Polo 
avait encore nommé Mordui et JosefBarbaro.Woxiii et. Vojii. — .\ucun des latins n'a connu les Ersac. 
Les investigations faites en Russie sur le lieu (de Rytschkov, Pallas, Lopechin, Georgi) trouvent à la 
fois Mokscha et Ers.) ;Ursc, lersian, au pluriel Ersad, Erdsad qui se distinguaient par l'Iiabillenient 
des femmes et quelques coutumes. Les Ersa demeurent sur Piana. Plusieurs de leurs villages se 
trouvent «ur Mokscha et dan» la partie supérieure de Soura où demeurent les Mokscha. Le long de 
Volga, de Sok, de Tscheremschan et aux environs des parties kazaniennesctorenbourgicnnes, leur 
coloDliation offre un mélangc;(Fraelin , Ibn Fosxl. Bericbto, p. 1G3-16II). Arsaniesau sud de Nijnia 
novogrod et Mokschan au nord de Pensa, sont certainement les restes île leurs chef lieux. — Pai 
Mtlc explication de Ersania, il a'; a pat de place po<ir KoutUabs ou Kekiana. 



ROUS-TOURK, 76. 189 

76. Enfin la qualification de Rouss s'est solidement établie dans la 
Slavonie; les renseignements relatés par Edrisi connaissent une im- 
mense Russie, pays Slave, et c'est de ces Rouss-slaves qu'Edrisi 
distingue les trois populations d'autres Rouss-tourks. Et il y a deux 
espèces de Rouss, les uns dans le voisinage de la Hongrie, les autres, 
dont la langue diflère tant de la langue rousse, que de celle que 
parlent les Basdjird (Edrisi, VII, 7, p. 437). Les trois populations ou 
hordes de ces Rouss sont : Arihani, Slava et Bervars, qui ont pour chef- 
lieu Kokiana (Koutaba, Kouiaba). A quelques détails inconnus à ses 
prédécesseurs, il applique les dislances en stations, énumérées par 
Abou Ishak et Ibn Haoukal. 

Iakout, en 1229, à la place de stations, substitua à la dislance de 
Kouiaba à Boulgar les 20 journées : c'était doubler cette dislance favo- 
rablement à l'interprétation de Kouialia par Kiiov. 

Ibn al Ouardi en lôiO, relate les trois ^.ijLi? hordes de Rouss, 
conformément à ce qu'il a trouvé dans les anciens; seulement les appel- 
lations se défigurent : De ces trois populations, l'une s'appelle .)lSS 
Kerkian , avec sa ville i^}^.SS Kerkiana; l'autre iijMLI Atlava, avec 
sa ville Alo Talau (Lli? Talva); la troisième ^-.1 Arani ( ^J.\ 
Arti), et la ville du même nom (Hyland, Ausg. part. XVIII, p. 130; 
Fràhn, Ibn Foszl. Berichte, p. 142). 

Le changement ou la défiguraiion la plus grave des appellations, est 
plutôt l'ouvrage des auteurs que de simples copistes. Les manuscrits 
d'Abou Ishak et d'Ibn Haoukal olïrent i-i-JjS ^iliS Kounaia, Koutaba 
et même ajLj^ Kouiaba; ceux d'Edrisi i3lSS Kokiana ; ceux d'Ibn 
al Ouardi iJlSy'i Kerkiana; enfin Dimeschki nomme iJjS\S Kera- 
kertia. 

Voici ce que dit Schems eddin dimeschki dans sa très-érudite cos- 
mographie (p. 135 verso) : Edrisi, dit-il, rapporte, que de son temps 
il y avait quatre genres aJlï^I ^^La^-! de Saklaba, nommément: 
ïjjbLa Slavia , l^\j Berasia (Bervars), i..j\5'L$' Karakertia (Ko- 
kiana) et iJo'. ! Ersania. Tous portent les noms de leurs pays, à l'ex- 
ception de Ersania. Ceux-ci dévorent les étrangers qui y pénètrent , 
et à l'instar des animaux sauvages, ils habitent les forêts et les roseaux 
de rivage de la mer environnante (Fràhn. Ibn Foszl. Berichte p. 153) 
Tissu de niaiserie de l'invention du cosmographe, quia surpris plus 
d'une fois la confiance du savant Frïihn. 

77. Suivant les conceptions qu'Edrisi développe, au delà de la ville 
boulgare ^^jI'-" Taboun, qui est forte, située sur le sommet d'une 



190' EDRISI. 

inoniagnc et euiouiée de champs fertiles et d'habitations (is), au delà 
de cette ville, sont les monts Lj'JJ Kokaïa , au delà desquels on ne 
trouve ni habitations, ni être animés, à cause de la rigueur du froid 
(VII, 6, p. 450). Ces montagnes s'étendent depuis la mer ténébreuse 
jusqu'aux extrémités du monde habité; elles atteignent et dépassent 
les pays de ladjoudj et Madjoudj à l'extrême orient , puis se prolongent 
du côté du midi jusqu'à Mtasch et la mer ténébreuse, connuo sous le 
nom de poix résine; elles sont inaccessibles, à cause de l'excès du 
froid et de la permanence des neiges sur leurs sommets. Les vallées 
sont habitées par le peuple dit ^jl-^-J Nibaria, qui possède six places 
fortes et qui sait tellement bien se défendre dans leurs retraites , 
qu'ils y sont inexpugnables. Ils ont pour coutume constante de ne point 
se séparer de leurs armes et sont extrêmement belliqueux. Nous en re- 
parlerons, ajoute Edrisi, dans la description du septième climat (VI, 5, 
p. 59G). Mais il a oublié de s'acquitter de son engagement et il n'en 
dit rien du tout dans le septième climat. La carte itinéraire, n'ayant 
pasnégligé de marquer la position du pays de Nibaria ; fournit les noms 
de six places fortes, où je crois débrouiller : 

tS^3ysr^ Taharkoumouka (Teninikov), 

Vy^-o lavosora ou lousara (Insara), 

ij.^ larovna (Saransk), 

iS' J Lovaka , ou Louka (Loukoïan) , 

i^\j^ Sarada (Ardatov), 

t^l*j\ Anaada ou Abaada. 

Toutes ces places fortes sont placées entre les branches d'un fleuve 
qui vient des monts Kokaïa et porte le nom de la ville située sur ses 
bords 6^.^j\ Rousia (labl. itin. VII, 5, G). Dans la description il est dit 
là dessus, que les six grandes rivières, dont les sources sont dans les 
montagnes Kokaïa, mêlent leurs eaux à celles du fleuve Rousia (VI, 5, 
p. 396); et la ville Rousia , ennemie de Matrakha, qui se trouve sur la 
mer Nitasch , est située sur les bords d'une grande rivière provenant 
du mont Kokaïa (VI, G. p. 400). 

Dans un autre passage , Edrisi rapporte qu'à 70 milles de Trcbizonde 
vers l'orient , est l'embouchure de ^;^ m Rousio , qui prend sa source 
dans les montagnes [i-ïM Kabk, coule au nord (du nord) du pays 
aJ^M ^A des Alanes. Il n'existe sur ses rives aucune ville célèbre, 

78) l.e msrril «l'Asirlin , porte ^J j/îL» H;imouiii. cl la vcisiou latine Daboiiii. 



NIBARIA , 77. 191 

mais quantiié de villages bien peuplés et de ciiliures Ce ileuve se 
dirige ensuite vers le couchant, puis se jette dans la mer, auprès du 
lieu ci-dessus indiqué, à savoir, Rousio, à 70 milles de Trebizonde. Il 
est navigable pour les petites embarcations et sert au transport des 
marchandises de peu de poids, et à celui des objets d'approvisionnement 
dune habitation à une autre (VI, 6, p. 399). Vis-à-vis de Trebizonde 
est la mer 6..^^. Rousia, éloignée à ajournées de dislance (VI, o, 
p. 394). C'est la distance de 70 milles de reml)ouchure de Rousio (79). 
Celle notice indique, que la mer Rousia est la mer Zabacli ou Azof ; 
le fleuve Rouss, Rusia ou Rousio est le Don, et son embouchure est 
déterminée près de Matrakha, où la mer Zabach entre dans le Pont. 
Cette embouchure n'offre aucune difliculté. Très -longtemps le 
Bosphor, le détroit de Kertsch, étaient considérés comme embouchure 
du Tanaïs, du Don : la mer Zabach ou Azof n'était qu'un lac qui se for- 
mait à l'embouchure , lac impraticable pour les grands navires (se). 
Quant au pays de Nibaria, son emplacement est forcément renvoyé 
vers le haut du Don à côté de Tambov (Taboun), aux environs de 

(T9j F raeho [Ibo Foszl. Bericble , p. 39), accepte la distinction des fleuves ^^^^ . . Rousia ou 
-,., Roussel a,„vu.'i Rousio, qu'on remarque dans la description d'Edrisi , motivé par diffé- 
rentes désinaisons. 11 peuse que le dernier Rousio csl Fas, Fasis, que les indigènes appellent Roubin 
ou Rioui.Si l'ou voulait admettre l'assertion d'Edrisi, on n'a pas besoin d'aller si loiu, on trouve près 
de T rebizonde un fleuve du nom plus analogue Risso, Rizo, Russe. Ce fleuve induit peut-être les 
géograpbes sidliens et Edrisi en erreur et confusion, qu« nous examinerons bientôt. — Le traduc- 
teur Jaubert s'évertue de sa part de distinguer les deux fleuves Rouss, à quoi il avait raison , sur- 
tout à cause qu'Edrisi lui-même conçut celte idée. Jaubert pense que le niout Kabk , lequel donne 
Ici l'origine au fleuve p. 399), est le véritable Kaukase, et E'ikaïa est imaginaire des frimes du nord. 
La version certainement est scrupuleusement exacte et rend bien l'aberration d'Edrisi : mais cette 
explication de Kabk n'éclaircit l'embrouillement de la description de celui-ci. L'origine kaukasiennc 
d'un fleuve Rouss est controuvée. — Ce sont les obscurités que répand la description edrisienne; 
d'un autre genre sont celles qu'a fourni en to8C, l'érudition du trcssavaut Scliems eddin dimescbki, 
sur une certaine rivière Seklab et Rous qui coule entre Ilbil et Kour [voyez ci dessus cbap 60). — 
Il y a eucore dans la description quelques distances assez curieuses entre Trebizond et l'emboucbure 
de Rousio. Par exemple : de Matrakba à l'ile Saranba une journée; de Saranba vers le sud on compte 
40 milles à l'ile Cardia et de Cardia à Trebizond 5 journées de navigation 'c'est 40 milles et 7 jour- 
nées, tout la traverse de o journées ou de 70 milles). Mais de Cardia à l'ile Azela il y a 20 journées 
vers l'orient et Azela est située à mi-chemin entre Trebizonde et Matrakba, et il est nécessaire de la 
touclier quand on se rend de l'une à l'autre de ces villes (p. 396). Or, de Trebizonde à Matrakba on 
avait au moins iO journées de traverse. Cette traverse n'est pas directement par la baute mer : mais 
en côtoyant les rivages d'Abassie et d'Imirelie, où sont àcbereher les prénommées iles ou presque 
îles. — La largeur du Pont 300 ou 400 mitles (VI, 6, p. 403), signale la parlie laige, rapprochée de 
Constantinople. 

(80) Ad orietitem, est civitas, que diclliir Malrica, ubi cadit fluvius Tanaisin mare Ponli, per 
orilicium liabens latitudiaem XII iniliarium. Ille enim fluvius , ante quam ingiedialur mare Ponti , 
facit quoddam mare, versus aquilonera , habons in latitudine et longitudine scplingonla miliaria ; 
nusquam liabens profundilatem ultra tex passus :unde, magna asasa non ingrediuntur illud, sed 
mercatores de Constantinopolim applicantes ad praediclam civitalem Matri^ani, niitlunt barcas suas 
usque ad flumeo Tanaim, ut cmaut pisccs siccalas, sturiones siilicet etbosas boebalas et alios pisces 
iiifiuitc mullitudinis (Ritbriquis en i-2S3, p. il S, de l'adit. de Mrdiel et Wriglit. — IX même p. 450. 



102 EDRisr. 

Voronej, vers Orel, Toula, Roslov, où les prétendues Kokaïa coloriaient 
l'iguorance par ses cimes blanches. Au reste, cherchant dans tonte 
rimniensitéde la Russie les six places fortes nibariennes, on ne retrouve 
de noms quelque peu analogues, à la fois réunis ensemble, que sur les 
confins de la goubernie de Penza. Ces noms s'éloignent quelque peu du 
Don , mais ils indiquent les places qui couvraient le pays nibarien des 
incursions des Roulgars. L'écriture arabe, flexible aux changements 
imprévues, livre <!o,LÔ Xibaria à des conjectures. Ajoutez un point 
diacritique et vous y trouvez «wjLxj Renazia , Penazia, Penza. Plus 
heureux que moi, peut-être un jour retrouvera un emplacement plus 
convenable pour cette curieuse ÎS'ibaria. 

K M A > 1 A. 

au dire d'Edrisi et de Pcfahhia. 

"8. Les Kangly, Kangars.OcTïivâ/.ot, Exr^i^xxoc, nar^ivaxitat, Petinei, 
Pincinati , Pincinnaturi, ^.jj'l'.-^ Badjiiiak, Pielschinghi, partisans 
et satellites de Boleslav-le-grand, dominaient cent cinquante ans sur 
les stèpes de la mer noire. Konslanlin porphyrogenète nomma leurs 
hordes et indiqua leur emplacement depuis le Danube, jusqu'au delà 
du Dniepr vers le Don. Elles possédaient à elles seules des espaces ra- 
vagées, remplies de décombres. Il n'y avait que de hordes sans villes, 
sans établissements fixes. La domination de celte nature, mettait des 
obstacles à la communication continentale. Les Russes, pour se rendre 
à la mer, descendaient le Dniepr, forcés mainte fois de combattre les 
mauvaises dispositions des hordes. Vers l'année 1050, les hordes des 
Komans vinrent combattre leurs confrères Piclschings et détruisirent 
leur domination. Depuis cette époque le nom de Pietsching ou de Bad- 
jinak n'était connu que dans leur camp antique, dans leur gite primi- 
tif, dans le voisinage des Boulgars et des Raschkirs, au delà de Volga, 
éloigné de l'Europe. Sur les stèpes de la mer noire, à leur place 
gagnèrent la renommée les Komans, Roumans, Polovtsi, Plauci, Parti, 
ainsi variablemcnl qualifiés. 

Les Polovtsi établis sur les stèpes du Dniepr, faisaient de fréquentes 
excursionsen Pologne. Sur trois ou quatre poinlséloignés ils exécutaient 
le passage nocturne par la Vislule, et, pillant, emportaient le butin dans 
leur camp (Gallus, II, 19, p, 74). Boleslav-le-hardi cherchait les 
Polovlsos jusque dans leurs stèpes, pcnc transparlanis (Mallh. II, 19). 
Sons le règne de Vladislav Hcrman, en 1190, il renouvelèrent leur 
incursion. Le jeune Roloslav-bo\iche-torsc, à peine ceint chevalier, 
détruisit leur irruption et jeta une telle épouvante tiu'ils n'osèrent se 



KOMANIA, 79. 193 

montrer, jusqu'à la mort de Boleslav 1139 (Gall. II, 17, p. 175; Matth. 
II, 29). Après on les revit en Pologne à la suite des Russes, quand 
ils étaient leurs alliés (Vinc. Kadlubconides, 2i, p. 549). Ils étaient 
ennemis des Russes et secouraient les knezs (princes) dans leurs que- 
relles, ce qui était de mauvais augure pour Kiiov. 

Les Komans, appelés Polovtsi et Parti, gagnèrent une certaine célé- 
brité et personne n'a porté son observation sur l'état de leur élablisse- 
ment. Un seul, Edrisi, autant que je sache, en a dit plus que les autres. 
Sa description a donné l'impulsion à plusieurs historiens modernes, 
d'avancer que les Polovtsi étaient plus fixés à la glèbe que les autres 
hordes et qu'ils ne s'adonnaient autant au brigandage : mais leurs pos- 
sessions restaient indéterminées. 

Quand on entreprend de chercher des renseignements dans la descrip- 
tion d'Edrisi , afin de les déterminer, deux difficultés ses présentent : 
l'une c'est la manque de positions indicatrices et le vide de la localité, 
l'autre, la confusion et l'erreur dans lesquelles s'abîmèrent Edrisi et 
les géographes de Sicile, en coordonnant les relations qu'on leur avait 
fourni. 

Les Komans possédaient les terres successivement inondées par des 
hordes qui orninairement ne laissaient aucun nom, aucune trace de leur 
séjour après leur disparition. A peine quelques fleuves considérablescon- 
servaient leur appellation : la terre sur tous les points restait anonyme. 
Les hordes précédentes n'ont fixé aucun nom au sol abandonné. Pour- 
rait-on donc espérer que quelques dénominations komanes se seraient 
conservées et perpétuées sous la domination postérieure des Mongoux ? 

79. Edrisi sait que ^^yVi:^ Danabros prend ses sources au nord 
du lac Termi (ou Tourna); au delà de ce lac (VI, G, p. 405, voyez la 
carte itinéraire) (si). De l'autre côte du lac , c'est-à-dire de celui du 
midi (82), le fleuve Dnabros prend sa source au milieu de prairies et 
de forêts, et là il porte le nom de ^^«-•.l' Belles (VII, 5, p. 45i) (ss). 
La carte itinéraire ne connaît pas des sources au sud, elle trace le 
cours du Dnabros, indiquant les sources rapprochées aux monts Kokaia, 
accompagnées de l'épigraphe ^^^10 j.^j ^t^-A^s les yeux du fleuve 

(81) Jaubcil traduisit le texte : fleuve provenant du lac Termi : la carte s'oppose à cette iuterpré 
tatioD. 

(82) Le traducteur dit : de l'autre côté, c'est à-dire, vers le midi ; la carte itinéraire contrarie 
cette version. 

(83) On peut inventer quantité d'IiTpolbcses sur le nom AaBeltes, rivière plus considérable, plus 
grande boUchaia; venant du côté de \abaltique, ou de la Polisie, Podlasio, poUska ; sortant ou pas- 

ant par des marais boueux, (bouc bloto), elle même boueuse, 6o/oin«, llutna. 

III. 15 



194 EDRISI. 

Duabios, el le conduil autour du lac Termi , courbé vers le sud-est 
(VII, 5, YI, 5). 

Edrisi rapporte que la Russie avait plusieurs villes sur 1er rives du 
Dniepr: Barnios (Smolcnsk),Kiiov,Berizoula,Berislav (Periaslav), Kano 
(Kaniov);ilsailqueZaka,prèsde reiuboucbure du Dniestr eidu Dnabros, 
Molsa et Aleska, étaient en la possession de la Russie; toutes ces villes 
n'appartenaient point aux Kouians (84). Dans Tannée 1175, Pelakbia 
va directement de Kiiov, G journées par le continent jusqu'au passage 
du Dniepr, par les terres russiennes sans rencontrer un Koraan (Tour 
du monde de Petakb. par Carinoiy, Paris 1851, p. 8, 9). C'est la distance 
donnée par Edrisi, de Kiiov à Aleska. En attendant, Edrisi en exami- 
nant le cours et les sources du Dnabros, tracés sur la carte itinéraire 
rogérienne, remarque tout au nord, sur ses rives rapprochées au lac 
Termi, deux villes florissantes des Komans, appelées ^i-jy— Sinoboli 
el iiLiuJ^>» Mouuischka, et il décide que la majeure partie du lac du côté 
de l'orient, dépend de la Koraanie (VII, 5, p. 45i). L'bisioire ne connaît 
aucune Komanie aussi enfoncée dans le nord de la Russie, le lac Termi 
n'a aucune existence; or, toute cette exposition des géographes de 
Sicile s'évanouit, manifeste une méprise, une erreur qui demande 
une toute autre explication. 

La diction d'Edrisi fournit le moyen de rectifier le malentendu. Il 
avait dit que de Barmonsa, qui est une belle ville, bâtie sur les bords 
du Dnabros , à Sinoboli, grande ville, bâtie sur la rive occidentale du 
Danube (Dnabros), on compte 6 journées (VI, 5. p. 597, -454) (so). Si- 
noboli , ville russe (p. 597) , située sur le Dniepr et dépendante de la 
Komanie (p. 45i) , avait par conséquent son emplacement quelque 
part au midi, dans une position peu éloignée de Kiiov. On ne saurait 
indiquer aucun autre emplacement plus probable, que tout de suite au 
delà de Berislav ou Periaslav. A la suite, en descendant, une autre ville 
Mounischka sur le bord occidental du même tieuve. 

De Kiiov à ^^'J Naï, ville de Komanie, G journées (VI, o, p. 398). 

De Naï à Sy^ Kirab ou Firab, vers l'orient, 23 milles. 

De Kirah à , ►oj JJ Narous, vers l'orient, 50 milles. 

(84) Seknimil , encore en Krimée, appartenait aux Rouss. Eu outre ils conservaient certainâmcnt 
leur ctablissi-mont varpg, sur lc« langues de Tenilcr, ancien Dromos Ailiillcos près du golfe Scgal- 
Ucliouk. Le« lirois appelaient ces Varegs Dromitfs (Simon logollicla, ap. Stritlcr, II, 958, 1167); le 
golle Scgallscliouk , sur la tarie de 1318, se noninie f'aranijoUmena, de niêine sur la carie caUlane 
de 1377; ensuite cette appellalion continuait à se faire connaitre au sud de la pointe Rosico en 
Krimce, où l'on voit sur la carte de 1.197, de Frcdutio, yarangida ; de même sur une carte de i SI i 
(Scbafarjik , slav. etarojitn. 11, 2, § il, p. 506, note 06); les caries du xvn* siècle continuaient encore 
d'indiquer dans la Tauride un bourg yarangito près du promontoire Rosufar, Rosico ou Eskiforos. 

(t5) L'en-eur de l'appcllatiou du Danube au lieu du Dnaliros est trop évidente. 



KOMANIA, 80. 193 

De Narous à jbLs Slava , ville des Rouss-tourks (rapprochée à 
Volga) 135 railles (VI, 6, p. 401). Il est évident que c'est la direclioa 
de la route commerciale de Kiiov. Dans celte direction, le nom de la 
ville de Kharkov seul sonne, comme s'il conserverait la dénomina- 
tion de Rirai). En ce cas Xaï serait Bielogrod russe, possédée par les 
Koroans, qui tracèrent jusqu'à ce point là leurs limites. 

80. Mais dans la Komanie intérieure existaient encore deux villes, 
savoir: b^Js Troïa, et ^.Jli! Akliba , l'une et l'autre florissantes et 
comparables entre elles sous le rapport des ressources et de l'apparence; 
l'une de l'autre éloignée de 8 journées. Akliba était la dernière dépen- 
dance, (vers le nord -est) des Romans, à l'époque d'F.drisi. 

De Troia à .JJLs Silan, en se dirigeant vers le sud, à travers des 
plaines désertes, ou du moins peu habitées, on compte 100 railles (VII 
6, p. 455). Si l'on admettait que Silan reste dans le nom de la ville 
lelansk, située sur le Don, les frontières septentrionales de la Remanie 
se dessineraient suffisamment (se). 

Dans cette partie septentrionale de la Remanie, on voit (sur la carte 
itinéraire) le lac ,.ij^ Ganoun, dont les eaux sont gelées à leur 
surface en tout temps, excepté durant un petit nombre de jours d'été. 
Ce lac reçoit les eaux de huit rivières , dont une, la ^j.jy^ Scherva , 
n'est susceptible d'être traversée qu'en été , à cause de l'extrême 
rigueur du froid de ses eaux, et elle nourrit dans son sein beaucoup de 
poissons, dont on extrait une grande quantité de colle. 

Dans les forêts environnantes on trouve le berber (castor) (p. 43o). 
La rivière Scherva répond bien à Choper. Quant au lac Ganoun, il est 
l'œuvre de l'imagination, qui n'a point d'existence, aussi bien que la 
montagne Js^L Tout, de laquelle coulent les rivières vers le dit lac 
(carte itiu. VII, 6). 

Narous est une ville commerçante quoique petite : mais vers le sud- 
est, à 108 milles, se trouvait ^jj Nouschi, plus considérable, envi- 
ronnée de cultures, arrosséepar une rivière et située à 100 milles ou 4 
journées de jy^ Riniov, ville considérable, au pied d'une haute mon- 
monlagne, placée vers le nord-est. De Nouschi à la v2..-J! oL^ 
Komanie blanche, vers le sud 50 railles (VI, G, p. 401). — xVssigner 
reniplacement à toutes ces villes, suivant les distances données, n'est 
pas difficile, parce que dégagé de toute contrainte, il peut prendre de 
positions commodes sur les stèpes déblayées de l'appellation quel- 

(86) Cependant il serait impossible d'avancer avec Troia jusqu'à Troilsk , comme le tradoctear le 
veut : impossible de livrer cette ville dans la possession des Komims. 



196 EDRISI. 

conque. Mais pour comprendre et expliquer le reste, retrouver les 
positions des places suivantes, s'élève dans la confusion et dans la 
déviation des géographes de Sicile des obstacles difficiles à surmonter. 
Nous avons remarqué une mention faite à l'improviste de la mer 
Rousia, appelée anciennement ^JaJU Manitasch, Maeotis, plus tard 
Ozak ou Âzof, enfin Zabach (st). Elleélait vis-à-visdeTrebizond(p.59i). 
Cependant la carte itinéraire ne lui assigne aucune place, et Edrisi ne 
la fait connaître par aucun renseignement spécial , par aucun détail. 
En entendant, examinant sur la carte ^L^j^^ c^r-^* l'enfoncement 
oriental du Nitasch, le dernier coin du Pont, on y voit sur les côtes 
entre Matrakha et Trebizond une suite de noms appertcnants aux pays 
étendus entre les mers Zabach et Raspienne, entre les fleuves Don , 
Volga et les montagnes Raukase : comme si ces pays et leurs peuples 
avaient besoin d'avoir des représentants spéciaux sur ces côtes, qu'on 
ne saurait confirmer ni constater par aucune donnée historique. Or, il 
est nécessaire de convenir qu'ils y sont mal placés , qu'ils nous 
présentent un embrouillement d'idées des géographes de Sicile, et qu'il 
faut absolument les replacer aux positions qu'ils avaient réellement. 

81. De l'embouchure du Dniepr, Edrisi passe plus de 80 milles peu 
cultivés, jusqu'à à!>j^S Kersona. De ce point il côtoyé la péninsule , 
et connaît une suite de localités entassées sur un court espace, 
auquel il assigne de longues distances. 

De Kersona à iJaJlsv Djalita (Jalia) (ss) dans le pays des Komans, 
50 milles; 

A Jjiri- Garzouni (Goriam de Benincasa, Gorezus (89),(Urzuf 
d'aujourd'hui), ville florissante sur le bord de la mer, 12 milles; 

A ep'^yi Bertabiti (Pagropol , Nagropoli, Pangropoli, Partnik 
d'aujourd'hui), ville petite, mais bien peuplée, où l'on construit des 
navires, 10 milles; 

A i^-toLj Lebadha, Lebata (Larabat), jolie ville, 8 milles; 

(87) lam de mari Nitascli et adjacciita ci paliule Manitascli, qviac lioiiic ol Ozaki appcllalur ab ol 
Oïak urbe, io ejiis lilore seiilsulriouali situ (\bu\f. laliua Rciskii ■^•ersio, in Biijcbiiigs Magaziu , 
t. IV, p. 448-150). Tan fluvius .. elTunditur in illam parlom Nitascli, quac liodie mare Azak appellalur 
ab Azak quod est emporiimi (iJ. ibid. p. 175). Ton in mare azokeuse, quod in libris antiquis mare 
Manitasch appellalur (id. ibid., t. V, p. 365). — Rciske par méprise dit dans une noie (l. IV, p. 148, 
ol Ozak, noslri Olscbakov dituul, car il sait partout ailleurs qu'Ozakest Azof. — Du temps d'Edrisi 
cette appcllatioD n'existait pas encore, mais celle de Mauitascb lui était bien connue par l'ouvrage 
de Plolémée. 

(88) I.aVa, Lola, Loia, Laïra, de différents portulans ; Lagyra de Plolémée. —Voyez Jean Polocki, 
périple du Pont-Euxin, cliap. 2, p. 363, de l'edil. de Klaprolb, et le portulau général do notre atlas. 

(89) Fortiûé du temps de Justinicu (Procop. de edificiis, III , 7). — Voyez J. Potocki, périple, 
p. 563, 464. 



KOUANIÂ, 81. 197 

A Ja^^^Ji, Schalousla (Lasia, Lusta , Lusiia, Lastra, Alouchta) (39), 
ville importante, près de la mer, 10 milles. 

A «uisLiaii, Schollalia, Soldadia, (Soldaïa, Soudâk), près de la mer, 
20 milies. 

Ay'y Bouter, Bou^ar des Byzantins) (91), 20 milles; et de Bouter 

à l'embouchure du fleuve a .^j Rousia, 20 milles (VI, 5, p. 595). 

Toutes ces places, comme la première, sans aucun doute, étaient de la 
possession des Romans, dépendance de la Romaine; elles prouvent à 
quel point le commerce avait été animé dans celte partie de la mer. 
Bientôt les républiques italiennes convoitèrent la possession de ces lieux 
et y trouvèrent un nombre de populations, d'idiomes dilTérenls. 

Près de cette embouchure , à 20 railles , se trouve la ville ■Jow Ja^ 
Malrakha, qu'on appelle aussi et qu'on écrit Uùj-^ Malrika, située 
sur les bords d'une grande rivière nommée »JLw Sakir, qui dérive du 
fleuve Ilhil (Volga). C'est une ville très-ancienne, on ignore le nom de 
son fondateur; elle est grande, très-peuplée et très-florissante. Il y a 
des bazars et des foires, où l'on vient de toute la contrée environnante, 
comme aussi des pays les plus éloignés. Ses dépendances vastes, entou- 
rées de cultures et de vignobles; les villages sont nombreux. Ses princes, 
connus sous la dénomination de (-,-jUjI Olou Abbas (grand Abas) 
et renommées par leur force, leur courage et leur ardeur guerrière , 
se sont rendus très-redoutables à leurs voisins (VI, 5, p. 595; 6, p. 4C0). 
On voit par ce passage , que cette ville , appelée Ta,</.«Tapx« par les 
Byzantins (Constant, porphyr. de adm. imp. 42), Tmoutarakan, par les 
Russes, qui l'ont visitée et possédée, fut depuis peu perdue pour eux ei 
entra sous la domination des voisins Abases (9-2). 

Non loin de Matrakha , à l'autre côté de l'embouchure de Rousia, 
entre Matrakha et Bouter (aux environs de Rertsch), se trouve une 
ville i-^jx Rouschia , Rousia, dont les habitants sont en guerre conti- 
nuelle avec ceux de Matrakha (VI, 6, p. 400, et tab. itiuér. VII, 6). 
D'où l'on pourrait conclure que lesVarèg-rouss, ayant perdu la posses- 
sion de Tmoutarahan, soutenaient encore, vis-à-vis de cette cité, un 
poste militaire. 



(90) ForliCé par JustioieD (Procop de edificiisUI, 7). 

(91) U est probable que Gaffa remplaça Bouter. C'est la seule positioD que je ne puis déterminer 
par aucune situation indiquée sur quelque carte du moyen âge ou moderne. De tontes lescartes 
modernes celle de Dczauclie 1788, m'a servi le mieux. 

(9î) TmoHtarakan est entré sons la domination des Russes 9C3, il échut en partage à Uscislav fils 
de Vladimir- le-grand. .\près sa mort 1034, plusieurs princes s'emparèrent successivement de la 
Tille. Le dernier d'entre eux fut Roscislav Izaslavitscli, cousin des ducs dePrjemisl. Vers 1011 
Tmoalaralian ftit perdu pour les princea russes, l«s .Vbases j dominaient. 



198 EDRISÎ. 

82. De MatrakJia à ji^Ja^ Mallouka , qui porte aussi le nom de 
Ly^c. J! v-v^ Komania la blanche, ville considérable et peuplée, une 
journée de navigation ou 100 milles (p. 400) (93). Or, pour arrivera 
la Komania blanche , il faut passer la mer, et de celte Komania blanche 
on traverse par terre oO milles au nord, pour atteindre Nouschi(p. 401). 
Il est donc indispensable de chercher la Komanie blanche, sur les 
bords septentrionaux de la mer Azov, qui s'étendait entre Matrakha et 
Nouschi. Les cartes du moyen âge, de Vesconle 1518, et toutes les 
suivantes, indiquent constamment remplacement de cette Komania , 
sous le nom de Comania, Chumania, au nord de la mer d'Azov et à peu 
près aux environs du lac nom.mé par les Russes Jlplotschnoï-ozero, 
c'est-à-dire (lacus, lacteus, lactearius, lactans, aquse lactariyc), lac au 
lait ou du lait, qualiûcation qui répond à la dénomination de la blanche 
(RIaproth, voyage au Caucase, chap. 5, t. I, p. 102). Les cartes posté- 
rieures, italiennes et autres, du xvi" siècle , et les cartes de Mercator 
continuaient à signaler la ville de Comania dans celte position et 
quelque lois une autre du même nom , que nous allons voir tantôt. Or, 
la position de la Komanie blanche est fixée d'une manière possitive, et 
elle dirige avec certitude la détermination d'autres lieux. 

Cinquante milles de la Komanie blanche il y a une autre Komanie, 
ville qui porte le nom de b«*Jl ÏJUs Komania la noire; on lui 
donne ce nom de noir, parce que son territoire montueux et boisé, est 
traversé par une rivière dont les eaux, avant d'arriver à la mer, sont 
noires comme la fumée. C'est un fait connu et incontestable (p. iOO)(94). 

Une montagne escarpée sépare la Komanie noire de iyS Kira, qui 
n'est éloignée qu'à 25 milles. Mais de Kira à la ville de ^ lU^i Khazaria, 
25 milles. La ville Khazaria est considérable, bien arrosée sur le bord 
d'une rivière et d'où dérive le nom de Khozars (p. 400). 

Je pense qu'on ne réprouvera pas, si nous nous portons avec Khozaria 
sur Sarkel, possession des Kbozars, située sur le Don. Ils l'appelaient 
Sarkel , ce qui signifiait dans leur idiome, auberge la blanche, demeure 
blanche de l'hospitalité : iiapi «Otciç to s^psA kn-Kpo^ ô<T:iJTtov. Elle 
était construite entre 830 et 840. Pour la bâtir, à la demande des 
Khozars, l'empereur Théophile envoya de Byzant l'architecte Pétrone, 
dit Karaaleros (le laborieux) (C. porph. de a. imp. 42). Elle était assez 

(03) Dans le tourk chei Nogaï QuaralscUai Quomouq et le Tourk de Tobolk , pierre à feu est : 
Otlouk-atlouk-ullyq-tasili , wLj . iJJo' 

(94, La carte de Pierre Vesconle et quelques autres du \ti' siècle doublent le nom de Comania, 
ainsi Komania la noire y a sa pari. Mais je cherchais en vain quelque vestige de son épilélhe de 
noire. Prés de Zacliarievskaia deux poliles rivières noires , qualifiées de noires Kara-touch cl Kara- 
tyscU, perdent leurs eaux dans la Bordi, mais sont encore trop rapprochées à Molotschnaia. 



ROMAMA, 83. 199 

éloignée de l'embouchure du Don, car celte embouchure resiaii en 
possession des Alains, qui pouvaient intercepter les communications 
des Khozars avec la mer et l'embouchure (id. ibid. cap. II). Les Russes 
l'appelèrent Bialoviéja, tour la blanche. Elle appartenait toujours aux 
Khozars. Les Petschenegs ni les Komans ne l'ont jamais occupée {95). 
Partant de l'embouchure de Rousia (Bospor) à è..j^xùo\ Askisia, 
place forte du pays des Alains, on compte 130 milles (Eskoï, Jeskoï, sur 
la Eia, leia); d'où on a 20 milles à J.SJ:.,! Askala, ville peu considé- 
rable mais bien peuplée du même pays des Alains, située à peu près de 
G milles de la mer (p. 399). 

83. Pour retrouver la position d'Askala, il ne faut que remontera 
peu près 6 milles le Don, six milles de son embouchure dans la mer 
Rousia , nous nous engagerons entre ses deux bras, dont un est le fleuve 
Don, l'autre s'appelle Oksai ou Aksaï. Il s'échappe de la droite du Don 
à 30 verstes au dessous du confluent de ce fleuve et de Sieviernoi 
Donietz (le petit Don septentrional); il coule d'abord au nord puisa 
l'ouest et finit par se réunir au Don à dix verstes au dessous de Tscher- 
kask , à dix verstes au dessus du fort S. Dimilri rostovski. Il y a sur ce 
bras à 13 verstes de Tscherkask un gros bourg Oksaiskai slanitza ou 
station d'Oxaï {Klaproth, voyage au Caucase, chap. 3, p. 31). Or, cette 
station est 6 milles de la mer d'Azov, parce que du fort S. Dimitri , il y 
a encore une douzaine de verstes jusqu'à l'embouchure. C'est Aschkala, 
Askala d'Edrisi. Les AUans la possédaient avec l'embouchure du Don à 
touttemps, à l'époque desPielschingsilspouvaient interrompre les com- 
munications entre Sarkel et Rhcrson, plaçant sur la roule des embus- 
cades, surprenant les traversants : y.xiàCovç i^sopsùot-,, y.a.i k^\jj.i/.Tioi «ùtsî; 

(des Khozars) îTm^îaîvOî iv t^ èdf.y/.z'hv.i. Ttsoi Tî TÔ Sk5Zc/ zaci zx xz/ju^tz /.y.i 

T/ivx-:,c7';jva(C.porph.dea. imp. 1 1). De même les Allans tenaient celte posi- 
tion à l'époque des Komans, et le Don, sous le nom de Rousia, traverse 
le pays des Allans, dirigeant son cours vers le couchant entre quaniité 
de villages bien peuplés et entre des cultures: n'était navigable que pour 
de petites embarcations : déchargeant ses eaux dans la mer de Rousia 
6 milles dessous Askala; ensuite dans celle de Nitasch, à 70 milles vis- 
à-vis de Trebizond (VI, G, p. 399). Ni les Pietscliings, ni les Komans ne 
possédaient le canton de sa bouche, il était toujours aux Allans. 

D'Askala en suivant le littoral 20 milles à aj »-x~,! Isliberia, située au 
bord de la mer, florissante et peuplée. Ses marchés sont fréquentés, 

(95) Jean Potocki, voyage dans les slipcs d'AflrakUan, I, 17, Karaïuzio , t. f, 51, 90, V, 133; 
Kbprolb, tableau de l'Asie p. 272; te même dans le nouveau journal asraliquc , II , 413; FracUs, 
Majazin fur die LiUcrat. d. .Vusl. 1836, S. 79; Stbafarjik, sUroj. slav. II, 2, § 27, p. 49*. 



200 EDRISI. 

ses rues larges, ses maisons solidemeni bàiies, ses habitants pour la 
plupart commerçants et riches (p. 599, 400). Magnifique description, 
avec laquelle s'étant engagé dans les sinuosités du Don, nous n'avons pas 
d'espérance de se fixer quelque part dans les stèpes planes et désertes. 
En suivant le littoral du Don et puis du fleuve Manlisch, nous arrivons 
au lac ou à la mer de Manitsch, le Manitasch, qui est aussi le nom de la 
mer d'Azof ou Maeotis, Manitasch. C'est sur les bords de cette mer 
oblongue que devait se trouver Istiheria, Sliberia, de laquelle une roule 
conduisant à àJii]! Allania, ville d'où les Ailans ont pris leur nom, et 
tellement ancienne, qu'on ignore le nom de son fondateur; distante de 
Isliberia 2i milles et de Khozaria (Sarkel) 45 milles (p. 400). 

Quantité d'orientaux parlent de la ville Allania : cependant leurs 
relations ne suffisent pour déterminer son emplacement. Elle est au 

delà du défilé. Le défilé allan ,.»^M, jLj baballan est évidemment le 

défilé Dariel, appelé par les Arméniens Tourn Alanats, ou porte des 
Alains. Masoudi vers l'anOiT, a donné sa description; Edrisi en 1154, 
lacompteau nombrcde nombreux défilés; Alboufédaen 1331, le distin- 
gue des autres comme le plus grand des passages. La ville Allania devait 
donc se trouver au nord, à l'issue du défilé, sur les plaines de Terek. 
Les AUans qui s'appelaient eux-mêmes Os, As, ont obtenu le nom des- 
Allans de la ville Allan, très-ancienne, qui devait être assez connue, 
parce que le nom d'Allans est connu dans l'anliquilé (ge). 

Au bout du compte je pense avoir prouvé etsuffîsamment établi, que 
sur la carte itinéraire des géographes de Sicile, tout le littoral de 
Nitasch , entre Trebizonde et Matrakha , formant un recoin de la mer, 
-^;» d'une mer, un lieu (remolus, recessus, dissiius) retiré, relégué 
{VI, G), est tissu de relations mal entendues, mal comprises, et repré- 
sente pour la plupart le Manitasch, la merde Zabach. Les géographes 
semblent n'avoir rien pour la portion littorale entre Matrakha et Trebi- 
zond, et s'ils en ont eu quelque chose, ils ont tout divisé en îles. Quel- 
ques, capes, pointes, presqu'îles, sur leur carte se sont formées en îles 
Saranba, Andiseran, Cardia, Azcla (97), et la description déroule les 

(no) Edrisi (p. 323, ôôO) compte orne défilés fortiûos daus le Kaoukase par leurs noms , mais en 
dosoi'drc. Ta carte itiiicrariu [V, (>], ii'iudique que luit bal)s, et n'a pas inscrit tous les noms. La 
ville d'Allan s'y trouve au sud de bab, du délilc. 

{',17) La confrontation des noms de ces îles avec les noms connus à différentes époques sur ce 
parage, n'offre de résultats satisfaisants. Sarauha {vis-à-vis de Kherson) répondrait à Coreto du 
moyen Age, à peu pics \napa; Andisera à l'embouchure de la rivière l'Andio et la ville continentale- 
à i/s journée SioH.w, à Zikkia ; vient ensuite Coî'rfia, promontoire Ciro, enfin x/îc?(j à mi-chemin 
de Trebizonde n'a pas de moindre analogie, l'n certain temps près de Scuastopol figuraient les 
Apsilos. — Quand à Anlala et la fameuse ?louncschlia, il parait qu'il faut les chercher dans les eaux 
de Manitasch. 



KOMANIA, 84. 201 

positions koraanes , khozares et alanes. L'examen de leur description 
assure que les komans, possédant de vastes terres cultivées, ne lou- 
chaient point à la direction occidentale du Don. Si leurs possessions 
étaient avancées jusqu'au Don, c'est plus au nord où ils avaient pour 
voisins les Rouss-tourks et les Bartas. 

84. Peiakhia, dans sa langue hébraïque, appelle les Komans -i~p 
Kedar. Il a vu ces Kedariens, demeurant sous des tentes dans des plaines 
cultivées qui exhalent une odeur agréable. Ils ont la vue perçante et de 
beaux yeux, non seulement ils aperçoivent des objets éloignés d'une 
journée de marche, mais encore ils les reconnaissent. Ils sont excellents 
archers , au point qu'ils percent de leurs flèches les oiseaux en vol. 

Ils no mangent point du sel ni du pain, mais du riz et du millet 
cuits dans du lait, ainsi que du beurre et du fromage. Quant à la viande, 
ils la découpent en morceaux, la placent sous leurs selles, puis font 
galoper leurs chevaux jusqu'à les mettre en sueur, et , ainsi échauffée , 
ils la mangent avidemment. Ils laissent aux femmes déplorer jour et 
nuit Ifurs mères et leurs pères morts, et elles continuent ces honneurs 
funèbres jusqu'à ce que quelqu'un des fils ou des filles ou des proches 
parents soit atteint de la mort. Ceux qui restent, pleurent ceux qui les 
premiers sont sortis de la vie. Les mères enseignent des élégies à leurs 
filles et la nuit elles gémissent et se lamentent. Les chiens y mêlent 
leurs aboiements et leurs hurlements. Les Kedariens n'ont pas des rois 
mais des princes et des familles nobles. 

Ils n'ont point des navires : ils cousent ensemble une dizaine de peaux 
de cheval étendus et passent une corde tout autour du bord. Ils se 
placent au milieu avec leurs chariots et leurs effets, attachant la corde 
à la queue (de peaux) de plusieurs chevaux et traversent ainsi le fleuve 
(Dniepr). 

On ne peut voyager dans ce pays, qu'à la suite d'un guide. Et voici 
comment le Kedarien se lie par serment : il se pique le doigt avec une 
aiguille, et donne son sang à sucer à celui qu'il doit conduire, pensant 
ainsi introduire en quelque sorte son sang et sa chaire dans le corps 
de l'étranger. Ils ont encore une autre manière de se lier par serment : 
on remplit de lait un vase d'airain, en forme de figure humaine, le 
guide et le voyageur y boivent ensemble et jamais ils ne violent la foi 
ainsi jurée. Dans le pays de Kedar, Petakhia n'a pas trouvé de véri- 
tables juifs, seulement des hérétiques qui n'avaient jamais entendu dire 
ce que c'est que le talmoud (98). 

(98) Les juifs, ou plutôt niosaïsan» saus tulmoud, sout les Haraites, qui se servent jusqu'aujour- 
«J'Iiui de la langue tourlj-komane. 



202 EDRISI. 

Petakhia traversa le pays de Kedar dans loule sa largeur en seize 
jours (y comptant le repos, ainsi qu'il restait dans le pays 16 jours). A 
une journée de marche (du passage du Dniepr) dans le pays de Kedar, 
la mer s'avance dans les terres (c'est la mer Zabach , Azov ou Rousia), 
et sépare ce pays de la Khazarie. Il y a (sur la roule traversée, côtoyant 
celte mer), d'un côté une mer (un lac) qui répand au loin une odeur 
fétide (Gnitoïe more), et de l'autre côté il y a une seconde qui n'a 
point d'exhalaison méphitique. Ces deux mers (lacs) sont à la dislance 
d'une journée de marche. Si quelqu'un essaye de traverser la mer 
putride, il meurt sur-le-champ et beaucoup sont même frappés de 
mort, quand le vent souffle seulement de cette mer vers l'autre. C'est 
pourquoi l'on ne hasarde aucune traversée sur celle-ci, que lorsque le 
vent souffle du côté opposé à la première. Pour traverser le pays (du 
passage du Dniepr, jusqu'à rextrémité qui touche la Khazarie) Petakhia 
employa 8 jours. A l'exlrémité de la Khazarie coulent dix-sepl^rivières, 
qui finissent par se réunir en une seule (c'est le Don ou Rousia qui se 
forme de six fleuves au dire d'Edrisi). C'est ici que se rassemblent tous 
ceux qui veulent partir sur des vaisseaux pour les régions lointaines. 
De la kX">-iT"i2 Khozaria, Petakhia se rendit dans le pays de Thogarma 
(Géorgie) (Pelakh. Tour du monde, publié par Carmoly, p. 8-15). 

85. A peu près cent ans plus tard , après la destruction de la horde 
Komane par les Mongoux, en 1245, parcourant ces stèpes, les deux 
franciscains Jean Piano di Carpini, Italien, et Benoît, Polonais, en 
qualité d'ambassadeur à la grande horde de la part du pape , et bientôt 
enl253, le Flamand Guillaume Ruysbroeck, comme ambassadeur du 
roi do France, ils ont vu les restes des Komans, et en font mention. 
Ruysbroeck, frappé de la quantité de monuments lumulaires disséminés 
sur une immense étendue du pays, construits à différentes époques, 
par différentes hordes, s'imagina qu'ils étaient tous élevés par des 
Komans. Cependant il a vu l'enterrement d'un mort, sur la tombe 
duquel les Komans suspendirent seize peaux de chevaux, par quatre de 
chaque côté des quatre points cardinaux, et ils placèrent sur cette tombe 
leur boisson et leur viande. Il apprit qu'un Koman malade s'enfermait 
avec son serviteur dans sa lente et ne laissait y entrer personne. Plus 
riches, ils s'entouraient de gardes, pour empêcher à qui que ce soit de 
se rapprocher à la demeure, parce qu'on craignait, qu'on n'apporte 
l'esprit malin ou un mauvais vent, qui nuirait au malade. Ils qualifient 
de prêtre leurs cnchanlours (Ruysb. édit. Francisci Michel et Thoma 
Wright, de la société géogr. de Paris, 1839, p. 237. 238). 

Edrisi , au nombre des hordes de l'intérieur de l'Asie, nomme 



KOMANIA, m. 205 

celle de -?Li,Aà. Khafschakh (VI, 9, p. 41 G). Personne ne présume- 
merail de corrélation de ce nom avec les Romans, s'il n'élait devenu 
depuis d'une grande renommée. Ruysbroeck sait, qu'on a de Comani 
qui dicunlur Capfhac (p. 2i3) et que tout le pays inhabilabatur a Com- 
manis Captaac cleliam ultra a Tanuïs usqueEliliam (p. 24G); habllabant 
Commani Capchac , antequam Tarlari occuparent cas (p. 253). Les 
orientaux parlent beaucoup à cette époque de ^'Lcs-;^ Kabischak , 
Kiblscbak (Aboul el Faragi, bist. comp. dynasl. orient, p. 97, 377, 578, 
405, 467; Abu Arabellab , hist. de Tanierl. p. 7G, 77, 80-84), et le pays 
obtint la dénomination de dechl kiplschak , ou slèpes de Raplschak 
(Aboulaghazi bahadourcan, hist. généal. des Tatars, p. 41, 85-89). D'où 
on a conclu que les Komans portaient le nom de Kaptschak. 

Les Pelsclicnegs, appelés par les byzantins Paizinatzi Kangar, et par 
les orientaux Badjinak Kangli , parlaient la même langue que les 
Komans npormii Ko/j-ivoii 6>i oy-oy/oTToti (Anna Komn.alexias VIJI,p.232). 
C'étaient donc deux hordes de la même souche. Kanghar ou Kangli, 
venant vers 894 du fond de l'Asie, des rives de laïk, et entrant en 
Europe, prirent le nom de Pelzings (Const. porphyr. de adra. imp. 11). 
Leur noyau resta dans leur patrie primitive , au delà de laïk , incipit 
terra Kangilarum (Piano Carpini VIII, i, § 15, p. 749; Bened. Polon. 
5, p. 277) et leur parenté avec les Komans était avérée : quidam 
Comani qui dicunlur Cangle ; Cangle quœdam parcnlela Commanorum 
(Ruysbr. p. 265, 274) (99). 

(99] L'idiome koman-touik, peut être connu suflisftmmeul, parce qu'on a de lui un monument 
littéraire, parce qu'il répandit sa somenco, et il est probable qu'il n'est pas tout à fait éteint. Du 
temps de l'indépendance des Komans, les Italiens l'étudiaieut^ l'intérêt du commerce demandait sa 
connaissance. On connaît les éléments de cet idiome et un petit vocabulaire compose de pins 
de 2500 mots, arrangé sans doute à l'usage des marchands \c choix des mots du vocabulaire y esta 
leur avantage), rt"ïligés eu 1303. Ces éléments et vocabulaire furent la propriété de Petrarcba, lequel, 
à sa mort, 137-1, en Ut don à la république de Venise. En 18-2i le bibliotliécaire Salvi communiqua 
leur copie à Klaprotb , lequel les publia en 1828 {mémoires relatifs à l'.Vsie, t. UI , p. 122-256). l\ 
examina soigneusement levocabulaire, indiquant l'aualogic des mots avec les autres dialectes lourks. 
Un nombre considérable sont retrouvés dans les dialectes silériens : mais un nombre plus considérable 
se retrouve dans le dialecte constautinopolitain. Cette singulière coïncidence s'explique. Forcés de 
leurs camps par les Mongoux, multitude innombrable de Komans se retira dans la Gazarie et se 
dispersa aux environs de la mer Noire. Une portion se retira en Hongrie où , établie, elle renonça a 
son idiome. La masse de la population séjournant dans la Bulgarie et la Romanie, rencontra les 
Tourks ottomans et influença la formation du dialecte qui est devenu dialecte de la capitale, dès que 
les Ottomans se sont emparés de Coustanlinople. L'influence de l'idiome koman se décèle dans les 
langues d'autres souches. Les dialectes slaves, russien , polonais, ont pris du koroau : touman, 
tourbillon de poussière; kari, uoir ; madaf, pleine; fca/afcnn (faucon^ fier-à-bras; fcaWa, hache de 
gueri'e etc., (réciproquement le koman du slave : izba, chambre, konon, légal, etc., de l'italien etc.). 
Enfin on peut présumer que les mo7.aïsans karaïtes venus de la Komanie, parlent jusqu'aujourd'hui 
le kosian. — J'essayais de chercher dans le vocabulaire l'explication des noms rapportés dans la 
description d'Edrisi. Ce «vocabulaire, sobre en n, m, n'offrit de grandes chances à mes pcrquisitions- 
II serait trop fort de proposer un changement de la lecture à cet effet , de lire au lieu de Narous 



204 EDRISI. 

Les noms de Kangl et Kiplschah sont connus jusqu'aujourd'hui 
parmi les hordes Nogaï, pour les distinguer (Klaproth , voyage du 
Caucase, o, p. 100). 

Depuis que les Mongoux étendirent l'appellation des Kiplschaks qui 
leur étaient voisins sur un immense pays, les Koraans devinrent 
Kaptschaks , bien qu'avant personne ne les connaissait sous ce nom et 
eux-mêmes ne se le donnaient point, étant seulement de la même 
souche avec les hordes de Kafschah et de Kangli, dont une partie donna 
l'origine aux Pietschings. Les possessions des Komans et de leur nom, 
quand ils étaient indépendants en Europe, s'étendaient au levant 
jusqu'au Don et Volga atteignant du couchant aux Russes. Après leur 
chute leur nom s'étendit immensément, fut imposé (par les commer- 
çants de l'Europe) àdifférentes autres hordes apparentées et disséminées 
sur la surface des sièpes Kaptschak. Jean Piano de Carpini et le frère 
Benoît Polonais, voyaient partout les Komans, jusqu'à laïk, et ils 
appellent Comania, tout le pays depuis Gazarie jusqu'à laïk (Carpini 
hist. Mongol, p. 7i7-749: Benoit Polon. 4. 5, p. 771), 777) (loo). 

yOt,Y~i larous, au moyen de quoi ce nom donnerait . a a . Lj larouk, Irig, lumière. Je trouve 
Cun lai jour; cun tusin, orient, Kan .^L3 sang, peut-être d'un de ces mots vient «j;^ 
Kiniev. Je trouve Chirac (Kirak) ^ 4.5 chaux, peut-être elle a créé le nom de 8j.O Kira. Je 
trouvekarisurraen, jedcfends,karis (, ►«>»5) défendez, c'est l'origine peut-àtre de S>-J Kira 
comms fortiûé.—Tolamac, sanctifié, est peut être à3 Ail/' Matlouka, autre nom de ioLo.?, ^' 
Akkomania de la Eomanic blanche. — Pourrait-on jamais de (i,jj .. j a .J»w) scninbila , tecum, et 
de moninchibi (monin kibi) talis, extraire les noms de Sinoboli et de Mouuîschka (mcBin, meus, 
munegi, istius). Avec plus de succès nous traversons bespor Bourlik (burgil, torque, bargil vade) où 
dominait Olu abas( y ^f oulou, magnus] le grand Abas, parce qu'au delà , quand nous séparons la 
qualifia alion komane de sarr ^.^ ville, des prétendues îles, nous nous trouvons confirmé dans notre 
emplacement de Sar-Anbasur le point d'Anapa, et de Andi sera, Audi ville sur la rivière de l'Andio. 

(100; De la narration de Benoît polonais, on ne connaît que le texte du code colbcrtin n" 2477, <de 
la bibliot. de Paris. 11 n'y avait rien à corriger en l'éditant: tout y est supportable , style et orthogra- 
phe. Le savant éditeur d'Avczac s'est donné trop de peine en entreprenant de le rectifier. Une de 
ses rectifications est la conséquence d'une méprise. La narration de Benoît avait : à Bâti principe, 
post duas hcl^domadas, ingrcssi sunt Comaniam (cap. .1, p. 7G). L'éditeur y trouve un^ erreur et 
corrige : eijrcssi sunt de Comania. Cependant Benoit continue à chevaucher par la Comanie jusqu'à 
laik , cap. S, p. 477). l\ faut donc absolument restituer : ingrcssi sunt Comaniam (intcriorcni, ulte- 
riorem). D'Avczac, dans sa savante et profonde notice sur les ancieus voyages, admirable sous tous 
les rapports, dit p. 481 : les trois missionnaire.'!, conduits aiix frais de Boleslav, arrivèrent ensuite à 
Craco>ie chez Conrad duc de Lenczy, et (p. 482), il dés-iprouve avec raison l'assertion deMathias de 
Bliei-hov, qui substitua Boleslav le pudique à Conrad contre le témoignage du voyageur. Cejicndant 
notre judicieux savant no s'est pas tiré de ce point obscur quand il dit (p. 48i) : qu'il en résulte, 
que Conrad et son fils Lesko élaitmt alors à Cracovio avec la di\cliesse Crimislava. Conrad n'avait 
aucun fils du uom de Lfsko. Si la vieille Crimislava était encore en vie, il yavait trois duchesses qui 
pouvaient porter le titre de duchesse de Krakovie, la mère Crimislava, puis la telle fille Kunigondc, 
femme de Boleslav le pudique, et Agasie, femme de Conrad, qui était en possession de Krakovie. 
Sous le rapport de ce personnage le point est obscur. Si l'on admet, suivant le dire de Mathias de 
Micchov, que Crimislava se trouvait alors A Krakovie, le fils de Conrad serait Kazimir ou ZicDiov'it, 
depuis duc de Maznvie. 



BARTAS, 86. 205 

6 A R T A S. 

86. Suivant les contes sur les guerres d'Alexandre-le-grantl, relalds 
et répétés par losef Gorionide, le roi de Macédoine soumit les susmen- 
tionnés Bartas. Après la conquête de }st~':::k\' Absia , il alla contre 
n>S"'-")l! Bartiah et la conquit. Après, ayant renversé Olynili, il alla 
dans les terres de Kanaan (des Slaves) et il les a soumi. Il alla dans la 
terre î^iDixc Meotin (près de l'embouchure du Don) et l'occupa. Dans 
cette terre, la faim fit des ravages parmi les Macédoniens; grande 
quantité moururent, ils dévoraient leurs chevaux, et les cavaliers, 
privés de leurs montures, murmuraient hautement. D'ici il se portait 
de pays en pays jusqu'à la terre de Civp^'? Loukioum (Lucanic), d'où 
iJ passa à Akrakantus en Sicile (losip ben Gorion, cap. 9, p. Ci). C'est 
l'expédition septentrionale d'Alexandre. 

Le. nom de Bariiah , Bourtas , Bartas, (Partes) , n'était pas ignoré des 
écrivains arabes, avait même une certaine célébrité. Istakhri, Iba 
HaouKal, Masoudi, Edirsi, s'empressent de l'inscrire; il est connu dans 
les fastes de Russie. Istakhri indique leur position géographique. Ils 
habitent , dit-il , dispersés dans des maisons de bois et forment deux 
hordes, dont l'une habite sur les frontières de Goz; elle ne compte que 
2000 âmes et personne ne peut les dompter; ils relèvent desBoulgars. 
L'autre, assise sur les plaines d'Ithil, voisine des Rhozars, touche aux 
Badjinaks qui sont voisins des Romains. Leur langue ressemble à celle 
des Boulgars et des Khozars; ils sont mahommédans(versio Mordtmann, 
p. 103 , 106). Le fleuve Atel, rapproché au pays des Rouss, tourne vers 
l'est, et, sorti du pays des Boulgars, traverse les Bertas, et son embou- 
chure principale est dans le pays des Khozars. De l'embouchure aux 
Bertas, il y a 20 journées; de ce point les Berlus l'occupent dans 
l'espace de 13 journées. De l'embouchure d'Atel on compte un mois 
jusqu'aux Badjinaks (de la mer noire) et des frontières des Bertas aux 
mêmes Badjinaks 20 stations (Istakhr. p. lOi, 106, 107), Ibn Haoukal 
répète celle relation d'Istakhri n'y ajoutant rien de nouveau (ap. Carm. 
revue orientale, t. III, p. 260, 262; iiinér. de la terre sainte p. 18, 20). 

Masoudi connaît une rivière Bourtas , qui se jette dans le fleuve des 
Khozars (dans Ilhil), par laquelle les barques des Boulgars et des 
Khozars descendent et remontent sans cesse. (C'est un bras du Volga). 
Les populations lourks y sont fixées. Les Bourtas sont un peuple tourk 
qui demeure sur les bords de cette rivière, à laquelle il a donné son 
nom (ap. Carmoly, revue orient, p. 266, itinér. de la ter. s. p. 28). Dans 
l'année 921 les Rouss- Varègs , après leur défaite aux environs de la 
Caspienne, subirent un nouveau désastre en passant le pays des Bourtas. 



206 EDRISI. 

Edrisi {VI, 6, p. 405), quant aux distances, reproduit exaclemenl ce - 
qu'Ibn Haoïikal répétait autre fois. Les 20 et les 15 journées par Ithil 
ne sont pas reprochables : mais un mois et 20 stations pour atteindre 
les Badjinaks, sont dirigés par Edrisi dans un pays perdu : il n'y avait 
plus de Badjinaks sur la mer noire, ils furent remplacés par les Romans: 
cependant Edrisi par cette répétition copiste, commune aux écrivains 
arabes , déclare les Badjinaks voisins des Roùss même au \u' climat 
(p. 457). Si donc on voulait détourner ces distances d'un mois et de 20 
stations vers les Badjinaks ùe Test, Badjinaks intérieurs , il faudrait les 
refaire, les régler sur une autre proportion. — Mais à la suite de sa 
répétition, Edrisi ajoute que les villes des /^iJs.i Bartas, sont au 
nombre de deux ,.,L.^ , ^IJà^J Bartas et Savan, et qu'ils parlent une 
langue qui diffère de celle des Kbozars et des Rouss (VI , 6, p. 404). 
Sa carte itinéraire (VI, 6) place ces deux villes égalemsnt le long 
d'Itbil; or, toutes les deux sont de la borde occidentale assise sur Ithil; 
de l'autre aussi inexpugnable suivant Istakhri, assise sur les frontières 
de Goz, il n'y a plus de question. En effet, Edrisi remarque que les 
Rouss (slaves) qui habitenldanslevoisinagede la Hongrie, subjuguèrent 
les Rouss (lourk), les Barias, les Bulgars et les Kbozars, les ont chassés 
de leurs pays, se sont emparés de leurs possessions, en sorte qu'aux 
yeux des autres peuples il ne reste d'eux sur la terre absolument rien 
que leur nom. 

En offei, ces noms -jontinuent à figurer dans les répétitions, et, 
dépaysés qu'ils furent par les conquêtes russes, ils figurent décelant 
l'existence des hordes après leur défaite. Même les Bourtas ne dispa- 
rurent sitôt, et sont comptés au nombre des peuples conquis par les 
Mongoux : Brutachi qui siintjudœi (Piano Carpiui, VIT, 5). Bakoui (en 
1413), ne les a point oublié^dans sa compilation: ,JSy Barkas (lisez 
i^^Jsji du pays des Kbozars le long du fleuve Athel; ses habitants sont 
musulmans, ont une langue qui dillëre des autres. Il y a chez eux de 
beaux renards, des ouabr rouges (VI, 7) (loo). 

(101) Eosoile il auuotc le pays y^^LsS-Ojlj Babbak (lisez v_^ > [ 1_-^ J Badjinak), race 
de Tourks qui dcmcureut prés du pays des Seklabs. Ces peuples odI une longue barbe, ne payent 
de tribut à personne et \ivent avec leurs fommes comme des animaux (VI, 8). Ensuite se reogent 
chez lui à la long. 63* O'.et à la latil. 12"" 0' le pays de Bodja qui sont Tourk du \i' climat (VI, 9), et il 
faut les retrouver en Afrique comme les long, et latit. l'indiquent. — Paul Savelev (dans sa topogra- 
pbie des fouilles de la monnaie arabe en Russie, p. 61 66), molivé par plusieurs localités qui portent 
le nom de Burtas entre Kazari, Volga et la rivière Mokscha, et remarquant que les arabes ignoraient 
les Mokschans sous leur propre nom, veut conclure que les Barias sont les Mokscbans. H est 
probable que les localités Burtas sont des réminiscences du séjour des Bartas à l'ouest du Volga, 
Istakbri autorise de le croire, car il indique les possessions des Barias assez étendues, mais il les 
étend aussi a l'est du fleuve jusqu'aux C.ozs : et le principal siège de Bartas était sur Volga entre les 



I 



COMMERCE, ÉTAT SOCIAL, 87. 207 

Eu effet , ces petites hordes de Bartas avaient quelque retentissement 
qui perçait à travers les Romans, Polovtzi, et motivait peut-être 
plusieurs écrivains latins de donner aux Polovlzi le nom de Partes. 

Ce retentissement était plus remai-quable en orient, et c'est à cause 
des peaux de renards noirs et rouges, qui, sortant des pays des Bartas, 
portaient l'appellation de bourtasiah , bourtasit. Les rouges n'étaient 
pas d'une grande valeur, mais les noirs étaient préférés auxliermelines, 
aux zibelines, et à toute sorte de fourrure. On les payait énormément : 
recherchés par les émirs arabes et persans, afin de couvrir l'habil- 
lement, les bonnets, les robes, ainsi qu'il est diflicile de voir un émir 
qui n'aurait d'habillement doublé de renard bourlasien. (.Masoudi , ap. 
Carmoly, itinér. de la terre sainte , p. 28). 

Commerce, État social. 

87. Examinant les relations d'Edrisi, dans le but de déterminer les 
itinéraires, les emplacements des localités, les limites des pays, nous 
avons rencontré à chaque pas des notices sur le commerce. Ces relations 
venaient en effet de commerçants , de marchands qui observaient 
spécialement les objets de leur vocation. Certes, nous ne pouvons pas 
espérer d'y trouver l'énuméraiion de toutes les marchandises, mais ce 
qu'on annota de leurs narrations peut former l'idée de l'état com- 
mercial de différents pays et des changements dans le négoce, qui 
décidaient de la prospérité et de l'existence des états. Nos consi- 
dérations sur Edrisi se bornaient aux vi^ et vn^ climats; aussi 
l'examen du commerce s'attache presque exclusivement à la Russie et 
à la Pologne. 

Chaque pays avait son industrie, car si les étoffes demandaient des 
fabricants, les fourrures ne pouvaient entrer dans le commerce sansune 
préparation industrielle. La première est supérieure et par excellenee. 
Nous pensons que nous ne tombons pas dans l'erreur, quand nous 
avançons qu'elle doit être spécialement réservée à l'empire byzantin, 
le seul pays dont les produits de l'industrie et des arts se répandaient 
très-loin de tous côtés. Les latins fournissaient des objets plus communs, 
à l'usage plus ordinaire, et ces objets ne se répandaient pas autant, 
pas aussi loin. Les fruits de la terre étaient consommés sur le lieu, ou 

Khozars et les Botilgars. Les Moksehàns étaient-ils là et au delà du fleuve ? — Peut-être les arabes 
B'ignoraiant pas le nom de Moksclia; on pourrait le retrouver dans leur Mascbaqa. Au reste, les 
Bartas furent détruits comme les autres hordes. — Rlaproth (tableau du Caucase, p. 9î, et Asia 
polyglotta, p. 126), distinguo les Brutaclii de Piano Carpini, présumant que c'est une peuplade du 
Kaukase. 



208 EDRISI. 

dans le voisinage, car bien que tout le pays du nord n'était pas 
surchargé de population, les pays les plus peuplés avaient en abondance 
de quoi vivre chez eux. Les métiers seulement avaient l'avantage de 
fournir aux peuples plus éloignés , les vêtements , l'habillement et 
quelques commodités plus communes. L'industrie de l'orient avait pour 
elle un terrain spacieux en Asie même , cependant ses produits péné- 
traient vers l'occident et se mêlaient aux byzantins. Le trafic local et 
limitrophe consistait en céréales, bétail, commestibles , vêlements, 
ustensiles, vases, esclaves (102). Et le grand commerce, le négoce 
étendu, était du luxe, ses marchandises consistaient en objets précieux, 
de haute valeur. 

Ce luxe siégeait dans les églises, dans les cours, et celles des rois de 
Pologne, des deuxBoleslav et de Miecislav II, surpassaient toutes les 
autres : incredibile , incffabile. Il y a peu , la Pologne lavée de l'eau 
baptismale , encombra les sanctuaires de richesses, comme on peut le 
voir par le fameux pillage de Gnezne par les Bohèmes. Les cloches de 
bronze, croix, tables coulées d'or et d'argent, les apparats (Cosm. sub. a 
105i, edit. Menken, t. II, p. 2017). Ces objets de luxe des églises 
étaient pour la plupart fondus et fabriqués en Pologne. Lorsque, en 
1085, Yladislav Herman envoyait sa pieuse missive à S. Gilles eu 
Provence, il fit battre un calice d'or, et fit fondre une statue de l'enfant 
en or; il y ajouta les apparats de l'église d'or et d'argent (brodés) : nec 
mora pucrilis ymago , cum calice de auro purissimo fabricalur , aurum 
argenlum , pallia, sacrœ vestes prœperalur (Gallus, I, 30); admodum 
pueri imaginem fabricala (id. ibid.). 

La pénitence de Boleslav III bouche-torse (1117-1120), enrichit 
l'église de S. Adelbert à Gnezne. Il décora l'église et ses autels ; il fit 
fabriquer une chasse pour les reliques, pour le chef du saint, dont les 
perles et les pierres précieuses n'étaient de moindre valeur quel'or pur 
de 80 marcs : per ecclcsîam el in allaribus ornamenla prœscnlavil . . . , 
in illo feretro auri parissimi 80 marcœ continentur , exceplis perlis. 
gemmisque prœciosis, quœ minoris quam aurum prœcii non videntur 
(Gai. III, 25). L'église fut décorée par une porte de bronze représentant 
dans 18 tableaux l'histoire du saint, encadrés dans des châssis d'une 

(102) 'AyopàÇouffj è? aùrwv ^ô«î xa2 Îîtttous, xxl ■npô&nxx, les Kiioviiciis de Pct- 
zcnelis (Const. i)oriili. deailin. imp. 2"; de même auprès dos Komans.» Les Khozars achetaient des 
Russes, le miel cl la cire ,lbn llaoukal). Le sel entrait en Pologac de Ilalitsoli : couferimus eliain 
cidem claustro, siiigulis annis, tredecim planstratas salis integraliter sicut de Uussia ducuutur, do 
telonco in Sandoiniria rccipiendas (donation de H76, 10 août à Soulciov par Kazimir le juste édité 
en 1815, à Varsovie, n» iv, p. 12). Los environs de Krakov avaient leur sel (dipl. (1103) llîO, in 
tineri« Sztzygiclscii ; buUallôC, in dipl. niag. pol. Raczynscii). —Sur l'achat des esclaves nouj 
nouj expliquons ailleurs : la traite était inconnue, 1« nord n'était pas à tel point de civilisation. 



COMMERCE, ÉTAT SOCIAL, «S. 509 

riche composition. Les deux battants longs de 9 '/î pieds de Paris, sont 
chaque d'une seule fonte (los). 

H est probable que pour confectionner de semblables objets, on fesait 
venir mainte fois des artisans étrangers, surtout allemands, car FAlle- 
magne à celte époque était renommée pour ses fonderies; le produit des 
fonderies allemandes allaient en Italie (104). Ces fonderies exécutaient 
des ouvrages gigantesques: cloches, statues, portes d'églises. Mais pour 
la fabrication des battants de Gnèzne, les artistes allemands poursrtr n'y 
coopéraient guère : car la Pologne avait en même temps une porte de 
leur ouvrage, dans le style et le goût byzantino-allemand, généralement 
pratiqué en Allemagne, et les battants de Gnèzne sont d'un tout autre genre. 

Alexandre, évéque de Plotzk.(vers 1154), fit venir les fondeurs Riquiu 
et Waïsmuth de Magdebourg, qui lui fabriquèrent une porte de bronze 
en '2i tableaux de Thistoire du Christ, encadrés sur deux battants de 
bois (103). En même temps Otto, évéque deBamberg, connaisseur de 
l'art de son pays, détruisit (en 112-ietll25) les idoles des Pomoraniens 
scuîptoria arte incredibili pulcritudine celata. 

88, A côté du luxe et de l'opulence siège ordinairement , sinon la 
misère au moins la pauvreté. En Pologne, à cette époque , agricole , 
sans industrie, il n'y avait pas de misère, d'indigence, mais la pauvreté, 
la modicité; une fortune médiocre mais suffisante, raillait le luxe 
opulent qu'on qualifiait de richesse. 

Les marchands et les voyageurs qui connaissaient différentes parties 
du monde, furent d'accord que la Pologne est un pays de lait et de miel; 
ils y virent les rues des villes formées par des maisons contigues; les 
terres cultivées , des jardins , des arbres fruitiers : la nourriture des 
habitants ne demandait rien de l'étranger. Cependant les poissons 
étrangers arrivaient de différents pays : maritima divitia , opes 
f</uorca5 des Pomoraniens ; l'huile de poisson des Komans, poisson de 
Volga de la Khozarie (loe). Sans doute on aimait à assaisonner les plats 
avec des épices : poivre xepTo^'Tûvrov/iiïâàv... -cTis^tvxat érep» (Consl. 



(103) VoTei la figure et la deseription dans mon ouvrage polonais : la Pologne du moren âge, 
t. IV, p. 296-329, publié à Posen 1831. 

(101; Quidquid ia auri argpiiti cupri et ferri, ligDoruui, lapidumve subtilitate solers laudet Ger- 
mania, dit le moine Theophil. — GîrmaDia gloriosa ! tu vasa et aurichalco ad nos subinde mittis, 
chante un des anciens poètes Fiorillo, Gescb. der zeichneudc Kiiuste in Doutscblan.l, U, p. SI}. 

(105) La figure et la do?criplion de celte porte citaient publiées par Fiederik Adelung : die korsu- 
BiRbe Tburen in Katbedralkirclie lur Ucil. Sopbien in Novrgorod, Berlin, 18î3,in-i*. — Catteport 
«tsit donnée comme cadeau a la sainte Sophie par uu duc de litTaaie , et trsusport«e à NoTogrsd 
Yert iseo. Voyez dans ma Pologne du moyen âge , t. IV. p jC9 ?93. 

(lOt) !<saaescbka d'Ednsi, VI, C, p. 40.1, 40Ï. 

UI. i* 



210 EDMSl. 

porp. de adm. iinp. 6), gingembre, oranges, (conf. Edrisi Yl, 6, p. 405). 
Le vin nécesaire à la célébraiion des messes. Suivant toutes les appa- 
rences, on était plus porté à l'aprovisionnement d'une excellente boisson, 
qu'à l'amélioration de la cuisine, parce qu'on voit de bonne heure un 
échanson parmi les dignitaires de la couronne, et la fonction du dignitaire 
de la table ne s'étendait guère à la cuisine, seulement à la couverture 
de table. (Le dignitaire de la cuisine ne parut qu'au xv« siècle). En 
effet, quand la boisson dans les festins coulait en abondance, les 
couvertures des tables brillaient de luxe et de magnificence. 

Lorsque Gallusjun des chapelains de la cour de Boleslav IH, rappelle 
que du temps de Boleslav-le-grand vasa et supelleclilia , nuUa Ugncu 
habebatur (I, 6, p. 41), il est évident que de son temps la table royale 
était chargée de vases et d'ustensiles de bois, et ceux du temps de 
Boleslav-le-grand, n'étaient que d'or ou d'argent, de métal ou de 
corne (lo-î). Boleslav m, célébrant huit jours le festin de sa noce, distri- 
buait seulement ceux qui étaient en or ou enargenL(Gall.n,23,p. 181). 

La couverture de la table exigeait diflérentes marchandises qui dé- 
ployaient un luxe recherché pour éblouir la vue; demandait des tapis et 
des tissus(i08).De même les sièges, les planchers, les murs, l'entrée, le 
vestibule et la cour brillaient de toutes sortes de couleurs, d'or et d'ar- 
gent (i09). Les chevaux harnachés, rayonnaient d'or et d'argent (no), 
et le cavalier ne négligeait point sa propre personne; les rangs des 
guerriers éblouissaient par la couleur de différents régiments (m). 

Du temps de Boleslav-le-grand, personne n'osait se présenter à la 
cour habillé simplement en tuile de lin ou de laine; personne n'y 
allait dans sa simple pelisse : chacun était surchargé d'habillement; 
la pelisse ou la fourrure avaient de précieuses couvertures, brodées 
en or(ii2). Les hommes, chargés de la chaîne d'or sur le cou, mar- 
chaient dans les habits royaux, carie roi distribuait chaque jour des 

H 07) Ces Tascs étaient : cyph» , cuppBP, lancpse, scullellae, cornua mcnsx. 

(108) Callus(I, 6) Cl une spécification de pallia cxtensa, nappes; corrinae, porte assiettes; tapcria 
• l slrata. courte pointes et housses; mantilia vt manuteria, serviettes et cssuio-mains. 

(109) Baldekini de saronitis, diversisque pncclosis sericis ornamentis, comme on a décoré près de 
Gnéine le oUemin du pèlerinage nu-pieds de l'empereur Otto UI , (miracula scti Adalb. cap. 9, édit. 
Péril, t. IV, p. 615). Les étoffes de Bagdad , Baldak, et de soie. — BoleslaT H, tribula in tapetii 
strata prospectal'al 'Gall. 1 , 26, p. 103,. Les rois teuaient leu»s coaseils, donnaient les audiences, 
devant leur majsoo sous des tentes. 

(110) Frementiun» equorum auro et argenlo fulgentia frena (Joh. canap. vita s«ti Adalb. cap. 7, 
edit Perlz, t. Iv, p. 386). 

(411) Acies, diversilasindumoulorum discolor variavit (Gall. 1,6, p. 39). 

(112) Milites et leininï'.curiales, pro lineis vestibus et laneis utebantur.... nec pelles sine pallioet 
auril'risio porlabutur (Gall. I, 0, p. 39). Palliura, n'est pas un mentcau mais une espèce d'étoffe ; 
pallia font partie des apparats de l'église ; les pelisses , pelles palLiis coopertac; pallia sont «tendues 
(UT les tablc«, pallia extiaosa; pallia répondent aux liiieitet laneis vestibus. 



COMMERCE, ETAT SOCIAL, 88. fit 

soubes et des zoupaos (us). Les dames de la cour, couronnées dor, 
ayant à leur cou des colliers et des boucles enfilés; des bracelets à 
leurs bras; vêtues de robes brodées en or, décorées d'agraphes , de bou- 
lons, de pierres précieuses, se trouvaient à tel point surchargées qu'on 
les soutenait, pour qu'elles puissent se tenir debout (iii). On ne peut 
pas considérer celte relation pour une trop forte exagération, pour ce 
siècle d'or. L'ecclésiastique près de l'autel, se tournait avec peine, 
accablé de la pesanteur de l'apparat; le guerrier se remuait lourdement 
sous son armure et sous sa chaîne; les dames se courbaient sous le poids 
des pierreries et des métaux qui décoraient leurs membres et leur 
coiffure. Luxe effréné, incroyable et ineffable pour les autres cours. 
La reine Rixa (en 1056) fuyait de Pologne, ennuyée et dégoûtée de 
l'inlnlérable faste de la cour et de la barbare étiquette des Slaves (us). 

Ce luxe, avec le temps, déchut de sa hauteur. Le chapelain de la cour 
de Boleslav ÎII voyait comme milHes et fœmmœ curiahs lineis vcslibus 
vel lancis ulebanluv et pelles (1 , 0, p. 50); il a vu comme le roi, aux fes- 
tins de huit jours de sa noce, distribuait de son vestiaire, à la manière 
antique, les zoupans et les soubes couverts de soierie et décorés de 
broderies en or : renones et pelles palliis coopertas et aurifrisiis delim- 
batas (IL 25, p. 181). Ce luxe déclina à la cour, non pas qu'il y eut moins 
de matières dans la circulation pour le satisfaire, mais parce qu'il n'y 
avait plus de ressources à disposer de ce qui se divisait et se dispersait 
parmi les hommes qui avaient leurs Jardins et leurs châteaux; il perdit 
son éclat, parce qu'au lieu de décorer et couvrir la grossièreté d'une 
toile ou d'une pelisse, il entra dans leur confection et améliora celle-ci 
en lui donnant un certain lustre. 11 y avait encore d'autres circonstances 
qui changaient la nature du luxe, (jue nous voulons exposer. 

Les métiers de Pologne ne pouvaient point fournir tout ce que deman- 
dait ce luxe. Il fallait acheter chez d'autres à l'étranger, et payer argent 

(113) Torques aufeas immeDsi ponderis (Gall. I , li , 16, p. 61, 81); iiidumculis regalibus ad«i-ii<il 
(id. I, 13, p 70 ; qui vc?lcs [zoupany) miitabatis collidie (1, 16, p. 82) : ceux de la veille élaient pro- 
bablement reportés dans le veitiaire. 

(114 Muliercs vcro curiales coroiiibus aiireis, nionllibus, murenulis, bracliialibns . aurifrisiiset 
gemaiis ita oiiusta: precedebant, quod, ni sustcntarentur ab aliis, pondus metalli sustiiierë non vale- 
bajil ,Gall. I, 13, p. 6-t, 65). Vos matronie, quse toronas gestabalis ;iureas i:t qu.-c vestes liabebatis 
totas anrifriseas (I, 16, p. 8i). — A voir l'iiabilleraent moins rlinquant de l.i dame StrjezislaTa. 
modeste mcre de saint Adalbcrt, couchée sur sa cbaiselongua dans nu compartiment de la porte de 
l'église à Gnczne. — Il Tapcudetemps, en 184i, on a trouvé dans la pramle Pologne prés d'Obrjilzko, 
quantité do boutons, d'agraplies, d'annelets, do boucles ct^l'autres pendants, d'un ouvrage tres-fin , 
enfouis vers 980, dont on voit les figures dans fc description de Jules Friediander : Fund vod 
Obrzilzko, Berlin , I8-W, in -4°. On relrouvail déjà de semblaliles en Poméranie. C'est probablement 
l'ouvrage byzantin, connu aussi en orient. Ce qu'on a retrouvé jusqu'aujourd'hui est tout en argent. 

•115) Dictu incredibile, ac ineffabile (Dilm. IV, is]; utpote f;i-Iu cjus iutolerabilcs, simul et l'a;-- 
baros slavorum pert««a rilus (vila Eiunis, cap. 3, inlcr seript. binusv. Leibnitzti, t. I, p. 3î0",. 



312 EDRISI. 

eemplant bien d'objets des fabrique» étrangères. Non loin de Krakovie el 
de Biton , près de Zwierszov ou Sieverz, la Pologne possédait des mines 
d'argeni(ii6).0n ne peut pas présumer qu'elles aient données une suffi- 
sante quantité de métal pour payer tout. Les ressources à celte fin exis- 
taient dans les cérales, dans l'abondance des produits du travail et dans 
l'exportation limitrophe. Le sol était fertile et cultivé, les villes florissantes 
renaplies d'ouvriers aussi habiles qu'intelligents (Edrisi, VI, 4, p. 589). 

89. L'or et l'argent qui donnait tout l'éclat au luxe des églises et de 
la cour, étaient un objet de commerce, une marchandise, nécessaire en 
partie pour le vaste négoce, quand il était acquis par échange et trans- 
porté en lingots; il n'avait pas de valeur pour le petit trafic. LesPrussiens 
n'y attachaient aucune importance, ils ne demandaient que des tissus 
en laine (m). Les insulaires Roughiens ne voulaient point admettre du 
numéraire, ils se contentaient de la valeur des toiles (us). La Pologne 
était plus accessible à la circulation de la monnaie , et moyennant ses 
ressources, elle achetait des masses d'or. On avait du temps de Boleslav- 
le-grand, supcrfluilalem pecuniœ, aurum commune; c'est avec le temps 
que son éclat s'affaiblit devant la luisante pâleur de l'argent (n9). 
C'était la conséquence de ce changement dans le commerce, où l'or et 
l'argent, principale marchandise , céda la place aux marchandises d'in- 
dustrie, conséquence de ce progrès qui dispersait le restant des métaux 
précieux dans des mains nombreuses, dans toutes les parties du pays. 

Pour l'habillement, les garnitures de la parure, les étoffes, les orfè- 
vreries venaient longtemps presque exclusivement de la Grèce, de 
Byzance, de Rherson (120). Là étaient les manufactures des étofl'es de 
soie, sériel; de velours, sammela, de pourpre, p'kuTrtx, en général des 
étoffes de différente couleur, pallia; là on brodait en or, aurifrisia; là 
on fabriquait tapis, rideaux, pavillons, ceintures, irpavâix, bracelets, 

(416) Tilla acte Bilon {dans la liaiito Silisie) qiine Zuersov dicitur ciim rusticis argenti fossoribui 
bulla Iniioc. papa; 1136, in cod. maj. pol. Raczyii. n° i]. 

(417) Pruzi aiiruni et argcntum pro miuimo ducuDt... pro laaeis iodumentis efTerant pnccioioii 
martures (Heloi. I, 1, S). 

(118) Apud Rauos nou habetur moneta, bec est in cotnparandis rébus consuetudo numerarum, sed 
qulcquitl in foro mercari voluciis, panno lineo comparabis. Aurum et argentum , quod forte per 
rapines cl captiones liomiaum, vcl undccunquasadepti sunt, aut uxorum cultibus impcodunt , aut 
io xrarium dei siii conferuut (Helm. I, 58, 7). 

(119) Pecnnia, dans la relation de Gallus, désigne non seulement la monnaie coHrante, mais es 
même temps des lingots d'or el d'argent. ^ 

(lîO) Xî3(j5vtTcôv Tov /y-fî-S-ov... ocov ^AaTTi'a: , ■^pv.ioia., '/xpisi'j., is'r,}j.vfza.,,. 
(Jsp/zaTta à//>;5^(và Tîa^Jizx iConst. porpli. de adm. imp. 6;. Cela passait du temps de Con 
stantio par les possessions d;>s Petselieueglis ; après leur deslructton, passait de Kherson dirrctement 
dana k-s terres des Russions. A la suite de en eommcree, les Ruisoi, qniliiéreDi d'euvrag* k«rt»u 
ttien, tous l«i monuments «t «l^els artisloinen t àUburcs. 



COMMERCE, ÉTAT SOCIAL, »0. 215 

/aptpiy., brachiales, et iniilliiude de parures de ce genre 07,u£vTa, qui 
s"atiachaienl à différentes parties du corps, à tous les bords d'habillenieni, 
franges, annelets, boucles, boutons, agraphes. A cette époque, les fabri- 
cations exécutées en Perse, en Asie, à l'imitation des Grecs, ou par les 
Grecs eux-mêmes, restaient encore sur le lieu, n'arrivaient pas à une 
telle quantité aux rivages du Volga et du Don comme postérieurement, 
ne se mettaient pas encore en concurrence avec les manufactures byzan- 
tines. Les soieries Laldakines, et les tissus de coton de l'orient eurent 
plus de fortune plus tard. Des environs du Don et du Volga arrivaient 
plutôt les poissons, et , ce qui était plus important, l'or et la fourrure. 
Byzance a pu transmettre de l'Afrique les peaux de léopards et quelques 
dépouilles des animaux du sud; mais les fourrures de martres, de 
belettes, de zibelines, de renards rouges et noirs, bourtasses, le castor, 
sortaient des environs du Volga et du Don, pelles prœciosas (Gall. 1, G, 
p. 36), dont l'aspect et l'odeur furent du goût de l'occident (Helm.1, 1). 
Ces fourrures arrivaient par de grands chemins, et se dispersaient 
par des chemins particuliers. Par ce dernier moyen, les Prussiens 
pouvaient, de leurs forets marécageux, fournir certaine quantité au 
monde chrétien : pelles abundanl, peregrinis offerunt, tam prœciosos 
martures (Helm. I, 1, 8). Sur le grand chemin se trouvaient les 
Kiioviens et chez eux le gros du commerce. 

90. Dans chaque siècle il ne manquait pas de mouvement commer- 
cial dans ces immences dislances du nord; il était lent, traînant, mais 
il rapprochait les peuples éloignés. L'invasion du mahométanisme et 
les perlustrations des Arabes l'ont animé sans doute; mais c'est par 
l'activité de la dynastie sammanide (890-1004) et par le concours de 
ces événements, qui déplaçaient les situations de la race Slave, qu'il 
prit une extension considérable, et, grandissant, coopéra à la permu- 
tation de l'état social et politique de plusieurs pays et nations. Sur les 
rives du Volga , les marchands des côtes de la Baltique se rencontraient 
avec les marchands des côtes de la mer rouge et du golfe persique. Les 
peuples du nord, prenant l'or et l'argent des mahommédans, donnaient 
en échange ces précieuses fourrures, qui émerveillaient les climats plus 
échauffés. D'un autre côté , ces précieuses fourrures, de même que l'or 
et l'argent, acquis par le trafic, furent échangés avec les occidentaux, 
pour le vêtement ordinaire, pour de petites commodités de la vie, qui 
manquaient au peuple du nord. La Slavonie du Dniepr, où les Varèg- 
Rouss se sont casernes , par sa situation forma bientôt un entrepôt, 
el devint l'intermédiaire de toutes les opérations du négoce occidental. 
L'esprit mercantile l'emparades peuples, les villes cl les cités grandi- 



914 Er>R{si. 

renl rapidement en population, en métiers, en trafic, en extension; a 
côté des chaumières, pleines de nombreuses l'amilles, les archilectes 
grecs élevaient des édifices en pierre, d'épaisses murailles et fortifica- 
tions, des basiliques, des cerkievs, décorées de mozaique la plus recher- 
chée. Les marchandises étrangères traversaient continuellement, s'arrê- 
taient sur les marchés et encombraient les dépôts; les marchandises 
principalesconsistaientensacsdefourrures, en or et enobjetsde luxe La 
soif de gain animait tout le monde, mais pour jouir de la surabondance, 
il n'y avait aucune inclination. La grossièreté rustique, regardant les 
monceaux d'or accaparés, n'avait aucune disposition au luxe, ne l'inventa 
point, et, guidée par l'avarice mercantile, ramassait pour garder (121). 

On savait que la Russie était riche, surtout sa métropole Riiov. 
En 1018, le 15 août, Boleslav-le-gra;id entra dans cette capitale, capul 
et arx regni, Kiiov. A l'instar de Byzance, elle avait sa porte d'or, civi- 
tatem magnam et optiîenlam ingrcdicns, cvaginato gladio, in aurca porla 
percutiens (Gall. 1 , 7, p. 4i, 46). Dans celte immense cité on comptait 
400 églises, cerkievs, huit marchés ««//eaTa.- ; une population innom- 
brable , car l'affluence dans la ville et vers ses environs était énorme : 
des indigènes, des esclaves qui y trouvaient leur refuge, des étrangers 
et spécialement des Danaens ou Grecs (des juifs), et de dangereux 
voisins Petschenehs L'incendie avait endommagée l'année précédente 
la principale basilique, la cerkiev de sainte Sophie : elle fut déjà res- 
taurée. La cité entourée d'une muraille, capable de se défendre, après 
une courte résistencc fut prise. On y montra à Boleslav une quantité 
ineffable de précieux métaux , inclfabilis pccuuia usiendilur, le trésor 
ducal , avec lequel le duc ne savait que faire. C'est ce que disent les 
publicistes de l'époque, ce qu'ils annotaient avant que Boleslav eut le 
tempsde se reconnaître dans sa nouvelle acquisition (Dilm. IX, IG)!»^^). 

Boleslav-le-grand prit conseil, s'il devait garder avec une poignée de 
guerriers une cité aussi vaste et populeuse, nrbcm, dUissimam, regnum- 
que ruthenorum potcnlissimum. Dans ses états il n'y avait aucune com- 
parable. Il se décida à confier son administration à un Russe et de 
l'abandonner : decem mensibus inde pecuniam in Poloninm transmit^ 

(141) Du temps de Boleslav-lc-granJ, dans la piiissaalf et opuleute Kiiov, an nioaicnt de sa plus 
haute splendeur : Riitonorum rex , simplicitate gcntis illius, s'amusait de la pèche ordinaire de 
poisson. — Avec le lomps, Kiiov dàclim et succomba et on ne connaît aucun Inxo des duc» russicna. 
Le luxe se tournait vers les églises et les édilices. 

(Iï2j lu magna liac civilatc, qu* istius regni cap«t est et plus quam quadriugfnta lialeolur 
ccclesijc et mcrcatus orto ; po[>uli autem ignota manus : qn;c sicul omnis Ita-c iirovincia, fugitivorum 
robore serTorum, hue undiquc aftluentiiira et maxime ex velocibus Oanais, inuUumquo voceulibu» 
Petinegis Uactenns ronsislcbat, ol alias vincebat. — Boleslav entra dans Kiiov le 1 j août, le contin- 
gent allemand, domum remiltebat en septembre au plus Int. (a's Allemands pouvaient doue au moi* 
d'oclobr» retourner en Allemagne et raconter eomnic nenrlcusmile«inclytui ex iiostri» (allamanis}, 



COMMERCE, ÉTAT SOCIAL, 91. 215 

tendo, le onzième, cum Ihezauro residno Poloniam remeabal (Gall. I, 7, 
p. 4.7). Ex co tempore Russia Poloniœ vestigalis diu fuil Hbid. p. 31) (123). 
Cet événeraent favorisa le fastueux luxe des six dernières années de 
Boleslav-le-grand, ensuite les années du règne de son fils MielschislavII, 
faslus intolerubiles et barbaros rilus (jui devenaient insupportables à la 
reine Rixa allemande (vita Ezonis, cap. 3). 

Pendant l'assaut de Kiiov, magna urbs incendio minoralur (Ditm. 
IX, iO). Cet incendie ne diminua pas son existence; sa prospérité con- 
tinua ; la cité fut rebâtie : melropolis Chiie , œmula sceplris Constantino- 
poUlani, darissimum decus Crœciœ, de Russie, du rit grec (Âdanil brem. 
hisl. eccles (6G) II, 15). La Russie est toujours riche et opulente parce 
qu'elle a à sa disposition nombre de sacs de fourrures et de lingots d'or. 
Elle n'avait point de monnaie, ell(^jetlait celle de byzance ou koufique 
dans les creusets pour avoir des lingots d'or et d'argent. En 1041, le roi 
Kazimir épousa Russia twbilem muynis diuilUs uxorem (Gall. 1, 20, p. 92). 
Boleslav-le-hardi ou libéral contemplait iributa Rutenorum, aliorumque 
vecligalium in (apetis strala (I, 26, p. 105); pour un baiser de paix et la 
secousse de sa barbe, le duc, knez, compuialis largi Boleslai passibus 
equi, de slacione ad locum convenlionis , tolidem marcas aureas posuit 
(I, 25, p. 101). C'était peu de chose pour le duc de Russie de jeter l'or 
avec cette profusion, car il ne connaissait ni le charme d'une bonne chère 
exquise, ni l'attrait du luxe. Cependant le trésor commença à s'épuiser 
par de fréquentes visites. Le duc porta plainte au pape Grégoire VII , 
lequel dans sa lettre de 1075, apostrophant Boleslav, exige et sollicite 
la restitution, pecuniœ qtuim régi Russorum abslulit {episl. II, 75) (124). 

91. Le trésor du kncz se dispersa et se vida; en attendant l'or dis- 
paraissait du commerce et cédait la place aux lingots d'argent; ce qui 
restait d'or se disséminait plus facilement dans les mains particulières; 
le commerce des autres villes commençait en même temps à se placer 
au niveau de Riiov et se détournait de sa direction vers cette cité. 

oppetiit dans un combat, et ils narraient toutes ces choses iaimagioables qu'ils ont tus «t qu'ils 
apprirent de ineffabili pecunia qu'on avait montré à Boleslav. En même temps arrivait ad imperato- 
rem dileotusBoleïlavi abbas, cum muneribus, conditionnant un nouveau contingent impérial, on cas 
de demande, ut suum ampliusauxilium acquirer£t. — Tout ceci est noté par l'évèque de Mersebnrg 
Ditmar, presque àl'inslaDt même, sur ton lit de mort, car il mourut le I décembre. Boleslav-le-grand 
séjournait encore à Kiiov. Dans cette nouvelle il n'y a rien d'exagéré. Les villes de Russie devenaient 
un refuge de la liberté, fover de franchises et du lu -re, grandissaient comme par enchantement. 

(183) Diu, par conséq'ient dans l'aiiuéc IHO, dans laquelle écrivait Gallut; du temps de Vladislav 
Herman et de Boleslav !a Russie n'était plus tributaire. 

(lî*) luter omLJâ servanda vobis est cantas , qnam, quod inviti dicimus, in pecunia qnam 
Russorum régi abslulistis violasse videmini. Qujipropter, condoleates vobis multum vos rogamus et 
admonemui.ut pio amors dei et sancti Pétri, quidqnid ribi « vobis et vestrit ablatum act, reititui 
(«ciMii. 



21(3 EDRISI. 

Cependant Kiiov coaiinuait encore de rester le centre du mouvement 
commercial, qui croisait en tout sens et traversait cette cité. 

La navigation sur le Volga était utile aux peuples reculés vers les 
déserts nord-est; celle du Don, commode à tous ceux qui bordaient ce 
fleuve; les petits bâtiments de son embouchure apportaient des trans- 
ports aux grandes constructions de Matrakha ou de Bertabili, pour être 
expédiés par la mer noire. Mais le cours du Dniepr, renforcé par de nom- 
breux bras navigables, roulant ses eaux par les pays inspirés du génie 
mercantile, lavorisail mieux la cité Kiiov par les communications rive- 
raines. Il fesait descendre les marchandises de la Slavonie septentrio- 
nale, des Poraoraniens, des Normands-skandinaves, des Anglo-saxons, 
marchandises qui venaient de la mer baltique et traversaient Novo- 
gorod et Smolensk. Tout descendait vers Kiiov pour être expédié aux 
bâtiments de la mer noire, d'où les marchandises de Byzance et de 
Kherson remontaient par le même chemin vers Kiiov, pour être dépo- 
sées jusqu'à ce qu'elles aient pu se disperser dans toutes les directions. 
Plusieurs villes des rives du Dniepr pouvaient tirer un semblable avan- 
tage; la fortune préféra Kiiov, elle était seule qui en profita parce que 
les grandes communications continentales se croisaient avec la riveraine 
le plus commodément dans ses environs. 

La Pologne, dans sa position, était privée de semblables avantages. 
Ses principaux fleuves roulaient les eaux dans un sens contraire ; elle ne 
possédait pas directement le littoral de la Baltique. La Hongrie était plus 
rapprochécaux objets de luxe et du commerce byzantin, le Danube y était 
à donner une direction au négoce ; ses rives méridionales et ses embou- 
chures furent animées. La Pologne, entourée de ce grand mouvement, 
sans être appelée à la participation, servait de passage et tenait un rang 
inférieur. Ce passage se frayait cependant différentes routes commer- 
ciales par son territoire. De Magdebourg et Halla (par Posen) à Gnèzne; 
de Magdebourg et Halla (par Breslav) à Krakovie. Dans l'intérieur du 
pays elles se croisaient, et de Gnèzne et de Krakovie elles s'étendaient 
très-loin. De Gnèzne par Sandomir, à Prjemisl, Sambor, à Halitsch, 
d'où l'on descendait avec le Dniestr jusqu'à la mer noire. De Krakovie 
par Sandomir jusqu'à Kiiov. Cette dernière était le chemin du grand 
commerce ei son principal passage qui animait Loutzk et Peresopnitza. 
De ces routes nous avons les distances que les marchands, vers H54, 
rapportaient aux géographes de Sicile et à Edrisi. 

Sur les immenses plaines de la Slavonie russienne, l'esprit mercantile 
détermina aussi les distances pour les marchands. De Kiiov on passait 
le continent avec sécurité jusqu'à l'embouchure du Dniepr, et on remon- 
tait vers SmoUnsk. Barmon ou Smolensk est «videmnieni un point trèi- 



COMMERCE, ÉTAT SOCIAL, 92. 217 

iiiiporianl pour le commerce du nord , d'où rayonuaieni les communi- 
cations continentales dans toutes les direclions. De l'est par les pays de 
Mordva et Mourom, se communiquaient les Boulgars ; du nord, Novogorod 
et les Kareliens. Vers l'ouest deux chemins avançaient jusqu'à la mer 
Baltique : un par Kabi à Anho (Revel); l'autre en longeant Dvina vers 
Madsouna et Sounon (123). Vers le sud, par Mozir et Loutzk vers Halitscb 
et Prjeraisl, s'embraucbant de Loutzk et de Peresopnitza, par Tiver, le 
long du Bob vers les embouchures du Dniepr et du Dniestr; croisant le 
grand chemin le plus fréquenté, qui venait de Krakov par Sandomir à 
Kiiov; d'où ce chemin avançait par les plaines des Komans jusqu'au Volga. 
Ainsi les communications continentales se croisaient à Kiiov avec les 
communications riveraines; elles facilitaient ce concours des quatre 
plages du monde dans un point central. Les géographes de Sicile ne 
l'ignoraient point : quoique la description d'Edrisi n'est pas assez claire, 
elleest assez explicite pour indiquer les positions connues; elle confirme 
l'existence de toutes ces avenues qui formaient la grandeur et la pros- 
périté de Kiiov. Elle en a profilé : mais il ne dépendait d'elle, quand 
l'aurore des autres commença, à éteindre la lumière de son astre. 

92. Les enfants d'Israël partageaient avec ferveur l'activité commer- 
ciale, surtout ceux d'Allemagne, qui inondaient le sol hospitalier de la 
Slavonie. Ils retrouvaient leurs confrères au fond de l'Asie et soutenaient 
infatigablement leurs communications lointaines. Ils étaient nombreux 
dans les villes des Boulgars et Kbozars, sur les bords du Volga; les 
Khakans des Kbozars jusqu'à la chute de leur empire (990 et 1016) sui- 
virent la doctrine de Moïse. Les juifs d'Allemagne y avaient par consé- 
quent un point d'appui. Toute la route jusqu'à Kiiov se peupla d'Israé- 
lites. Ils n'avaient pas besoin de s'arrêter en Pologne, où ils étaient 
encore peu nombreux; ils la passaient pour se rendre au plus tôt dans 
le point central de Kiiov, où ils trouvaient tout le profit. Les indigènes 
étaient contents de leur coopération, jusqu'à l'époque où se déroulèrent 
les circonstances inattendues, que l'œil le plus exercé ne sait prévoir. 

Le commerce transitoire, concentré à Kiiov, commença à se diviser et 
à tourner par différents chemins. Les routes multipliées à droite et à 
gauche, pouvaient déjà agir sur cette division : mais de plus grandes 
diversions à cet égard commençaient à se développer de deux côtés de la 

(125) Les renseignements d'Edrisi offrent ici une lacune, nne interruption. Elle est remplie non 
cenlemeot par la siluatiou des lieux sus-mentionncs, mais avec évidence incontestable par Ici 
trouvailles de monnaies koufiques. La monnaie kouliqne allait ensuite s'accumuler dans les ilesde 
la Baltique, aux environs de Sisrlouna, sur les rivages des Pomoraniens et dans l-^ur voisinage, près 
d'LIba (Elblong), vis-à-vis Landscliondcn ^Skai.ie , ri dit i les Viuules. —Voyez la carte de Sav^cv 
et ce qu'il en dit p. 133-iOI, et comparez avec lu figure ci-dessus p. t78, au cliap. 08. 

111. i". 



2f8 EDRISI. 

direction kiiovienne. D'un côté les colonies russicnnes, établies au delà 
des forêts, zaleskie, facilitaient et animaient les communications des 
bords du Volga par la Novogorod vers la mer Baltique, où commençait à 
percer la concurrence allemande. De l'autre côté, les Italiens fréquen- 
taient plus souvent Constantinople et commençaient à animer les com- 
munications de l'embouchure du Don. Par d'autres circonstances encore 
le mouvement commercial se trouvait dérangé et gravement compromis. 

Les conquêtes ne le favorisent pas toujours. L'extermination des 
Boulgars, Bartas, Khozars par les Russes, dépouilla les marchés rus- 
siens des avantages qu'ils tiraient des hordes et peuples dont il ne 
restait que le nom. La dévastation du pays des Vinules et la soumission 
des Pomoraniens portaient une semblable atteinte aux marchés du nord. 
La chute des Sammanides, le débordement des hordes tourkes du fond 
de l'Asie dans les possessions mahommédanes, déchirait ou anéantissait 
les communications établies. La monnaie arabe, depuis 1012, disparut 
de la circulation dans la Slavonie; peu après, vers lOoO, la monnaie 
alleraandeet anglo-saxonne cessa d'inonder ces pays, ensuite l'ordisparut 
du commerce, on ne saurait assez expliquer ce déchet. Tous les élé- 
ments du transit se détournaient des marchés russicns, et aucune ville 
marchande ne se ressentait plus de ce dérangement que l'opulente Kiiov. 

Les juifs étaient entraînés dans ce délabrement de fortune, mais 
meilleurs spéculateurs que les autres, ils savaient se tirer d'atfaire : les 
indigènes, gênés, s'en irritaient et accusaient les opérations juives comme 
cause du malaise. Les esprits s'envenimaient; à chaque émeute, le peuple 
égorgeait les juifs; pour les sauver du massacre, Vladimir raonomane, 
ordonna aux juifs d'évacuer Kiiov (1114) : le peuple bénit le knez qui le 
délivrait de ce fléau : mais le malaise ne cessa de travailler et de préparer 
le triste dénouement (126). Le peuple n'ayanlplus d'objet de prévention, 
devenait plus inquiet, plus mutin dans les aflaires de l'intérieur. Sa 
prospérité disparut : agité par les passions, Kiiov était malheureuse et 
la politique hideuse de Souzdal éguisait l'épée meurtrier. En 1167, le fils 
dégénéré de la Russie, André-aimant-dicu (bogolubski) la livra au pil- 
lage. Cette cité sainte, respectée par les siens et par les étrangers qui la 
visitaient, fut victime de l'engeance dénaturée. Cinquante ans après, 
en 120i, les Komans Polovtzi, enhardis par le forfait souzdalien, sacca- 
gèrent et dépeuplèrent Kiiov. Le prestige de la cité-mère faiblit, sa gloire 
déclina ; Kiiov ne se releva plus. Souzdal se réjouit; Riga et Loubeka 

(lîC) Il fist difficile dp décider où ces juifs de Kiiov s'étaient retirés. Mon ami Carmolv ne veut 
pas consentir a leur rcfupe en Pologne, parce qu'il voit nombre d"intlices, que longtfmps encore 
les israélites étaient peu nombreux en Pologne, où ils n'avaient pas beaucoup à gagner. Il pense, 
taut nombreuse qu'était la population juive à Kiiov, qu'elle était flottante , et, forcée d'évacuer 
Kiiov, elle rstourni d'où elle était venue, en Allemagne et en orient, les orientaux étant les plus 
nombreux. 



COMMERCE, ÉTAT SOCIAL, 93. 2 11? 

s'élevaient, Novogorod grandissait et Gênes avec les Vénitiens allaient 
faire des établissements de leurs comptoirs sur les côtes de la mer noire. 

95. Du temps de Boleslav III, l'âge d'or était passé depuis un siècle; 
d'autres relations, une autre position sociale s'étaient formées par la 
marche, par le progrès de la civilisation. C'est surtout depuis la guerre 
intestine, depuis la guerre sociale de 1080, que l'état de choses se déroula 
tout différent de celui qu'on glorifiait à l'époque de Boleslav-le-grand. 

L'ancienne coutume et l'ancien ordre cédèrent au nouveau. Les 
objets de luxe et de l'opulence se sont dispersés en parcelles et cessè- 
rent de consliiuer ce luxe; ils décoraie'nt et couvraient d'une manière 
plus commune. Lorsque Boleslav III distribuait les vêtements festi- 
vaux, il y avait des particuliers qui en étaient investi à leurs propres 
frais et pouvaient les distribuer de leur part. Boleslav-le-grand séjourna 
dans différentes communes et tenait des tables publiques lui-même ou 
par ses commis, pour engager le peuple à s'y établir (is:). Boleslav III 
n'était plus à même de l'imiter, car cette ancienne coutume compensait 
les villes et les cités pleines de rues à construction continue. Si les 
premiers Boleslav pouvaient entreprendre d'innombrables incursions 
et expéditions dans des pays éloignés, Boleslav III et ses successeurs 
ne pouvaient plus s'engager trop, ni en Bussie, ni en Hongrie, ni en 
Bohême ; parce qu'il leur était plus difficile de sortir de leur propre pays 
et de pénétrer dans les états voisins. En Pologne et chez les voisins, le 
pays devenant plein, olfrait plus d'entraves, et de nombreuses occupa- 
lions, multipliées sur le lieu, retenait chacun dans ses foyers. 

Les constructions de tant de bâtiments, entassés ensemble, les murs 
et les fondations des églises et des couvents, occupaient quantité de 
monde; les habitants, rapprochés et»concentrés, développaient l'activité 
des métiers et des fabriques, qui surpasse beaucoup l'activité précédente. 
Partout le trafic, l'achat et la vente, varia et prenait un sui'crois; de 
petites nécessités de la vie se multipliaient partout. Les cours des 
seigneurs, tant séculiers qu'ecclésiastiques, recherchaient ce que jadis 
formait exclusivement le luxe royal. La monnaie et le numéraire 
devenait à chacun plus nécessaire , et sa fabrication locale augmenta 
beaucoup. Tout cela avait lieu, l'ensemble des événements le démontre. 

Du temps de Mietschislav on construisit à la hâte quelques églises et 
chapelles en bois. Les cathédrales de St-Pierre à Posen, de la Trinité 
à Gnèzne, le couvent sur la montagne de Sainte-Croix, furent construits 

(lîT"! Boleslav-le-grand, in civilatibu? et oastris freqiienlius habitaliat (I. 12 , p. RS , etomni die 
privalo, quadragiuta mensas principales, cxoeptis minoribiis erigi faciebal I , IJ, p. 71), île suis 
lamilinribas , singnios singniis eivitatibns vel rastellis d. piilabat . qiiod loco sui, ca&tellauis et civi- 
tald>ui (M est, civibus et rivitatensibus' convivia celebrarent (I, IS, p. 73). 



220 EDRISI. 

ea pierre, par Boleslav-le-grand ; à Krakovie , l'église de St-Venceslav, 
commencée (H02) par Viadislav Herman, fui achevée par Boleslav III, 
eu 1159. Chaque évêque s'efforçait à fonder une église; le pécunier 
Pierre Danois en fonda un grand nombre (12s). Arrivaient les destruc- 
tions qui déblayaient l'ancien ordre, pour faire place au nouveau. 
Les villes, plus inclinées au nouveau, prenaient une croissanse remar- 
quable; celles qui tenaient plus obstinément à l'ancien, succombaient 
et s'épuisaient. C'est la raison de la destruction de la florissante et 
puissante Krouschvilza , de la chùle de Bialigrod et d'Ioulin. 

La culture des terres subit aussi des changements. L'augmentation 
de la population sédentaire dans les villes , était pour celte culture 
avantageuse. Le cultivateur devenait plus assidu , plus attaché à la 
glèbe, moins mobile ; sur plusieurs points il perdait l'inclinaiion à la 
permutation de domicile, et la culturL» en jachère l'emportait sur celle 
en friche. Les grands propriétaires prenaient plus de soin de retenir 
dans leurs domaines la population laborieuse. Le peuple cultivateur, 
les kraelons, gagnaient matériellement, mais son civisme y trouvait la 
mort. Il prit la nouvelle coutume en aversion et ne participait pas 
à l'instruction latine étrangère. Le progrès du nouvel ordre, de la 
civilisation, fut immense et rapide, il changeait les relations sociales, 
ainsi que dans un intervalle peu éloigné, on savait que le temps de 
Boleslav III, était tout différent de celui de Boleslav-le-grand. Avant 
l'introduction du christianisme, hospilalitas gentilium, rapprochait les 
conditions sociales : neque rusticosuo dux invUalus,conscenderededigna- 
tur:nondum cnim princcps lanlo fastu superbie tumescebat (Gallus, 1,2, 
p. 24). — Du temps des deux premiers Boleslav, quamvis multis 
cuneis magnalum constipatus , rusticum quasi proprium filium admo^ 
nebal (I, 7, p. 53); aurum eo tcmpore commune (I, 6, p. 59) ; rex fama 
vivit, dilalus paupcr obivil (I, 2G, p. 108); et le roi répétait : sine plèbe 
quid rex erit. — Du temps de Boleslav III l'opulence royale se montra 
ocforfjcs avant et après sa noce, ou quand il remplit sa pénitence 
(11,25, Iir, 25); et sapiens cl nobilis vir inporlabiUa exercebal , dum 
ignobilcs nobilibus prœponebal (II, 4, IG, p. 159, IGO). 

(Voyez les derniers cliapilres du mémoire précédent, Slavia du \ii* siècle; ensuite considérations 
sur l'état politique de l'aucienne Pologne et sur l'Iiisloirede sou peuple, d«ns l'Iiistoiie de Pologne, 
publiée à Lille, ISU). 

(128) En 10C4, gnczncnsis ecolcsii consecratur (annal, monarli. in eod. gnezn. santconis, p. 328; 
diirzv. p. 101) (décorée 1127, par une porte); lOGo, monasteriiini mopilm-use (Dingos, p. 238'i; 1124, 
ccclcsia iii Czerviensk liindata; 1158, coenobium trinitatis san( ti Itenedicti , a Soclialsiliev était iiue 
récente fondation ; 1 I3'J l'église de S. Veueeslav achevée ; 1 140, clauslrum iu Andrzeiov rdifiialiir ; 
1145 ecclesia katliedralis plocensis consecruta (Il4a poite >le l'uglise); IIS4in 7.agosziT fundala; 1I5S 
abbacia de Czrrviiisk ; 11(11 in l.anczic ronscrala ; Ilfi4, clauslrum in l.ubeus edilicatur; II7U, clau- 
ktrum Suleiov edificatur; 1183 claustrum Coprivnitza edili<Alur, etc., etc. 



CARTES 

DE L'INDE ET DE LA CHINE, 

DRESSÉES 

D'APRÈS LES RELATIONS DES ARABES 
ET LES INVESTIGATIONS DU MOYEN AGE. 



Intsctis opiilentior 
Tlirsauris Arabum. . . — tamcn 
C'Jila; ncsiio quid sompcr abest fc». 
UûHAT. odo XIIV. 



IV. 



CARTES 



DE L'IXDE ET DE LA CIIIXE. 



i. Après avoir drossé une carte de Tlride pour la reladon du birou- 
nien; après avoir construit une autre pour débrouiller les descrijjtions 
confuses d'Edrisi, j'aurais dii, senible-t-il, à la suite de ces essais, rendre 
un compte détaillé et étendu de mes opérations. Mais ma tâche est déjà 
trop lourde pour ni'engager encore dans de longues considérations, je 
serai donc succinct, je me résumerai dans des généralités essentielles, 
ne touchant à tous les détails, n'arrêtant, que pour surmonter les ob- 
stacles ou les incertitudes. De toutes les observations qui ont été faites 
jusqu'aujourd'hui , je ne connais que l'opinion de Klapioth sur rempla- 
cement de Khanfou ou Gampou et les explications de M. Reynaud qui 
accompagnent la version de la lelation des voyages faits par les Arabes 
dans l'Inde et à la Chine, et sa version de la description de l'Inde par 
Abou Rihan. La lumière de ses explications me guide, elle a pu cepen- 
dant m'écbapper par les intervalles de temps où j'ai été privé de ces 
précieux opuscules. 

Certainement, des temps les plus reculés, des relations ont existé 
entre les occidentaux de l'Asie et les Indiens et Chinois; continentales 
et maritimes, animées ou ralenties, ne discontinuaient jamais : dans 
aucun siècle, les Arabes n'ont ignoré l'existence des pays de l'Inde, des 
îles et de la Chine. 

Toutes sortes de communications devinrent plus fréquentes, plus 
suivies du temps des khalifs; des exploraiions furent faites, des descrip- 
tions et des relations sur les pays éloignés furent rédigées. 

Le marchand Soleyman, après plusieurs voyages en Chine, racontait, 
en 831, sa longue traversée par sept mers. Plus tard, 907, Abouzeid ou 
Jezid; prépara une autre narration. Sortis de bahr Fares, ils traver- 
saient parla mer ^j.j,jI.> Delaravi ^_5j\^ Larevi (près des côtes de la 
région Lar). Passant Koulam du Malaï l» JS Koulam Melli, Mala- 
bar et Quiloa), ils entraient dans la mer de Herkend (ou Kcnd). L'ilc 



4 CARTES DE L INDE 

Serindib est sur celte mer. On remarque dr.ns l'île la montagne al Ro- 
houn sur laquelle on voit l'empreinte du pied d'Adam. Au delà com- 
mence la quatrième mer appelée Schelahei. Une île ^'''Jî el Rarai 
ou Ranimy était baignée à la fois par les deux mers; elle est partagée 
entre plusieurs rois. Parmi les îles de sa dépendance est l'île .»Lj.Ji a! 
Neyan (ou Binam). 

2. Soleyman parle ensuite des îles nommées ^-.^îb jJ Lendjeba- 

lous (^^^3b^J Lenkhialous) ; il fait mention de deux îles qui étaient 

séparées des précédentes par une mer qu'il appelle .U! J,jl Andaman 

( .^L»Uj1 Abraman de la mauvaise leçon de Massoudi). Ce nom de la 

mer vient du nom des îles mêmes d' Andaman , et les îles Lendjialous, 
sont Langkfcvi. 

C'est vers celle île que les navires se dirigeaient et vers le lieu 
nommé Kalahbar où se trouve l'empire de ^^j-V Midradj résidant dans 
l'île Zabedj. ^ 

De Koulam Meli, qui est un mois de Maskate à Kalabbar, il y a un mois 
de navigation. De Koulam les navigateurs se rendent dans un lieu 
nommé yyi Betoumah (beit Tourna, Saint-Thomas, prèsdeMeliapour), 

et de Betoumah en 10 journées on arrivait à ^ »^ Kedrendj (Goda- 

veri.Coringa). Après dix autres journées les navires atteignaient le pays 
Senef et la sixième mer Seuefoù se trouve l'île Zabedj, de laquelle il y a 
un mois à Sin, et moins, quand le vent est favorable. 

De Sencf les bàtimonls se rendaient en dix journées dans une île ou 
prea.pi'île nommée Senderl'oulat, d'où ils niellaient à la voile par la mer 
Sandji vers Sin et arrivaient à Khanfou, au bout d'un mois. Sur ce mois 
sept journées sont employées à franchir les portes de la Chine, mon- 
tagnes baignées par la mer. Entre Senef et Sin, il n'y a que Mabet 
(liabet) séparé de Sin par des montagnes. 

Admettant que Kedrendj soit aux environs de Koringa'et de l'embou- 
chure de Godaveri; que Senef soit aux environs de iMarlaban; que Sen- 
derfoulat, par conséquent, se irouve aux environs de Sinkapore au bout 
de la péninsule Malaï : on se demande où commence, où se termine la 
mer Sencl? baigne-t-elle la péninsule Malaï de deux côtés ou seule- 
ment d'un côlé à l'ouest ou à l'est? où sont ces frontières de Sin au-delà 
de Mabed? sont-ce des frontières politiques de l'époque ou convenues 
et acceptées par des voyageurs el géographes? Questions à résoudre 
dans le vide des espaces. 

Ce qui est évident, c'est que Sin ne commençait guère à Tembou- 
chure du Gange, mais qu'il était séparé par Senef, par Djaba, par les 
rois Mabed qui comptent un grand nombre de villes, dont les posses- 
sions s'étendent jusqu'au pays des Moudjah blancs; au-delà de Mabed, 
il n'y avait que les montagnes qui les séparaient de la Chine. 



ET DE LA CHINE. • 5 

L'empire de la dynastie Thang tenait à cette époque presque les 
mêmes frontières du sud qu'aujourd'hui. Ngan nan ou An nani 
(Tonquin) était en sa possession ou passait dans les possessions des 
rois voisins Nantschao. C'était au-delà des montagnes qui séparaient 
Sin de AjL/» Mabed(Jol2> Habet, ^'^ Mabar, mauvaise leçon, Kambod). 

Vingt-cinq ans après Soleyman, en 876, Ibn vahab, arrivant à 
Khanfou, se rendait dans la capitale de Thang en qualité d'ambassa- 
deur du khalif. La capitale d'alors portait le nom de Tschhan ngan. Les 
nestoriens de Syrie qui y furent établis l'appelaient Khomdan. Ce nom 
passa aux Arabes qui qualifièrent du même nom le fleuve jaune. Bientôt 
Tschhan ngan, avec la chute de la dynastie de Thang, cessa d'être ca- 
pitale et changea de nom plusieurs fois (King ischao, Ngan si , Singan). 

3. C'est px'csque dans la même année, 9i3 : le khalif expédiait une 
ambassade en Chine délabrée; Mas'oudi retournait de son voyage au 
Sind et au Hind et Ibn Haoukal, portant avec lui les descriptions géo- 
graphiques de Khordadbeh, de Kodama et les renseignements d'Ibn 
Ishak, se dirigeait vers le Sind afin d'y faire une perlustration pour son 
compte. 

Mas'oudi connaissait la relation de Soleyman et d'autres voyageurs et 
il a pu vérifier et compléter sur le lieu dans te Hind , ce que Soleyman 
relate sur l'intérieur de Hindouslan. 

Sous la dynastie de Brahman, dit-il, le Hind formait un état, dont 
la capitale était appelée ^)j^\ Houza ou au centre. Mais cet état 

s'est divisé à la fin, en 607, par des dissensions intestines, en plusieurs 
royaumes. Mas'oudi apprit qu'au nord était située Kaschmir, tout cerné 
de montagnes. Ensuite Bourouh ou Kan-oudj , un des plus puissants 
royaumes qui résista à Moultan , aux musulmans et au balhara. 
La résidence de balhara, qui est le roi des rois, était à Mankir (Mon- 

ghir), autrement nommé ^v-.,0' 8 ^j^^rJ I Haouza la grande, éloignée 

de 80 parasanges de la mer fi). Ses domaines s'étendaient vers le sud 
et l'ouest, où ils touchaient aux possessions musulmanes dans le Sind. 

Au nombre des autres royaumes de l'Inde, on compte les suivants : 
j v^ Djiorz Djiozr (dans leCoromandel),à côté duquel est Thafec ,.^-LL 
Taban, ^s'Jj Tafen, (.rs'-L .jli'J» Takan, (la meilleure leçon est 
Takan, Dekan). ^^s,. Rohmy; ,.y~^j Ouahman, était contigu aux 
balhara, Takan et Djiorz , et touchait à la mer. 

Dans l'intérieur de la péninsule, Soleyman connaît > ^à,[^ Kaschib, 

Kaschîbin, que le manuscrit de Mas'oudi rend par y>LSl]! Alkamen, 
qui paraît toucher au royaume de J^-^-l Kirendj ou Firendj. 

Le dernier roi du continent indien est J,;L5) jjl/» Hated ou Mabed. 

(1) CVst ainsi que disent les extraits de de Giii}i;iios 'p. 9 . Reinaud trouve (|ue Kanndj, suivant 
Mas'oudi , fut considéré comme Ilaouza. — Abou Isliak islakliri fait de lialliara If nom de la capitale. 
Les villes portant ce uom se trouvent dans l'Inde , mais istakliri parle de Kanodj. 



6 CARTES DE l'iNDE 

L'Inde (du midi) est uu vaste pays, entouré de mers, il confine au 
rovaume de Zanedj, Zabedj , Ranah. Celui-ci est gouverné par un roi 
qui porte le titre de mih radj (maha-raïa, le grand roi). 11 possède les 
îles situées entre l'Inde et la Chine. Le roi Komar est en guerre avec le 
mih radj. 

•4. Les conquêtes de Mahmoud deGazna, ouvrirent l'intérieur du 
Hind à des perlustrations plus approfondies. L'astronome birounieu 
Abou Rihan, après un long séjour dans ce pays, à la suite d'études 
sérieuses du sanskrit et de longues investigations, rédigea, en lOôl, 
une description du Siud et du Ilind, Les ouvrages de cette époque n'of- 
frent probablement aucun autre produit aussi clair et correct pour la 
géographie descriptive. Huit siècles se sont écoulés et les noms des 
lieux se retrouvent presque tous aux distances indiquées tout vivants. 
Dresser une carte d'après la description d'Abou Rihan , est une tâche 
facile, (planche xvi de notre atlas), aussi il n'y a pas lieu pour moi d'en 
rendre compte, ce qui demanderait une répétition de la description 
elle-même, rendue lucide par la version française (-2). 

li) Pour prouver ce que j'avance , je vais repasser quelques routes indiquées par Abou RiUao , en 
ajoutant eulre pareutUèses les noms dtstartus modernes. 

y/ partir de Kanodj 'Kanodj) : 



Dyamou, parasanges. 40 

Galy (Gaylolco sur le Gauge), 10 

Abar AUar sur le Gange , 10 

Myrat (Myrut , Merut s. Callee Xnddee], 10 

Pauiput Paniput au-delà de Jumna}, 10 

Koutayl ;Khylbul), 10 

Sanam Soonani], 10 

Adallior, 9 

Iladjanuyr, C 
Maydahoukour, capitale de Lahor, sur la 

rive d'Iradlia (Ravi , 8 
rivière Kjandrahali (Cluinab), li 
rivière Djviuin Iliyluni', qui coule à l'oc- 
cident de Deyut (Veyut), 8 
Ouayliend (VaiLeud, à l'occid. del'Indus, 20 



Borscliaver (Peyschaver, Pesliawar}, 11 

Dinbour (Odynabpoor), 13 

Kaboul (Kaboul , ii 

Gbasna (Gaznaj, 17 

Un autre chemin de Kanodj : 
Scbirscbarbab (Sirsanali ou Sirsawa , prés 

de Sebarunipoor\ 50 

Pindjor (Pindjor), en facedeTanaser ;Tou- 

nessour,, 18 

Dabmala, capitale de Djalandhar (Juliu- 

dour, Jaleudber), 18 

Baladara, 10 

Lidda (Latla , au-delà de Ravi', 13 

Radjakiry (Radjour, Rajawur), 8 

Cacbemir [Kasbcmir , 20 

Ces deux dernières distances compromclteut gravement la nomenclature. Mais la montagne à pic 
Kelardjeb , située au nord de Radjakiry, n'est distante de Kaschmir que de i parasanges , et à 5 pa- 
rasanges de Radjakiry se trouve une autre place forte Radjady. La carte des ingénieurs anglais de 
Bombay et de Beugal , dressée et publiée en ISii par Jolin Walker, désigne à l'occident de Rjjawar : 
castle of Kambar, Radjabdibau singlis, qui répond à Radjadi. Les deux distances en question sout 
probablement lésées. — La carte des ingénieurs indique plusieurs pics i-apprucbés de Kascbmir , 
mais aucun ne semble répondre aux conditions de la susmentionnée Kelardjeb. 

Il faut considérer les deux journées de distance de Kascbmir à la montagne , non pas de la froo- 
tiére, mais de la capitale Addascblan ; en ce cas , la montagne Kelardjeb serait la section la plus 
élevée de Panjal, Pendjal , couvrant Kascbmir de l'ouest, sous le nom de Pir IVndjal et s'élevant 
jusqu'à 13,300 pieds. Dans son bout niéridioual s'ouvre le délilé par lequel de Radjakiri on entrait 
dans Kascbmir. Le premier village après la descente était Beberban (eutrance to Kaslimir by tbe 
Bimburraad, sur la rivière Uuripur, qui s'y enibraucbe en Ramy et Rembeara . Ce vill-ige est à 
égale distance de Sind (Kascbmirien] et de Djilum qui descend des montagnes Uazmakout (Futi 
Panjal oii sont les sources de Jylum ou Vcsbau) et traverse tout le Kascbmir. De ce village au ponl 
construit au coulluenl de Kos.iry (qui passe par Kotybar) et Nabry (Lidur) 8 parasanges. (Le pontet 
les ruines d'un autre pont sont assez éloignés du confluent , on les voit près des ruiues de Lidu). 
Après avoir quille les niontagucs et avoir coulé l'espace de deux journées, le Djilum traverse 
Aildasrbtau Sirinagurj, capitale du Kascbmir. \ i parasanges de là , il entre dans un élang Iake 
Wulur qui est d'une parasango. Sorti de l'étang , il traverse la ville Ouscbkar (Baraniula , qui est la 
v;lle Baramoula , et atteint le délilé oii se trouve la ville Douar el morsad , située sur les deux cotes 
de la rivière (Uuiiibar et Scbeukbur, Sikh forts) voyez plancbe xvi de notre allas . 

Je pense a retrouver Maudari (par lo" 0" de latit.), Djatraour, Radjaury, Djaudara, Bliailesan , dans 
Mundognur (par 13" 0' de latit.), Djillore, Radjigour, Djendari , Rbils;ib. Je ne trouve rien pour la 
grande vilh; Doiidaby et pour plusieurs autres. Quelques autres rapprochements de la nomeuclaturo 
d'Abou Ribau , avec celle de cartes récentes vont faire ressortir dans l'cxamcu que nous allons culro- 
pienJre , des difiicullos dans le texte. 



ET DE LA CIIKNE. 7 

J'observerai seulement quelques difficultés ou des incertitudes em- 
barrassantes, qui ne sont pas nombreuses. 

Lorsque nous trouvons que Tanasser est placé à environ 80 parasanges 
de Kanodj et à-peu-près 30 de Mahoura, je pense que nous sommes au- 
torisés d'y voir une erreur typographique et de prendre ces cliiHïes l'un 
à la place de l'autre. En elfet, ajoutant la distance de Kanodj à Mahoura 
qui est de 28 parasanges, aux 30, ou aux environs 80 de Mahoura à Ta- 
nasser (Kouroiischetra). 

A partir de Kanodj jusqu'à Prayaga, AbouRihan donne en détail cinq 
distances (l2, 8, 8, 8, 12) qui fonti8 parasanges, et il dit ailleurs que 
de Mahoura (qui est vis-à-vis de Prayaga) à Kanodj on compte 28 para- 
sanges. Différence trop forte. On serait tenté d'opérer une certaine ré- 
duction dans le chiffre détaillé alin de le ramener à la somme de 28. En 
effet, si les trois premiers, jusqu'à Hadjamava (lisez Djadjamava), Apha- 
pouri, et Karliah , répondent aux dislances jusqu'à Jaujemow, Futleh- 
pour et Kurrah sont trop forts : à cause qu'il ne reste jusqu'Allahabad 
que 8 parasanges de la même mesure, or, à Barhamschal (Alumchun) 
il y a 5 et jusqu'à Prayaga (Allahabad) 3, ce i\\n réduit la somme totale 
à 5G. Ensuite de ce nombre 3G, ôlons un cinquième pour les biais de la 
roule, c'est-à-dire 7, on obliendra pour la direction directe 29 paras, 
de Kanodj à Prayaga, nombre assez coniorme à 28 de Kanodj à Mahoura. 

o. Mais de ce point se présente une autre incompatibilité des dis- 
lances, beaucoup plus grave et qui retomberait sur Abou Flihan s'il n'y 
avait pas d'issues pour en sortir. 11 aurait dit que les dislances entre 
Mahourah et Kanodj, entre Mahoura et Bazanah sont égales, c'esl-à-dire 
de 28 parasanges. Je ne sais pas si les caries modernes indiquent la po- 
sition de Bazanah : mais les autres distances signalées par le biroii- 
nien poussent forcément la position de Bazanah appelé aussi Naraïau, 
vers Onearah , Ouniara et même vers Aginieie, ce qui tient Bazanah 
éloigné de .Mahoura au moins de 30 parasanges. Il y a donc une erreur 
à rectifier, observant qu'il y a autant de Kanodj (et non pas de Ma- 
houra) à Bazanah que de Mahoura à Kanodj. 

Je ne m'arrélc pas sur les dislances du Sind, où dans tous les géo- 
graphes arabes on rencontre une différence assez marquante de mesures; 
je ferai seulement observer que la dislance de Dhar à la rivière Nimiah, 
7 parasanges n'appartiennent pas à celle dernière. Mmiah esl inconles- 
tablement la rivière Mhye dans loule autre direclion. Pour la distance 
indicjuée il faut absolument à Nimiah substituer le nom de Narmada (s). 
Au-delà en avançant 18 et 25 parasanges on arrive par Mahraldessa à 
^^IT i-V^ Konkan ou Kounaka , dont la capitale Talah la maritime 
esl quelque part au nord de Konkan (Tuilah au sud de Bombai). Au nord 
est .1^^ Laran ou ►ij.î.j) Lardessa (Lar), à l'est sjjCj\i Danaka 
(Dekanj {i). 

(5) Dne semblable mopriso, je pense, est admissible , qunntl on remarque ilans le texte édité 
d'.Vbou Rihan , une autre trop palpable. Ce texte place Sendan au nord de Soubara. Cette méprise 
est a\érco par les latitudes géographiques du recueil d'.Vboull'éda. La latitude de Solara, Soubara y 
est 19° 55; de Sendao 19" 30', mais il y esl dit de suite qu'ailleurs Abou Riban plaçait Seudan par 
19* 0' de latitude. 

[i) Sans m'arrétcr longtemps sur ce point de Gouiierat et de Lar, j'observe qu'a partir de Kambaye 



8 CARTES DE l'iNDE 

Des distances exorbitantes se présentent entre Bahroudj et Sindan, 
50 parasanges, qu'on pourrait lire 10 parasauges. Entre Dhar et Nama 
(Namavar sur Naraïada, vis-à-vis de Hindia), trois fois 20 paras, égale- 
raient la longueur du cours de Nerboudda. Pour substituer au chiffre 
exorbitant de ^jX W, n'y aurait-il pas - 4? (s). Le chemin passe par 
Albospour (Ellitschpour) jusqu'à Matdakar (Maddapoour sur Godaveri. 

6. Quand Abou Rihan sort de Kanodj vers le sud, il ne suit pas la rive 
occidentale du Gange, mais il parcourt évidemment les régions occi- 
dentales. Il se trouve toni n';ibord dans le royaume Djadjahouly (qui est 
appelé Kallindjer dans la carte de Klaproth punr l'histoire de Chine de 
l'année 1000), dont la capitale est nommée Kadjouraha (Kotrah?sur 
Betwa). Abou Rihan passe ensuite à Dhal (Talinga), dont la capitale est 
Bitoura (Beder). 

On compte de là, dit-il, 20 parasanges au royaume ï^iKannakara, 

dont la position indéterminée est quelque peu indiquée lorsque vien- 
nent ensuite Oupsour(Visapour)et Banouas (Pounah) qui se trouve sur 
les bords de la mer. 

D'après ses investigations, Abou Rihan avait dressé une carie dans 
laquelle se trouvaient à côié du Hind , les îles et le Sin , et il a laissé des 
longitudes et latitudes, de plusieurs localités de cette immense étendue 
de pays. Il avait levé la hauteur du pôle de plusieurs lieux du Hind et 
sut lui donner une position déterminée. Quant aux parties océaniques et 
de la Chine, les renseignements insuflisants furent fourrés dans des 
idées ploloméennes. Le littoral de l'Afrique prolongé vers l'est à l'infini, 
se trouvait au sud de l'Inde, peu éloigné de ses rivages, et les îles de 
Djaba ou Zabadj, possession de mihradj , et celle de Kainroun se trou- 
vaient rapprochées du mystérieux Vakvak, près duquel s'ouvrait une 
issue aux sept mers dans l'océan qui environne l'habitable, un espace 
assez étroit se formait entre les rivages et fesail descendre les échelles 
de la Chine vers le sud jusque dans le premier climat par 14" et 15" de 
latitude (Voyez n" 45 de notre atlas). 

7. Edrjsi en Sicile n'a pas connu les descriptions du birounien, mais 
il en connaissait plusieurs autres qui reproduisaient ces conceptions 
ploléméennes; et possédant la géographie de Ptolémée elle-même , il 
prit à tâche de la corriger d'après des renseignements qui ne se contre- 
disaient point et s'accordaient incontestablement. 

Nous avons sa carte et la description de celte carte. Quelques noms 
de plus ou de moins ajoutés ou omis, forment celte différence entre la 
carte et la description, qui fournit des matériaux pour suppléer ce qui 
manqtioà l'une ou à l'autre, afin de remplir les lacunes ou de rectifier 
réciproquement les erreurs. Malgré toutes ces additions que la descrip- 
li\)n peut fournir, la carte n'est pas assez pleine, elle reste privée d'une 

Asaoul (est Saovrie), ^jljâk, Djcnaoul (lisez ^aUtsL Koutaoul est Kondwaoul}, Donlka (est 

Toulloukwarr sur Nerboiidli.V cou^orvpnl leurs noms jiisqii'aiijnurd'liiii (le mont Oundaran, Vindius, 
ne nimmfni-e qii'.n Toiilloukwarr). Sonhara, Sofara (Souiale), Sindan Soudjuun), Seiroour ou I)ji- 
mour (Jooncer, Hjunire), It.invas (Puiiali,, Talali , n'en ont pas plus perdu les leurs. 

(W Dans cet iulervalle Kondoubou se retrouve probablement dans tlioondoopoora, Tscbaundou- 
poura. 



ET DE LA CHINE. 



9 



quantité de nomenclatures de positions, qui prouvent qu'Edrisi avait à 
sa disposition des matériaux beaucoup plus amples, que pour la sienne 
il n'a fait que des extraits fracturés. 

Le premier coup-d'œil jeté sur la carte décèle qu'on regarde une bi- 
zarrerie géographique, le plus léger examen découvre que c'est une 
monstruosité dont on a peu d'exemples. Kandahar est à l'orient du 
Moultan; Lahor et INahrvara sont sur le Gange; la péninsule Malaï est 
une ile touchant aux échelles presque les plus éloignées de la Chine. 
Sa carte figura ainsi et le texte de la description l'affirme positive- 
ment (e). 

Je donne la copie de la carte (n" Ao de notre allas). Elle se compose 
de 8 sections du I" et II" climat, de chaque climat quatre, 7 à 10, con- 
tenant Sind, Hind, Sin et les îles. J'y ai marqué les distances, inscri- 
vant quelques noms de plus qu'on trouve dans le texte de la des- 
cription (7). 

Cet extrême gâchis géographique prit sa naissance de rapiècements 
incohérents des fragments de différentes descripiions affublés dans 
l'image ptoléméenne. Koulam melli y remplace Simylla; fleuve Meso- 
lous, mont Kaukase, Katigora, Asfiria, Sinia, y sont à leurs places. Pto- 
lémée décoré d'épigraphes arabes est tacheté d'une multitude d'ilcs et 
cours d'eaux que l'imagination arabe s'était créés. 

8. Pour débrouiller ce pêle-mêle, il fallait tout d'abord s'emparer de 
positions certaines et incontestables. De Kandahar, de Moultan, de Ka- 
nodj; de Kaleri, Mansoura, Biroun, Daïbol , Nahrvara, de Kanbaïet, 
Soubara, Sendan, Seimour, Barouh , etc., de Serindib et de quantité 
d'autres dont les positions sont fixées et connues. Nous pouvons compter 
dans ce nombre lanasser (Tanasser), jLj.>U Madiar (Mahoura, Ma- 



(6) On D dans l'Inde \m Kandahar non loin du golfe Kamliaïe; un dans le Dekan et probablenuMil 
plusieurs autres : mais Edrisi parle uniciucment du Kandahar occideutal situé non loiu de Uindmeud, 
et l'incorpore à l'Hindoustau aussi bien que Kaboul. 

(7) Dans la T section se trouve tout le Mekrau partie du Sind. Je no suis pas arrivé à fixer ses 
positions ; je me borne à en collationner les itinéraires tracés par Abou Ishak et Edrisi , d'après les 
traductions de Mordtmann et Jaubert. En journées : 



de Tiz à Kis . . . 
à Firiun .... 

Darek .... 

Rasek .... 

Faha mahuie . . 

Aszgafa .... 

Bend 

Bah , Nah . . . 

Kund uf. . . . 
de Sirdjan 
à Fardin .... 

Mahan .... 
de Valasdjerd 
à Siirika .... 

Maserkan . . . 

Djirakan . paras 

Kesnian. . . . 

Parin .... 

Tarom .... 
deKisnakhàArmatil 
à Rabili .... 

Dibol 

Mendjaheri 



de Taïz à Kir . 
à Firabouz 

Darek . . 

Rasek . . 

Fahlafahra . 

Asl'aka . . 

Bend. . . 

Kasribend . 

Kira . . . 



Ferdan. 

Mehiak. 
de Valasdjerd Kerman, 
à Suri. 

Masourdjan. 



de Ermaïl. 

à Kanbcli . . . . î 

Dibal i 

Menhaberi ... 2 



de Dibaî à Tis , 4 journées , dit Abou Ishak. 



de Bedaha à Tiz . 
de Mansoura 

à Be<laha . . . 

à Turan . . . 

à Balis. . . . 

à Kabul . . . 

à Kandahar . . 
de Dibol à Birur. 

à Mansura. . . 

Kalleri . . . 

Enneri, Atri . 

Rud .... 

Basmend . . 

Mullan . . . 

Kandahar . . 
de Mansura 

À Babeud. . . 

Famihol 

Kambaia . . 

Suriana. . . 

Sindan . . . 

Szaimur. . . 



12 



. 2 
. 10 



de Nedha à Taïz. 
de Mansoura 
à Nedlia . . . 
à Touberan . . 
à Caudail . . . 



de Dibal à Biroun . 
à Mansoura . 

Kaleri . . . . 

Atri 

Dour 

Besmek , Semend. 

Moultan. 

Tnberau . . . 
de .Mansoura 
à Bauia 

Mamehel . . . 

Kanbaïet 

Soubara. . . . 

Sendan . . . . 

Seimour. 



IC 



de Szaimur à Senndib IS journées, dit Abou Ishak 
et n'avance point avec les itinér. dans le Hind. 



10 CARTES DE l'lNDE 

ihoura) (s), Malva (Dhar), Mourides (Miroul), Atrasa (Ilatras), Tala 
(Toda), Dada (Dotleab). Les autres vont se découvrir par les distances 
ou |)ar quelques autres considérations. 

Toutes ces distances sont évaluées en journées. Pour former le Hin- 
doustan elles se laissent appointer et pousser en toute direction (n" 14 
de notre atlas). Les seules distances : celles de Kanbaïet par Aubkin à 
Daïbol , et celle de Nahrvara à Kandahar sont trop insuflisaules. Cette 
dernière est du reste une erreur, au lieu de s 5, il faut lire L 9. La 
plupart des distances du Sind, sont au contraire d'une mesure excessi- 
vement petite. De Daïbol à Moultan le long de Mahran , on a 20 jour- 
nées où il n'y a au compas que lO; de Kambaiet à Seimonr il y a 11 ou 
17 journées, où par d'autres dislances on compte à peine 1 journées. 
Celte anomalie contradictoire comme ailleurs contribua à la bizarrerie 
de la conception d'Edrisi. Les premières 20 journées s'expliquent par 
des biais de tleuve; les autres diflicileinent par des stations fréquentes 
et courtes, Abou Ililian compte de Kambaiet à Sindan 5 journées et 
50 milles; Istakhri journées. 

9. La construction de la carte itinéiaire d'Edrisi n'a pas d'échelle, les 
dislances y sont réglées à coup de main. Si l'on voulait les coordonner 
à l'aidé d'un compas, on n'obtiendrait aucune explication : ce serait 
élaborer l'idée vicieuse que le géographe s'était formée; l'idée qu'il 
inventa en se servant des relations de voyageurs qui examinaient les 
formes toutes ditlérentes de la localité. Or, alin d'obtenir que!([ue expli- 
cation, il nous faut décomposer l'idée vicieuse et dresser une toute 
autre composition , d'apiès les relations que le géographe avait conser- 
vées, une composition qui se rapprocherait des formes des pays et 
rivages visitées par les voyageurs. Une triangulation tissue dans ce sens 
ramènera nécessairement les positions indiquées par des voyageurs à 
leur véritable emplacement. 

Mais il y a peu d'éléments pour une triangulation réelle dans les dis- 
lances énumérées à travers l'Inde et la Chine par Edrisi; elles n'olfrent 
que de longues chaînes qui se croisent quel([uefois. Pour coordonner 
leur croisement dans le llindoustan, je me suis servi des latitudes géo- 
graphiques indiquées par Abou Ilihau : et il n'y avait pas de dithculté à 
les combiner avec les distances qui se pliaient d'accord. 

Les distances du circuit de la jiéninsule Ilind, à partir de Scymour 
jusqu'à rembouchure du Gange, se montrent ou lésées ou mal cueillies 
ou mal coordonnées à la suite de ce gâchis qu'olfrcnt la carte et le texte 
sur tout ce rivage. 



(8) Daus rùniimération îles villes du Ilind, outre Madiar, Edrisi nomuio 5 i J_s.* tjui |)()uri'ait aussi 

passer pour Matlinnra , d'autant plus qu'elle est rangée entre Kasiliniir inférieur ou intérieur 
Monj-'hir) et karniaut : mais elle est privée de distances , sa situation est inconnue et Mallioura reste 
parl'aitenienl bien occupée par Madiar. — Dans réuuniératiou des villes, le le.\lc donne encore le 

nom de ^.^r^, Nidjeli , c'est peut-être Nuddca , située entre Mourdjedabad et Kalkoutta. — La 

carte fournil aussi le nom d'une ville Jj^i) L» Mclli al Ilind ou J,.).a3 1 ,J^ Kliouli al 

Uiud , et le place non loiu et dans la position septentrionale de Kasclmiir iulcrieur ou inrcricur (de 
Monghir]. 



ET DE LA CHINE. i 1 

Le lexle dit qu'en face de Koulara Melv se trouve l'île -U Mely 
grande, produisant le poivre. La carte lui donne le nom de J,^/> Mend 
qui n'est éloignée, au dire du texte, que de G milles de Kanbaiet. Le 
texte reprenant pour la seconde fois l'ile en question, la trouve vis-à-vis 
de la ville maritime de Barouh à deux journées de Sindan et sous le 
nom de JL> Moulan, elle produit le poivre. La carte est d'accord et lui 

donne le nom de Meli. Or l'ile presque unique pour la production du 
poivre voyage par mer jusqu'aux ports de Barouh et de Kanbaiet, lors- 
qu'elle n'est éloignée des îles Balank et Serindib que de i journées. Et 
Barouh (voyez la carte,) a déserté sa place pour se ranger dans le Ma- 
nibar vis-à-vis de l'île au poivre, voisine de Balank ou Balabîk. 

Les côtes occidentales du Hind sont fâcheusement désordonnées : 
cependant les positions dérangées étant connues, se laissent coordonner 
par leur suite. Siudapour, à moitié chemin de Barouh à Banah, répond 
à Koundapour d'aujourd'hui. 

10. Quant à des positions ultérieures jusqu'au Gange, il serait proba- 
blement bien d'observer leur suite, mais les distances y sont corrom- 
pues. i.ili Banah (Bounmad d'aujourd'hui), situé vis-à-vis de l'île 
Balank ou Balabek (îlolYalediva) (9). Vient ensuite i^ yX^-'s Fanderina 
ou Kanderina (Travankor) bâtie à l'embouchure d'une rivière qui sort 
du Manibar (rivière Kaveri qui vient de Malabar). Puis ,.,Lx)j.^ Djer- 

balan(Drouradjapatan). Enfin -=^'**' Sandji et .L,.»X.i Keikasar situés 
près de la montagne ^y^^ al Omri qui monte vers le nord et forme 

un grand rescif, où Mesolus pioléniéen se décharge, seraient sur les 
côtes des embouchures de Kistna (Mesolus) et de Godaveri,et des monts 
Oroudi, où au-delà, vis-à-vis de Vizagapatam , existe un récif appelé 
jNeptune ; rocks of Conar or Santapilly. 

Viennent ensuite xi:^^ Kalkaïan qui se range à Cicacola ou Chi- 
cocol; puis_^îj3 Loulou ou Loulova et àsr'^ Kandjeh ou Gandjeh, qui 
trouvent leur place à Ganjan; enfin .LvjL.y.w Semiudar île et ville con- 
tinentale à l'embouchure d'un fleuve qui vient de Karamaut des envi- 
rons du Kaschmir extérieur (Hougly du Gange), d'où, de Semiudar par 
Kaschmir intérieur (Monghir) on se rend à Kanoilj duquel dépend ledit 
Semindar. 11 figure sous le nom de Mandarem dans les cartes anciennes 

(9) A la suite de Tile Balank sont nommées : J3 1 a ^j Tcrvaklidj et JLi^iv» Mosnah. Pour sur 

V C 

elles sont voisines des ilotes tiiii se rangent^- dans la baie des perles, ^Mansou-divaestMosnali. 

— La carte de sa part offre quelques îles à roccidcnl de la péninsule Hind. .5L.XjL,»tO Kisnekmad 

est probablement Okamoundel à l'entrée du golfe Rulsch. Les trois îles ^.>=s. , LJ I al Nardjil , 

placées à l'ouest de Serindib et au nord des Roïbaliat, et J j.i.' I AJ JiiSJ \ al Kotroba l'oai- 

(loutalc 1 12° ou plutôt 92° de longitude et 20° de latitude , sont des énigmes jiour moi. 



12 CARTES Dt l'iNDE 

de Hond, Blaeiiw, Sanson, Wiit; Manderaw d'Arraco-Siiiilh , situé à 
l'ouest de Chandernagor. C'est en nous conformant à celte explication, 
que nous avons formé le littoral de la péninsule du Hind. 

Avec Seniindar, les distances littorales sont interrompues. Elles re- 
prennent leur suite de Tile et de la ville Aourscliin, de laquelle ô jour- 
nées à Loukin (Loukipour à l'orient du Magna de Gange) , de là 4 jour- 
nées à ,£. »ij ^J? Tarigourgan ; ensuite 6 joui nées à ! , oâJss Kaligora; 

puis 5 journées à y^^sJw Senf oîi se déclare une nouvelle interruption 
des distances. Ces dislances conduisent jusqu'à Merghi et Tanasserim 
où Ton désignait la position de Senf et de K^;r7r/5;a de Plolémée. 

11. Il y a beaucoup plus d'embarras avec le reste de la composition : 
c'esl-à-dire avec les îles et la Sinie. 

Quand on confronte la carte avec le texte on remarque que c'est sur- 
tout dans le dénombrement des îles qu'il y a ou plus ou moins sur la 
carte de nombreuses positions restant sans épigraphes. Dans celle partie 
de la carte, nous avons eu le plaisir d'insérer une quantité de noms 
que nous a fourni le texte, et des considérations très-simples nous ont, 
je pense, préservé de l'erreur. 

L'île Rami éloignée de 5 (lisez 8) journées de Ceylan, est très-grande; 
sa longueur est , à ce qu'on dit, de 700 parasanges; elle produit le 
camphre. De l'autre côté, il y a 3 à 6 journées de Lankliialious à 
l'île i-ir Keleli. Celle-ci est très-grande, son roi se nomme Djaba 
(mihradji; elle produit d'excellent camphre. En regardant la carte il 
faut comprendre que ces deux extraits parlent de la même île qui por- 
tait le camphre. La carte le veut ainsi. D'ailleurs nous savons qu'à Hami 
était situé Fanfour (Camper) et (|u'au sud de celle île se trouve Kalah 
(Ibn Saïd, Aboulléda, etc.). C'est Sarira d'Abou Rihan, la plus grande 
des îles Zabedj. Abouiféda la distingue de Djaba sans nécessité (lo). Le 
roi djaba possédait en outre les îles Djaba, Selahet, Ueridj et iiaïl, et 
toutes étaient Djaba. 

L'île Malaï est grande; elle s'étend de roccidcnl à l'orient, son roi 
demeure dans une ville nommée Melikdjezr (Malaï djozr). La carte re- 
trace sa figure oblongue. Un autre passage de ia description porte que 
l'île de j^ Komor est éloignée de 7 journées des îles Roïbahal. Elle est 

longue; son roi demeure dans la ville de Malaï; les habitants disent 
qu'elle s'étend en longueur de 1 journées vers l'est ; elle commence 
auprès des îles Roïbahal et se termine en face des îles de la Chine du 
côté du nord. Or Komor est Malaï et Malaï est Komor; c'est évident : la 
carte le dit exi)licilemeni en inscrivant sur les deux bouts de la longue 

île, d'un côté près de la ville de Malaï ^3-'-* i yi v^ ^^>»j t^\ i,i v=»- 

et au-delà de la ville Komar, sur les i-iJ exlrémités orientales, que 
c'est l'île Komar qui est Malaï. Le roi Komor qui souvent est eu guerre 

(to) Toute cette île est inventée de la portion du milieu de Soumatra élancée vers l'est. Kampcr est 
Fanfour à rocoident des autres positions; Ramoramo , Rami; vient ensuite lanibi , I.aniri (appelé 
I.ameri, par Mairo Polo -, enfin Krick tronvail la position la plus méridionale et la plus orientale, là 
oii le rivage tourne plus rapidement uu sud vers Paleuiliank. 



ET DK LA CHINE. 15 

avec railiiadj de Djaba élaii konior de Malaï. C'est Sendirfoulal despre- 
luicis uavigalours. 

Le texte signale en outre l'île ,-^5 Komar à 5 milles d'intervalle de 
Senf et la carte l'indique toute petite. Il y a, dans cette île Koniar, uu 
roi qui se nomme J J , ranid, de la famille ^^ semer. Mais ce roi, aussi 
bien qu son île Komar, paraissent avoir quelque intimité et une certaine 
identité avec le roi x^^ resed, plutôt j~^}\ zenbid (ranid), roi de Sen- 
difoulat. Faut-il accuser Edrisi de l'inadvertance, ou admettre l'exis- 
tence de deux îles Konior, Koniar; de deux îles Sendifoulal; de deux 
rois ranid ou zenbid? Au bout du compte ce roi Komar est ce petit jeune 
étourdi de la relalion soleimanienne, qui désirait avoir la tète de Mah- 
radj sur son plat. Maradj de Djaba par it) journées decbemin lui rendit 
visite en nionlanl une rivière sur laquelle la résidence de Komar était 
• située. 

12. On a observé que les positions qualifiées dîles peuvent être des 
péninsules, pointes, langues de terre, à cause que l'idiome arabe ne 
dislingue point l'île de la péninsule. Aussi voit-on de nombreuses posi- 
tions riveraines qui sont accompagnées d'îles homonymes : Sendan, 
Soubara, Melli, Aourschin, Seniindar, Senf, marchent en compagnie 
de leurs homonymes. La grande île .Malaï-Konior, en etïct, n'est autre 
chose qu'une grande péninsule Mahiî. Décrite et représentée comme île, 
séparée du conlinent,plus rapprochée des rivages imaginaires de Sofala, 
dont elle n'est éloignée que d'une journée, que ducontinentde l'Indeou 
de la Chine dont on ignore l'éloignement. Cependant les navigateurs ne 
passaient pas son isthme Krah, ils côtoyaient tout au long de l'immense 
Malaï pour apprendre que c'était une ïvJV^ péninsule. Malaï se ratta- 
chait par un bout au continent. Edrisi ne l'indique point. C'est cepen- 
dant indispensable de savoir pour débrouiller ses relations (u). 

Par le délachement de la péninsule Malaï une rupture des distances 
riveraines a dû se déclarer. La carte d'Edrisi oll're deux ruptures : une 
au-delà de Semindar, l'autre à partir de Senf. Mais celte dernière est 
remplie par une distance marine de l'île de Senef au continent, distance 
de 5 journées seulement. On conçoit, en outre, que la lacune a pu être 

■H) La relation d'uu Ibn Fatliima, qui se dit voyageur ot venant de l'ilc Komr Malaï, fixe la p(V 
sitinn édrisienne de cette ile. I.'îlo de Komr est longue et large; ou lui attribue 4 mois de long et 
20 journées de large. Elle commence à l'orient de Seyonnab. On cite parmi ses villes Leirane qui 
est au pouvoir des musulmans, aussi bien que Makdascbou , Leyrane se trouve sur les bords de la 
mer par 102° de lougitude, et ôî' de lat. A 3 degrés au-delà (a l'est) est sous la même latitude, la 
ville de Malai 1 107° 0' de long. Zt' de lat.j où réside un des rois de l'ile. 1,'ile se prolonge .i l'est : 
Komorie, qui fut jadis la capitale de la plus grande partie de l'île, se trouve sous le 151° 0' de long, 
et le 5° 0' de lat. sud. l'n canal sépare cette ile des rivages de Sofala. \ l'orient de la ville Seyounah, 
située sous 99° de long, et i° 51' de latit. sud, commence la montagne .\liuolattliam. (battue par les 
vents du nord) qui s'étend à iOO milles le long de la cote. La montagne de Komr 'de l'autre côté du 
canal) se prolonge dans la même direction. La race nègre Cuit au midi sous le 100° 0' do long, et 
le lfi° 0' de lalil. sud. Là s'élève la montagne .\lnedam ;dii repentir de ceux des navigateurs qui s'y 
engagent), elle s'étend jusque sous le 117° 30' de long. Sur le versant de cette montagne, du côté du 
nord 109° 0' de long, et ti° de lat. sud, est la ville Uagbouthab la plus reculée des villes de Sofala; 
c'est la saillie la plus avancée du continent de ce côté, .\insi le canal se dirige par le sud-est et se 
termine à la montagne du repentir , large en cet endroit d'environ 200 milles. C'est ce qu'a relaté , 
l'ayant vu de ses propres yeux , Ibn Fatbima , probablement postérieur à Edrisi. En \iH Ibn Sawl 
répétait sa narration, en toute contiance (Reinaud , iutrod. à la géogr. d'.\boulf. p. 5!7, 318 . iVoyez 
0* 19 de notre allasj. 



14 CARTES DE l'iNDE 

comblée par la composilion de la carie et que le géographe a pu inventer 
une distance géographique en chiffre d'échelle. 

Dans celle partie de la carte d'Edrisi , il y a trois espèces de distances : 
Tune des distances conlinenlales d'itinéraires; l'autre, des distances 
nautiques relatées par des navigateurs; enfin, la troisième espèce des 
distances géographiques nécessaires à la construction de la carte, résul- 
tant de la réduction des précédentes, ou de la composilion de la carte, 
qu'à la suite le compas levait sur l'échelle et dont il déterminait le 
chiffre. Edrisi distingue quelquefois les deux premières espèces : il ne 
dislingue pas cette dernière, cependant la plupart de distances sont de 
cette nature géographique, et il est indispensable de les accepter 
comme telles et de s'y conformer en les appointant à la direction que 
leur ont donné les géographes de l'époque, par l'inclinaison à la ren- 
verse de la péninsule Malaï et par la descente jusqu'au premier climat 
du principal port de la Chine. Puisque l'interruption des distances 
riveraines a pu cire comblée par le compositeur de la carte, il faut* 
donc par d'autres conjectures déterminer l'endroit sur lequel les Arabes 
ont perforé l'isthme .\lalai Krah. A cet effet, je prends en considération 
Kalligora, Loukin et Senf. 

13. Nous avons suivi les rivages du Hind jusqu'à Kalligora et Senf, 
qui nous ont menés jusqu'aux environs de Tanasserim, Senf, Kalligora, 
Tarigourgan. Edrisi compte à la Chine Kalligora situé à l'embouchure 
d'une rivière, c'est une dépendance de la Chine; Senf est une île chi- 
noise ; ces positions ne font pas partie de la Chine, mais sont du 
nombre de ses dépendances; elles font partie du Hind, beaucoup plus 
spacieux que la Chine, séparés par les montagnes. Hind s'étendait 
jusque-là, y compris Zabedj , Moudja, Mobed (dit Solcyman). Or, 
Loukin (.T^j-' (Loukipour), à l'embouchure d'une rivière qui vient de 
Karamaut ou Kazamaut, se trouve sur les côtes de l'Hindoustan, et on 
compte de Loukin jusqu'à Senf lô journées de distance. C'est ce qui se 
passe dans le second climat (H, 9, p. 185, 188, 190). 

Dans le second climat {{, 9, p. 8i), le texte d'Edrisi relate que de 
Senf à Loukin il n'y a que trois journées, et que ce Loukin est la pre- 
mière échelle de la Chine, d'où l'on se rend à Khanfou. Cet apparent 
désaccord est levé |)ar sa carte. Ce Loukin n'est pas celui des côtes 
hindouslaniennes, mais j^iLJ'J ,.yL}J Loukikin, Loukiked (Loui- 

Ischeou) situé au-delà de Kalligora et de Senf. 

La carte donnant une solution irréfutable pour le double Loukin ou 
Loukikin, se met cependant en désaccord avec le texte quand elle prive 
Loukin du second climat du fleuve qui vient de Karamaul, et place 
Loukikin sous le premier climat près de l'embouchure d'un fleuve dont 
le texte n'a fait aucune mention. La première échelle de la Chine n'est 
plus une dépendance, mais une partie intégrante de l'empire. 

Du temps d'Edrisi dominait la dynastie de Soung. Ses frontières 
touchaient an sud le royaume de Kaolschi , et ne dépassaient point les 
limites de la Chine propre, déjà fixées. Edrisi pouvait avoir quelques 
relations orales, toutes récentes, mais transcrivant les passages de ses 
prédécesseurs, de Soleiman , de Kordadbeh et d'autres, et nièlanl les 



ET DK LA CITIM:. lo 

unes avec les antres, il rapportait plutôt les connaissances bien anté- 
rieures et probablement des premiers navigateurs, du siècle même de 
la dynastie de Thang : du moins, comme il confond les opinions de 
Plolémée avec celles des Arabes, de même il ne dislingue point les 
anciens des postérieurs : cependant, dans ces régions éloignées, les 
positions cbangeaient de nom et d'importance. Loui-lscbeou (I.oukikin) 
figure avec son existence et son importance sur les cartes de Klaproib 
pour les lejnps de la dynastie Soung. 

14. Katligora est un nom ptoléméen. Sur quel point en orient Ta 
retrouvé Ediisi? à l'ouest ou à l'est de Malai? L'ingénieur Bonne, en 
indiquant les positions de Ptolémée, place Katligora, même sur la 
carie moderne, au sud de Cochinchin, sur les rivages de Djampa. 
Klaprolh, par des combinaisons érudiles, dans ses cartes bisloriques, 
lui indique une position procbc de l'embouchure de Maïkong ou Kara- 
boïa. Je ne sais si c'était l'opinion d'Edrisi , mais si l'on accepte la pre- 
mière échelle chinoise Loukikin, à Loui-lscbeou, on n'aura rien à 
objecter contre celte position de la dépendance chinoise. Edrisi évalue 
à six journées son éloignement de Loukikin, à moitié chemin se trou- 
vait Senf; or, Senf, d'après Edrisi, serait sur les cotes de Cochincbine, 
où se trouve le port Xouandry. 

Edrisi dit qu'à trois milles de Senf résidait, dans une île, le roi 
Komar ranid. Tout près au nord de Xouandri , on voit deux îles Kambir 
di mar et da terra ; non loin , vers le sud, se trouve la baie de Romarin. 
Je ne prétends pas chercher dans celle coïncidence des noms, de con- 
firmation pour la position de Senf : l'île du roi Komar ranid est assez 
douteuse cllc-mêu^.e : mais je ferai observer qu'on ne trouverait point 
de semblable analogie dans les parages où les premiers navigateurs 
paraissent avoir touché au Senf. 

Ce qui est indubitable, c'est que la première échelle de la Chine 
Loukin, Loukikin, n'étant pas une dépendance, mais située dans la 
Chine même, fut éloignée de Khanfou de 20 journées de marche par 
terre; par une grossière erreur, le tcxle donne la même dislance, 
4 journées par mer. Qu'elle était au-delà de Tarigourgan, de Kalligora 
et de Senf, qu'étant éloignée de Senf de ô journées (et même si l'on 
voulait de 8), elle entraîne Senf d'Edrisi sur les côtes de Cochincbine, 
à l'est de Maiaka. Enfin , que l'île Malaï touchait au continent par son 
isthme péninsulaire sur la position du ptoléméen Kalligora. 

La situation de Senf, fixée ainsi, facilite à l'infini la dispersion des 
distances qui rayonnent de ce point par toutes les directions. Celle de 
4 journées, qui se dirige par le continent, conduit à l^ilîf^Kaschgora, 
qui est Ketschou ou Keskho du Tonquin, qui était, du temps d'Edrisi, 
capitale du royaume Kaoïscha, d'où plusieurs chemins se répandent 
dans l'intérieur des régions du nord. 

15. Les dislances de Sinia sont tout à fait isolées. Elles forment un 
réseau distinct et séparé. Parlant de Sinia, elles se dirigent vers le 
nord-ouest, avançant très profondémenl dans le pays, sans se commu- 
niquer avec aucune autre distance sortant de l'Hindousian ; car on ne 
peut pas considérer pour une distance géographique les deux mois de 



16 CARTES DE l'nDE 

marche pour arriver de Khanfou à Badja, capitale de f'j^i Bagboug 
(ou ,<ùii Fagfour). 

Sinia est située à l'extrémité orientale de la Chine. C'est ce que la vingt- 
sixième carte de Ptolémce indique. Ce n'est pas la capitale, seulement 
la résidence d'un vassal. Aucune ville ne l'égale et elle se trouve dans 
une plaine marécageuse. Ne serait-elle donc Hang, Quinsay, qui, dans 
des temps très-reculés, portait le nom de Tsian, proche de Ranfou 
(Gampou)? 

La capitale de la dynastie de Soung était Pian (Kaïfong), située sur le 
fleuve Khamdan. Mais Edrisi donne une telle distance de Sinia ou de 
l'extrémité de la Chine à la capitale i^l) Badja, qu'il est impossible 
de s'arrêter à Pian et de ne pas avancer jusqu'à Khamdan ou l'ancienne 
capitale des Thangs, visitée par les premiers navigateurs. Le nom de 
Badja dérive cependant de Pian, appelé Pian tschéou avant qu'il devînt 
capitale; il est écrit^^r. Pandjou par Nassir Eddin et ses copistes, et il 
faut convenir que cette capitale a été de bonne heure connue chez les 
Arabes; vers 958 Ibn Ketir la plaçait sous le nom de Melik al Sin ou la 
royale de Sin, dans le premier climat; de même en 1005, l'astronome 
égyptien Ibn lounis déterminait l'emplacement de Melik al Sin, par la 
longitude géographique 164° 40' et la latitude 18° 0', lesquelles résul- 
tent de 6 journées de distance entre la royale et Khanfou. 

Quant aux autres positions littorales, qui sont certainement du 
nombre de douze échelles, leur emplacement flotte entre une succession 
régulièrement suivie ou dérangée Ai \^ ^-y^ Kouanla ou Kivanla 
et LiajL3 Uiàjli Kaïtova ou Kabatova, supposant qu'elles précèdent 

Khanfou, seraient l'île Haï-lin et Kouangtoung (Canton). Si l'on voulait 
admettre un plus grand désordre dans les positions littorales, Kouanla 
trouverait Uou-lei vis-à-vis de Fornose. Si l'on avait confiance dans 
l'ordre de la carte, il faudrait renvoyer ces deux échelles au-delà de 
Khanfou (i^). 

16. Ma composition édrisienne a été construite lorsque j'entrepris 
d'en faire la confrontation avec les grandes cartes de Klaproth, de la 
Chine et du Japon, de l'Asie centrale en quatre feuilles, et avec plu- 
sieurs spéciales d'autres auteurs, d'Assem, de Himalaya, etc. Cette con- 
frontation m'a déterminé la leçon de plusieurs épigraphes qui ne se 
trouvent pas dans le texte édrisien; elle confirma la situation de plu- 
sieurs positions par des noms analogues. 

A partir de Tarigourgan (Arakan) et de Kaschgar (Keshko) , les dis- 
tances 4 au lieu de 7 et 8 s'appointent sur Asfira (Cospur, Khaspour). 
D'où par yïLlai Atragan appelé par la carte ^iLls».! Ahlaragan 
(qui offre .iLl:i.l Adjalragan, un mot assez tibétain Djal ou Dziang la 
rzédzong!) : on se rend à Alraga oîi s'appointe la route venant de 

(iî) La leçon He Kiv;inla et de plnsiours autres noms de localités inconnues est arbitraire. La carte 
qui cnricliil la nomonclalure édrisienne force à des conjectures hasardeuses. Son dessinateur a même 
méconnus plusieurs dénominations; » la place de Khandfou et Klianjou il a substitue des appella- 
tions postiches qu'on ue saurait qualifier de variantes : khanfou n'a plus besoin de semblables. 



ET DE LA CHINE. 17 

Loukin par Kakela sur une branche de Bahanek (Brahmapoutra). Kakela 
est sur le chemin de Loukin à Khashmir, sur lequel aucune rivière ne se 
retourne vers Bahanek. On y trouve Coïlle à certaine distance ouest de 
Bogmuitiy, Bognauli. Cette rivière a peut-être engendré par confusion 
l'appellation de la rivière qui baigne Asfira. 
Bien que Bouihinkh !-~ij sur r^L^y-i- Schermakh (Batang sur 

Britscbou, Mourous oussou, Kin-scha-kiang), ait conservé son nom, 
cependant je ne puis tirer rien de satisfaisant pour le Tibet, où les prin- 
cipales positions Oudj.Bervan, la capitale même Tibet, sont attachées à 
un lac de 40 parasanges, alluvion de nombreuses rivières, appelé 
Bervan, et éloigné de 5 journées seulement de Bouthinkh(i3). Bouihinkh 
est le point par lequel on entrait du Tibet en Chine; or, c'est sur cette 
route que se trouve Ihoutischer (Ya, Ya-stcheoufou) d'Abou Rihan. 

Dans le pays de Tibet se placent les postes avancés des Chinois 
Là._jLw Ls.jL*- Siaoukha ou Saoukha (Sok-dzoung, js:^_^ Sokdjou 
du Persan) et LlLs Kascha (canton Khaschi, açs.Ldw Khadjou du Persan). 
Ce dernier éloigné de 8 journées de .L.^Jio Beschiar (Betschouan ing, 

Pe-tchuen-pou sur la lisière de la muraille chinoise près de Sining), 
place forte érigée sur la frontière chinoise contre les Turks Bagargars. 
Ces Turks avaient dressés leurs tentes près du lac >^.!j$' Kovarelh 
{Koukou noor). Au sud se trouvait Lsr^ Tokha (canton des anciens, 
Touk et Toukan des cartes historiques de Klaproth), et tout près 
«^:i.jb Darkhoun (mont Amui ou darghia), dernière dépendance de 
Chin sur ce point (Edr. III, 9). 

17. Les montagnes Karamaut (Hazmakout d'Abou Rihan, Djamautri 
du Himalaya) s'inclinent vers le sud et laissent le nord à l'appellation 
de Karen (Kharanggoui tak, à partir du défilé Karakoroum) et pour Sin, 
la carte inscrivit plusieurs noms de montagnes : ^^iJ! Zedanikh 
(Drioddzouk tsientoungra, touche Hoangho au nord de^ Tibet); îi>. ^.Uî 
Lonibarhat (Lonibar couvre du nord la langue du Tibet qui pousse 
vers l'est dans la Chine); •j^^ij'.u;^ Hcnfibrun (ou Djenfi tzun? mon- 
tagne de Neige Sine-phei-sohan s'élève tout près de Tschangtou). Celte 
dernière fixe la position d'Askiria ou Asfiria (Tschangtou?) d'où on se 
rendait par ^^»i>â. Khaïgoun (ou Djigon, Tschinkiang) à Kaschgara 
(Kethso). ^^ " 

De Kaschgara s'ouvre encore un chemin qui se dirige vers UaJ Boura 
(Bhanmo, Panmo, Bhamno) en tout temps lieu de traverse de l'Inde 
inférieure dans la Chine par Mola , près de Santa , Tsanla sivan fu szu, 

ff3 IJ parait qu'un compositeur de carte* an x\i' siècle, a puisé dans l'ouvrage d'Edrisi pour fa- 
briquer certaines positions de l'HiQdoustan ; quand il place Laliur et Delli prés d'un grand lleuve 
<Kliandjes d'Kdrisi, chez lui Mandoua) ; quand il range (Jabol , Tacan (Touka , Mi'zu (Hura\ Ausua 
(Asnaoud , Caugigu (Kanodj), Arnagu (Atraga), Calhaca (Kakela , Scoruita (Karamantl, près du fleuve 
Gange ou Canton. Cette composition, sous le titre de India orientalis, es! reproduite par Ortel 
(104* carte de l'édition 149-2). Mcrcator l'a acceplé en Idoc, la modiCuut très légèrement. 

IV. 2 



48 CARTES DE l'iNDE 

Mola zanda sanla. Les moDlagnes de Kaliigora ..ySd.--^ Kasa-kan, comme 
la nomme répigraphe de la carie (du Casi cassay canton d'Âva) , restent 
à l'occident. Vers le nord, à i journées par terre, 2 journées par eau, se 
trouve L=L_J3 Toukha ou Là-v^jJs Tafkha, suivant l'épigraphede la carte 
(à l'ouest on voit non loin la montagne de Takkali, Tliikilaon,Tukutkha; 
le pays d'Assam porte aussi le nom de Taeklia). Boura et Toukha, situés 
tous deux sur ^.^IS' Ralhy (Iravadi des Birmans, Kiang nga, Takin 

tscha, Pinlang, Yarou izangbo isin des Chinois, Sri lohit des Assaraes, 
passe au nord-est d'Assam par un défilé Singgliian-Khial (ti). 

Enfin, quoiqu'on ne puisse pas prétendre retrouver les noms chinois 
sous l'enveloppe arabe, nous remarquons cependant que par ce triangle, 
qui se forme des distances de Sin, plusieurs noms rcnconlreul leurs con- 
sonnanlcs : j.;=^ JJ;. Schedhkliour(Setschou); Liai Taouga(Tengan),^^.«. 
Sola(Tschelilou appelé Ton, Tou-lscheou dans les cartes de Klaprolh). 
Au lieudeAskhara, Aschlakhou, Asclilakliak qu'offrent les manuscrits de 
Paris, la version latine propose une leçon préférable Asahda el Asanho 
aST-^-*-! (Siking). 

C'est tout ce que nous avons pu remarquer dans l'inlérieur de l'Asie 
centrale. 

18. De toutes les positions littorales, Khanfon et Djanfou seules sont 
déterminées par dislances. Entre ces deux échelles, il y avait 5 jour- 
nées, Djanfou est donc Iloaïngan à l'embouchure de Khamdan. 

De Senf et deson île contiguëlvomar, il ya 10 journées à Sendifoulat, 
el de cette île i encore à Khanfou. La posilion de Sendifoulat est toute 
dilfércnte de celle de Sendirfoulat, indiquée par les premiers navigateurs. 
Cette position édrisienne conduit vers l'île Formosa. Peut-être (jue son 
nom chinois Manli (.Maïd) n'était pas inconnu auxArabes, à qui il fallait, 
à partir de Malaï à travers les îles et les rochers (qui sont nombreux en 
lileine nier), un mois entier avant d'alleindre Khanfou : mais Edrisi 
confond les relations de différentes époques et change les appellations. 

De Senf à Malaï, il y a à travers les îles 12 journées. Ces journées sont 
si)éciliées de la manière suivante. De Sent i à l'île J^L- Schamcl 
(Kondor), qui est une station chinoise; puis i (par erreur, au lieu de 7, 
nécessaires pour évaluer les 12) à l'île ]jyL,\^ Aaschoura (Âor); enfin 
I journée jusqu'à Malaï (cap Rouiania). 

Les navigateurs disaient qu'à partir de Malaï, il fallait passer, à tra- 
vers les îles el les rochers, un mois entier pour arriver à Khanfou. Les 
géographes ont pris au sérieux, et géographi(|iiemenl à la letlrc, cette 
relation. Abou Rihan et ses successeurs, ainsi (pic le géographe persan, 
eoinpiaieni entre Keleh el Khanfou 50 degrés de distance. Ce sont les 
30 Journées dans lesquelles se trouve cette traversée d'un mois. Edrisi 

(II) Peul-dlrc ce Khial, carlie \o uom <U> Knlliv ol In position de Toiiklm sur les confins du Tiliet. 
— Je dois remarquer qu'à l'explication des positions qui se présente à mes examens , mainte fois les 
distances ne repondent pas sulTisammcnt. Je pense que plusieurs de ces dislances sont engendrées 
par la composition de la carte, déterminées ensuite sur l'éclicUe au compas. U est aussi remar- 
quable d'observer en Chine et au Tibet, un singulier concours do cliitTres douteux, 5,j4, 6, 7, 8, 
susceptibles de double sens el de la Icvon dubitative. 



ET DE LA CHINE. 49 

l'a spécifié par 12, 10 ci i journées (en somme 20) par Scnfet Sendi- 
foulal à travers les îles de la mer Senf. 

19. L'île du camphre, qui avait à l'occident Fanfour (Kamper), au midi 
Keleh, longue du nord au sud, la grande Sarira (Djaba) , la plus grande 
des Zabadj, fut fixée par Abou Rihan et le persan à 6 et 8 degrés (ou 
journées) , à l'est de Serindib. Sa partie septentrionale de même à l'est 
à 6 degrés de longitude relative, et 9° de latitude nord; enfin la par- 
tie méridionale Keleh , de 8 degrés de longitude diflércnlielle et 3 
degrés de latitude nord. Edrisi relate cette position, quand il dit que de 
Serindib à Keleh il y a 5 (lisez 8) journées. 

On a 10 journées de Serindib a , ►..^JLxJ Lankialious (Lankevi), 

qu'on nomme aussi ^-,j.JLs-^ Landjalious (Langkava), et de Lankia- 

lous Keleh, 3 ou G journées. Ces six journées sont spécifiées par deux 

journées à l'ile ^-,_^L^ Djalous (Djara), ensuite par deux journées à 

..L;-o Binan ou ,.,LvV Binoman. Cettedernièrecstà3(lisez8journces) 

(de la distance géographique en degrés) de Serindib, et avec sa grande 
ville est située au sud de Rami (Keleh). Or, Rinoman est éloignée de 
Lankialious autant que Keleh, c'est-à-tlire de G journées. L'une des 

deux distances de 2 journées est lésée et c'est la seconde , au lieu de v > 

elle doit être J> A, ou j 6. C'est une dos îles adjacentes à Souniatra : 
Bangkalis, ou Linga, ou Rangha. 

Le mihradj possède la grande Rarai (Soumatra) et les îles du voisi- 
nage qui ne sont éloignées l'une de l'autre que d'environ 2 parasanges. 
Ce sont Jaablw Selahet (Salanga, Sembilang, Djounk seylon), qui donne 
son nom à la mer Selahet (lo); oys. Heridj (un îlot Djardjak, Djiradja 
situé entre Malai et l'île Pinang, ^donnant son nom à celte dernière), 
Ajla. Djaba et Lj'^ Mail ou LjU Habel (Rinlang?). 

A gauche de Maït (au nord), à 1 journée se trouve i^_JJ Tenouma 
(Nalouna), éloignée de 3 journées de l'île jL^s Komar (probablemenl 
c'est y^s Komor, dont le roi fesail la guerre au mihradj de Djaba ; si 
c'était Komar ranid, la dislance serait censée de 10 journées) (le). 

Les possessions de mihradj Djaba sont sur les rivages de la mer Senf, 
et l'île ^b! Aîam ou A'A Anam (Anamba) se trouve à l'entrée de celle 
mer : elle s'ouvre à l'est de Malaï jusqu'cà la mer de Sin et sa 
partie méridionale porte le nom de ^.Js'^.b v_5-jjjXj'"^ ^^j J^^ 



(IS) Solat en Malavp est détroit. Les Malais appellent la mer aux en\iron5 de Singapour, Selat, 
c'esl-à-rlire détroit. Il est probable que l'ile Selahet est l'île du détroit et la mer Si laliet n'est rien 
qoe le détroit Malaï, dont les .Vrabes étendaient la dénomination à la mer entière par laquelle ils se 
rapprorhaient pour entrer dans Selat ou détroit. 

(IC) Je pense que l'ouvrape de l'amiral tourk Sidi-Ali , qui sous le titre de Mohytli, traite en ii.li, 
de la navigation dans les mers de l'Inde, n'offre rien de contraire au\ indieations que je viens de 
donner.au contraire, il les confirme. Les navires arrivés vers Acliem de Soumatra, montent la mer 
pour se rapprorlier des rivages de la péninsule et ils aiment mieux la loloycr que la tourner le long 
de Soumatra. ;Reinaud, introd. à la géogr. d'\boulf. p. i3i-4S»). 



20 CARTES DE L INDE 

Darlazoui, Darlaroui, Darladeii (mer au sud de Bornéo), sur laquelle la 
situaiiou des îles est indiquée moins positivement. 

20. On a observé les pointes et les langues de terre se mélamorplio- 
sant en îles; de même une île, abordée sur plusieurs points, a pu se 
crevasser en plusieurs îles dans les descriptions arabes. A l'île Kami, à 
l'île Releh il ne manquait pas beaucoup de se lendre en deux îles diffé- 
rentes. Ces îles sont en ellet des sections de Soumatra et nous allons voir 
que ces sections ne forment pas encore le total de Soumatra qui produit 
du camplire, d'excellent camphre , du camphre supérieur à tout autre. 

D'Anam (Anamba), qui est à l'entrée de la mer Senf , il y a par 4 
journées à l'île ^?j^ Souma ou i^'^.^— Soborma et à l'île /^y» 

Modja, éloignées de 2 journées l'une de l'autre. Quand on veut disposer 
de ces distances on se trouve dans une perplexité fâcheuse. Cependant 
nous sommes forcés d'entrer encore dans l'île Soumatra, divisée en plu- 
sieurs états et disséquée en plusieurs îles par la narration des Arabes. 

Souma ou Soborma, Schoborna, est entourée d'un grand nombre 
d'îles, petites mais peuplées. Son roi se nomme ,.»jy>lJ Kararoun. Il 
existe dans quelques-unes de ces îles un peuple nommé d,^^?-^ 
Foundjet. Les montagnes de Souma produisent du camphre supérieur 
à celui de tous les autres pays (de Soumatra). C'est donc la partie méri- 
dionale de Soumatra jusqu'à la baie Samoungka, possédée par le roi Kam- 
roun (Samang et Kavar, cantons du sud), qui en même temps lient sous 
son obéissance les îles L»^ Famousa (Pana itan ou du Prince?) et 
L,--^ Lasma. 

A l'extrémité de cette mer (Darlazoni), qui est basse sur les rivages, 
du côté de la Chine (c'est-à-dire de l'est), se trouve l'île JjL* Maïd 
(Java), éloignée de Souma de 4^ journées. Elle contient un grand 
nombre de villes, formant l'une des possessions de mihradj-djaba. Les 
Chinois y ont une station. Leurs navires venant des îles chinoises 
(Lieoukicou? Formosa? Kondor), (ces îles sont _^J^ Namandj , s. Lw. 

.Sahara), s'y rassemblent et c'est de celte île^ Maïd (Java), qu'ils se 
dirigent pour se rendre ailleurs (par Sound à Keleh (Galle) de Ceyion , 
dans rinde et autres lieux). A 3 faibles journées de Maïd en tirant vers 
l'est, on a l'île >s"~^ Sandji (Celebes). Au-delà sont encore les îles 

^^^S7** de brigands. 

De celte île (Sandji) on peut se rendre aux îles )L^ Sila ou Saïla (la 
nier Soulou entre Bornéo, Celebes et Mindanao et l'archipel de 102 îles 
Soulou), lesquelles sont en grand nombre et se rapprochent les unes 
des autres. Il y existe une ville iS-j] Ankouah (îlole Nanka, ou du 
groupe de Tavi-tavi, Nankaan). ^ 

Mûudja (K'iemalan, Bornéo) obéit aux rois qui sont de couleur blan- 
che. Cette île louche aux lieux où le soleil se lève. De Moudja à celle 

> »Ls— sahab, des nuages, il y a 4 journées et plus. 

' Nous devons faire remarquer que la carie d'Edrisi s'oppose à notre 
interprétation. Elle place Maïd, possession du roi Djaba, tout près du 



ET DE LA CHINE. 21 

rivage de la Chine , et le texte dit que les états du roi Kamroun { qui 
sont enclavés dans les possessions de mihradj Djaba) touchent la Chine. 
Le rapprochement de la Chine en est la cause (n). 

Cette opinion prévalut très longtemps parmi les géographes. Il est 
probable que le géographe persan ne rapprochait plus le Vakvak à la 
Chine : mais il ne savait pas élever la Chine à sa hauteur. Cependant à 
cette époque on a compris cette erreur. La position de Khambaleh 
par M" de latitude étant admise, Khanfon et toute la Chine remontent 
et se portent vers le cinquième climat, ainsi que le milieu de Sin, est 
donné 50° de latitude par l'astronome marokain Aboulhassan en i250; 
la Chine s'étend, par plusieurs climats, de 14° jusqu'à AG" de latitude, 
et Khanfon se trouvant entre les 4^ et 5*^ climats, est placé par 38° 5o' de 
latitude suivant Aboulféda ; Abou al akoul fixait une autre échelle 
Khansa par 25» 50' de latitude (104° 0' de longitude). Au xiv' siècle, il 
n'y avait que des ignorants, comme Ibn Ouardi, qui redressaient les 
images et les ligurines réprouvées par la géographie. 

C'est tout ce que nous voulions dire des cartes mahomédancs ; main- 
tenant nous allons examiner les cartes chrétiennes. 

21, Avant l'incomparable perluslration de Polo, la nomenclature 
géographique de l'intérieur de l'Asie était trop maigre; après sa perlus- 
lration, elle devint trop abondante et sans point d'appui pour les géo- 
graphes. La connaissance de cette perluslration s'était répandue bienlôt 
et les cartes postérieures décèlent les efforts des cartographes pour 
composer une image de la grande perlustration. Les cartes catalane, de 
Mauro, de Behaïm, traçaient le continent oriental d'après son impul- 
sion, renseignées paf quelques nouvelles investigations. Pour apprécier 
ces compositions géographiques, il faut avant tout comprendre la nar- 
ration de Polo. Tâche difficile, heureusement avancée par de muliiples 
observations qui sont assez connues par des publications populaires. 

A l'exception de Sprengel (chap. 28, et de son interprète Malle 
Brun, xx), je ne connais point d'érudits ouvrages qui se sont évertués à 
expliquer la description de Polo, et par des indications incomplètes de 
publications vulgaires, je ne sais pas si l'on est arrivé à l'explication de 
tous les points. Sprengel observe qu'il reste pour la Chine tant d'ob- 
scurité dans la narration de Polo, que des missionnaires comme Ganbil 
et Magalhaens, sur le lieu même, ne purent donner d'explication. C'est 
donc de l'audace à vouloir l'éclairer. Cependant la carte catalane et 
toutes les suivantes, jusqu'à l'âge des missionnaires et des premières 
découvertes portugaises, demandent avant tout l'examen de la narration 

(17) Je pense que la situation du roi Kamroun à Soumatra, est suflisammeut établie. Cependant , 
si l'on voulait réduire sa puissance on pourrait lui assigner une île analogue à son titre, dans les îles 
Kariman et Karimata. Si l'on voulait, au contraire, en faire un puissant voisin de la Cliine , il faudrait 
le transporter dans les îles Philippines; dans l'Ile Samar Souma) voisine do Kaniarines Kamroun), 
partie méridionale de I.uzon (I.asma) où l'on retrouve même le peuple Fluguian (Foundjet) : le seul 
camplire y manque. Comme le roi Kamroun est voisin de Vakvak , il prétendrait peut-être prendre 
possession des îles komorines; il y retrouverait, près des rivages de Mozambique et Z.auguebar, 
les îles Fourno (Famousa) et I.atbam (Lasma). C'est un jeu de consonnance qui ne se prête pas dans 
la question embrouillée de Moudja et Maïd. Le vague de la narration de Soleiman n'empêche pas de 
retrouver Moudja dans Dorneo; dans cette position les Moujalis peuvent être appelés voisins des Mo- 
bed qui sont séparés de la Chine par une chaîne de montagnes. Mais h station chinoise Maïd paraît 
être Mobeddu contiuent. C'est difficile pour les distances qu'indique tdrisi; l'ideutitc apparente y 
est démentie. 



22 CARTES DE l'iNDE 

de Polo, pour comprendre ces métamorphoses et transfigurations variées 
par lesquelles passait le conliucnl oriental dans la cartographie. 

22, L'ouvrage de Polo n'étant pas la description de l'Asie entière, 
contient le récit de la perluslralion faite par toute l'Asie, d'un bout à 
l'autre, circulant à droite et à gauche, loin de pénétrer ses espaces 
démesurés. Ce qu'il dit des expéditions mercantiles de sa famille 
(chap. 1-19, version latine I, 1-10) forme une introduction; ce qu'il 
raconte de guerres, ce sont des épisodes de sa diction, qui revient tou- 
jours à la description des pays. Il traverse d'abord (voyez planche xvn de 
notre atlas) la peiile Arménie jusqu'à lasdi (Yezd) et Formosa, Car- 
mosa (Ormuz, c. 20-57; I, ll-2i); ensuite il suit l'itinéraire de Cormos, 
à travers la haute Asie, jusqu'au bout de Tenduch et aux portes de 
Kataï, biaisant quelque peu et déviant par deux excursions, l'une de 
Khorassan dans l'Inde, l'autre du Tangout vers les régions septentrio- 
nales (c. 57-82; I, 2i, II, 8). Après avoir examiné Kambalou, capitale 
du Kataï, il trace son propre itinéraire de Kambalou jusqu'à Tibet; il 
s'y arrête pour donner une description de quelques pays, situés au sud 
et revient sur ses pas à Kataï (c. 82-151; II, 9-51). Ces itinéraires sont 
soutenus par des dislances en journées de chemin ou milles. La des- 
cription ultérieure de la Chine indique ordinairement de nombreuses 
distances de positions rapprochées, mais la marche irrégulicre de ses 
réminiscences ne leur a donné aucun nœud , a laissé de fâcheuses inter- 
ruptions et lacunes, et si l'on suivait à la lettre les directions indiquées 
par ponente, sirocco, levante et autres vents de la boussole, on disper- 
serait les positions les plus rappi'ochées dans des distances démesurées. 
Polo s'occupe d'abord de la description de Kataï (e. 152-157; II, 51-52); 
ensuite il entre dans les provinces de Mangi , où il pénètre jusqu'à 
Nangui (Nankin) (c. 158-115; II, 55-58), d'où il jette ses regards dans 
l'intérieur de la Chine et indique vaguement quelques positions plus 
importantes (c. 159-151; II, 59-Gi). Lui-même il a passé trois années à 
Nankin et il le quitte pour décrire les particularités de la province de 
Quinsaï (c. 152-154; II, G5, 07); ensuite de celle de Foukin (c. 155-157; 
II, 08-71). Or, il n'a donné que la description de Kataï et de trois pro- 
vinces de Mangi, le reste de la Chine est un espace presque vide. 

Dans la province de Foukin, arrivé à Zaïlon , Polo s'embarque pour 
aller dans I Inde, qui devait terminer sa narration, d'après la promesse 
(ju'il avait faite (c. -49: 150), lorsque son récit fcsail une irruption vers 
le Gange. Par celte expédition maritime il exécute une revue dos îles, ne 
s'arrêt'ant lui-mêuic (lu'à Java (c. 158-175,111 1-20). Cependant la des- 
cription de la grande Inde et de la petite ou de Rasmacoran (du Mecran) 
(c. 171-189; III, 21-58) ne termine guère son récit : il le prolonge pour 
s'entretenir de l'Abissinie, des îles africaines, et des rivages cojnmer- 
çants de l'Arabie (c. 190-197); III, 59, -49); enfin de la ïartarie (Kap- 
tschak) et du septentrion jusqu'à la Russie (c. 210-227; III, 50-Gi). 
Tout le monde aujourd'hui comprend ainsi les relations de Polo, mais 
les cartographes anciens donnaient d'autres interprétations, chacun 
à sa guise, ils s'elTorçaient d'en faire l'Asie pleine, ne laissant aucun 
espace par les déserts mêmes qu'il fallait traverser des mois entiers, ni 
pour les régions que Polo n'avait ni visitées ni mcnlionnécs. 



ET DK LA CHINE. 25 

23. Je vais suivre Marco Polo à partir de Lop et je l'abandonnerai dès 
qu'il entrera dans l'Indoustan, ou plutôt dès qu'il mettra à voiles, 
jtarce que sa porluslration des îles se trouve dans mon portulan. Je me 
bornerai à la nomenclature et aux distances, sans vouloir défendre les po- 
sitions arbitrairement indiquées, mais je ne manquerai point d'aflirmer 
mes allégations par dos remarques positionnaircs, quand elles se pré- 
senteront pour guider la route parcourue. 

Marco Polo de Lop se rend par le désert (Gobi) à Saccbion 
(Scbatscbeou), provinces situées sur les confins occidentales de Tangut 
d'où, après avoir fait une excursion vers Camul (Ilamil) et Gbingilala 
(Alnialig, Iligouldja), il retourne dans le Tangut par une autre de ses 
provinces Sictin, Suclam, Suctang, Suctur, Suceur (Soutscbou). Ensuite 
il se rend à Campilion (Camexu, Ramlschik, Kan, Kanlscheou), où il 
passe toute une année. 

Une nouvelle excursion le conduit à GO journées vers le nord. Il tra- 
verse la province de Tangut appelé Egina, Ezina, (Scbitscbona situé 
sur la rivière Edzine, Elscbine), pour se rendre à Caracorum. De 
retour, il part de Campilion et se dirige par Ergiraul, Ergigul (Liang), 
province de Tangut, voisine de Fingui, Tingi, Cingui, Singui (Sining), 
et par une autre province du Tangut, appelée Grigaïa, Egigaia, longeant 
la muraille qu'il passe sous silence et le fleuve Hoang, (louchant au 
monument Tscbagan, Egigaïa?) jusqu'à la grande ville Calalia (un bras 
de Hoang, porte le nom de Galoolon Kalotou). Enlin il quille Tangut 
pour entrer dans le Tenduch du prêtre Jean. 

Tenduch s'étend au nord de la Chine et du Kataï et ses villes se sui- 
vent dans la direction de l'est : la grande ville Tenduch (Tbian-tc de 
la carte 1123, 1226, des tableaux historiques de l'Asie de Klaprotb); 
ensuite on atteint en 7 journées Sindalus, Sindacui; en 5 journées, 
Ciagamor , Ciangamor, Singamor (on a Tschangoun Rbamar près de 
Tola, mais cette localité se trouve trop rapprochée de Tenduch); enfin 
en ajournées Ciandu (la carte 15G8 de Klaprotb des tableaux bisloriques 
de l'Asie, place Chang-tou surChang-lououSchainpira au nord de Pékin 
près du \ac Dolon; les 15 journées de Tenduch peuvent y aUeindre. J'in- 
dique sur ma carte deux supputations sur les quatre positions de Ten- 
duch). Ciandu possédait un palais de plaisance d'une récente construc- 
tion. La montagne Ydifu fait partie de la chaîne de In, de In-scban. 

2i. A Taïdu, Carabalu (Pékin), Marco Polo reçoit une mission au 
Tibet et nous allons suivre son itinéraire de i mois. Partant directe- 
ment vers le couchant, à 10 milles, il passe le fleuve Pulizangin, (le 
pont Loukeou Rbiao sur Yang ou Sangkan) , ensuite, à 50 milles, 
la ville Giogui, Gin, Gingui, Quingui (....); puis, à 10 journées, 
Taïanfu (Taïyuen-fou; puisa 7 journées Païufu , Pianfu (Pinyang); à 
2 journées un château Caicui (Kie, Ky-tscheou); d'où à 20 milies passe 
le fleuve Caramoran (nom mongoux de Hoang, Ilwang, du fleuve jaune). 

A partir de ce point l'itinéraire devient embarrassé, presque sans guide : 
à 5 journées se présente Cacianfu (Fou sur Lo, au sud de Kanisiouen), 
à 8 journées se trouve Guingui, Cingui, Guengbian, Quengian(Kinyang), 
un fou et capitale de la province du même nom , dont les frontières à 
5 journées touchent la province Cuncnr (la rivière Tao. porte le nom 



24 CARTES DE L INDE 

Coco oiissou et Cou rcorson, d'après la carie de James Wyld). Etant entre 
dans cette province, Polo traverse 20 journées et arrive à une contrée 
de la province achalech Mangi ou des confins du Mangi. Cette contrée, 
cet achalech n'a que deux journées d'étendue. Elle s'étend du versant 
oriental de Lonibar vers le sud, rasant cette langue du Sifan ou Tibet 
qui se prolonge dans l'intérieur de la Chine, Delà à 20 journées, Polo se 
trouve dans une grande ville de la province Anchota, qui est aussi aux 
extrémités occidentales du Mangi. La grande ville porte le nom de 
Sardanfu, Sindafu, Sindinfu, Sindifu (Tcbang-tou-l'ou). Un fleuve la 
traverse; éloigné de la mer où il se perd de 80 à 100 milles, appelé 
Quingia-fu, Quian, Kyam (Kiang), Par Tschanglou Polo passe la rivière 
Mahou,qui verse ses eaux dans Kiang; croyant qu'il passe le grand fleuve 
Kiang même ; de ce point en 5 journ. (par Batang) il entre dans le Tibet. 

23. Des nombreuses positions de l'immense Tibet, des villes, lacs, 
châteaux, fleuves, montagnes, Polo ne donne aucune particularité. Il a 
traversé 20 journées par un pays ruiné, avant d'arriver au centre pré- 
servé de la destruction. Il quitte le Tibet sans dire de quel côté et sans 
faire connaître de combien de journées il s'est éloigné de ses frontières; 
il parle de Ciandu, Caindu , Gaindu , province qui est vers ponent. Ce 
ponent n'est pas au couchant du Tibet, mais de la Chine et du groupe 
des provinces qu'il entreprend de passer en revue, qu'il va en partie 
parcourir lui-même : Qui s'aviserait de suivre ce ponent à partir du 
bout occidental du Tibet, arriverait facilement jusqu'au centre de 
l'Europe, sous les murs de Paris ou de Rome. Aussi cherchons et trou- 
vons-nous le ponent de Caindu, au sud d'Assam,en fixant nos regards sur 
la plaine spacieuse de Kunduyung (voyez la carte de l'Inde au-delà du 
Gange de Juste Perthes), plaine limitrophe de la Chine, située à l'occi- 
dent. Elle semble conserver le nom de Caindu, (Bisa en était probable- 
ment la capitale); et c'est en descendant de cette plaine que nous re- 
commençons à compter les journées de Polo. 

A 10 journées, sur les limites de Caindu, Polo passe un fleuve qui 
court vers l'océan ; son nom est Brius, Brunis ou Ligays (Iravaddi, près 
de Bhamo; Kaungtoon, Kountoung et Kountoun, dernières limites de 
Caindu). De l'autre côté de ce fleuve. Polo trouve la province Caracham, 
Caragian, Caraian, Karman (Karaïayn limitrophe de la Chine). Cette 
province contient sept régions; sa capitale est lacin (Ava), il s'y trouve 
un lac de cent milles de longueur (lac Sandagando au nord d'Ava : en 
vain en chercherait-on un autre). En avançant 10 journées vers l'occi- 
dent, on rencontre la province et sa capitale Karacham (Arakan) et, à 
f) journées de ce point, toujours vers l'occident, la province Ardandan, 
Canlanda, Zardandan (Djatagom). 11 parait que cette dernière est assez 
voisine de Bengala , parce que Polo parle immédiatement d'une expé- 
dition ({ue les rois coalisés de Bengala cl de Mien (Pegou) firent contre 
Vociam, ville de Caraian. 

En descendant de Caraian vers le midi, on entre dans la province 
Anniz (Siam)? située par 15 journées sur les confins de l'Inde; et en 
parlant de celle province, à 15 journées on trouve Mien (Pegou). Il y a 
là au bout de l'Inde encore une province très-méridionale que le grand 
kan mongoux n'a pas conquise. 



ET DE LA CHINE. 25 

A l'est est une province soumise, appelée Caigu, Changi, Cangigu , 
Gagigu, Gangiga, Emugiriga, Tahigigla, Galugigla, Galigula (telles sont 
les variantes, choisissez!) (Junzalaen près du fleuve Huluthaluen, au nord 
de Marlaban), elle fait peu d'alTaires à cause de son éloignement de la 
mer (les provinces précédentes devaient donc être plus rapprochées à 
la mer). 

Encore au levant est la province Arau, Camu (Kema-lataïn) et on 
compte de Camu, 15 journées à Galigula, 20 à Bengala, et 8 à Toloman 
(Tali). De cette dernière province qui est orientale (relativement à l'Inde, 
à Karaïan, etc.), on entre dans une autre orientale, appelée Cingui, 
Guingui, Cagui, Cugui, par laquelle, longeant 12 journées un fleuve 
(Kinscha Kiang), on arrive à Sinugul, Fungul, Sinulglu , Funigul 
(Soulscheou), ville considérable, d'où, par le même fleuve (.Mahou) on 
revient à Sindifu (Tsching-tou), ville jusqu'à laquelle Polo, en partant 
de Cambula et Gingui, avait parcouru 70 journées de route (les jour- 
nées spécifiées de Guingui jusqu'à Sindifu , montent en somme jusqu'à 
73 journées). 

20. Ce long voyage de i mois, (autant pour se rendre au lieu de la 
destination et plus pour retourner,) étant terminé, la relation de Polo 
fait un recensement des villes du Kaiaï, dont la plus grande partie 
paraît avoir changé de nom. Elle indique à 4 journées au sud de Guin- 
gui, qui est éloigné de 40 milles de Cambalu, la position d'une ville 
considérable Tacanfam, Cacansu (Hokien); ensuite les deux villes Cin- 
glu, Cianglu,Ciunglu (Kolan) et Siangli, Cinamgli, Ciangli(Yulin?) éloi- 
gnées de 5 journées l'une de l'autre; leur terrain est traversé par un fleuve 
(Caramoran?). Vient ensuite Singui, Singuimatu (Lintschin, Lintein) 
dont les habitants divisèrent la rivière de manière qu'un bras se dirige 
vers le levant (canal vers Mangi), l'autre, occiental, vers Kataï et vers 
Cambalu (rivière Yuntiang)(i8). A 5 journées au nord est située Tadinfu, 
Godifu , Sindifu , Condifu^ (Tsching-lîng?), cité puissante qui est chef de 
15 villes. De Singui 8 journées vers le sud à Lingui (Lou), ensuite 
3 journées à Pingui (Pi) qui est situé à l'entrée de Mangi, Manzi. 

En entrant dans Mangi, on passe le fleuve Caramoran, lequel a une 
cité deçà et une delà : ce est en contre le una à l'autre. La una a nom 
Coigangui (Hoïaïngan) et l'autre a nom Quanzu, Cagui, Caigni (Tsinho 
bien), que le une est granl cilé et la autre est pilete et desormes quant l'on 
passe ceste flum , adonc entre en la grant province de Mangi. La grande 
province est composée de 9 provinces. Dans cette première, une à une 
journée de Coigang, par Panchin (Pao in hieou), par Caïn (Kaoïeou) , 
par Tingui, Congui (Taï) distante de ajournées de l'océan; enfin, par 
Langui, Yangui, (Yangtscheou) qui a 27 villes sous sa dépendance, on 
arrive à la capitale de la province Manghin, Naïnghin, INanghin (Nan- 
king). Polo demeura 3 années à Yangui suivant le texte vulgaire, ou à 
Nanghi, comme le dit la version latine. Les textes vulgaire et latin 
appellent celte première province du Mangi indifféremment Nanghi et 
Manshi. 



(<8J Singui-matu se'relrouvc dans la relation d'Odeiich ; Sunzomaco , Snmacolo , Suznpato cl 
daos le rèsumé.de Glaz, Sucumat ; dan» Mandeville on a : Sugarmago, Sngiomago. 



26 CARTES DE l'iNDE 

27. Le narrateur profile de celle pause de ses pèlerinages, cl cnlrc- 
prcnd de fournir quelques indicalions sur Tinlérieur du spacieux 
Mangi (c. 146-151). Celle parlic de son ouvrage est la plus obscure. Le 
lexle vulgaire et la version latine sont en désharmonie; les variantes y 
sont fâcheuses. Tout ce qu'on peut discerner avec certitude, c'est que 
sa narration revient encore une fois à Guenghian, d'où à 3 ou i journées 
se trouve Cinghianfu, Singianfu (Singan), où les nestoriens avaient 
plusieurs églises, (c'est leur Khomdan). 

Celle position certaine n'a aucun rapport avec lesaulres, si ce n'est par 
la renian|ue que, pour se rendre à Taygui, Qucui, Caigui (Kicu,Kiang), 
il faut passer le fleuve. Caïgu est une pitetociteet a ccste cite se recuile 
grandismc quantité des blés cl se porte jusqua Canibalu a la corl deou 

§rant kan por cive , ne entendes por mer, mes per flus et por lac. Il est 
onc évident que celle petite ville se trouve sur le rivage méridional du 
Quian, cl il cslprésumable qu'elle précède le lac (Poyang), situé sur la 
frontière du grenier de l'empire (de la grande province delloukouang). 
De mèmeSingui est placé sur le Quian, à 15 milles d'Angui (cap. 147), 
(la version latine supprime ce nom cl laisse croire que les 15 milles se 
rapportent à Saïanfu). Cette ville Singui, ne est mie trop granl mes ele 
est de granl naïves et de granl mercandics, de milliers de navires 
stationnent sur ses rivages. Le fleuve est large, passe par un lac 
(Poyang), ayant plus de 100 journées de cours; elle traverse 10 pro- 
vinces et 200 villes, ses eaux soulconduiles vers la capitale, ainsi qu'en 
suivant ses eaux on peut se rendre à Singui (comme de Caigui) jusqu'à 
Cambalu, à la corl du granl kan. Il paraît aussi qu'avec d'autres posi- 
tions, la narration de Polo rôde encore près du Quian. 

Voici une autre cité (province) Singui, Tingui, Sugui, cité immense 
de 40 milles de circuit, dont la population pourrait coniiuérir cl cou- 
vrir le monde, qui a 1,000 ou 0,000 ponts dominant les galées, et dont 
les montagnes produisent la rhubarbe et le gingembre. C'est donc 
encore une cité riveraine, le gingembre la porterait vers le sud, la 
rhubarbe vers le nord. El sachiez qe le nom de ccste cité qui est apellé 
Sugui, vaut a dir en franzois, la terre cl un autre cité que est près de 
ci, est apelles le ciel, et cesli non ont elles par lo granl nobiliié. Polo 
promit de s'entretenir de la cité du ciel et s'il ne l'a j)as oublié, il faut 
la distinguer dansSiangan, Ciangan (cap. 151, p. 1G7) cité mont granl 
clrige, i)assée sous silence dans la version latine (II, Ci). — llonan , 
considérée comme centre de la terre, pourrait prétendre à celte insigne 
épilhè'.e de terre, mais dans toute celle province rien ne répond à la 
grand(;ur et à la position de Singui, Sugui. Elles ne passent qu'à l'une 
dos 200 villes uiouillées par le Riang (Voutschooii?) ; et la ville du ciel , 
Ciangan |)robablemenl, n'est pas trop éloignée (Tengan? une montagne 
Tbian-mu et un hian, Tbianmen, au nord et au sud de Tengan, |)a- 
raissenl porter le nom de célestes). A une journée de la cité terrestre 
est Vngui, Vugui (lloang tscheou), et il y a, en outre, Unghi, Unghim, 
Vgiiin (Nganking?). 

Enlin on trouve encore au centre de la Chine, Cynfam, Cianfu, 
Sianfu, Saïanfu, Sagianfti (Siang yang fou?) <h(>f-licu de 12 villes qui, 
repoussant trois années les attaques des ftlodgoux, fut à la iin prise à 
l'aide de la machine construite par les Polo. 



ET DE LA CHINE. 27 

28. Dans la province de Quinsay, se trouvent la gramlc capitale 
Qtiiusaï (Ilang-tscheou) ; le porl Ganipu , Ganfu (Kanpon). A 1 Joiiruoe 
(Je Quinsaï, Tampingui, Tapinzu ( . . . ); à 3 journées Ungui 
(Ning po?); à ajournées Cliengui, Gengui, Ghingul (Kinlioa) , à 4 jour- 
nées, Ciansian, Ciancian, Ciangiara (Koaugsiu, Kouang sin) traversé par 
une rivière située sus un mont (rivière et canal Kouang, au nord granit 
hills, à Test Pouisching niounts et pass); à 5 journées encore, Cingui, 
Cagui (Tscbou tscheou). 

Enfin, à partir de Cugui royaume de Quinsay, s'étend de 6 à 7 jour- 
nées le royaume Fucliin (Foukian) ; à moitié de sa longueur se trouve 
une grande villeQiiclifu,Quenlifu (Ting tscheou fou près des montagnes 
Taïouling); à 15 millesou 3 journées est une fabrique de sucre à L'nqueu 
(Youn tschoun sur Nanganan); à io railles de ce lieu est Fugui (Fout- 
schcou), capitale du royaume Concha, Chonka (Kiaug-lsche de la carte 
1:290 de Klajirolh, tableaux histor. de l'Asie), située sur une large 
rivière (Min). Une fabrique de porcelaine existe à Timigui (Tong mou 
koeu, dans les montagnes Sia bialing, près de Fun sbucy kuon pass); 
à o journées de Fugui se trouve l'échelle de Zaïton (Thsiuan tscheou, 
Tseou loung, or Chiuchew et Harb). 

Qui voudrait examiner ce quanquan chinois serait certainement fati- 
gué. J'avoue que ma fatigue est à son comble. Peut-être plusieurs 
positions qui m'ont donné tant de peines infructueuses, ont été depuis 
longtemps déterminées par d'autres. Je l'ignore, et j'étais forcé d'ana- 
lyser la narration de Polo pour pouvoir observer les compositions pos- 
térieures. 

La revue de la situation des îles se trouve dans le portulan; les 
positions de l'Inde ne demandent plus dexamen ; le reste explique la 
petite carte de notre atlas et plusieurs passages du texte ou des notes de 
l'ouvrage (19). 

29. Marco Polo n'était pas le seul qui voyageait et fesait ses affaires 
au fond de l'Asie. D'autres, en grand nombre, suivaient ses chemins en 
toute direction, et plusieurs de ces voyageurs, rendaient compte de ce 
qu'ils avaient observés. Odericb de Portenau (mort 1331), retrouvait 
dans son apostolat les positions indiquées par Polo. Sa relation était 
copiée et résumée en 1340 par Henri Glaz. En même temps, l'aventu- 
reux Jean Mandcville, depuis 13-27 voyageur, composait sa narration et 
la terminait en 13oG. Ils firent route par l'Inde jusqu'aux Maugi et Ra- 
tai. François Dalducci Pcgolelti, en 133.j, prit un autre chemin vers la 
Chine; le franciscain Paschalis, en 1338, le suivit et le journal de leur 
route fut connu. Ils passaient à travers l'immense continent, prenant 
une direction plus au nord par Almalik et Kamoul. 

La relation de ces derniers louchait des pttsitions ignorées de Polo ; 
celle des autres suppléait ses connaissances jtar quelques nouvelles ob- 
servations, augmentait la variété de la prononciation el de rorthographc 
des noms, et engendrait l'incertitude ])ar de maladroiies répétitions. 
Mandeville, ne s'éloiguautcn rien de la relation d'Oderich, entreprit de 

(I9j Voyez pUiçicurs notes des cliap. U3-li7 cartes des géopraplics du moyen âge ; examen géogr. 
du Benj. de Tudele , ei'V 



28 CARTES DE L INDE 

la décorer de toutes sortes de contes et fables populaires pour en faire 
une lecture divertissante, et le monde de cette époque goûtait ces mer- 
veilles fantastiques et peu croyables. 

La possession du prêtre Jean, Tendouch, se changea, dans la relation 
de iMandeville en îles et provinces de Bacchus. Il y nomme le fleuve 
Thebe (de sa naissance), les villes Nyse et Suse (de ses tournées par le 
monde); une province Milstorac, du dissipateur de la mollesse (à /^tz/oj 
mollis et îto^su,- strator); et les îles Taprobana, Bragman et Pentaxoire, 
de cinq choeurs de son culte (ttsvtkxopos ou ■^ivj-a.yupoi de cinq contrées. 

Les compositeurs des cartes étaient souvent embarrassés pour discer- 
ner ces bijoux populaires de ce qui était essentiel; il leur était difficile 
de renoncer an paradis, aux mages visitant le Christ, aux pygmées, à 
rhisloire d'Alexandre-le-Grand, à l'aute-Chrisl. La carte catalane 
de 1577 olfre un beau spectacle sous ce rapport : mais en même temps 
elle offre, comme nous l'avons observé, quantité de renseignements 
inconnus aux précédents voyageurs. Tana disparut dans les posses- 
sions du roi de Delly. Il semble que le nombre de 13 puissants royaumes 
s'était réduit à un nombre très-inférieur. Les enfants charnels d'une 
mère qui calmait leurs dissentions, ne vivaient plus et leur postérité 
ne rappelait plus ni Var, ni Coïl : un roi de Colunbo paraît posséder 
Elly et tout le sud de la péninsule. Le roi Etienne (de Moabar), 
garde le Koromandel et le tombeau de S. Thomas. La carte catalane pos- 
sède des renseignements au delà de Bengala, jusqu'au finis India; et 
Katayo, jusqu'au Zayton, où la narration de Polo laissait une lacune 
vide pour tout le rivage (20). 

30. Nous avons remarqué plus d'une fois , dans la composition du ca- 
talan, un désordre et des doublures de positions. Au premier co 11 p-d'œil 
son Catayo (Chine), décèle le desordre. La question relative à la répé- 
tition des noms qui se ressemblent tant l'un à l'autre, exigeait donc 
la plus sérieuse attention dans le collationncmcnt avec la nomenclature 
de Polo. Le résultat que je réussis à obtenir pour le portulan et pour la 
carte explicative a dispersé pour moi toutes les apparences de répétitions 
et débrouilla quelques nouveaux renseignements. 

Pour Tenduch, les quatre positions visitées par Polo, sont au grand 
complet et il semble que Zazaber (Dourban?) est encore une cinquième 
position de Tenduch. Pour Tangut elles sont incomplètes : mais Camuell, 
Cigicalaf (Gingiiala) et Carachora ne sont pas oubliés, bien que ce der- 
nier soit inscrit entre Emelech, Lop et Elbeit (Eleul), dans un pèle-méle 
de positions placées en désordre. 

Los connaissances acquises pour Marco Polo furent mongou-chinoises. 
C'est par leur organe qu'il les avait acquise et communiquées à l'Eu- 
rope. Les voyageurs suivants purent facilement les retrouver et véri- 
fier un certain temps, jusqu'à la dislocation de l'empire du grand kan. 
Cet empire une fois en ruine, les routes centrales cessèrent d'être pra- 
ticables, toute l'attention des commerçants se porta vers l'Inde et ses 
épiceries. On cessa de pénétrer jusqu'en Chine. Le nouveau langage 
hindou, s'installant dans la géographie, allait se rencontrer avec les 

(SO) Voyez : caries des géogr. du innyi'n âge, cliap. U3, M4, Uo; le portulan général 50, îl, 5Î. 



ET DE LA CHINÉ. 29 

connaissances du Vénitien, dont le langage devenait inintelligible. Les 
renseignements que le catalan étala sur sa carte, offrent ce passage des 
investigations de l'organe mongou-chinois à celui de l'hindou. 

31. Le camaldolèse Mauro avait des renseignements plus nombreux 
encore que le catalan, plus récents et plus hindoux. Il était érudit. En 
rejettant les monstrueuses proportions de Plolémée, il tacheta sa carte 
moderne des noms de Citia et Sitia de mont Imaus, des provinces Sace, 
Serica , monts Hyperboraei et Riphaei : mais il étudia la narration de 
Polo. Examinant cette suite de noms qu'il a extraits de cette narration, 
il faut avouer qu'il la comprit à peu d'exception près, quand il règle les 
régions maritimes de la Chine et de l'Inde jusqu'à Mahabar, Tana et 
Guzirat. Seulement les provinces intermédiaires entre Chine et Bengala, 
sont singulièrement déplacées. Ghindu (Caindu), Caraian , Charazan, 
(Carachan), sont portées vers levante; Mihen, (Mien), vers tramontaua, 
et Aniui vers le sud. Gelbacha (Galigula) reste au milieu, mais Siachene 
(lacin) est porté vers ponente. 

Dans l'intérieur central de l'Asie, règne chez lui un désordre. On 
marche cependant sur les traces de Polo, par Cremaïn ( Kerman et 
lago Zera), Thyra'chian (Tunacaïn , Kouhestan), Hera , Tharse, Balch , 
Jerchan, et vers ponente? Gothan (Kolhan) au nord de Samarcand, à 
l'ouest d'Otrar, Otrar au nord d'insicol (Issikol); enfin, on arrive à Lop, 
Tangut, Tenduch. 

De nouveaux renseignements, et les plus remarquables, s'étalent dans 
l'Inde. Au nord de Guzirat par le désert au delà de l'Indus, on passe 
Soltanfur (Sultanpour au delà de Lahore), ensuite Thate (Toda) et Deli. 
Autre part, au delà de Chalecut, Melibar et Mahabar, on voit plusieurs 
places de Bisnagar et Talenga. Bisenegal (Bisnagar ou Narsinga), Tur- 
mili (Trinomalli), Peligondi (Bellunconda), Ordirgiri (Gourlangerri). — 
Au delà de Bengala, paraissent Pegu, Ava, Mognan (Ayangama au nord 
de Siam) et les îles Divi-amoal, Sumatra. 

Pour réunir ces nouveaux renseignements avec les précédents, et 
surtout avec les données de Polo, il fallait bien comprendre les situa- 
tions des positions qui se présentaient maintes fois sous différentes dé- 
nominations, étant réellement les mêmes. Les compositeurs des cartes, 
souvent ne savaient pas discerner l'identité entre les dénominations trop 
variées. Aussi Marco plaçant sur sa carte Pegu, Ava, Sumatra, et de 
nouveau à part, Mien, Caraïan, lava maior, doublait les mêmes posi- 
tions. (Baluch et Balch probablement sont le même Balkh). Rapprochant 
et mettant en contact les situations Irès-éloignées, il inventait des com- 
binaisons fabuleuses. Il détourna le fleuve Amu (Djihon), vers l'est et, 
l'indentifiant avec la rivière Polisanchin, il en fit un fleuve qui mouille 
les murs de la cité maritime Cambalech. Par Bengala, c'est l'Indus qui 
verse ses eaux dans l'océan. Le fleuve de nouvelle connaissance, le 
Mandus peguan, s'interpose entre cet Indus et le Gange, et ce der- 
nier s'échappe dans un golfe au delà de Zampa. (Prévenance encou- 
rageant l'explication prochaine de Ptolémée (21). 

(21) La disposition de ces grands fleuves dans la mappemonde de Mauro, explique la position de 
Calicut à l'ouest de l'Indus dans la carte de De la Cosa, et l'inventiou de la péninsule lude-Car- 
mania par Bernardo Svhano. 



30 CAUTES DE l'[NDE 

3'2. Par les deux exemples du catalan et de Mauro, on voit que la 
narration de Marco Polo était sujette à différentes interprétations qui ser- 
vaient de modèle aux cartographes de la renaissance. Mais ces carto- 
graphes étaient plus érudits que leurs prédécesseurs, ils avaient toute 
confiance dans leur savoir, parce qu'ils avaient exhumé l'antique science 
des sages de la Grèce; blâmant l'ignorance de leurs prédécesseurs, ils 
puisaient à celte source pour produire des interprétations de leur pro- 
pre création. 

Ils comprirent que les investigations de Polo dépassaient les limites 
de la connaissance antique, fermée par le méridien de 180" de longi- 
tude du calcul de Plolémée. Par conséquent, Cataï et Mangi sortirent 
de leur orbite pour se placer dans un autre hémisphère du globe. 
Zipangu, avança par 2i0 à 2.")0 degrés de longitude. C'était pardonnable 
quand on réfléchit sur les matériaux qu'ils avaient à leur disposition. 

Deux inconnus s'étaient présentés à leur examen. L'un ostensible à 
la vue, à la face hideuse, plein d'une science caduque, d'une sagesse 
éteinte; l'autre sans physionomie visible, fruit de l'expérience, se fesait 
entendre dans un langage presque inintelligible. Des renseignements 
que donnaient ces deux inconnus ils essayèrent de tracer les vastes 
espaces qu'il fallait de nouveau explorer. Le renvoi des séjours de Polo 
sur un autre hémisphère est donc une conséquence très justifiable à 
laquelle la narration de Polo n'offrit aucune contradiction, et le tableau 
de Ptoléméc en frayait le développement démesuré. 

Mais il est difficile d'expliquer comment ces érudits de la renaissance 
réussirent à interpréter la narration de Polo, jusqu'à procréer deux 
Moabar, deuxSeylon, deux sépulcres de S. Thomas, deux Indes, dont 
une est transférée au-delà de Sinia et Katligara du divin Ptolémée. La 
narration de Polo, ayant fait irruption dans l'Inde où elle mentionne 
Dilavar (Delli) et Quesimur (Kaschmir), prévient de son plan : je ne y 
voit entrer or a cestui point, dit-elle (en Yndie), por ce que au retorner 
de nosire voie, vos conteron, toutes les couses d'Yndie por orde 
(chap. 49). Or, discedamus hinc (ex India), quia in reditu nostréc via^e, 
compulabimus oninia fada India^ perordinem (I,5G). Or, revenantdesa 
voie et de son séjour en Chine, Polo, conformément à sa promesse, avant 
de rentrer à Ormuz et en Perse, compte par ordre à partir de Moabar 
et de S. Thomas, treize grandismes roi aumes de l'Yndie gregnor 
(chap. 188, 102; II, 55, 4ô), tous situés entre Bengala et la mer persane, 
et se touchant l'un à l'autre. Leur situation était parfaitement connue 
par de nombreux voyageurs, comme on le voit par la carte de Mauro 
de 1460. Mais les érudits de la renaissance jugeant autrement, déchirè- 
rent la continuité de l'Inde par des espaces figurées sur l'avant-dernière 
carte de Ptolémée. Telle Inde de leur invention parut dans les niappe- 
mondcduglohedc Behaim 1492; de l'hydrographie portugaise 150i; dans 
les cartes de Ruysch 1507, de Schoner 1520, de Bordonc 1520, de 
Thomas Aucuparius 1521, et de quantités d'autres. 

53. Erreur utile, parce qu'elle donnait l'impulsion aux découvertes 
du côté de l'ouest et les animait en fascinant l'attention antérieurement 
mieux avisée. Mais ce stimulant ne pouvait pas durer ni abuser long- 
temps la conscience humaine. Les découvertes de l'est lui apportaient 



ET DF. LA CniKE. 31 

cliaquc année de nouveaux démentis, qui lui préparèrent le sort des 
îles nébuleuses. Les Porlugais passèrent la revue de tous les rivages de 
l'Inde et tracèrent bientôt leur forme avec exacliiude. Ils arrivèrent 
en lois à Kanion en Chine. La reconnaissance de ce pays n'allaii pas 
bien vite, les exploits d'un Antoin Faria y Suza l.^iiO, ne firent que la 
ralentir : mais la création de la renaissance n'avait plus de fond dans la 
géographie et s'abîma dans les profondeurs de l'océan et dans les ténè- 
bres de l'ignorance présomptueuse. 

Les Portugais, avec leur idiome et l'accent de leur prononciation, 
indiquaient les villes chinoises qu'ils visitaient successivement, mais ils 
y cherchaient eu vain le baragouinage du vénitien : ils ne retrouvaient, 
niZaïlon, ni Quinsaï. Ils ne purent reconnaître Quinsaï sur le lieu 
même, cette belle espérance pleine de prestige pour Colomb qui échoua 
de la retrouver à Temistetan au Mexique. Les investigateurs portugais 
expliquèrent leur insuccès, en supposant que les villes indiquées par 
Polo n'existaient plus. La civitas autiqua (Cambalou innommé) de Man- 
deville fut portée sur Quinsaï, laquelle eu qualité d'antiqua, a dû être 
ou submergée ou détruite par quelque autre accident. Mulli urbem 
Quinsay beilo diruptam, vel alia gravi calamilalc destructam esse 
puiant, disent les cartes de Ilond , repèle le dantzikois Philippe Cluver 
(V, 6) et autres. 

3i. Les découvertes portugaises ont frappe de mort les deux inconnus 
qui exerçaient la curiosité des compositeurs de caries. La larve dilforme 
de l'un fut brisée et mise à néant; l'autre fut réduit au mutisme. Ce- 
pendant les découvertes récentes ne pouvaient contenter les érudits; 
les renseignements sur l'intérieur de l'Inde et de la Chine demandaient 
quelques explications des deux inconnus et les com])Osileurs de tartes 
essayèrent encore leur fortune, en conciliant et réglant toutes les con- 
naissances antiques, du bas-âge et récentes. Ils tournaient et retour- 
naient les fleuves et les montagnes de l'intérieur pour les coordonner 
dans le sens ptoléméen; ils mirent à contribution toute la no nenclature 
de Polo et de ses successeurs, ainsi que diflerentes images du moyen 
âge; il paraît même qu'ils puisèrent dans quelques notices arabes 
(d'Edrisi) et ils amalgamèrent le tout avec les relations récentes; des 
compositions très-variées furent inventées, mais chacune avait le déHiul 
de l'ignorance complète du terrain qu'on voulait remplir par une no- 
menclature très hétérogène (2t). 

Les villes de Trapobana, ou Malaî (de la carte catalane) parurent au 
Japon encore inexploré; le fleuve du Kanton fut qualifié d'olim Ganges 
(porté préalablement sur ce point par Mauro), parce qu'on croyait que 
son embouchure était par lio" de longitude, comme les embouchures 
du Gange de Plolémée; le branchage du Gange et de l'Indus fut em- 
prunté de Ptoléméc; il fallait former son grand golfe, de mare Sin, 

(21) Pour faciliter l'cxamoa de ce que nous allons dire et de ce que nous avons dit dans notre 
portulan , nous avons donné plusieurs tableaux géographiques du xvi* siècle dans notre atlas : deux 
sous le titre Asia aquilouaris de la Tartarie et de la Chine , reproduites l'une par Ortel,. l'autre par 
Mercator; l'Abbozzo de Zurla d'une carte vénitienne; ensuite deux de l'Inde, l'une do l'Asia 
d'Ortel (n" 2), l'autre do son India orieutalis (n° 100), suivie par Mercator; puis la Cliino de l'atlas 
de Hond (produit de la composition sino-portugaise), cnfln , une double carte de Uiudostan de 
Delislc. 



32 CARTES DE l'iNDE 

pour les embouchures des fleuves ptoléméens tombant dans le sinus 
magnus; il fallait régulièrement faire passer les montagnes sous la 
parallèle de ôG" de latitude pour ne pas contrarier Ptolémée. Un grand 
lac, vomissant de grands fleuves devenait partout indispensable au nord 
de Malaï, pour représenter le lac de 100 milles de la narration du vé- 
nitien; des lacs plus ou moins nombreux, des fleuves prenaient de dif- 
férentes directions inventées, on ne sait sur quel fondement et par 
quelle impulsion. Leur singulier ramage et tissu variaient les compo- 
sitions. Delly cberchait une place sur Nerboudda. On ne sait par quelle 
inspiration arabe (edrisienne?) Moultan, Lalior, Randahar marchaient 
d'accord vers le golfe gangélique. 

oo. Les relations de Polo n'ayant plus d'assiette cerlaine parmi les 
nouveautés portugaises et les vieilleries ptoléméennes, furent pour la 
plupart expédiées en masse à tramontana du Tibet et de la muraille 
chinoise. Quinsay, Zayton, Caraian, Cambalu, avec leurs cortèges, 
composèrent un Catay qui ne trouva de place , ni dans la nouvelle 
Espagne, ni en Chine. Des doubles à double place accablèrent les com- 
positions : Xandu etXandu, Caindu etCaindu (Mercalor), Mien et Pegu 
(partout), Cambalu et Pékin (abbozzo zurl.) etc. Ces répétitions por- 
taient aussi des variantes des nombreuses copies de la narration de Polo. 

Les variantes avaient leur origine dans l'orthographe et dans la mau- 
vaise leçon des noms. L'échange continuel des i et y ne fait pas grand 
tort, mais les opérations orthographiques avec les c et gr ont des consé- 
quences fâcheuses. L'insconstance de la valeur de ces deux lettres, dont 
une valait tantôt k tantôt iz ou s; l'autre, le g dur ou mol ou ji les mit 
à la merci des copistes de différentes nations. L'italien , pour désigner 
lek, écrivait ch; un autre essayait de le rendre par q, par gh. Pour 
rendre une autre valeur dec, ç, certains copistes pensaient mieux 
écrire à leur guise s ou x , ou remplaçaient un s par c , ç. De même 
g par k, servit au jeu de l'orthographe. L'italien le fesait accompagner 
de h ou u; gh, gu, pour désigner sa valeur dure, par conséquent les u, 
les /i, se remplaçaient chez les copistes, et les q, ch, prenaient la place 
de <//i, gru : et quand le (/, restant seul, devait répondre à la valeur 
de dj ou ji ; un tel le changeait en s, un autre le remplaçait par d ou s. 
Guln, ghin, qiiin, chin, çin, sin,zin, s'échangent, rapprochant jusqu'à 
l'identité des noms tout différents, ou créant d'un seul et même nom 
plusieurs noms dilférents. Les méprises de leçon contribuèrent immen- 
sément à cet embrouillement, quand on se méprenait dans la leçon ou 
de n, «; ou de r, ^, prenant l'un pour l'autre; quand on ne distinguait 
pas le C majuscule du G; quand un ne remarquait point l'élision de n 
par abréviation ; quand on transposait les lettres ou élimait les syllabes. 
Enfin, les voyageurs postérieurs à Polo en reproduisant par leur propres 
prononciation et orthographe les mêmes noms, secondèrent puissam- 
ment la multiplication de noms et de positions, lorsqu'ils étaient con- 
sultés et mal compris. 

36. Toutes les compositions du xvi* siècle offrent pour la Chine et l'in- 
térieur de l'Inde et de l'Asie centrale ce fatras confus et inextricable. 
Parmi les cartes republiées par Ortel (1570-1592) on a cinq n°' (1 , 3, 



ET DE LA CHINE. 33 

100, \0\ , 102, de redit. 1592), où l'on voit la Chine, seule ou conjoin- 
tement avec rinde ou la Tarlaric. On y dislingue deux différentes coni- 
posilions pour Tlndc et cinq pour la Cliiiie (n"' 152, 133, 157 de notre 
allas), auxquelles on peut ajouter une sixièuie : celle d'un manuscrit de 
Venise (abbozzo zurl.) (u" 151 de notre allas) et une septième : celle qui 
est empruntée par Mercator et qui se distingue encore (n" 13G de notre 
allas). Dans ce nombre on débrouille, outre la série toute nouvelle de po- 
sitions maritimes (n° 101 ), deux systèmes pour les rivagesde la Chine, où 
sont intercalées quelques nouvelles positions, elles positions anliques 
de Piolémée, parmi celles de Polo. L'un de ces deux systèmes semble 
réclamer la priorité, parce que le Japon y est garni plutôt de positions 
hypothétiques (édrisiennes) que de ses propres positions. Il est dans le 
orbis terrarum d'Ortel (n" 1), dans son Iiidia oricntalis (n" 102) et dans 
la composition empruntée par Marcator (n"' 155, 15() de notre atlas). Ce 
système se conforme mieux à la narration de Polo que l'autre, déroulé dans 
les cartes ortéliennesde l'Asie et de la Tarlaric (n"' 5, 100), (0°= 132,157 
de notre atlas), où le Japon est délivré de positions hypothétiques et dé- 
cèle des investigations avancées; or, la création de ce système et la com- 
position deces cartes ont eu lieu entre 15io et 1570. Quant aux régions 
intermédiaires entre la Chine et l'Inde, toutes les cartes orlélienncs se 
conforment mieux avec la relation de Polo que celle de Mercator {-î'î). 

Des deux compositions de l'Inde, l'une se trouve dans l'Asie orté- 
lienne (n° 5), (n" 132 de notre atlas); l'autre dans l'India oricntalis 
(n" 102), (n" 135 de notre allas); Mercator approuva celte dernière, 
Hond aima mieux suivre la première. Mais bientôt un itinéraire de Sou- 
rate, par Brampour, Dely, Lahor, jusqu'à Kaboul, força à changer ou 
rectifier l'intérieur. On voit celte reclilication dans les cartes de Hond, 
deSanson, de Blaeuw , deWilt, de Duval 1682. Delisle se modelait 
encore sur le calque de ses prédécesseurs (voyez sa double composition 
n° 155 de noire allas) et fut copié par Homuian, Seuler, Lotler, Mathieu 
Hase 17ii, Tobie Mayer 17i8. Enfin les cartes de Bonne , de d'Auville 
indiquent la direction réelle du Gange. 

La Chine depuis des siècles, pour l'Europe énigme insaisissable, dans 
le crépuscule de l'aube du levant, devenu un nouvel énigme par la re- 
lation de Polo, commença enfin à prendre sa consistance dans la car- 
tographie européenne par les découvertes portugaises. Vers le milieu 
du XVP siècle, Louis Géorgie (1,570) composa, d'après les matériaux 
portugais, une carte de la Chine qui servit plus d'un siècle de type aux 
géographes cl sur lequel ils purent élaborer leurs amplifications en dé- 
gageant le premier modèle de quelques noms surannés et de contes 
controuvés qui le décoraient d'abord. Ce type, ainsi modifiéet enrichi de 
connaissances chaque jour mieux acquises, se trouve dans les allas de 
Hond (n" 15i de notre allas), Bjacuw, Sanson (avant 163 i), AVitt (1670), 
Duval (1682). Il parait que, pour la composition primitive, une carte 
chinoise servit de modèle (25). 



[î-2' roiir fju'oii puisse fnivro nos nlisorvations , nous avons donnô dans notre allas six fijruro.s 
à 1 OTameii des curieux : 1° aliliozzo Zurlana d'une carie de Venise ; 2" Inde (li> l'Asie orlélienne ; 
3° Inde de liidia oricntalis ortélienno et de Mercator ; i" Cliine de Mercator ; S' Chine île la Tartarie 
ortélienne , G" Chine de l'atlas de Hond. — Voyez le portulan général , S-2. 

(43) Celte carie, dont on oonnaissail i'impefi>clion à cause ipi'on ■ onlinuait les investigations difli - 



3i CARTES DE LINDE 

37. Mais le perlecUonnemenl de la carte de la Chine devait avancer 
par les éludes faites sur les lieux. Des cartes et des allas furent prépa- 
rés sur les matériaux anléricurement inconnus, sur les caries chinoises 
mieux examinées et sur les investigations et les renseignemenls des 
missionnaires. De ceux qui furent déposés vers 1590 à Rome, Malheo 
Neroni,aidé par Michel Ruggieri , exécutait un allas; en même temps 
Marlinius (mort iOol) meltait au jour 16 caries de Tempire chinois et 
Bouyn l'élaborait à sa manière. Sanson, en 1G36, commença à popula- 
riser la carie de Neroni par sa publicaiion réduite. Cette carte avança 
infinimcn! la connaissance de la position de la Chine sur le globe ter- 
restre; elle élucida son intérieur, ses divisions et même sa nomencla- 
ture : mais elle présentait un grand défaut en ce qu'elle n'avait pas 
tout à fait rompu avec les cartes précédentes et en ce qu'elle avait 
inventé, à leur exemple, des réseaux de fleuves que les renseignements 
du lieu ne pouvaient confirmer. Celte carte décèle un soin tout parlicii- 
lier des compositeurs dans l'indication des rochers et des montagnes 
(négligés par d'Anville). 

La Chine, cependant, était sur le point d'obtenir la plus haute posi- 
tion dans la géographie, à laquelle, à cette époque, aucune portion du 
globe terrestre de celle étendue n'a pu atteindre. L'empereur de Chine 
Kanghi , appela les jésuites à dresser une carte de l'empire et de ses 
dépendances. Bouvel , Régis, Jartoux, Fridelli, Cardoso, Bonjours, de 
Tartre, Maïila, Henderes, levaient pendant huit années (1708-1716), les 
plans de ces vastes régions et (en 1710-1718), sous la direction de Jar- 
toux, ils élaborèrent les cartes spéciales et une carte générale. Le fruit 
de cet immense travail parut en 1757 dans l'atlas de du Halde, dressé 
par d'Anville, et ses réductions par Jean Malhias Hase et par Tobias 
Mcyer (i7.j!l, Il 'ri, 17i8), chez les héritiers de Homman, répandaient 
le succès heureusement obtenu. A celte époque, l'Europe même était 
loin encore d'ollrir à la géographie un tel ensemble et un plan aussi 
achevé que la carte de la Chine. 

ciles, était snjptlr aux romanicmonls à chaque nouvelle publication. Louis Georgio donnait Ifs latitudes : 
à Kanlun 25" 50'; a Liampo 51" 50'; .i Nankin 5i>° 0; à l'ckin 48° C, et au delà de la muraille il inscri- 
vait de l'ouest à l'est la nomenclature de nombreuses stations d'un double itinéraire. C'était trop 
fatigant pour ses successeurs. — La carte de Ilond (que nous donnons u° 154 dans notre atlas), 
donnant congé à cet itinéraire, inscrivit à sa place plusieurs noms de Polo, rapprocha de la muraille, 
Lop.Pcim.ct donna une'autrc latitude: à Kanton 45° 0', a Liampo 50" 0'; à Nankin 5o° 0'; à Pékin 45" 0'; 
élimina les quatre positions précédentes : Teucbeo, riu( lieo, Riclico et Lianito, .ijouta la Corée et 
Xuulim par 47° 0' de lalit. — La carte de Blaeuw diirere par les latitudes de Kanton âS" 50'; Liampo 
29* 0'; Nankin 54" 50'; Pékin 48" 30', place Xuntin Samtou par 43" 30'; reprenant les quatre positions 
éliminées, elle les plaee au delà de la muraille et de la Corée, et donnant congé .^ la nomenclature de 
Polo, retient tout prés de la muraille Lop avec tout son cortège. — La carte publiée par Sanson 
dégage le tissu des rivières , donne aux rivages un contour nioius raidc et lait descendre les latitudes 
de Kanton à 2i" 0', de Liampo à 26" 30'; de Nankin à 32" 40'; de Pékin .i 42" 0'. — Ce remaniement 
s'exécutait sur un type qui, dès son origine , décelé une disposition susceptible de tous le» redres- 
sements nécessaires; c'est ce qui me fil supposer qu'une grossière carte chinoise avait pu lui servir 
de modèle. Mes présomptions à cet égard ont été raffermies par la vue d'une carte chinoise, que je 
possède, fabriquée récemment à Pékin pour le vulgaire : tant la conformation des parties y est cou- 
forme à la composition dressée sur les matéricaux portugais. Les parties que le chinois laisse 
ampoulées pour ses nombreuses inscriptions ; les Deuves grosièrement tournés et leur ramage bouffi 
pour former les îles continentales; la raideur des rivages ; la Corée couvrant et pressant le front 
allongé de la Chine jusqu'au Japon , assimilent singulièrement le type européen aux traits chinois. 
L'insuflisance de l'exactitude et les vices des anciennes cartes chinoises, offrit certainement une 
figure plus défectueuse que celle qui se présente dans la composition chinoise actuelle. 



EXAMEN GÉOGRAPHIQUE 

DES COURSES ET DE LA DESCRIPTION 

DE 

BElVJAMm DE TUDÈLE, 

1160-1175. 



Plusieurs lellres 
adressées à M. Carmolij. 



AVANT-PROPOS. 



Une tradition, relatée vers la fin du xvi' siècle par Abraham Zakout, 
astronome et historiographe du roi de Portugal (juchasin, fol. 131, de 
l'édition de Cracovie)^ fixe le voyage de BENJAMIN DE TUDÈLE fils de 
loua, entre les années 1160 et 1173. Cette tradition fut répétée par le 
premier éditeur du voyage en 1513; par Gcdalia, fils de Joseph Jacchia 
(in schalschelet hakobhala) 1587; par David Gantz (tsemai David, 
fol. 39) 1592. En effet, la relation du voyage ne contient rien de pos- 
térieur à l'année 1173; elle soutient les événements et les positions de 
cette époque, et confirme par elle-même qu'elle a été rédigée vers 1173, 
qui est aussi l'année de la mort de Benjamin. 

11 y avait à cette époque beaucoup de voyageurs, mais peu d'entre 
eux donnaient une description de leurs courses. Celle de Benjamin 
acquit de très-bonne heure une certaine vogue parmi ses co-religion- 
naires; elle fut assez répandue; quelquefois contrefaçonnée par d'autres 
et défigurée, comme cela eut lieu dans une relation de Gerson, en 1G50. 
Les doutes qu'on a soulevés sur la réalité du voyage de Benjamin, qui, 
peut-être, n'a pas bougé de sa chambre, tombent devant l'intérêt qu'offre 
sa narration rédigée sous la forme d'un voyage. 

Plusieurs éditions s'étaient succédées : la première en 1543, à Con- 
stantinople, chez les Soncini; ensuite en 1586, à Ferrare, chez Abra- 
ham Oschke; en 1383, à Fribourgen Brisgovie, chez lletzfroni, lorsque 
parut, en 1373, à Anvers, une version latine de Benoit Arias Montanus, 
reproduite en 1636, à llelmsladt. Cette version livra l'ouvrage aux 
études des chrétiens ignorant l'hébreu ou versés dans celte langue. 

Les explications, les éditions accompagnées de notes ou sans notes, 
se multiplièrent dans le courant du xvu' siècle : surtout en Hollande 
et en Allemagne. L'édition de Bàle précéda celles de Leyde, qui paru- 
rent en 1633, au nombre de trois, accompagnées d'une nouvelle version 
latine et de commentaires de Constantin L'Empereur, qui fut ensuite 
commentée par d'autres. La version hollandaise de Bara, 1666 et 1698, 
donna origine aux versions allemandes 1691 , 1711 , et française 1729. 
Le voyage devint la proie de diflerentes opinions et son texte la pâture de 
commentateurs : Montanus, Constantin L'Empereur, Buxtorf, Kenaudot, 
Richard Simon, Bergeron, Wagenseil, Eisenmenger, Schutt, Ilotiinger, 
Kircher, de la Rocque, Spanheini, Gaspar Bartliius, Reinesius appré- 
cièrent l'ouvrage chacun à sa guise. On comptait déjà 14 éditions, dont 



58 AVANT-PROPOS. 

la moitié en hébreu, quatre latines, deux hollandaises, deux allemandes, 
une française, et une foule de commentaleurs : lorsqu'en 1734 furent 
publiées, à Amsterdam, la traduction française et les profondes élueu- 
brations de Jean Philippe Baratier, né en 1722 mort en 1741, enfant 
prodige dont les facultés intellectuelles s'élevèrent à la hauteur des 
savants les plus inslruils. Dans son ouvrage quelques étincelles d'enfan- 
tillage pétillent, presque imperceptibles, dans l'éclat et la lumière de 
connaissances immenses, d'une érudition profonde, et d'un génie indé- 
pendant, philosophe et plein de capacités critiques. 

A cause de l'insuffisante connaissance de l'intérieur de l'Asie, de 
plusieurs points géographiques et de l'ignorance de quelques événe- 
ments historiques, on ne savait pas comprendre toute la description du 
voyageur. Quelques fables insérées dans sa narration , contribuèrent à 
déprécier ses renseignements et à compromettre sa véracité. On cria à 
l'imposture, mais on ne se fatiguait point à l'étudier. On continuait 
toujours à disserter, à éditer, surtout en Allemagne et en Angleterre, où 
parurent plusieurs versions et de judicieux commentaires. Jusqu'à la 
publication récente d'Asher, on peut compter vingt-cinq éditions de 
l'original ou de traductions en différentes langues. En butte à d'impla- 
cables antipathies, le Tudelien trouva aussi de judicieux et généreux 
défenseurs. 

Le savant Carmoly, un des plus ardents défenseurs de la bonne foi 
de Benjamin, épuisant toutes les questions qui le concernent, m'appela 
plus d'une fois à examiner les obscurités géographiques du voyageur. 
J'essayais donc de les pénétrer et communiquais mes observations au 
savant investigateur, sous forme de lettres, que je reproduis ici comme 
objet de mes éludes de la géographie du moyen âge. 

Ces lettres sont accompagnées de la carte géographique. Parmi toutes 
les éditions, il n'y en avait qu'une seule de Bara, à Amsterdam, qui fût 
décorée d'une carte : Remplie d'épigraphes sans choix , parsemées de 
quelques noms du voyage de Benjamin inscrits au hasard; inexacte, 
pleine d'erreurs, elle offre un chaos confus. 

Plusieurs années se sont écoulées depuis que ces lettres ont été com- 
posées. La première, traitant la Grèce, fut insérée dans la Revue orien- 
tale, publiée par E. Carmoly (t. III, p. 273-282), et la quatrième, sur 
la carte de Palestine, se trouve à la fin des itinéraires de la terre sainte, 
traduits de l'hébreu, par E. Carmoly, Bruxelles, 18i7, (p. 564-370). 
C'est la première fois qu'elles paraissent réunies. Si leur première 
composition n'a pas élé retouchée, on remarquera cependant plusieurs 
noies ou passages contrariant quelques-unes de mes premières asser- 
tions ou observalions. J'ai cru , qu'en les livrant à la |)ublicilé il fallait 
radouber ma nacelle : mox reficil rates quassas, indocilis paupcriem 
pâli. 



GRÈCE. 



ru tMltlii: L ET THE. 



Nous nous sommes cnlreleiuis plusieurs fois sur ces g('Oi;raplics et 
voyai;curs du moyen âge, qu'où accuse (rinexacliluile, de mensonge, 
avant de les comprendre. Parce que leur copie oH're une erreur, parce 
que eux-mêmes prononçaient elorlhographiaienl un nom d'une manière 
inusitée, parce qu'ils ont qualifié les choses vues, suivant leur con- 
ception : leur ouvrage est donc un tissu d'ineptie, digne du mépris des 
crudils. Benjamin de Tudcle est un de ceux sur le(}uel pèsent les plus 
crianles incriminations. Il a eu déjà de judicieux défenseurs et il trou- 
vera, je n'en doute pas, dans voire plume une lumière qui fera jour à 
la courte vue des érudils embrouillés. C'est pourquoi je vais soumettre 
à votre jugement quelques observations qui se sont présentées à mou 
altention, lorsque de temps en leinps la curiosité me portait à feuilleter 
le voyage de Benjamin. 

Je lis dans Baratier (p. 18) : quant à la Grèce, le fourbe se trahit 
d'une manière qui saule aux yeux : l'étrange saut qu'il fait depuis 
Thèbes jusqu'à la Valachie en trois jours, ne lencontranl que trois villes 
jusqu'à présent inconnues qu'il nomme depuis la Vanachie Conslanli- 
nople, qui n'existaient (pic dans celle partie de la Grèce qui était dans 
la cervelle de Benjamin : l'omission inexcusable (|i!'ii fait de Saloniclii, 
à moins qu'il ne la confonde avec SaluusLi, aulre erreur impaidon 
nable, comme il serait facile à prouver si quelqu'un s'avisait de le dire : 
tout cela, dis-je, crie (puî Benjamin est un imposteur. De tout cela, 
je conclus (continue Baratier, p. -2[)) et crois èlre en dioit de conclure 
que notre Benjamin est un fourbe de Tudèle, qu'il n'a jamais fait le 
voyage qu'il s'attribue. Soit! ce sont les belles paioles de Baratier, 
dont vous m'avez recommandé l'édition de Benjamin, comme préfé- 
rable aux autres. 

Je ne veux pas approfoiulir s'il a réellement, cxécii lé le voyage comme 
il en donne la relation, je veux seulement demander s'il a créé tout ce 
qu'il dit dans sa cervelle, et osa le donner à la crédulité du vulgaire : 
à cet cÛ'et je m'enferme dans son cabinet de fourberie et je vais l'exa- 
miner, déroulanl devant moi les cartes assez détaillées de l'empire 



40 BENJAMIN DE TLDÈLE. 

olloman, publiées en 1822, à Paris, chez Picquel, par Lapie, d'après 
les inalériaux de Guillemot et Tromelin; et en 1827, à Paris, jtar Lameau 
et Dufour. J'espère que vous ne désapprouverez pas le choix de ces 
cartes, dressées par d'habiles officiers et ingénieurs et que vous y verrez 
un appareil qui doit faire frémir l'imposteur. 

Il est à peu près admis par Baratier que Benjamin confond Salouski 
avec Saloniki. J'adhère à cette confusion et je prends un compas dans 
la main pour le faire promener sur les caries. De Thcbes il y a, suivant 
Benjamin, une journée à "jî'~*;iN* Egripont , Negropout : voilà une 
échelle de journée. A trois journées de Corinlhe se trouve, suivant sa 
relation, Thèbes : mon compas fait trois pas et l'échelle est constatée : 
c'est juste (i). 

Maintenant d' Egripont h Salouski , ie compte les journées données 
par Benjamin : il y a par mer et par terre 10 journées. Je marche 
avec mon compas de Negropont par la Thessalie et par mer jusqu'à 
Saloniki et j'y trouve juste ces dix journées. Quant à la distance géné- 
rale je ne puis donc réprouver cette fois la relation de Benjamin : il ne 
reste qu'à apprécier les lieux indiquées dans sa relation, tenant toujours 
l'inappréciable compas à la mains. 

11 faut observer, que depuis l'invasion des barbares dans l'empire 
d'Orient, dans le courant des siècles, la nomenclature géographique a 
subi d'innombrables changements. Comparez Janjah, avec l'antique 
Thessalie, comparez Morée avec l'ancienne Péloponèse, chaque partie de 
la Grèce d'aujourd'hui avec l'ancienne et vous serez convaincu qu'il 
s'est accomplie une véritable métamorphose dans celte partie du globe. 
Les dénominations de l'origine slave fourmillent avant tout et il y a 
tant d'italiques, de romanes, etc. De temps à autre, il ne manquait pas 
de dénominations éphémères. Lorsque aux environs du mont Olympe, 
dominaient les Slaves, les Valaches, les Bulgares, les Sorvieus, enfin 
les Franks et les Turks, chaque fois différentes localités changeaient de 
nom dans le vulgaire. 

Après avoir prédisposé votre attention à des dénominations toutes 
inattendues, j'avance avec mon compas. En parlant de Negropont à une 
journée, r,D''~iù2îî"ll!' Jaboustcrisa répond à Proschina, (sur d'autres 
cartes Proscina, Frescina). Ce nom est tout à fait slave, désignant, sans 
changer de prononciation, poudre, une toute petite parcelle de poudre; 
eton appelle une toute peiite chose, un louî pelitobjel proschina, prous- 
china, proszyna. — On a dans les possessions slaves de Prosna, Proschna, 
Procbnitza et analogues, dont la dérivation de la valeur peut varier. 
De même de Jaboustcrisa , ôtcz léjod euphoniiiue et vous avez un nom 
purement slave, Byslritza (rapide, pénétrante) donné aux rivières, aux 

(1) Celle ccliollo continentale n'est ]>as eu défaut pour les distances précédentes, pas plus que 
'"cclielle de journées par mer. D'Olranto à QT^T^jp A'ro/bii.t, Corfou 2 j.; à £23*^ if•^(^^ Lcukate, 
Ducato, santa Maura, 4 j.; à ll^^^î^ y^chilon, fl. Acbelous, Aspropotanus , 2 j.; à pp^'^IJ^J 
yatolikon, Actolikon, Analolikon, )/« j ; à ,~11t2î Potra, Patras, Patrae, i j.; à Ij^jri'^ Lejmnto, 
Nuiipktos, Lcpanto i/3 j.; à tJ'"^ip A'or.t, au pied du mont Parnasse, Krissa, 1 i/tj.; à 'îj^p'^^'p 
Korinio, Korinth, 5 j.; à t*']2'u ^'*''-'' T''ébc 5 journées. 



CKECE. 

))ourgs et villages, aux hommes (2). D'ici une journée à n'5j"'21"i Robe- 
nika, etmon compas s'arréle tout prèsde Tornitza (Mariitsa,' Thronium); 
ensuite une journée à '^^'J^' 2 ]Tl!' Sinon polmo, avec lequel j'arrive à 
Boudounitza ou Modounitza. Je ne vous entretiendrez pas de la termi- 
naison slave i7;fl, (A-rt, ni de Robenica qui pourrait dériver du slave 
couper, tailler, où Ton se battait, où l'on a abattu les arbres, les bois (5); 
ni de Boudounitza, Boudnitza , Boudziu, Bouda, bouda, huile, échoppe, 
noms de villes et villages inlînimenl nombreux dans les possessions 
slaves. En m'arrèlant ici je dois avouer que je marchais avec mon 
compas à trop petites journées. Je puis et je devais avancer plus loin, 
pour ne pas perdre les dislances : mais la relation suivante de Ben- 
jamin me force de ralentir mes pas (0). 

Ici commence la îs*^;';^ ^«'«''^'« » Valakhia, dit Benjamin et cela 
révolterait toutes ces conceptions étroites qui se borneraient à la Vala- 
chie d'aujourd'hui. Mais si Ton demande l'histoire, on apprendra qu'il y 
avait une Valachic sur le .Nicstr, une Valakhie dans l'intérieur de la 
Hongrie, une Valakhie en Macédoine, en Rouianie, en Thessalie , et 
c'est la Grande Valakhie. Fouillez les écrivains byzantins et vous y 
trouverez que les Valaches, en descendant de Zagora (nom slave des 
montagnes, d'au delà des montagnes) se répandirent aussi bien dans 
l'intérieur de la Grèce, comme vers le Danube; que leurs bandes 
vagabondes, leurs hordes errantes étaient connues en Macédoine, en 
Thessalie, avant qu'elles ne le fussent au nord de Hemus, Gora , 
Zagora; que par conséquent on appelait le pays aux environs de Zeiloun 
Grande Valakhie. Or, en parlant de Boudounitza, on entrait du temps 
de Benjamin dans la grande Valakhie. 

A deux journées ':;'"i"i:, Gradigi, ville ruinée. Vous me direz, à quoi 
bon chercher une ville ruinée? elle n'existe plus, encore portant une 
dénomination slave : Gradigi, comme Gradiska, Grodziska, Bellgrad, 
Nov-grad, Veli-grad, Vyscho-grad, et mille appellations analogues. 
N'imporle, je grimpe les montagnes où je passe le défilé de Thermo 
pyle, je pénètre dans la Thessalie et cherchant des ruines, je rencontre 
sur les cartes tout près de Zeiloun, au pied de l'antique Othrys aujour- 
d'hui Goura (montagne en slave), un petit village Gardaki et je suppose, 
non sans raison, que c'est Gradigi de Benjamin. Avant d'aller plus loin, 
je vous ferai remarquer qu'on trouve sur la carte des indices du séjour 



(2) Prosciua est rancionue larviniia. Pj//./;, hupuUion, impcluositc ; pùy.r/^ torrents, ont pu 
donner origine à la Bystrilza slavono. Dans la suite les interprétations possibles paraîtront plus 
ostensibles. 

(5) H y a quelque .analogie entre Rubenika et l'antique nom du mont et du cap Kucniis (/.-jr.uoi, 
arduQS, saltuosus] qui bordent Tlirouium. Kvc/j.t, j'incise, je creuse, je racle, je Tends; traduit par 
Rubenika. 

[i] Voici encore pour le compte de l'étvmologie. Boudounitza, Vodonitza, pourrait dériver du slave 
voda, eau ; Vod'uilza, aquatique, ce qui répondrait à polmos ^rcra/Jtoj. — M. Reiuaud présume 
que Sinon-potnio indique la rivière Spercbios, et prcjinse le changement des lettres de Sinon. Je ne 
combattrai pas l'attribution de ce nom à Spercbios, mais j'opposerai à la proposition de cbangemonl 
trop force, la remarque que Sinon-potmo parait être tout à fait grec, qualilicatiun de circonstance : 
rivière de désolation, de dévastation , de ravage, lyivoi ~07Ci/J.0i, traversant le pays ravagé par les 
courses slaves, boulgars, valakiies; ou bien rivière extérieure, fîvo,, fîtvsj "OrsCj'JtOj, fronlièrc 
de la Grèce, au delà de laquelle commence la Valakbic. 



4:2 BENJAMIN DE TLDÉLE. 

des Slaves et des Valakhes dans les environs de Gardaki : c'est dans le 
petit bourg Goura, au delà d'Othrys et dans Vlacho Jani sur la rivière 
du même nom (s). — Si vous n'êtes pas content de l'analogie de Gar- 
daki et de Gradigi, tournez-vous à droite, cheminant les cotes de la 
mer, vous arrivez à Griditza, louchant le port Felio, près des ruines 
d'une Làrisse : mais ce petit détour mettrait en désharmouie les dis- 
tances que nous suivons scrupuleusement; aussi je préfère de rester 
avec Gradigi à Gardaki (e). 

J'ai dit que j'avais un motif de ralentir les pas du compas et de 
m'arrêler avec les ruines de Gradigi dans le village Gardaki; le voici : 
Benjamin, de Gradigi, allait eu deux journées à "7»0"'X -^rmillo, ville 
sur le bord de la mer, fort marchande; or, de Gardaki à deux petites 
journées, mon compas m'amène dans la grande ville d'Armyros. Le 
contemporain géographe arabe Edrisi (clim. v, p. :29G) dit qu'Armyros, 
qu'il appelle tantôt i^^.^.! tantôt ...^^.■>.' Armiron, Armirioun, est 

considérable, peuplée et commerçante: c'est là ijue les Grecs entre- 
posent leurs marchandises. 

De là à une journée n:"I''I Bisina. C'est un port, car Benjamin 
s'y embarque pour aller par mer à 'ODI':':^ Salouski. Si donc nous 
sommes avec Armillo dans Armyros, le 'seul port convenable à la dis- 
tance d'une journée serait le port Volo, situé au midi de Velestina (7). 
Nous sommes loin de Saloniki : je pense cependant que la navigation 
de deux jours et deux nuits suffit pour y arriver. Il y a deux degrés 
de distance entre Yolo et Saloniki en tournant le cap Sainl-Georges. 

Elmacin (III, o, p. 2.j2) rapporte que Basile étant occupé contre le 
rebelle Bardas Phocas, qui allait entreprendre le siège de Conslanlino- 
ple, les Bulgares profitèrent de l'occasion, entrèrent dans l'empire et 
ravagèrent tout jusqu'à Salouski, ville qui par conséquent était entre la 
Bulgarie et Conslanlinople, suivant l'opinion du commenlaîeur de 
Benjamin. 

Nous y voilà ! on a voulu inventer en l'honneur d'Elmacin l'existence 
d'une ville Salouski sur la route de lUilgarie à Conslanlinople et on ne 
voudrait pas ad mettre l'existence d'une autre Salouski en faveur du 
pauvre Benjamin. Mais à mon avis, sur le dire d'Elmacin, la conséquence 
pour invenîer l'exislence d'une inconnue Salouski dans l'année "JG3 est 
peu concluante. Elmacin ne la demaude guère, il ne dit point que l'in- 
vasion se portail vers Conslantinople. Les Bulgares cantonnaient alors 



{Tt] \vanrons dans riiitiTieur de la Tlicssalio, mous y Irouvons : Oribovo Tarnovo, Kliiiovo, noms 
]iurcniriil slaves. La Tliessalie en csl pleine. Sans reniouter dans la Mai'cdoiuc, Iravorsous la mon- 
tagne de Smokovo nous trouvons: Radoviscli, Lelovo, Katsibiko.Vronza. Klissour; ,'Sirako, Lepcuize, 
Mazovo, Maliza, Gorilza, Oslanids-lia, dans tout l'inlcrieur de Jauina des noms slaves. Preveza 
prétend à l'oiigine slave. 

(fi) La susmentionnée Griditza porte le nom de Cardiki sur les cartes du xvii* siècle. De même cllt; 
est nommée Gardiki tout près des mines de Larissa sur les cartes toutes récentes, qui offrent .i la 
l'ois des rectifications du litloral par les(|uelles la roule littorale de notre voyapeurijusiiu'à Volo), est 
assurée et l'identité de ce Gardiki avec Gradigi irrévocatilemcnt fixée. S'arrètanl avec Gradii;i sur 
les ruines de Larissa, il n'y a pas lieu de ralentir la marche du compas comme je le fcsais dans ma 
première explication. Sinon polamos serait Spcrcliios ou Zeiton ; cl la marche régulière du voyageur 
n'en serait que mieux établie. 

(7} Si l'appsUaliou Volo est grecque, /^'jiXo;, molle, monceau ; Bissina donnerait une simple 
interprétation slave, vyschina, vyjina, lieu élevé, position élevée. 



GRÈCE. 43 

dans toute la Zagovie : Develtus, Okhrida, Durazzo se ressentaient de 
leur voisinage. Peu après ils y dominaient et possédaient toutes les villes 
de la Thessalie; plusieurs fois, entre 888 et 1000, ils tracèrent leurs 
frontières presque sous les murs de Tliessaloniquc. Lisez les Byzantins 
et vous serez convaincu qu'Elmacin, en nommant Salouski, a voulu in- 
diquer Thessalonique, à laquelle en effet on peut loucher par la mer (s). 

Avant de partir de Salouski, Saloniki , nous devons changer notre 
échelle, parce que de Salouski à Conslantinople il y a 13 journées sui- 
vant Benjamin. Voulant avancer à si petites journées, nous n'arriverons 
qu'à moitié du chemin; or, ce sont des journées plus fortes : il faut 
doubler leur longuaur : mais je vous assure, vérifiez-le, en la doublani, 
nous n'excéderons pas la journée d'un demi degré que vous trouvez à 
la page 42 déterminée par Baratier. 

De Salouski, Benjamin compte à ''C^"'*^''?::; Metressi deux journées, 
delà à r;?2"l'" Darma deux journées. A une telle distance de Saloniki, 
sur la plaine de l'ancienne Philippi, vous avez aujourd'hui Drama. Or, 
Metressi, étant à moitié chemin, est situé au nord ou au midi du lac 
Takinos. Je pense donc que c'est Scres , ^j.w. C'est une jolie ville, dit 

Edrisi (clim. v, sect. -i, p. 289), bâtie sur une colline dont les environs 
sont très agréables, les habitations nombrcusss et les ressources abon- 
dantes. Pourquoi Benjamin l'appelle-t-il Metressi? Je n'ose pas supposer 
l'erreur des copistes qui auraient pris le c Pour un ?> etc. (o). Il est 
plus convenable pour moi d'observer que Seres est tant soit peu 
plus rapproché de Drama que de Saloniki. Celte différence n'est pas 
grande, cependant Edrisi ne compte de Seres à Rahna ï;^. qu'une 

journée en se dirigeant vers l'orient. Vous voyez que les deux journées 
de Benjamin ne sont pas trop fortes puisque l'arabe n'en compte qu'une. 
Il semble qu'Edrisi n'ait pu prononcer ni Drama, ni Darma, et qu'il 
écvrivit iL=w.. 

De Drama à ^'p''inîi'"'jp Canisloli, il y a une journée. Cette journée 
nous fait passer la rivière Carasou, l'ancien Nestos, sur laquelle on a, 
entre plusieurs autres villes, Nicopoli; mais on n'y voit pas de 
Canisloli (lo). Peut-être faut-il avancer avec Canisloli jusqu'à Jenizze 
ou lenidjé. Nous nous bornons à celte remarque afin d'avancer de trois 
journées à n''i:v\' Abiro, qu'on veut lire Abido et y voir Abydos de 
l'Hellespont, dans l'inlenlion de réprimander Benjamin avec cette 
correction même, parce que comment, sur l'échelle de plus grandes 
journées, arriver par terre de Drama jusqu'à Abydos en Asie, tandis que 
la journée telle que celle de Seres à Drama nous conduirait de Drama 
en quatre jours à peine vers l'embouchure de Marilza , ancien ilebrus. 
Nous nous y arrêtons volontiers. 



(8) Edrisi nomme Tliessalonique, coricclL>ment s_^VJ J-o Salonik ^ et connaît iino autre ville 
^J JL.51 Saloni, située quelque part dans les montagnes de Rhodope ou aux environs de la rivière 

Arda ou Hardeme. Cette ressemblance de nom d'une antre ville plus obscure, ne peut pas coctraricr 
l'identité de Salouski avec Saloniki, Ijquclle se confirme par les stations suivantes. 

(9) M»]T/jy5, mater; ///jT^a, /j.-fjzpy), matriv ; Metressi autant que metropolis. 

(10) Canistalla. 



44 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

Etirisi (clim. vi, sect. 4, p. 583, 384), eu suivant le cours de Maritza, 
dit qu'elle passe à Adrinople, puis à Sorlova, puis à Arkadioboli , puis 
se jette dans le canal d'Âbydos SJol auprès de la ville Akhrisoboli la 
maritime, où elle porte le nom de Marmara. Il est évident que dans sa 
relation, Edrisi indique à la fois le cours de deux rivières, de Marilza et 
de Erkéné, qui se réunissent au midi d' Adrinople; Tune a sa source 
près de Ligolgo, l'autre près de Sorlova. Il manileslc eu même temps 
une espèce de confusion de Maritza avec Marmara qui est le fleuve Ro- 
dovitsch (Strimon) sur lequel est situé Seres (Metressi). Akhrisoboli ou 
Chrysopoli est loin de Maritza, étant à l'embouchre de Marmara. Nous 
discuterons ailleurs ces questions et positions. Pour le moment il nous 
suflit d'alléguer que les embouchures de Maritza et de Marmara, et la 
ville Chrysopolis et même Saloniki et Armiro, sont toutes sur les bords 
du canal de Conslaniinople, nommé de même canal d'Abydos. Toute 
celte mer, depuis Saloniki jusqu'à Gallipoli et Abydos s'appelle, au 
témoignage d'Edrisi : canal d'Abydos ou de Constantinople (Edrisi, vi, 4, 
p. 58o, 58 i, 200, 291, 292). Les navigateurs la qualiliaient ainsi. Il est 
donc évident que le nom d'Abydos était connu à l'époque de Benjamin, 
à l'embouchure de Maritza, quatre journées de Drama. Benjamin, pas- 
sant par terre, arrivé au bord de la mer, s'est servi du nom de golfe 
pour qualifier sa station maritime. De l'embouchure de Maritza on peut 
se rendre très-facilement à Constantinople en cinq journées. 

Enfin nous sommes à Constantinople avec noire Benjamin. Nous y 
voyons avec lui les marchands de l'Orient, du Nord et de l'Occident. 
Ceux du nord sont : Canaan, les Slaves en général, puis ceux des pays 
Russiens, de la Hongrie, enfin de ''pj ■D"'? Pasianke et de N*""-^/!! Botiria. 
La Russie est plus orientale que la Hongrie; Pasianke, Fasianke serait 
aussi plus orientale que Bouria, selon Tordre dans lequel Benjamin 
décrit ici les peuples, commem mil par l'orient et finissant par l'occidcnl, 
disent ses commentateurs. En admettant cet ordre on est peu consé- 
quent, à mon avis, si l'on pense à retrouver les deux dernières popula- 
tions dans les anciennes Liburnie et Pannonie, et on s'embrouille si on 
a recours à Joseph ben Gorion pour constater une semblable assertion. 

A propos de ben Gorion, dont vous avez établi l'époque , vraiment il 
ne sert que de prèle-nom à cette histoire judaï(ine qui est connue sous 
son nom. Le premier chapilre ou l'introduction n'est que trop suftî- 
sante pour prouver par l'énumération des peuples descendant de Noé , 
que la rédaction de l'ouvrage est du xu^' siècle. Celle énumération est 
curieuse : mais les explications données jusqu'aujourd'hui, ne sont pas 
toutes satisfaisantes, surtout cellis de Thogorma ctdeDodanim. Sons 
ce dernier, ne pourrait-on pas, au lieu de Mekhba et Bardena, N'2??2 et 
N'j"n3 lii'C et distinguer la Skanie et ks Varègues? nom donné aux 
Normands Skandinavicns de la Baltitiue. Ce nom de Varègues élait 
connu à l'occident, même depuis un temps assez reculé, puisque je 
trouve que Guido de Ravciine, écrivain de la fin du ix* siècle, les a 
nommés. Son ouvrage inédit se trouve dans une copie de 1119, entre 
les uKinuscrits do la biblioll)è(|iie de Bourgogne à Bruxelles. 

Le prétendu ben Gorion aime mieux qualifier les Slaves Dodanini, 
que Khanaan. Il en fait un dénombrement. Si l'on peut admettre qu'en 



GRÈCE. 45 

les éniimérant sons les noms de Lelsphim cl Livonim il a voiiin com- 
prendre les Lilvfmlcns cl les Livonicns, il serait imj)0ssiblc dans 
Khazaramin de soulever la Bessarabie , ce nom élaiil d'un siècle trop 
posiérieur : j'aimerais mieux y voir une répélilinn de Khazars on 
mieux supposer une défiguralion de nom inextricable. Hezamin, 
Hobème ou Pozamiu, Poznan, Poscn; comme Cliarcbar, Kbarkar, 
Krakar, Krakow ; Salaki ne serait-il pas mieux Polaki, Polonais, au 
lieu de Valaklii comme on a supposé. 

Quant à Thogarma, ben Gorion dit posilivement que les seuls Ongar, 
Riîlgar et Parsinaks, établirenl leurs lenles sur le Danube, tous les 
autres sont sur la Volga. Je désirerais donc de retrouver des emplace- 
ments convenables dans ces régions-là pour Alikanus (al Ikanus), Rag- 
bina, Buz, Zabukli et Tilmats, sans descendre au Danube; de les trouver 
dans ces régions où l'on connaît les Kbozars et les Tourks près du fleuve 
Ilelou Ateladi (Wolga) (ii). 

Les "j:"'iî7 ~yii"i-: Patzinakh, Parizinakh, appelés par les Polonais 
Pielchingbi, sont les 'Jifl^^. Badjnaks d'Edrisi et Pliasianke de Ben- 
jamin, la Bourie, serait la Boulgarie, Boulgria, Bougria, Bouria, établis 
toutes deux sur le Danube. 

Ces Pielcbinghi n'oflVeni que les débris des anciennes hordes puis- 
santes sur les steppes de la mer Noire. Elles avaient été détruites 
vers 1050, par les Romans ou Polovtzes : les débris se retrouvent en 
partie au delà du Don, signalés par Edrisi sous le nom de Badjnaks; en 
partie ils se soiit réfugiés vers les frontières de la Boulgarie et de la 
Hongrie, où ils se fondirent avec les populations locales. 

Petliakbia, jiassant en 1175 de Kiov vers la Tauride, n'a vu dans ce 
qu'il appelle Kédar, que les Polovtzi, Komans, habitants très-paisibles 
à cette époque, vivant sous leurs lentes et cultivant le pays. Il n'a vu 
là, ni Palzinak, ni Kbozars. Ceux-ci ont été déioutés encore vers 1016, 
quelques hordes de Khazars existaient aussi au delà du Don et dans la 
Tauride, à laquelle elles ont donné le nom de Gbazarie. C'est pourquoi 
Pethakhia dit que la mer s'avance dans les terres et sépare Kédar de la 
Khazarie. C'est l'isthme qui reçut postérieurement le nom de Perekop. 
La Khazarie de Pethakhia n'est que la Tauride. S'il dit qu'à son extré- 
mité coulent dix-sept rivières qui finissent par se réunir : il perd de 
vue l'espace de la mer Zabach qui sépare la Khazarie de l'embouchure 
véritable du Don, et il répèle sur celte réunion de nombreuses 
rivières un conle attaché au Don ou Tanais. J'ai ajouté l'épithète de 
véritable à l'embouchure du Don près d'Azof, ancien Tana, parce que 
le détroit de Jenikale, qui sépare la Krimée de l'Asie, était aussi 
considéré comme embouchure du Tanais : c'est l'extrémité de la 
Khazarie. Les eaux du Tanais roulent, dit-on, par la mer Zabach jusqu'à 
celte embouchure. De même on distingue sur les eaux de la mer Noire 
le courant de plusieurs fleuves. Les eaux du Danube se font remarquer 
jusqu'à Consianlinople: aussi (juelques écrivains, à dilVérentesépo([ues, 
considéraient le détroit de Constanlinople comme l'embouchure du 
Danube. 

(H) Kliasdaï énumérant ces enfants de Tliogarma, subslilnc Avar, Aiimin et Savo\ir, à la place de 
Ikanus. Ragbiua et Zabndi. 



46 BENJAMIN DE TUDÉLE. 

Pardonnez-moi celte pelile excursion qui traverse le passage do 
Petakhia de la Khazarie à Tliogorma : parce que je ne voulais pas 
perdre de vue votre savante publication de son voyage, que vous allez 
reproduire. 

Je reviens encore à Benjamin, ou plutôt à ses commentateurs qui 
l'accusent d'imposture, de fourberie, et qui, avec leur colère et leur 
maladresse, font rire quelquefois le bon sens. Voici la preuve. 

Benjamin ayant parlé de la Bohême qu'il a qualifiée de pays de J^n? 
Praga, remarque que la Russie est un grand royaume, qui s'étend 
depuis la porte de Praga jusqu'à la porte de ]i? Pin ou Fin, cette 
grande ville qui est à l'extrémité du royaume. Les commentateurs se 
cassaient la tête afin de retrouver cette porte d'une grande ville à 
l'extrémité de la Russie et ils l'ont cherchée, où? dans Pinga ou Pinko, 
dans Pinsk en Litvanie, dans Saint-Nicolas sur la Dvina; ils l'ont 
reconnue dans Pin , Pape Nicolas par abréviation. Sommes-nous avec 
tous ces commentateurs près de la porte d'une grande ville? sommes- 
nous à l'exlrémité de la Russie? n'avons-nous pas le droit de crier 
contre l'imposture qui voudrait nous faire voir à l'autre extrémité de 
la Russie ou Pinsk ou un pape Nicolas en abrégé! (12). 

La ville de Praga, dans le langage de Benjamin, est le pays d<! 
Bohème; la porte de Praga, ce sont les frontières de Bohême, par 
conséquent la porte de la grande ville, de la cité de Fin, ce sont les 
frontières du pays de Fin, de Finois, Finlandais, Finland, Finmark , 
situe à l'extrémité de la Russie. Au reste , sans loucher à la porte du 
génie de langues orientales, tournez quelques pages de Benjamin et 
vous trouverez les portes de provinces persanes. 

Voici les réflexions, que je me proposais de soumettre à votre juge- 
ment. Approuvez-les, ou désapprouvez-les, et veuillez conserver dans 
vos amitiés inaltérables. Votre dévoué. 



(12) Sprongfl (Gcscli. der géogr. Enldekungeu p. 277, 278) au siijol île la ville de Fin lève toute 
difficulté, mit ciner kleincn Buolistaben vcraenderung, et la change eu V"^ Cliive ou Kiiov capitale 
située au centre des pays russicns. — S Nicolas (couvent), et Pingo situés aux environs d'Arclian- 
gclsk, ont été découverts par les anglais en 1553, et figurent sur toutes les cartes. 



— —^ M - wi^aotyix 



ASIE. 



DEUXIEME LETTRE. 



Cruïcllcs, Saoul 1847. 

En dcmandanl aion avis sur quelques poinls obscurs de Benjamin de 
Tudèle, vous m'avez provoqué loul d'abord à reprendre de nouveau la 
lecture de son ouvrage. Ma foi, je ne sais pas m'expliquer, quelle furie 
s'est emparée de plusieurs de ses commentateurs qui, tout eu puisant 
de son ouvrage des renseignements importants pour celte époque 
reculée, s'acharnaient à ternir sa mémoire et la sincérité de ses témoi- 
gnages. Ma lecture, au contraire, me faisait croire que je voyageais 
avec lui, que sa compagnie me frayait le chemin à travers les obstacles 
déversés dans l'espace; qu'il m'indifiuait à regarder ce qu'il avait vu; 
qu'il me présentait les personnes de sa connaissance.il est vrai que tout 
y est d'une extraordinaire insuffisance, souvent présenté dans un vague 
ou une confusion presque inextricables, mais appuyé sur une certaine 
connaissance qui exige des recherches. On a dit que le pèlerinage n'était 
qu'une forme de sa narration. C'est indubitable. Mais quoiqu'il n'in- 
dique ni jour , ni mois de ses traverses, ni direclion des distances et 
des routes : on se voit avec lui dans un voyage réel, quand il déclare 
avoir vu quelque objet , ou quelque personne. S'il a voyagé et vu bien 
des choses, certainement il n'a pas visité, ni les rechabites, ni le pays 
de Tzin, ni la mer Nikfat, ni l'intérieur des montagnes Hafton. Il s'ar- 
rête obscurément pour nous, dans certains lieux, pour entrer dans la 
description des environs et du reste du monde, pour rapporter quelque 
relation véritable ou fabuleuse, afin de donner un recensement et la 
situation des enfants d'Israël de sa connaissance. C'était son but essen- 
tiel. Partout où l'on peut consialer sa présence on ne saurait lui repro- 
cher l'exagéralion dans le nombre. Sur sa route en Europe : l,.oOO à 
Palerme; 2,000 à ïhèbes; 2,500 à Conslanlinople, sont les plus hauts 
chillrcs; ailleurs il donne des chilfres inférieurs : quelques cents ou 
diziiines, en tout 12,705. Il est à regretter qu'il n'ait donné aucun 
renseignement sur ceux de l'Espagne, son pays natal , ni sur ceux de 
Hongrie, de Pologne, d'Allemagne, où il n'alla pas. Ce qu'il relate des 
populations en Asie, est certainement fondé, en partie seulemenl. sur 
des relations positives, en partie sur des ouï diie. Le nombre le plus 
considérable à Hamdau et à Samarkand , monte dans chacune de ces 



4.8 r.ENJAMIN I>E TUDÈJ.E. 

villes ou de leurs cantons, à 50,000 : cliilTre assez rond. Il y en a autant 
à Kiiel)ar el beaucoup plus de rechabiles. 

Vous savez retrouver les princes, les savants de la connaissance de 
Benjamin qui dounnaient par leur sagesse les enfants dispersés, et vous 
avez plus (l'une fois suivi votre voyageur de station à station jusqu'à 
Hak-b el au delà de Tigre. C'est dans cette description ultérieure que 
vous nie signalez quelques difficultés géographiques, sur lesquelles vous 
êtes curieux d'avoir mon avis. 

Comme indicateur de ces points obscurs vous me recommandez tou- 
jours par préférence, le commentaire de Baratier. Cet enfant précoce, 
qui, avant d'aboutir à l'âge de l'adolescence, par son savoir, par ses 
connaissances prématurées avança beaucoup plus que ses prédécesseurs 
l'explication du voyage de Benjamin, répète mainte fois : ce nom m'est 
inconnu; noiis imitons volontiers cet aveu, quand les renseignements 
ou les connaissances nous feront déflfut. Mais souvent le docte adoles- 
cent de onze ans, entraîné par l'opinion de l'époque, qui guidait sa 
conscience, s'emporte, vocifère contre l'inventeur , le menteur; mal 
avisé il condamne le juif errant. Partant avec Benjamin de Haleb, tout 
d'abord, à nos premières stations, de Baliîz, Kalah gaber, et Bakka, 
nous sommes accablés de ces injustes déclamations. Avec Ralitz il se 
porte sur Bira; il a pu cependant trouver sur les cartes de Sanson et 
d'autres de son temps Baies sur lEufrale. Les cartes de Sanson dési- 
gnent Kalahgaber, sous le nom de Danser; celles de Delisle inscrivirent 
l'appellation de Giabar. Le docte adolescent ne trouvant pas de nom 
analogue sur la place, annote en passant (note 15, du chap. vm, 
page l^S) que l'appellation de Kalahgaber répond à Krach de Montréal, 
et examinant ensuite la route de Tadmor jusqu'à Bagdad (note i du 
chap. xn, p. 156 et suiv.), persifle le voltigeur assez ingénieusement, 
mais avec peu de prudence. Je ne veux pas entrer en polémi([ue avec 
le jeune homme de mérite, je veux simplement vous exposer ce que 
j'ai remarqué. 

Balilz ou Felhora ~y<T.Î} V^^HZ {Z'^Z Balis chez le copiste Gerson) 
est Baies d'aujourd'hui et v<Jb des écrivain^; arabes. Nommé par 
Edrisi(ni, 7, p. 555) peu d'années avant Benjamin, il se trouve déterminé 
en longitude et latitude géographiques, par Kias, ouvrage du xiu* siècle, 
cité par Aboniféda. 

L'auteur de Kias détermine de même la position de y'^^'\ "^Z^y^p 
rn21i2 Kulahgabcr ou Sclah midbara, de Kelat djebar v-*^. à^ ; 
voici ce qu'en dit Abouiféda : Kalaldjabar,ou le fort de Djabar s'appelait 
anciennement Daousariah, du nom de Daouser, employé de Noman ben 
Mondjari, roi de nira,(iui le lit construire quand il administrait les fron- 
tières de la Syrie. Ensuite il s'empara du fort Sabohedd^n Djabar le 
kaschirien et le posséda jusqu'à sa vieillesse qui le priva de la lumière. 
Depuis ce temps, le fort changea de nom. Les deux fils du dit Djabar, 
dont le brigandage causait des inquiétudes, furent dépossédés par le 
seidjonk Melik schah (vers 1000). Enlin, ce fort abandonné, tomba 
en ruine. Il est dans le Djezira (diar Bekr) sur les rives septentrionales 
de l'Eufrat, sur un rocher inaccessible, entre Baies et Rakka. Benjamin 



ASIK. 49 

a pu par conséquent connaître le nom de Djeber. Avant lui, Edrisi 
n'en avait parlé que sous le nom de Daouser. Pour se rendre d'AIeppe 
à Rakka, dit-il, il y a deux chenfiins, dont un passe par Klioschab, Baies, 
y^^^ Daouser à Rakka (IV, o, p. 156). C'est le chemin suivi par noire 
voyageur. 

Sur la gauche du voyageur s'étend le désert de Khaschab ou Semava 
(Edrisi, IV, p. 555). C'est sur les plaines de ce désert que fut mesuré le 
degré du temps de Mamoun, 855 : entre Tadmor et Vasit, comme le dit 
Ibn lounis (en 1007), et spécialement entre Tadmnr, (qui est entre 
Irak et Syrie) et Rakka, comme l'explique Massoudi (en 937), où Ton 
observa le soleil dans le désert de Sandjar, dépendant de diar Rabia 
(notices et extraits, t. I, p. i9, 52). La mesure avait été exécutée, 
répète Aboulféda (en 1551), sur la plaine de Sandjar (Reiskii versio, 
p. 156). Or, Rakka est à l'entrée de la terre de Sandjar, dit positive- 
ment Benjamin, et sépare le pays de Sandjar du royaume des Turks 
(cbap. VIII, p. 128), qui dominaient dans le Djezira. 

Deux journées de Rakka est i»-^- Haran , et 2 journées de ces anciens 
Carres, l'endroit ouest la source de "^^ZZ'^N Alkhabor ou Chaboras, d'où 
l'on arrive en 2 journées à i*2*i*: yH-ibin. Cet endroit est Ras-el-aïn 
j^-jJI /r'K qui est une ville considérable, dit Edrisi. On y voit près 
de trois cents sources, environnées de grillages en fer, pour qu'on ne 
puisse y tomber. Ces eaux forment la source du y-.il6^ Khabour, rivière 

qui va se jeter dans l'Eufrate auprès de Kirkesia (IV, 6, p. 130). Il y a, 
ajoute-t-il, de Harran à Ras-el-aïn, 5 journées , et de Ras-el-aïn à Nis- 
sibin, 5 journées (p. 133). 

Je ne saurais vous dire, d'où Benjamin a pu tirer l'assertion bizarre, 
que Khabor , après avoir traversée le pays des Mèdes , tombe dans la 
montagne de Gozan. Certainement elle n'est pas le produit de ses pro- 
pres explorations, mais plutôt d'une érudition mal conçue et maladroi- 
tement appliquée. La montagne Gozan est un produit biblique : dti 
temps de David, on disait que Khabor était un fleuve du pays de Gosan ; 
Madai vient d'un autre point de l'érudilion, où au nombre des terres de 
l'exil , Habor , Gozan et Madaï se trouvent dans les mêmes versets. Le 
ravennate du ix*" ou x*" siècle dit avoir lu dans l'ouvrage du philosophc- 
cosmographc romain, du vi'' siècle, nommé Ca>torius, que Media minor 
et Gozar (Gozan) dicitur, per quam plurima trauseunt flumina, inler 
caeleros S'abor (Chabor) (anonym. ravenn. II, 10, p. 20,30). Singulière 
consonnance ! 

Nous passons sans obstacle par Guezir hen Omar, par Almotzal, à 
travers les ruines de Ninive, où l'obscure Arbul, à 1 parasange de 
Ninive, embrouille notre itinéraire. Baralier a signalé à cet elfet trois 
Arbal, dont une grande ville, Arbelles, esta 17 parasanges de Mo- 
soul, au midi, située eûectivement sur la route de Mosoul à Rehobot. 
Nous ne savons pas où est cette grande ville dans les déserts, ni d'où 
Baratier aurait appris son existence. J'ai examiné les caries publiées 
dans les Pays-Bas, el celles de Sauson, de Duval, De la Rue, Dolislc 
et quantité de postérieures, d'Arrowsmilh, et d'autres. J'ai fouillé dans 
les descriptions de Djezira qui me sont connues, sans pouvoir rencontrer 
aucun vestige de celte ville. U est aussi douteux , a mon avis, si Arbal, 

IV. 4 



50 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

distante 1 parasange de Ninive, serait sur le chemin de Rehobot. Ben- 
jamin la nomme accidentellement, l'indiquant comme proche des rui- 
nes. La fameuse Arbelle n'est pas trop éloignée. Ensuite il retourne à 
la description de Ninive, d'où il compte 5 journées à Rehobot. 

Je ne m'arrête pas sur les dislances qu'il donne ordinairement insuf- 
fisantes. 11 n'exagère pas. Il compte de Rohobot à Karkemis 1 journée; 
de Karkemis à Poumbedilha 2 journées seulement. S'il copiait les 
descriptions des arabes, il a pu être surpris plus d'une fois par des 
chiffres incertains ou erronés. Quoique moins, les chiffres du caractère 
hébreu présentent les mêmes surprises. 

Harda nin* distante de 5 journées de Poumbeditha, est sans doute 
^visusr^i Alhathr, Hatra. Okbara rn2p'l) ^j^ située sur l'Eufrale, déjà 
dans l'Irak, 2 journées de Hathra. Ces villes peu considérables méri- 
taient d'être signalées par le voyageur, si elles possédaient une popula- 
tion Israélite l'une de ioOOO l'autre de 10000. C'est la première fois que 
la description du voyageur offre des sommes aussi élevées. 

D'Okbara, en descendant l'Eufrat, nous entrons dans Bagdad. Je 
vous abandonne la confrontation de la description avec celle des écri- 
vains arabes : en attendant je prendrai en considération quelques 
pays de la terre, où le chef de la captivité donne la permission d'éta- 
blir des rabbins et des chantres (Benj. chap. XII, p. 149, 150). 

La Djrzira se divisait en trois diars (habitations) : Rabiah , Modhar 
et une portion de Bekri. Un contemporain de Benjamin, Ali ben Aladir 
le djezirien (mort en 1235), dit dans son lobab : que la Djezira com- 
prenait quantité de villes et toute la province de Diar-bekr (Aboulf. 
Reiskii, p. 257). Or, il distingue le Diarbekr de Djezira , dans laquelle 
il était inclus. Aussi Benjamin sépare Diarbekr de Mésopotamie dans 
son énumération des terres où le chef de captivité installait les rabbins. 
Les cartes modernes négligent d'inscrire le Diarbekr comme province. 
Les cartes des xvi et xvn'= siècles, tout au contraire, donnaient le nom 
de Diarbekr à toute la Mésopotamie et elles passent sous silence l'ap- 
pellation de Djezira. 

La terre j^p Koul, dont les populations habitent le mont Ararat, n'est 
autre chose qu'Imiret, et le pays jusqu'à l'embouchure du Fas dans 
la mer noire; Imiret appelle Routais, qu'on écrivait anciennement 
Cotiana. La chaîne de montagnes venant du pic d'Ararat s'y pro- 
longe vers le nord, pour se rapprocher par dilTérentes branches du 
Kaukase, du pays de -"'i'^N' Alania (des Os ou Osseles), pays environné 
de montagnes qui n'ont d'autre issue que par les portes de fer n"îi' 

'^nZ! V »Uj!i3!v 'LJ qu'y a fait Alexandre, où est la nation appelée 

Alains. C'est par cette porte qu'on se rendait anciennement chez les 
Khozars, dont le khan' suivait la loi de Moïse. 

De plus, continue Benjamin, dans les synagogues du pays de Sikharia 
{^1-1^^^ jusqu'aux montagnes d'As^owa riJ^N As-sona, toutes les synago- 
gues reçoivent, du chef de la captivité, la permission d'avoir des rab- 
bins. Regardez la carte du Kaukase de Klaproth, vous y voyez au nord 
de Kout (Imiret), à l'ouest du défilé de Dariel, une immense chaîne de 
montagnes Brouts sabdseli ou Sckara, où le fleuve Terek et quantité 
d'autres rivières qui coulent vers le nord et vers Je sud, prennent l«urs 



ASIE. 51 

sources. Massoudi , en 957, avance qu'il y avait dans le Kaukase 300 
différenls idiomes; Ibn Haoukal s'éiant rendu en 977 dans divers villa- 
ges de cette chaîne, s'est convaincu de la vérité de celte assertion; 
Alhassan ben Ahmed le mollabiie, l'azzizieu en 980, dit que cette mon- 
tagne porte le nom de djebal al sont v*Jbît j.^2%. djebal-as-soni 

(mont d'idiomes), à cause de celle énorme quantité de peuples el de 
langues (Edrisi, V, G, p. 350; Abulf. Reiskii , p. 179). Al-soni , 
As-soni, prononciation connue. 

Le texte de la première édition de Benjamin donne encore après 
Sikaria le nom du pays C^':2l'^'.^r~ Hathorgamim, Thogarma, nom bibli- 
que des Géorgiens, qui sont nommés de suite par leurs propres déno- 
minations. 

Etaient comprises encore dans le ressort du chef de la captivité les 
synagogues du pays de |>;;n; Ghergheniens, jusqu'aux fleuve yp^^^ 
Ghihoun, ce sont les 'i'i]i>^'^^r, Gliergheséens. Pour rétablir cette phrase 
embrouillée, il n'y a qu'à déplacer et échanger les deux noms de peu- 
ples. Ghergheséens sont les Thogarmim Géorgiens, et Ghergheniens les 
Djordjans de l'autre côté de la mer kaspienne rapprochée à Djihoun. 
Et tout relevait du chef, jusqu'aux n^-^iiin """yi'' portes (limites, 
frontières) des provinces et aux contrées du jTZ'u Tobolli ou Tibet et 
jusqu'au ni" Hind. 

Ayant heureusement achevé le petit tour du monde, nous nous rejoi- 
gnons à Bagdad, où, dans celle résidence du chef de la captivité, il n'y 
a que 1000 de ses fidèles, tandis que tout près, à 2 journées, une grande 
ville, Resen ou Ghehiagun, en possède oOOO, el à 1 journée de là Babel, 
2000, et à 5 milles delà, Hcla, 10000, et peu éloignée A'o»/a, 7000 
(chap. XIII). Ce pays de Babylonie fui peuplé à la suite des discordes et 
de la dispersion des séjournants dans le pays d'Araral. Petahhia ne fait 
monter touie celte population qu'à 600(3 (p. 54) el les journées de 
chemin de Pelalihia sont différentes des autres, parce qu'il complc 1 i 2 
de Bagdad au tombeau d'Ezechiel (p. 42); 2 de Bagdad à Babylone 
(p. 70). 

Babel, aussi peuplé, n'esl cependant qu'un village qui remplace une 
ville importante, dit le contemporain Edrisi, dont les édifices royaux 
ont subi les effets des révolutions du temps, mais il en subsiste des 
vestiges encore debout, qui allesient que c'éiaii dans les lemps anciens 
une ville immense (IV, G, p. IGl). Le palais ruiné de Naboukaduczar 
occupe un terrain de 50 milles; la synagogue est éloignée du palais de 
20 milles : tandis qu'entre Hilla et Babel, il n'y a que 5 milles. Ces 
milles sont évidemment très-différenls. Un semblable désordre dans la 
différence des milles obscurcit les descriptions dEdrisi el des autres 
écrivains arabes. Peut-être trouverez-vous un jour une variante raison- 
nable, qui donnera au palais, au lieu de ri' 50, seulement r 4 milles, et 
à la place de 2 -0 d'éloignement de la synagogue, 2 2 milles. Ces 
variantes feraient disparaîire la discordance des milles. 

Je vous laisse étudier la carte des situations spécialespour les environs 
du tombeau d'Ezechiel : je ferai seulement remarquer qu'on ne peut, 
en aucune manière, se porter avec la rivière -^22 KItober, sur quelque 
fleuve ou rivière de nom identique, ordinairement éloigné (Pelahh. 



52 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

note 54). C'est le nom d'une petite rivière, d'un canal ou d'un ruisseau 
qui mouille le sol sépulcral et mêle ses eaux avec Maarsares, ancien 
bras de TEufrat. Peut-être c'est le Romyma de la carie d'Arrowsmith, 
qui est en même temps un embranchement de l'autre bras de l'Eufrat. 

Benjamin poursuit sa description positive ou sa course par yeardca 
jusqu'à Elnabar ou Ponmbedilha , comme s'il allait retourner. Ce pas 
rétrograde mérite d'être observé : il paraîtrait que Benjamin termina 
ses courses vers l'orient et rétrograda pour se rendre en Egypte. 

De Poumbedilha il a déjà parlé ci-dessus p. 153, dit Baratier, (note, 27, 
p. 167), mais ce récit est dilîérent : les deux principales contradictions 
qui sautent aux yeux sont: i" que là il appelle ->,-:''"'"vV AJjubar, ici mi'TN 
Elnabar, et 2" ci-dessus il place 2000 juifs, ici 5000; on aurait bien 
dispensé notre savant voyageur de l'aire de telles répétitions jointes à 
des contradictions. A mon avis, elles ne méritent pas tant de coun-oux. 
Benjamin ne suivit pas uniquement les narrations orales des arabes, 
mais il puisa plus d'une fois dans leurs ouvrages. S'il n'y trouvait point 
de nomde Poumbedilha, il y trouvait jLi .Loi ,LjI l'autre nom donne 
également Jubar, Anbar, Nabar, et même Ambar, comme il est presque 
accepté dans nos caries récentes. Nous ne sommes que trop habitués à 
ees dédiacrilisisations arabes. 

Mais vous saurez mieux désarmer l'humeur de noire savant commen- 
tateur, quand vous arriverez à établir l'origine de cette contradiction 
dans la dépravation du texte par le copiste, à quoi vous possédez une 
indication ceriaine. 

Benjamin sort de la savante Poumbedilha et s'engage par imagination 
dans les déserts de Seba, ayant au nord le pays de Sincar, au sud l'heu- 
reux Yemen, qui touche aux Indes (à leurs mers). Après 21 journées de 
marche, il se trouve au milieu des sables et des déserts, dans le pays 
fort vasle dos ;2"^ rcchabilcs, où il y a iO villes, 200 villages; des villes 
de 15 milles de longueur et d'autant de largeur; des palais, des vergers; 
une population guerrière de -450,000 àmès, sans compter les pillards 
arabes: le tout dans le désert sablonneux et aride, il rattache cet 
empire à la ville arabe -j^T Khcubar j^^s^ peu considérable, à la 
place forte U.J' Taïma xC'n el peut-être à i.^]\ Thania D\N:n 
Tannaïs, qui se trouve sur la roule de Jamama à la Mt-kke (Edrisi, II, 
C, p. 155); enfin Tilima.s est comparé à Salnia par Baralier (diss.VI, 9). 
Certainement le conte concernant les rechabiles, n'est pas de son inven- 
tion, losip bcn Gorion (II, 9) l'avait relaté anlérieurement. Benjamin 
désigne l'Arabie comme domicile des rechabiles. Petahhia qui le suivit, 
le fait habiter dans le pays de Gog et Magog au delà des montagnes 
ténébreuses (p. 70), conformémenl à l'opinion de losip ben Gorion. On 
voit que deux opinions divisaient les croyanls : l'une plaçait les recha- 
biles dans le désert des mystérieux Themoudites, les autres dans les 
ténèbres des Tibétains, descendant, suivant les Arabes, de Toba 
d'Yemen, voisins de Gog et Magog, objet de la prédilection arabe. Je 
présume quelque analogie dans celle coïncidence de conles mystérieux, 
qui aurait pu agir dès l'origine sur dillérenles opinions. 

Mais nous no\is engageons trop légèrement dans ces régions fantas- 
tiques et chimériques, sans savoir comment en sortir. Benjamin nous 



ASIE. 53 

conduit à la rivière Vira, où se baignent environ 30,000 israëliles; 
puis en 7 journées dans la ville t^DXi ^asl, Nasct, où il compte 10,000 
Israélites. Naset est évidonimenl une erreur d'impression ; il faut lire 
uDXI Vasct, d'où en 5 journées on arrive à Basra. 

Vous dites (noie à Petaliliia, p. G2) que dans le pays de Havizah, vis- 
à-vis de Korna et près de la rivière de Senne, on voit encore aujourd'hui 
un vieux bâtiment (jni passe pour être le tombeau du prophète Esdras. 
Cette rivière Senne des caries anciennes, porte, sur les cartes récentes 
le nom de Kerkhah. Benjamin l'appelle ri-Ti?:5D N1CD IH: **"/"" Somra, 
Samoura. Jehuda Kharizi explique ces différences en ajoutant que ce 
lieu s'appellait en hébreu Ahava ou Nabr-abava (fleuve Hauweza). En 
examinant la suite de nombreuses cartes de différentes époques, on peut 
remarquer qu'on lui donnait d'autres noms encore ; Simiée, Syennée, 
Sahna, Senne, Tiritri, Tiripari, Zeymare, Ilawera, Sous, Schouz, 
Schousch, Karouza, enfin Rarba , Kerab, Kcrbia, Kerkhah. D'où pro- 
viennent tant de noms? les uns d'erreurs, les aulres (Sahna ou Senne) 
de la confusion, les autres encore de l'appelhuion locale ou d'une ville. 
Quanta Samoura ou Zeymare, pour retrouver l'origine de ce nom, 
Baratier a eu recours à une ville assez considérable de Laureslan, nom- 
mée Semira ou Scmiran, éloignée de 15 milles d'Isbahan. Ce nom se fait 
connaître sur ce point avec plus de certitude dans la chaîne de la mon- 
tagne ij..^d.^ Samira, qui se déroule au sud d'Isbahan (Edrisi, III, 7, 
p. 556). Mais le fleuve Kerkhah ne vient pas de là. Il sort en plusieurs 
branches des monts Elevend , non loin de Hamdan ; roule ses eaux près 
de Sous et Ilavez, traverse ce canton et tombe dans le Tigre non loin de 
Korne, oùle nom Seimare est aussi fré<iuent que l'appellation de Kerkhah. 
Les marécages de Samarga, situés au sud de Tib, touchent Kerkhah; la 
rivière qui baigne Seimarra,siluéeau nord deTib,sejettedansKerkbah. 
Il faut chercher ces renseignements sur les cartes toutes récentes. 

Les dernières explorations ont changé l'intérieur de l'immense Iran , 
elles ont trouvé un bien dilîerent ordre de ses viscères, et c'est à tel 
point qu'il est dangereux quelquefois de consulter sans réserve les 
cartes précédentes et plus anciennes. Si j'ai recours à la carte d'Ar- 
rowsmith, c'est que je n'en ai pas de plus détaillée. Elle est bonne pour 
comprendre le cours du fleuve Kouran vers lequel nous nous approchons. 

Vous savez que du temps de Benjamin et de Petabbia, les arabes, 
depuis plus de deux siècles déjà, répétaient, qu'à l'époque de la 
conquête, après la prise de Tousler en 6il, Abou Mousa el Akhari 
trouva le cercueil de Daniel au fond de la rivière Zab (Touster), et que 
l'ayant transporté par le canal à Sous , il le fit submerger sous les eaux 
du fleuve (Kerkhah). La narration la plus ancienne difl'ère dans les 
circonstances de la submersion, assigne Irak comme le lieu de la trou- 
vaille, Ischtakhri en 950, Ibn Haoukal en 977 (versio Ouseley, p. 76), 
Edrisi, en 1154 (III, 6, versio Jauberti, p. 58'2), sont unanimes dans 
leurs relations. Jusqu'aujourd'hui on n'a pas élevé de doutes ; on croit 
que le corps de Daniel repose submergé à Sous, où une construction 
moderne de peu d'apparence représente le tombeau du prophète. 

Touster, où pendant un certain temps le cercueil de Daniel resta 
exposé, est situé sur une éminence près du fleuve Touster. Les ruines 
en attestent l'ancienne magnificence; celles du château sont surtout 



54 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

remarquables. Sous est aussi en ruine. Ses ruines occupent un espace 
immense, qui ne comprend pas moins de 1:2 milles de longueur cl 
n'offrent aucun vestige de quelque place forte ou château (Hamaier, 
mémoire sur la Perse, dans le recueil de voy. t. Il, p. 555-559). 

Le fleuve qui coule près de Touster porte des noms très-variés : 
Touster, Âbischouster , Didjele (Tigris), Didjeleischousier, Ahvaz, 
Didjele ahvaz (Abulf. p. ov, oa, versionis Reiskii , p. 171); Karoum et 
parfois chez les écrivains les noms de ses aflluents : Mouschrikan, 
Mesirkan, Abizal, Dizfoul, Zable, etc. (L'antiquité l'appelait Choaspes, 
Euleus, Pasitigris). 

Voyons maintenant ce que nous disent Benjamin et Pelahhia. Suivant 
le premier, du tombeau d'Esdras il y a 4 milles (distance qui ne peut 
servira rien) à Khouzestan, qui est Elam, celte grande ville; mais elle 
n'est pas toute habitée, car elle est déserte et ruinée en partie. A son 
extrémité, au milieu de ses ruines, est ','^"-.]i; Schouschan ou Soussan, 
château, autrefois palais d'Assuerus; il y a encore là un grand et bel 
édifice dont l'origine remonte aux temps anciens. Le Tigre traverse la 
ville, et c'est là que se trouve le tombeau de Daniel (xv, p. l'^l, 175). 
De même Petahhia place le tombeau au dessus du fleuve Tigre '^p~r\ 
(p. 6.i-G7). ' 

En admettant que Khousistan qui est Elam, qualifié de la ville ruinée, 
désigne une province ruinée, il serait évident à mon avis, que le 
château Sousan, situé sur le Tigre à l'extrémité des ruines, est le même 
qu'on voit aujourd'hui dans ses restes importants sur une colline située 
entre les ruines de Touster. Or, tous les deux, Benjamin et Petahhia, 
parlent de l'antique emplacement du tombeau, antérieur à l'invasion 
des arabes. 

Touster est situé à l'est du Tigre. Nos deux narrateurs nous disent 
que dans des dissidences qui s'élevèrent entre les habitants Israélites, 
on s'arracha le cercueil et qu'on le plaça de l'autre côté du fleuve. Ce 
propos répond à la translation du cercueil à Sous, oflectuée par Abou 
Mousa; et il pourrait s'expliijuer par la confusion d'idées qui enleva de 
Touster avec le cercueil à la fois et le nom du Tigre et le château 
d'Ahasferus en les transportant à Sous sur les rives de Kerkhah. 

Mais que dire de pieux voyageurs qui assurent avoir vu le cercueil 
submergé, suspendu au dessus du pont? L'un assure que c'est Sanigar- 
schah, roi régnant alors qui ordonna de le suspendre et de bâtir une 
synagogue en l'air; l'autre vit le cercueil et doutant de sa piété, ou ne 
voulant la mettre à l'évidence, n'osa passer sous le pont. (Benj. xv, 
p. 174-175; Petabh. p. 6i-67). 

Faudrait-il donc, afin de défendre les assertions de nos voyageurs, 
supposer qu'à un certain temps, on ne sait quand, le cercueil aurait été 
de nouveau retiré des eaux et serait resté à Sous, qui prospérant sur ses 
antiques ruinesà l'est, aurait souffert une pénurie à l'ouest de Kerkhah; 
qu'un arrangement, appaisant les dissensions au sujet du cercueil, 
aurait soulagé la misère d'outre-riverains, jusqu'au momeni où Sanigar- 
schah intervint avec ses chaînes de suspension? C'est dur, c'est diflirilc. 
Tout ce qu'on pourrait dire, c'est : qu'abusés eux-mêmes, ils abusaient 
les autres en donnant une forme de témoignage occulaire à ce qu'ils 
n'avaienl jamais vu. Il y avait encore d'autres contes arabes au sujet 



ASIE. S5 

du tombeau de Daniel, comme on le voit, par ce qu'en 1355, relate le 
persan Ahmed de Tous (Hammer, mémoire sur la Perse, l. Il, du recueil 
de voyages, p. 533, 536). Il s'agit toujours de la submersion. 

Pardonnez, mon ami, si je fouille le sol où votre lumière entreprend 
de débrouiller le chaos. Je ne Tai fait que dans l'espoir de fixer ma 
plante géographique sur les décombres de Sous ou de Touster. Le 
terrain y est scabreux : je vais courir les déserts salés. 

La domination du roi de Perse (Sanigarschah nXÎ^"lj^*C) s'étend 
depuis l'embouchure de Saraara ou Somra"(Kherkah), jusqu'à p3::-icD 
Samarkand ; jusqu'à la province ^^3D^J TZD'J T'2Cri Cisbor, Nisbor, 
yisbon {Nisabor), tout le long du fleuve ]ti; Gosan. Ce nom bliblique 
est attaché cette fois-ci au fleuve Atrok (au delà duquel est le désert 
Gazos). Il n'y a pas de motif pour attribuer ce nom à Oxus, parce que 
Benjamin l'a déjà signalé par son propre nom de Djihoun, et Nischa- 
bour est trop éloigné d'Oxus pour s'étendre tout le long de ce fleuve. 

Dans une autre direction, la longueur de l'empire persan s'étend do 
l'occident sur Madaï, au centre il enferme les montagnes de îinsn 
Haflon; à l'orient il embrasse les provinces de pi^'î^ Tobol vji^' 

D'Elam et de son château Sousan (Toster), il y a 5 journées à n^ii^ii 
Roubadbar, où l'on a 20,000 Israélites; de là 2 journées à la rivière 
rjN'~ini Yaiith; de celle-ci 4 journées au pays de ^^{^'^^::^ Molhal, où 
réside le vieillard de 'i"iîi'"ii'2'^N* alkhaschischin, des assasins. J'avoue que 
je ne sais point quel parti prendre au sujet delà populeuse Roubadbar. 
De Toster à Roudbar au Dilem, vers lequel on a voulu diriger l'itiné- 
raire mentionné, on n'arrivait pas en trois journées. Essayant cepen- 
dant celte traverse, nous remarquons qu'Aboulféda observe qu'il y a 
plusieurs Roudbar, parmi lesquels un village du canton de Hamdau 
(Reiskii, p. 330). Mais un village ne convient pas à une population 
de 20,000 israélites. Il est bien de remarquer que la relation de notre 
voyageur, depuis sa visite au pays des rachabites, trouve partout des 
populations Israélites surabondantes : ce qui est suspect. 

Prenant une autre direction à 5 journées vers nord-est de Toster on 
trouve sur la carte d'Ârrowsmith , à l'est de Raschan, i{«(/a6«d, qui 
pouvait servir de station et de lieu de conscription des israélites du 
canton de Kaschan. Ensuite vient à 2 journées la rivière Vanih , qui 
arrose un point du désert entre Yezd et Tubus; la carte offre plusieurs 
eaux du désert. Ce désert s'étend à 4 journées de large, il est appelé 
pays de Molhat, Jl.J^. ! c'est-à-dire salé ( J.J! sel en arabe). Au 

bout de ce pays,^sur de hautes montagnes, ^demeurent les ismaé- 
lites khaschischin et de leurs quatre assemblées on compte 4 journées 
jusqu'à nnN';? 'Aria, jiL» Herat et les montagnes Haflon, desquelles, 
vers l'occident, s'étend la Médie (chap. xv, p. 177, 178), Eldad le daniie 
appelait la ville {<-i"n Hara et la montagne C'nn Theoni, l'abîme 
(chap. 3, p. 54, verso de votre édition) (is). 

(13) Les assasins ënblironl leur doniinalion dans Ws moulapnos à partir de Ghilan jusqu'à Herat. 
Leurs chefs résidaieut ordiuairemenl a Koudbar dans le Taberistan et à \lmout dans le Gbilan. Les 
déserts étaieul limitrophes surtout de Kboucstan Ils étaient appelés ismaliens, batheniens, molbe- 
doun (ceux qui ont renonce au moslemisine), et algebal (des montagnes). Les assassins furent détruite 
par Houlagon en UCd. 



56 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

Enfin je me retourne dans mes exploraiions encore plus vers le midi. 
J'ai cherciié la situation de Roubadbar d'après les distances données 
par Benjamin : mais ces distances doivent céder aux indications posi- 
tives de Marco Polo, lequel , contrariant les distances, va confirmer les 
relations antérieures et nos explications. Cent ans après Benjamin, 
Polo visita ce pays et traversa le chemin de molhat. D'après ses ren- 
seignements les deux journées de Sousan à Roubadbar sont une erreur; 
les autres distances ne sont pas suffisantes , mais les allégations de 
Benjamin sont pleinement confirmées. 

Marco Polo sait qu'en partant de lasdie (Yezd) on chevauche 7 jour- 
nées jusqu'à Creman (Kerman) (chap. 3i, I, 21). De Creman il che- 
vaucha 7 autres journées à travers les villes jusqu'à une montagne, de 
laquelle, après deux journées de marche descendante, il entra dans une 
grande ville Camadu (Khomda ou Hemedan) située dans une plaine qui 
s'appelle Reorbales, Reobarle, Reobarbe, Rebales (chap. 55, 36, 
I, 22, 25). A l'extrémité de celte plaine, qui s'étend 5 journées vers le 
midi, on se trouve dans une autre plaine Formosa, où, sur les bords de 
l'océan, est situé Carmos (Hormouz de Mogistan) (chap. 57, I, 24). 

Il dit encore, que de son temps, la grandeur de Camadu avait été 
dégradée par les incursions fréquentes des Tartares; que les habitants 
sont des sorciers, qui changent des jours clairs en des nuits sombres, 
qu'une fois surpris lui-même par un semblable sortilège, il n'échappa 
au danger de l'obscurité qu'en se réfugiant dans un château appelle 
Toloformis ou Conosalmi (chap. 56, I, 55) (li). 

Ajoutons à cette narration que, selon la tradition des juifs, le tom- 
beau de la belle Ester et du sage Mardochée se trouve dans ce Hamedan 
ou Khomda, ruiné aujourd'hui (Malle-Brun cxx, t. vni, p. 586), appelé 
par Marco Polo Camadu du pays de Reobarbe (Roudbar d'Edrisi), et 
le chiffre de 20,000 Israélites fixés à Roubadbar sera suffisamment 
expliqué. 

De Roubadbar (Camadu), à 2 journées (comptons 20) se trouve la 
rivière Vantb; c'est la rivière Debala de la vallée Bast qui traverse 
Yezd. 

A partir de Kerman, Marco Polo chevauche 7 journées par un 
chemin très-mauvais, et arrive à Gobian, Cobian (Kuhbis, Khebis) d'où 
il continue par la province Thunacaim (de Kouhistan où est Toun et 
Kaïn) le long de 8 journées jusqu'à la moniagne Melele où se trouvent 
le vieux de la moniagne et les assassins; ensuite il voyage 7 journées 
encore avant d'arriver à Sapurgam (Schibergan) qui est à l'ouest de 
Balk (chap. 4i, I, 50). Or, il a traversé le pays salé, molhat, et donne à 
la montagne Ilafton le nom du pays molhat en la qualifiant Meletc. 

De ces montagnes (Hafion), à travers la Médie on arrive en 10 jour- 
nées à Hamdan (Ekbatana). Delà 4 journées à ]NnT"lZ!"l Dabrczian 
.,L— ^Js Taberistan, où sont les israéliles sur le bord de Gozan 

'M] Ci^ppndjnt les pêopraplms arabrs ne font pas grand cas do la grandeur de Camatîn. Istakhri , 
désignant \e désert Rondl.ar an nord de la rliaine de Kofs, signale Kouniin siliié non loin de Kjiroft 
et de Hormouz (p. 78 . Edrisi sur la roule de Valasglierd nomme Kounein, ville do nioyonue prrn- 
deur, très-bien bâtie et trèsagr^ablo, éloignée l journées de Hormouz UI, 7, p. 128 sans rappeler 
ion désert Roudbar. 



ASIE. 57 

(Atrok, fleuve qui termine le Taberislan : est inler Gorgan et Cha- 
warezim, in ultiuio terniino Thabarestanae , dit Aboulféda , versionis 
Reisiiii, p. 55i). 

De Tabristan à ]x~2DN* Isbahani\ y a 7 journées. C'est une capitale 
de 12 milles de circuit; on y compte environ 45,000 Israélites. 
Isbahan, à cette époque-là, se composait de deux villes, dont une 
nommée àj^^^\ el lehoudia, l'autre Schehriana, situées à la distance 

de 2 milles l'une de l'autre. La première est plus grande que l'autre 
(Edrisi, IV, 6, p. 167). Elle porte le nom de lehoudia, à cause qu'elle 
est peuplée d'Israélites : il. n'y a donc rien d'extraordinaire, si leur 
nombre montait à 15,000 : ils devaient être au nombre de 30,000 
à Hamdan et Herat et les arabes semblent l'ignorer. 

De Isbahan, on se rend à Samarkand en 15 journées, passant par 
ÎX?''îi' Schifaz, qui est une province persane éloignée 4 journées seu- 
lement d'Isbahan. Ces quatre journées parcourues par cette direction 
dans le désert salé, ne pouvaient faire découvrir aucune province, 
aucun canton. Je me suis avancé d'avantage jusqu'aux montagnes. En 
les fouillant de même que leurs alentours, à droite et à gauche, aucune 
trace ne s'est montrée, aucun écho ne m'a répondu. Les routes 
y sont incertaines, dangereuses. Sur celle qui conduit de Kerman vers 
Nisabor, le fort ù,^^^ Sebvard ruiné, avait été délaissé par crainte 

des voleurs (Edrisi, 111, 7, p. 436). La route d'Isbahan à Korin vers 
Nischabour, est dangereuse et peu fréquentée à cause des voleurs 
(Edrisi, p. 459). Au delà de Nischabour, je vois, comme dépendance 
, w-!jil~. Askaras (Edrisi, IV, 7, p. 185, 186), qui pourrait fournir le 

nom de Schifaz. Je vous signale ce nom, parce que sa lecture peut 
changer kaf en fe : cas analogue à la lecture de Aljubar ou Alnabar. 
Sur la route de Herat à Sedjestan, dit Edrisi en 1154, il y avait à 5 
journées de Herat dans son territoire .^^^^.1 Askaran (IV, 7, p. 183), 
ou t\yLm] Asfaran (III, 7, p. 448). Cette ville a ses dépendances 

comme si elle était chef-lieu d'un district. 

Le géographe persan du xin" siècle place sur ce point Asfezar. En 
même temps , Ali ben Aladir le djezirien , mort 1253, dit dans son 
lobab qu'entre Herat et Sedjestan sont quatre villes voisines, toutes 
du nom de .IjÂw! Asfezar, éloignées entre elles tout au plus d'une 

journée. Aboulféda, 1331, en a conclu qu'elles formaient un korah, un 
canton de Herat (versio Reiskii, p.5i4). Delisle, qui consultait les écrits 
arabes et avait des renseignements sur la Perse , communiqués par 
l'ambassade européenne à Téhéran, en fait une province à part Esfc- 
rain, mais les cartes modernes semblent négliger ou méconnaître 
l'existence de ce nom, à moins qu'elles ne le désignent par le nom 
Sekher. S'il vous plaisait d'y reconnaître Schifaz de Benjamin, je vous 
recommanderai ce groupe de villes cantonales, consonnantes, pouvant 
représenter une province. 

L'édifice construit avec des matériaux fragiles, sur des bases peu 
solides, croule au premier soufle; aussi ce que j'avance sur l'analogie 
de Schifaz et Asfazar peut s'abîmer à la voix du texte de la première 



58 BENJAMIN DE TLDÈLE. 

édition de Benjamin. Cependant je continue hardiment. Ce texte dit 
(ce qui manque dans la traduction de Baralier), que de Schifaz les 7 
journées conduisent d'abord à rù"*; Ghina, situé sur le ileuve Gozan, et 
que de là il n'y a que l journées à Samarkand. A 1 journée au nord 

de Nischabour se trouve >!., .iLiL A'/ion-rovan ou tovan (Edrisi, IV , 

C/ ^> v^ 

7, p. 182, 18 i, 18G), il n'est pas sur le fleuve (Atrok), mais aussi rap- 
proché au nord de Sischabour; il est dans ces parties montagneuses 
où sont les sources du fleuve; il est dans cette province qui s'étend le 
long du fleuve Gozan. Ces conditions rapprochent et identifient l'ana- 
logie de Khan avec Ghina. Mais le fondement de la narration de Ben- 
jamin est si peu solide, qu'on joue au hasard en voulant pénétrer ses 
mystères. 

bans l'hypothèse que nous avons lancée , la distance de 4 journées 
de Ghina jusqu'à Samarkand, ni celle de 7, ni cette autre de 4, ni en 
somme celle de 15 n'est pas de nature à faire d'obstacles. Le triple 
pour les chameaux volants, ne suffirait pas. Ces distances, comme celle 
de Samarkand à Tibet, qui est évaluée à -i journées, sont le résultat de 
la leçon erronée des chiifres. Ces chiffres déterminent par détours, 
d'Isbahan à Tibet, 19 journées, tandis que de Tibet à Nischabour, 
Benjamin en donne 28 en ligne directe (chap. XVIU, p. 191). 

Vous dites , dans votre savante introduction à l'ouvrage d'Eliah de 
Ferrare (p. 326), que l'opinion du talmoud et des arabes n'était pas toul- 
à-fait d'accord quand à l'emplacement des dix tributs conduits par le roi 
d'Assyrie à Halah, à Habor, à Hara et à nehar Gozan ou montagne 
Gozan , aussi bien que dans celle de la Médie (II , rois , XVII , 6, XVIII , 
II ; I chron. V, 27). La différence consiste en ce que les traditions du 
talmoud enfermaient toute la population des tributs dans la Médie 
seule et une partie d'Adherbidjan : tandis que les arabes disloquent 
une partie dans le Khorassan, à Herat et à Balk. Qu'elle opinion 
Benjamin a-t-il suivi? il ne s'explique pas. Il semble cependant qu'il 
s'inclinait davantage à celle des arabes , parce qu'il relate que les 
Israélites du pays de Nisbor et de la montagne de cette province 
(mont Tourok), prétendaient descendre de quatre tributs : par consé- 
quent le fleuve (Atrok) qui baigne les montagnes, est appelée Gozan, 
répondant à l'exil de la bible dans le nahar Gozan. Les traditions 
talmoudiques paraissent mériter plus de confiance que les assertions 
postérieures des arabes; mais la dispersion ultérieure des enfants 
d'Israël, qui ne rentrèrent pas dans la terre sainte, a dû donner origine 
à d'autres traditions au nombre desquelles est celle qu'avait recueillie 
Benjamin chez les Nischabouriens avec toutes les conséquences qui se 
présentent dans sa narration. 

Je ne connais pas le motif qui fit décider Bavslinson à placer Hafton 
dans la chaîne de Zagros et à retrouver Amaria dans Ali-ilahis holva- 
nien. Je ne réfuterai pas les déductions contraires de Baratier, je 
n'analyserai pas non plus ses heureux aperçus, ni sa remarque que 
Benjamin est ici bien meilleur géographe que son interprèle latin 
(disserl. VI, ll-io). Mais je vois que toute la narration de Benjamin 
roule sur ce qu'il a appris des Nischabouriens et se rattache à ce 
point; que les distances de pays éloignés sont altérées et réduites à des 



ASIE. 39 

proportions phlhisiques: mais tout ce qui se rattache à Nischabour est jus- 
tenient resserré ; à Nischabouret ses montagnes septentrionales Tourok, 
dont la chaîne, qui se prolonge vers le sud, sous le nom de Hafton, 
se dirige (innommée sur les caries modernes) vers Herat (is). Les 
Israélites habitent ces montagnes jus(ju'au royaume de Perse, touchent 
aux frontières de la Médie et sont tributaires (chap. XV, p. 178). Les 
montagnes de Nisbor (Tourok), sont sur le fleuve Gozan et les guerriers 
israélites montagnards, alliés avec les infidèles Tourks ^^ifyô] ^'lsS 
{^<^js>j «Lai kaferi ou infidèles) (ig), font la guerre aux Kousch, 

aux Persans du Farsistan, traversant le désert (salé, molhat). Les 
Persans, arrivant aux montagnes de Nisbor, se trouvaient auprès des 
fontaines qui sont le long de Gozan (XVIII, p. 191, 190). Toute cette 
description est d'accord avec ce que Eldad le danite avançait trois 
siècles anlérieuremcnl. Il savait que les montagnards des montagnes 
d'abîme ne supportaient aucunement la domination de goim (chap. 3, 
de votre édition, p. 5i, 3 verso). 

C'est là, dans ces contrées que David el Roi d'Omaria en 1135, 
souleva les israélites contre le roi (Sanigar-schah). La ville d'où il 
naquit n'est éloignée qu'une journée du mont Hafton (XV, p. 178). 
Les montagnards se soulevèrent. Leur chef Roï, surpris par le roi, est 
mis en prison dans la ville de îJ^pCZ" Dahestan, sur le grand fleuve 
Gozan. Roï reparaît de sa prison devant le roi (la scène se passe près 
de Dabeslan, sur le fleuve Gozan) : à la vue du roi il traverse le fleuve 
et dans ce même jour il fait le chemin de dix journées jusqu'à Amaria , 
située à 1 journée de Hafion. 

Observons maintenant : le fleuve Gozan étant Alrok , Dahestan est 
évidemment ..l;:,...a»^ Dahestan, canton entre les deux fleuves qui 

dépend de Abeskoun, situé dans le Tabaristan , sur les bords de la 
kaspienne. Dahistan est une ville ou plutôt un village (Edrisi, V, 7, p. 
o3i) chef-lieu d'un district et porte le nom de Achor ou Ashor, 
(non loin de la mer kaspienne au confluent de Sumbor avecAtrok,) 
sur les derniers confins de Tabaristan où commence le Khovarezm. 
(Abulf, vers. Reiskii, p. 33i). 

A dix journées de là on peut se rapprocher du mont Hafion, eu 
coupant le chemin qui conduit de Nischabour à Merv-schahdjan. Sur 
ce chemin, à 55 milles de Nischabour et à 54 de Merv, se trouve 
j^^sr*! el Hamra (Edrisi, IV, 7, p. 186), d'où, par une forte journée 

on parvient à atteindre le versant est de Hafion. Cette place ne se 
trouve plus sur les caries modernes. On y remarque plus loin que 
Nischabour, un peu à droite, Mili-omari : mais cet emplacement ne se 
coordonne pas dans les distances d'Amara. Vous m'objecterez que 
l'orthographe de rp^NDJ? ne répond pas à l'orthographe de U-,=v. 

(13) I.es cartes modernes ne no'is fournissent aucune dénomination pour celte cliaine. Il est 
probable que Hafion est le nom d'une montagne particulière de ladiaiue. Sur qui'lques cartes toutes 
récentes on remarque un nom assez analogue à Hafton dans un bouig ou localité appelée Huftaa- 
seaub, située sur le versant est entre Herat cl Msabour. 

(16) C'est ainsi dans Aboulféda Vlaki kaferi, Kaptschakenses kaferi. — Le Tonrk est qualifié de 
Kafer pour le distinguer des fidèles mahomédans Tliogarmim de l'Asie mineure. 



60 BENJAMIN DE TDDÈLE. 

C'est vrai, mais le mal n'est pas si grand. (Ali-ilahis n'y ressemble plus). 
Tout ce que dit Benjamin de David Roï, n'est pas copié de quelque 
ouvrage orlhograpliié , mais vient de relations orales qu'il n'a su régu- 
lièrement orthographier. Peut-être que vous trouverez quelque chose 
de mieux, en attendant, considérant les explications qu'offrent à la 
narration de Benjamin les emplacements assignés, vous direz, je 
l'espère : si non è vero, è ben trovalo. Et s'il vous arrivait de repren- 
dre et réfuter quelques-unes de mes assertions, veuillez vous rappeler 
qu'elles ne cherchaient qu'à confirmer votre propre opinion, que vous 
avez habilement émise en 1858, dans votre première édition de la 
relation d'Ekiad le danite : ce souvenir vous dira qu'au fond de la 
question, nous sommes d'accord. 

Avant de se retirer de ces montagnes agitées, je vous demande, 
que veut un prêtre ou sacrificateur des idoles, dans ce que Benjamin 
dit: que les Persans campés près des fontaines de Gozan, s'informaient 
touchant les |—:0*2 Comurins enfants de }"; Go^:, d'entre les kofr al 
Torks? où, dans les comarins, Constantin l'Empereur voyait simple- 
ment les idolâtres (Baratier, nota 7, ad Benj. XVIIl, p. 196, 197) Ne 
s'agit-il pas ici plutôt de Komans? Les Persans s'informaient de ,y.^ 
Komans (peuples tourks) enfants de vi Gozzes (nation tourke), qui 
sont d'entre les infidèles Tourks (qui sont de la race tourke). L'ortho- 
graphe s'y oppose de nouveau. En ce cas je vous recommande une horde 
de la race tourke appelée j'-^ lumar, comme elle est plus tard 
nommée, en lil.5, par le compilateur Yakout ou Bakouï (notices et 
extraits, VI, 22). En effet, Baratier lui-même dit : ajoutez qu'il y a 
effectivement là des peuples de ce nom (note 7, p. 197). 

Enfin, fatigué des ces explorations continentales, je vais retourner 
avec Benjamin à Khousisian, d'où par les eaux du limpide Choaspes 
j'aurai le plaisir de vous rejoindre, afin de vous féliciter tout d'abord 
de ce que vous avez eu la complaisance de purger l'île de Kis de ce 
fatras de lettres, qui surchargeaient sa tête, obstruaient son intérieur, 
tourmentaient plusieurs siècles l'esprit des érudits. J'espère que 
votre lie est délivrée du brigand, qui, du temps d'Edrisi, inquiétait 
les voyageurs, gênait la pêche des perles, et qu'ainsi vous regardez 
Katifa en toute sécurité. Mais avant d'aller nous plonger, comme les 
deux pêcheurs katifiens, laissez boire, je vous en prie, aux huîtres 
l'eau de la pluie, et, recevant l'échange de paroles d'une amitié sin- 
cère, permettez-moi de me reposer. 



AFRIQUE, EUROPE. 



TROISIÈME LETTRE. 



Bruxelles , 50 août 1817. 

Amédée Jauberl, dans sa traduction d'Edrisi, dit en poursuivant la 
version de la description de l'Egypte : notre texte contient ici une anecdote 
fabuleuse et sans intérêt, que liousnous abstenons de traduire (p. 520). 
lia laissé quantité de semblables lacunes dans le gros ouvrage de géogra- 
phie arabe, en donnant son texte plein, mais incomplet. Heureusement 
Benjamin n'est pas aussi purgé par ses interprèles : nous l'avons en 
entier, véridique ou relatant des fables chimériques. On ne s'est pas 
abstenu de traduire dans sa description de l'Egypte, l'anecdote fabu- 
leuse du capitaine Soteros, qui cassa le miroir de la tour alexandrine; 
maison peut s'abstenir de toutes exclamations contre lui, quand on 
réfléchit qu'à cette époque le peuple romain comptait parmi ses illustra- 
lions antiques le comte Brutus, et se glorifiait do son fameux capitaine 
Annibal : et il ne manquait pas de savants annalistes qui l'affirmaient 
tout de même. 

Le pèlerin Benjamin n'était pas géographe et ne pensait pas écrire 
une géographie ou une description du monde, complète et bien rangée. 
Il entreprit cependant de donner à la lecture de ses co-roligionnaires 
une notice générale sur le monde de leur dispersion. Dans ce qu'il a 
parcouru lui-même, il a pu donner de petites dislances et des circon- 
stances vériliables. Je présume qu'il courut jusqu'au tombeau d'Ezechiel, 
d'où il rebroussa chemin par l'Egypte. C'est de ces derniers points, 
qu'il s'avise de faire un aperçu du reste du monde, ramassant à tort et 
à travers dilférentes relations sur la Perse, sur l'Inde, sur le noir Kousch 
ou l'Afrique; répétant les relations orales ou écrites, isolées, incohé- 
rentes. Gare de supposer son invention, il reproduit bonnement les 
choses comme il les a apprises. La relation concernant le tombeau de 
Daniel pourrait seule être accusée d'invention, mais simultanément 
relatée par Peiahhia, toute récente qu'elle paraisse, elle vient évidem- 
ment d'une autre source que de la cervelle de quelque voyageur. Ne 
serait- il pas possible que la turbulence de quelque population Israélite, 
mécontentant le conquérant Seldjouk rendait dangereux le pèlerinageau 
tombeau de Daniel, à la suite (le quoi on débita de fables, émerveillant les 
pèlerins qui les répétaient avec empressement? ce que Benjamin dil des 



C2 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

rechabiles, du tombeau de Daniel, des Nisbouriens, ce sont des contes 
de ses co-religionnaires, placés confusément dans l'Arabie et la Perse. 
Ce qu'il dit de l'Inde ce sont des contes arabes; enfin, ce qu'il avance 
de l'Afrique est le produit des commerçants. 

Il est inconleslable que Benjamin puisaità beaucoup de sources arabes. 
En qualité d'Espagnol, certainement il pouvait connaître la langue arabe : 
mais sa continuelle arabisation, si je puis me servir de celte expres- 
sion, prouve le mieux à mon avis, quil a réellement parcouru l'orient 
et s'est soulé darabisme, enfin qu'il raconte souvent sous la dictée de 
l'idiome arabe. Lorsque quantité de noms de localités orientales sont 
signalées dans la forme arabe, cela n'est pas extraordinaire, mais cette 
forme se retrouve aussi dans des noms purement hébreux, dans les 
appellations de ses co-rcligionnaires; les mots arabes sont reproduits 
dans kofer al Tourk, allioula, etc., comme on les répète en orient. Il ne 
se sépare de l'idiome arabe, que lorsque les arabes lui manquent. En 
Sicile, àPalerme, il retrouve encore les arabes et les mots: de perle, 
al-marga, de bain, al-behira. Dix années plus tard, en 1185, l'espagnol 
Aboul Hossein Mohammed ibn Djobaïr examinait la cour de Palerme , 
composée à moitié de mahommédans avec lesquels Benjamin a dû s'en- 
tretenir. Il y apprit que le premier dignitaire de la couronne, qu'il 
appelle lui-même gouverneur ou vice-roi , portail à la cour le litre 
arabe al-hezeina (chap. XX, 111) trésorier : litre connu aujourd'hui à|la 
la cour du sultan à Constantinople cl donné aux fonctionnaires de la 
trésorerie : hazna-agazi, gardien du trésor, hazna-krabaiasi, vicaire du 
gardien, hazna-dar-baschi, trésorier en chef; litre connu dans l'empire 
russe : kaznatschei, receveur du fisc dans un district, le fisc étant qua- 
lifié du mot arabe ,^j^ kazn. 

On a fait déjà des hypothèses sur ce que Benjamin dit de l'Inde. Je 
ne veux pas trop les contrarier. Je ferai seulement remarquer, qu'évi- 
demment notre pèlerin y avait en vue de tracer une esquisse de deux 
cultes : des adorateurs du soleil et des adorateurs du feu. A cet effel il a 
choisi deux exemples peu connus, ou peul-élre inconnus à la géographie 
positive, extraits probablement de quelque obscur ouvrage arabe trai- 
tant des merveilles, tissues fantastiquement pour une lecture amusante. 
Pour donner à ces exemples une plus spécieuse apparence de réalité, il 
a choisi quelques noms de positions géographiques auxquelles il assigne 
les distances qui augmentent la confusion des noms défigurés. Voici 
comme on pourrait les expliquer, nonobstant les profondes observations 
des commentateurs précédents. 

De Kalif, 7 journées à cVwn'? hOulam, qui est avec son poivre Koulam 
dit île. Ensuite 2-2 journées aux îles ^n^r Khinrng , dont les habitants 
sont les c^zJSI" Dogbims : ces appellations sont engendrées de ^-W-^^» 
ijUw mihradj djaba. A partir de ces îles, 40 journées jusqu'à Tzjh, 
au delà à rcxlrémitc de l'orient, la mer nikpha, coagulée, ou sont les 
griphons. 

C'est de Tzin qu'on compte 5 journées par Icrre et 15 journées par 
mer à nb^^i Ghingala, d'où 7 journées par mer à Koulan. Ghingala est 
donc sur le conlineni : serait-ce Galigula de Marco Polo, siluc quelque 



AFRIQUE, EUROPE. 63 

part entre Ava et Siam ? Toutefois les nombres des distances offrent 
une fâcheuse désharnionie. Si Ton était disposé à corriger le texte, on 
substituerait à ; 3 journées ; 50, de même à i 7 journées :; 50, et les 
amateurs d'opérations de ce genre pourraient, je pense, être satisfaits. 

Vous savez que Hind et Kousch, sont des généralités nuageant le 
lumineux orient et l'ardent sud. Aussi Benjamin place Kousch en 
Perse, en Arabie, dans les Indes et dans toute l'étendue de l'Afrique 
méridionale ; il fait placer Hind sur toutes les mers, jusqu'au Farsistan, 
l'Arabie et l'Afrique : en effet, ces mers portent le nom de la mer Hind 
chez les arabes : mais à la suite de semblables généralisations, le récit 
de Benjamin est confus, ses idées confuses : et il les embrouille encore 
par ses réminiscences bibliques, n'ayant aucun rapport avec les lieux 
et les circonstances. 

H sait qu'en 12 journées on se rend de Koulam à "i^2î Zabid A^j j 

ville de Yenien. Elle est grande, dit Edrisi, très-peuplée, très-opulente. 
Il y a un grand concours d'étrangers et de marchands de Hedjaz, de 
Habesch, de l'Egypte qui y arrivent de Djedda. On exporte diverses 
espèces d'aromates de Hind et diverses marchandises de Sin et autres 
(I, 6, p. 49). 

De Zabid (on traverse la mer rouge ou le golfe de la mer de Hind, 
la mer Hind encore) en 8 journées pour arriver (directement ou par 
Djidda) à |"i;;:2 Ba'dan i..^i Bedja, Bodja, Badja, Badjan des arabes. 
Benjamin y ajoute plusieurs explications. D'abord, c'est suivant lui, 
cette partie de Hind qui est en terre ferme : cela se comprend que c'est 
Cette partie de la mer Hind, qui forme un golfe en terre ferme. Ensuite 
il ajoute entre paranthèses : c'est (Xny 'Adan qui est à iti'x'^JO 
Telassar, renseignement biblique confus et déplacé : cet 'Aden et 
Telassar étant du pays d'Aram, Syrie du temps du roi David. 

B'adan , Badja, est un pays montagneux, dit très-bien Benjamin; un 
vrai désert entre Habesch, Nubie et Saïd, qui sert de passage et de 
réunion pour les marchands. Le principal bourg à cet effet est dans la 
vallée de cl Alaki, où se fait le commerce entre les habitants de la haute 
Egypte et ceux de Badja. Dans ses montagnes sont les mines d'or. Un 
autre bourg est à 8 journées au nord, Aïdhab, situé vis-à-vis de Djidda 
qui est le port delà Mekke, et lieu ou reposent les restes mortels 
d'Eve, mère de la race humaine. Par Aidab traversent les pèlerins qui 
vont visiter la Mekke. Edrisi expose tout au long celle situation com- 
merciale et de passage (I, 5,11, 5; Abulf. Reiskii, p. 196, 197). Plus tard 
dans le pays de Badja acquit de la renommée Souakem (Abulf. p. 147). 

Les Israélites dumiciliés à Badan, vont en Perse, en Egypte, et 
descendent dans le pays de Q-^^y/^n ^^omwa^om appelé x^r?'*!' Loubia. 
Cette appellation érudite de l'antiquité grec(iiie désigne l'Afrikia des 
arabes. Ces Israélites se rendaient donc à Tounis, où, à 1 forte journée, 
se trouvait >ji.>U'^.=. Ilamamal, séparé de Tounis parla péninsule 
Bascheh, pointée vis-à-vis de la Sicile par le cap Bon (Edrisi, III, 2, 
p. 270; Abulf. p. 205). Les cartes du moyen âge appellent : Mameta, 
Mahomela, Hammameia (Sanson), Hamamet, et ce nom s'est conservé 
jusqu'aujourd'hui. Voilà les courses que font les Israélites de Bedja. 

Pour se rendre da Badan , d'Alalaki à ]xiDN Assouan , il faut 



64 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

traverser le désert X2'^' Sei^a , ensuite longer le î'*^''r Fison, Nil ; la 
traverse dure 20 journées. On peut se former une idée de cette 
traverse, par différents passages d'Edrisi, et comment on longeait le 
Nil depuis les cataractes (I, 4, p. ôo). Quand on allait directement, on 
arrivait d'Alaki à Assouan en 12 journées (Abulf. p. 190). N'importe, si 
le nom de Seba convient au désert, tel nom lui est donné par ceux qui 
nous renseignent. 

D' Assouan à p'^Ti Holvan il y a 12 journées; de Holvan à Kous 
13 journées, dit le texte de Benjamin. Erreur évidente d'un chiffre. Au 
lieu de :;* 12 il serait mieux ::;2 22. Il y a d' Assouan 25 journées à 
Foslat. Holvan est un bourg à l'orient du Nil, à 2 parasanges de Fostat 
(Abulf p. 190). De ce point parlaient les karavanes dans le magreb. 

Ces karavanes traversent en 50 journées le désert de X'^~ï Tzahara, 
pour se rendre à jv*'^"'"? Zouila, Zavila. C'est juste. A cette distance 
dans le pays de Fezzan (qu'on nommait aussi Ferran, Karran, 
Kazzan) se trouve iJj^j Zavila, en tout temps connue des arabes 
(Edrisi, III, 3, p. 289; Abulf. p. 212). — D'ici les karavanes allaient 
dans le Soudan, où est iJLj Gana. Zavila n'est pas encore dans la terre 
<ie nix; Gana, elle est dans le désert de '.Ics-^ Sahara, xImï '^N 
al T:ra/iarrt, qu'il faut traverser, Gana étant au delà de ce désert. 
Benjamin pense que Zavila est r.'^'"!" Havila de la bible. 

II est clair, qu'étant en Egypte, il a rencontré les Israélites de Bedja, 
les marchands venant du fond de Magreb, mais eu relatant ce qu'ils lui 
ont dit , il s'embrouille et enveloppe leurs renseignements dans ses 
explications bibliques. Ainsi biblisant.il donne une excessive extension 
à îi'^n Ilabesch , parce qu'il pense que c'est Kousch ; Havila et Kousch 
étant Soudan où est Gana, il en résulte que Ilabesch s'étend du côté de 
l'occident (chap. xx, xxi). 

Kous , w J ville considérable, insalubre, mais commerçante, la plus 
considérable après Foslat, avait à 3 journées de distance un port de 
mer Koseîr (Edrisi, II, -i, p. 127; Abulf. p. 195). Ceux qui entraient en 
Egypte par ce port, pouvaient consciencieusement rapporter.à Benjamin 
que Kous se trouvait au commencement de l'Egypte et lui apprendre 
qu'elle comptait 30,000 juifs (cap. XX, p. 223). 

A ri 5 journées de y^p Kouiz, Kous, est c^îT Fioum, autrefois 
Cr.T Fitoinn. Puisque Benjamin ajoute qu'on y voit encore les restes 
des anciens édifices bàlis par nos pères, il n'y a donc pas de raison à 
chercher quelque autre Fioum ou Fitoum, que la grande ville bien 
connue Faioum, mais il faut étendre sa dislance de Kous : au lieu 
de r, D journées, lire p 8 journées, de grandes journées, forcées, telles 
que les trois entre Kous et Koseîr. De Fioum à Misr il y a i (petites) 
journées (xxxi, p. 223). 

Nous voilà dans cette grande et multiple capitale, pleine de grands 
souvenirs de toute époque et de différents peuples, d'antiques- ruines et 
de constructions modernes. Vous y êtes comme chez vous; vous m'indi- 
quez tout ce que Benjamin avait vu et examiné. Enhn vous me con- 
duisez dans le pays de yz'^^.Gosen, où Benjamin trouve une grande 
ville, qu'il appelle C'2'^D TD'^'Z Balsir-mlbis. Sans doute elle n'est 



AFRIQUE, EUROPE. 65 

autre queGyzeli, mais pourquoi lui donne-t-ii un nom que nous ne 
retrouvons pas ailleurs? Aussi la distance de Misr monte dans son texte 
à n 8 parasanges; réduite à - 3 elle serait encore exorbitante, puisque 
la distance réelle excède à peine une parasange; en partant même de 
Boulak , il serait difficile de compter i:- 2 parasanges. Les dislances 
suivantes offrent aussi plusieurs dillicullés sous le rapport de l'insuffi- 
sance ou de la surabondance. Je ne saurais proposer de remède pour 
toutes. 

De Gosen, Gyzch, en une demi-journée on arrive à '^a ]-p '^Xp?" 
^^'Z^ hkal aïn al schams, c'e^t'jusle. .-^i, ^y,s, Ain schams, source 
du soleil, est ainsi appelée de l'ancienne 'iDto-w.i; Heliopolis des Grecs, 
dont les ruines se font voir près de Malaryeh, de façon que Benjamin , 
avec les autres, a pu s'imaginer de remarquer, parmi les édifices bâtis 
par les Israélites, des édifices de Rnmcscs et qualifier la ville de ce nom. 
Les tours de briques sont appelées égiiille de Faraon par les arabes 
(Abulf. p. 199). Quant à Izkal, j'observerai qu'Ibn al Ouardi parle d'une 

grande ville v )»Ji Kalioub, située à l'occident d'Ain Schems. Elle 

comptait 1700 jardins, et il n'en reste que peu et son nom célèbre. 
Peut-être celle Kal voisine, parvenue à un haut degré de puissance et 
de grandeur Ji,i a-t-ellc fourni à Benjamin l'appellalion de Izkal. 

Une (petite) journée de là ;\\";''2';>s "' Aboubieg aura sans doute 
ainsi défiguré le nom de ^ JlJ! al Belbeis, Felbes des koptes, nom- 
mée vicus judcorum , entourée de ruines. Défiguration résultant de la 
prononciation orale. 

A une demi-journée de là NfS'îi^: Man Zifla. Séparez le pléonasme 
arabe yj> de i.'^i\ et vous trouverez Zifla sur la branche daraiattine 
du Nil, d'où j^ de i^xJj Zifta, on traversait, dit le texte de Benjamin, 
la distance de 4 parasanges pour arriver à Ramiia. 

C'est insuffisant. Corrigez les -i i parasanges par p 8 et ,-;->'r2~l 
Ramira par r.'^'.!" Dauiira et vous aurez î^..= J Damira , fabrique 
d'étoffes appelées schoroubes, éloignée de^ 10 milles de Damiat 
(Edrisi, III, ô, p. 320, Ô21, 525). Nous sommes d'accord -que ce point 
est bien fixé. 

De Damira, il y à - 3 journées à r.''r"2'7 Lmahala , éloignée de ;^ 2 
journées d'Alexadric (XXII, p. 232). Il y a en Egypte une centaine de 
LLs-'' Mahalats (d'habitations), dit Abonlféda (p. 201). Aucune de celles 
de la basse Egypte n'a besoin de o journées pour arriver de Damira; 
plusieurs de ces Mahalats se trouvent à la dislance de 2 journées 
d'Alexandrie. Du temps d'Aboulféda, la plus renommée était Mabalat 
dakia, aujourd'hui c'est Mahalat al kebir, située presque sous les murs 
de Damira. Dans celte abondance d'habitations égyplienncb, je pense 
que Mahalat Meieh, située sur le bras du Xil de Bosetle, en suivant le 
chemin vers Alexandrie, esl préférable à loulcs les autres. Mais en ce 
cas il faut absolument corriger les o journées du texte en p 8 para- 
sanges. A la suite sont les 2 (petites) journées jusfju'à Alexandrie. 

IV. 5 



6G BENJAMIN DE TUDÈLE. 

Alexandrie, rendez-vous des marchands de toutes les nations. Il est 
diflicile de les distinguer tous dans la foule. Les uns viennent des pays 
chrétiens de l'occident, d'autres des pays moslemines de l'orient; il en 
arrive des péninsules apenine et pyrénéenne et du fond de l'Europe. 
Ceux de la péninsule apenine sont Toskans, Lombards, Génois, 
Pisans, Fouilles; ceux de la péninsule pyrénéenne, de Valence N"'id:"'':'2 
Balcnsia a^--Jj de Malaga i^'??^ Malkhi ijôl? encore sous la domi- 
nation des ismaélites; Aragon, Navarais, Espagnoles ^X^iETCN Esfania. 
Le nom de <iJL.vw1 Ashania se bornait alors au sud de la montagne de 
Sierra eldeKaslille (Edrisi,IV, 1, p. 15). Kordou était déjà en possession 
des chrétiens de l'occident, mais en supposant le texte inaltéré, il 
serait difficile devoir dans ,T^tOlD Karloïah . ^Js y'à la Korlouba. 
Kartoïah pourrait-elle convenir à Crotoneou Cortone, <xj_«j.J=3 Kotrona, 

J o ^Ja3 Kotroni , ville de Kalabre , dont les constructions sont ancien- 
nes, l'étendue vaste et la population considérable (Edrisi, IV, 5, p. 118); 
ou à r^^j^ Kretes, à l'île de Crète, Kredin? je n'oserai le décider. 
Choisissez selon votre humeur, si rien ne se présente de mieux. Kar- 
toïah , aussi bien que n''Dp~l Roukoufia sont à chercher, suivant toutes 
les probabilités, dans les péninsules. Dans Rakoufiaon avoulu retrouver 
Raguse, en ce cas Kartoïah donnerait les Kroates? Mais non : Kartoïah 
est Cartaïenia, Cartagcne d'Espagne. 

Dans la liste des pays de l'intérieur de l'Europe d'où venaient les 
marchands , se distinguent : Rousia , Allemagna , puis nXjîi'Ili' 
Sosannah , sans aucun doute ij^-v^w Sosania, Saxe. Ensuite Danemark 
et ya^'^ Gclatz qui répond à Uolsai, figurant de bonne heure sur les 
cartes du moyen âge. Ensuite Flandre et -itoip Ililer que je ne connais 
pas. On supposait y disiiuguer Artois ou Hainaut. Si l'arabisant Ben- 
jamin consultait les ouvrages arabes, il a pu de J^-^ Haïno, faire 
y;^» Ilitcr : mais il est plus probable qu'il écrivit d'après les relations 
orales. 

Vient ensuite la France : x''''jX1D Frania, île de France, Poitou, 
Angou (Anjou), Bourgonia, Probintzia , qui se distinguent suffisam- 
ment. Restent : pixnc iVef/frtna, indubitablement France moyenne, 
centrale, Media, Mcdiana, appellation karlovingienne encore inelfacée, 
et N^îr^nS Larmania , qui pourrait donner"^ le nom de Romania 
(de l'Italie), d'Armaniac et de Normandie; j'adhère à cette dernière 
explication. 

De ceux qui venaient des possessions ismaélites ou de l'orient, les 
seuls de n"i"iy':5N* <*' 'Àrva ne s'expliquent pas suffisamment ; cepen- 
dant placés tout à côté d'Andalouse ils décèlent le nom de la der- 
nière possession moslemine en Portugal, appelée al Garbe , Algarve. 

Benjamin qui va bientôt terminer ses courses, avant de quitter 
l'Egypte pour ne pas assister à la chute fatale, déjà trop rapprochée 
de la domination de Fatemides, appelle notre attention sur le littoral 
et la course au mont Sinaï. Il compte 4 embouchures du Nil. D'abord 



AFRIQUE. 67 

îe NU se divise en deux branches principales, dont une va à Roscheid, 
l'autre à Damiat. Toutes les deux se divisent par des embranchements, 
parmi lesquels celui de ]'':2'tJ'X A.smon est indiqué par Aboulféda 
(p. 161) comme versant ses eaux dans le lac tanitique. La quatrième 
embouchure, qui manque dans le texte de Benjamin, pourrait être 
ou alexandrine dans le lac maréotide , ou orientale dans le lac 
tanitique. 

Il compte d'Alexandrie à Damiat 2 énormes journées. On en comptait 
alors 5, dont une à Roscheid , valait GO milles , les deux autres 
jusqu'à Damiat plus longues (Edrisi, lU , i, p. 315, 527). — Le lac 
tanitique contient plusieurs îles industrieuses , dans lesquelles on 
remarque beaucoup de ruines; Benjamin indique très-bien à 1 et *,î 
journée de Damiat, c*;*L2 Tounis ou ;;^;r; Hanes, île sur les confins de 
l'Egypte. C'est ^-^^ Tennis (Edrisi, p. 317, 520; Benj. XXIII, p. 239). 

De Damiat, autrefois Rafior, il y a une (grande) journée et demie 
^ lTNZZ'u Sou7ibal , dont les habitants cultivent le lin, se livrent 
au commerce et sont fort riches (Edrisi, III, i, p. 517; Benj. XXIII, 
p. 259). De Sounbat L'-^;— il y a 4 journées à la station de CX'^wf^^^»'. 
Aïlam, dans le désert, sur le chemin conduisant au mont Sinaï. Je 
remarque dans différentes cartes plusieurs Elim sur les rivages 
de la mer rouge ; je pense que c'est une de celles-ci , par laquelle 
on arrivait en 2 journées à ë;'""'^"^ Rcfidim, village situé au sud, 
presque au pied du mont Sinaï, appelé par les arabes ^Js J-^ 
djebel Tour (Edrisi, 111,5, p. 552; Aboulféda, p. 177). Benjamin 
connaît au pied d'une montagne un bourg *j'û'*n ^hor Sinaï, ce 
bourg existe toujours sur les rivages de la mer. 

Pardonnez-moi si je me suis étendu à l'infini dans l'analyse de 
l'itinéraire suivi par le tudélien en Egypte. Probablement que cet 
itinéraire avait déjà été expliqué par d'autres élucubrations qui ne 
me sont pas connues. Baralier, que vous m'avez donné pour guider 
mon observation avait dit : tous ces noms de villes me sont inconnus : 
or, je les ai cherchés, n'ayant que peu de ressources. Je pense 
cependant que ces indications, qui se sont présentées assez facile- 
ment, sont conformes à ce qui a été dit ailleurs, qu'elles seront 
constatées dans vos études. Le respectable Makrizi , avec lequel 
vous vous entretenez souvent, ne les démentira pas. Son démenti 
m'aflligerait beaucoup. 

Maintenant nous allons partir de l'antique possession des Faraons 
pour la Sicile. Sicile, puissante encore et florissante, où tous les 
points sont ouverts et faciles à traverser. Arrivés à Messine, nous 
regardons ",':«';; VIonid, la ionide, la mer ionienne, dont le détroit 
sépare la Sicile de la Kalabre. Palerme, Catane, Syracuse ou Scala- 
graeca, Mazara, Trapani, ,-;is"^';i;c Pctalriah ou Petralia, sont des 
villes connues. 

Ensuite sur le continent Roma et Louka (XXIII, p. 242) (n), d'où 

{l"j Puisque Dous repassons la péninsule Italique, je toucherai à deux position de Benjamin, dont 
l'une est passée sous silence par Baratier; l'autre examinée par un peutèlrc. A partir de Benevent 
vers Ascoli, est Malchi, sans aucun doute Melû, dans Basilicala sur la frontière de la Fouille. — Daos 



68 SLA VIA, 27. 

Podrimiie (tout le pays de Dria noir près de Skutari et Zadrim), Kostr'c, 
Dr'z'kovinu (Drinato?), Sitnitzu (de la rivière Sitnitza), Lab (Laabia sur 
une rivière qui se perd dans la Morava orientale), Liplian (Lipenium), 
Gl'botschicu (partie montagneuse de Gliubotin dagh), Rieke (Saborika 
ou Soukba rieka), Ousckou (Ouskoup, Scopi, qu'il ruina en 1192); el le 
Pomoravie (le pays de basse Morava), Zagr'lalu (Gherlitzaet Groschlitza 
près de Krahouïevatsch), Lievtsche (de la rivière Levazua qui se jette 
dans la Morava), Belitziu (niscrit. ap. Scbafarj. 50, note 49, p. 614; 52, 
p. 662). 

Les excursions de Nemania avançaient certainement plus loin , visi- 
taient les environs de Timok, descendaient Vardar, mais les acquisitions 
plus étendues furent réservées pour ses successeurs. D'après la relation 
qu'a donné son fils sur les acquisitions positives, on voit qu'il avait 
assez à recouvrer dans le pays de Drin, partie méridionale de la zoupa- 
nie diokleate , où l'empire s'était saisie de plusieurs positions que les 
Serbes possédaient antérieurement; qu'à l'exception de la zoupanie 
diokleate, Neinania n'avait aucun embarras de la part de zoupanies 
maritimes; qu'il s'est emparé de tous les pays le long de la basse 
Morava, de ceux qui sont enjambés par Ibar et Morava orientale, enfin 
du canton de Ouskoup en Macédoine. Ainsi commence la puissance 
de la dynastie rasse, raske, de Ourosch Nemania à illustrer la Serbie. 
Une monarcbie dans son genre prend sa naissance. Le grand roi 
Dragoslav (1257) prit le nom d'Ouroseh d'après l'exemple de ses aïeux : 
Ourosch-le-grand. 

Ce n'est qu'avec la plus grande réserve que je hasarde l'explication de 
quelques assertions arabes, par ce nom d'Ouroseh. Arzakhel en Espagne 
vers 1170, connaît une capitale d'un roi Erath; la position qu'il lui 
assigne par les longitude et latitude géographiques répond à la position 
de la Serbie, où le nom d'Ouroseh (Erath) était honorifique de la dynas- 
tie dont les dynantes résidaient maintes fois à Rasa. 

Ibn Said, 1276, relate une capitale \\jz Araz d'un des rois slaves du 
pays occidental ; ce roi s'est rendu maître de tous les pays des Slaves, 
des Allemands, des Hankars (Hongrois) et des Baschkirds. La position 
d'un semblable roi se trouve très-bien en Serbie, Ourosch-le-grand 
avait peu de démêlés avec la Hongrie, mais il en avait et il combattait 
les Allemands, quand il secourut la Hongrie contre les Bohèmes. Au 
reste, les combats se relatent à des Ourosch, les prédécesseurs qui 
avaient des démêlés avec les Slaves (Kroaies) et les Baschkirs (Tatars 
Mongoux. — Ibn Said ajoute que la capitale Araz est célèbre, assez 
bien fortifiée, au milieu d'un grand lac salé, en sorte qu'on ne peut pas 
y passer que par une seule chaussée artificielle; enfin qu'elle est située 



SLAVIA, 27. 69 

sur l'océan, très au nord d'après la iatilude géographique de 53° 50', 
qu'il lui assigne. Une semblable silualion ne convient ni à la résidence 
Rasa, ni à la Serbie en général. 

Il faut cependant remarquer qu'un lac baignant les murs d'une ville 
avait été inventé à la curiosité des géographes pour lesquels la Serbie 
restait longtemps inconnue. La carte du xv« siècle, reproduite par 
Ubelin 1515, 1320, ensuite par Villanovano 1533, appelle ce lac Sver- 
cegno, situé au nord de Sitnitza, comme un lac sans issue. Castaldo 
apprit qu'une rivière sort du lac, se dirige à l'est et perd ses eaux 
dans Ibar, et que la ville prénommée est située au milieu de ce grand 
lac. Mercator, Hond, Janson, Bleauw, "NViit, et tous ceux qui les 
copiaient, ne négligeaient le lac Suercegno, Suersegno dans sa propor- 
tion et situation, avec sa ville aquatique Sitaïza, Silinza, Sitniza et la 
rivière qui s'échappait vers le fleuve Ibar. Hommann inscrivit le nom 
de la rivière Sitnitza. On croyait donc à l'existence de ce lac au milieu 
du xvni* siècle et Matthias Seutter à Augsbourg précisait avec soin ses 
formes et sa position qui tombe aux environs de Usitza et Posega. La 
croyance à l'existence d'une ville sur un lac dans la Serbie était assez 
accréditée, malgré l'école française qui l'avait réniée depuis Sanson; 
et cette croyance remonte vers le moyen âge, comme si elle dérivait 
d'Araz capitale du roi Ejath? 

Le lac salé peut se réduire facilement à un fossé de la place forte : 
mais l'oçéau? et la latitude? Sa position maritime sur l'océan est 
Irès-contestée par celle du lac salé : mais la latitude géographique et 
le climat? Serait-on autorisé de présumer une méprise d'ibn Saïd qu'il 
aurait inventé la latitude . J de la latitude , ^ qui désignerait 
le climat arabe des Ourosch? ^ ^ 

J'ai fini l'examen de la Slavonie des x'' et xn* siècles : il peut 
servir d'introduction à la description sicilienne d'Edrisi , dans laquelle 
on a beaucoup sur la Slavie du xui' siècle. 



70 BENJAMIN DE TUDÊLK. 

et une foule d'autres l'ont commenté; les Gersons, des géographes 
du xvn* siècle et nombre d'auteurs se sont servis des renseignements 
de notre pèlerin. Or, ne sachant que très-peu de ce qui a été expli- 
qué dans Benjamin, je répète sans doute, à mon insu, dans les lettres 
que je vous adresse , beaucoup de choses qui ont déjà été dites par 
d'autres. Vous-même en vous jetant avec tant de bonheur dans cette 
arène d'investigations, vous donnez un nouveau jour à ces obscurités 
que la maladresse de multiples perquisitions avait augmentés, et 
malgré moi, je répète vos idées sur plusieurs points de mon exposition. 
Pour vous communiquer mon avis géographique, je n'ai pu, en suivant 
l'ensemble de la description du pèlerin, éviter des répétitions. Vous me 
comprenez j'espère et m'excuserez. 

Achevant enfin cette rapide revue épistolaire , j'aime à vous réitérer 
mes félicitations sur le succès de vos travaux et à recommander à votre 
amitié votre tout dévoué. 




barSiitui cjnv» tîtO. 

Aer IjtKatti llek> vt*à 



PALESTINE. 



quatrièmf: lettre. 



Bruxelles, le 10 août ISiC. 

Vous avez voulu soumettre à mon géographique examen la carte de 
la Palestine qui va accompagner votre savant ouvrage; en même temps 
vous me communiquez les matériaux qui la composent et vos profondes 
élucubrations qui dissipent les obscurités et les incertitudes. .Je dois 
donc vous rendre compte de ce que j'ai remarqué. 

Les matériaux sont extraits des narrations de pèlerins de différentes 
époques qui, pour la plupart, étaient sur les lieux. Benjamin de 
Tudèle, llGô; Petahhia de Ralisbone, 1175; Samuel bar Simson de 
France, 1210; Jakob de Paris, 1258; Ishak Khelo de Laresa d'Ara- 
gon, 1334; Eliah de Ferrare, 1438; Gerson fils de Moseh Ascher de 
Skarmela, 1361; Ouri de Biel (Biala Pologne) 1364. Huit descriptions 
de la Palestine, dont les deux dernières contiennent une liste abondante 
de tombeaux, les autres de précieux renseignements; mais de tous ces 
pèlerins aucun n'a réuni de dates certaines pour la construction d'une 
carte géographique. Deux seulement d'entre euxsedirigent par des itiné- 
raires : Khelo, qui indique plusieurs routes ordinairement fréquentées, 
sans s'occuper de leurs distances ou de leurs directions; et le plus 
ancien. Benjamin, qui détermine les distances, s'inquiétant le moins 
de leur direction. 

Il ne restait donc qu'à confronter les descriptions de ces pèlerins avec 
une bonne carte de la Palestine, bien élaborée par de nombreuses 
études. A cet effet, vous avez choisi la carte de Ritter. Cboix admirable. 
Cette carte est inappréciable et abondante en indications modernes. 
Cependant elle ne peut suffire aux exigences du cimetière de la Galilée 
inférieure, où, faute de direction et de distances, l'emplacement 
de quelques tombeaux ne peut être désigné qu'hypothétiquement et 
au hasard. La magnifique carte de Ritter n'a pas assez circonstancié 
le moyen âge, par conséquent elle n'est pas en état d'expliquer tout ce 
que nous relate Benjamin, qui s'est servi plus d'une fois de dénomina- 
tions en usage parmi les croisés. Le temps me manque pour me 
procurer les sources de cette époque qui seraient à même de corroborer 
ce que Benjamin avance. Sur les chemins pour nous mieux connus , 
son itinéraire est d'une exactitude remarquable; or, sur les routes moins 



72 BEWJAMIN DE TUDELE. 

connues, il convient de suivre à la lettre ses allégations, ses rensei- 
gnements et ses écarts. Sur les points où son itinéraire s'embrouille, 
la faute so'.ivent n'est pas à lui : la corruption du texte eu est très- 
probablement la cause. 

Parlant d'Ântiochie, Benjamin suit le chemin du littoral jusqu'à 
Césarée, d'où il se dirige vers Samarie. A une demi-journée de Césarée 
""'"lî't" Sézarié, conformément à la prononciation des croisés, il trouve 
't'iPP Kakon ou ri'/'y^ Kehila, Kaïla. La carte de Ritler nous offre juste 
Kakon. De ce point, il n'y a qu'une autre demi-journée à Samaria. 
Cependant le texte nomme à une-demi journée Sargorfi Louz, éloigné 
d'une journée entière de Samaria (VHI, p. 70, 77). Je présume que 
sur ce point le texte est interrompu. Une journée, Sargorg Louz et deux 
teinturiers ne sont pas à leur place. Cette présomption grandit et se 
confirme lorsqu'on confronte ce passage avec la corruption de l'autre, 
où Segores Loud avec 1 journée et • -2 et d'autres circonstances aggra- 
vantes (X, p. 105), reparaissent bien misérablement. 

De Samarie Benjamin comple les distances en parasanges, qui ne 
sont que les lieues des croisés, dont 25 à peu près répondent à un degré. 
Au commencement de son ouvrage il a donné ce nom oriental aux 
lieues en désignant les distances entre les villes en France. A i para- 
sanges de Sicbem il se trouve au monte Gilboë. Benjamin se conforme 
trop souvent à une étrange version de la bible pour qu'il soit nécessaire 
de remarquer qu'il ne s'agit pas ici de la montagne véritable de Gilboa 
(éloignée de 8 parasanges de Sicbem), mais de quelques hauteurs 
arides du mont Efraim, au delà de Libna, qualifiée quelquefois de Gibba. 
De ces hauteurs arides. Benjamin trouve 5 parasanges jusqu'à Aïalon 
ou Yala située sur la plaine Val de luna. A 1 parasange il passe -'"^^D 
"1" ]^~; Moria gran David, (\\n est la grande ville Grtfcoa?!, d'où il y 
à 3 parasanges jusqu'à /<?r><5«/r;». 

Noire coujpas observant l'échelle qu'il a trouvée jusqu'à Jérusalem, 
en parlant de ce point nous conduit d"abord à Belhlcem, ensuite à Ilcbron, 
d'où se lournant vers Beth djcbra et sans s'arrêter à la 5°"* parasange 
il se trouve à Zanva ou Zanoah, appelée par Benjamin Souncm, et qui 
portait aussi le nom de t"~77Z" U'îT "i""^ p"^ Toron de los gabral 
lariscli ou Toron de los cavalleris. De ce point à 5 parasanges il est à 
S. Samuel de Silo, qui n'est éloigné de Jérusalem que de 2 parasanges 
et 5 (le ri't'U'i? ti'sifoua ou mont -'^":^ Moria, qui est Gibeat. Je ne 
sais ce qu'on a dit de ce point embrouillé dans la description de Benja- 
min, mais les dislances ramènent à Moria grand David et indiquent que 
c'est Moria fasifua S'il l'a bien qualifié de Gabaon la première fois, 
celle fois-ci il s'égare quand il veut le distinguer par Gibeah qui est 
éloigné de plus d'une parasange vers l'est. 

Ecartant les noms bibliques de Sounem, de Gabaon, de Gibeah, restent 
à fixer les positions des appellations latines du langage des croisés : 
de la tour des chevaliers; de la place morte grand David; de la place 
morte pacifiée ou autrement (jualiiiée, de pacis fuga, par exemple. Nous 
suivons les distances sans savoir confirmer l'emplacement par quelque 
date du siècle des croisades. Dans le xvii' siècle vers 1050, le géographe 
Philippe de la Rue le parisien, qui avait hardiment abordé la réforme 
de la monstrueuse Palestine de ses prcdécesseuis, aussi bien que s»s 



i 



PALESTINE. 73 

copistes ou imitateurs, corame Nicolas de Fer, en 1707; le jeune 
Baratier 1752, et autres, sans avoir égard aux distances, suivirent les 
qualifications bibliques : Cbez eux Sounem d'Issakhar est Toron de los 
Gabraleris; Gabaon, Garaan dauid; Gaboa de Saul reste pour Pasifuah. 
Peut-être eurent-ils raison. Votre carte offre ces deux opinions proba- 
blement pour vos recherches ultérieures (19). 

De Moria pasifuah à 5 parasanges est t^"" r''D Beth Nobi, Bcilh 
Nuba, d'oîi nous passons par ^^7:;— , Rames ou Uamleh, Jafon, Jafne ou 
Eblin, d'où il y a 2 parasanges à "i—iti'X D^^zh^ Polmis Asdod. Ce point 
de la description est curieux et tout ce qui suit. Les deux parasanges 
ne nous emmènent pas de Jafna jusqu'à Azot; elles nous arrêtent à 
plus d'une parasange sur le chemin. Or, un vieil itinéraire romain (dit 
Baratier), confirme cette position en comptant de Jafna 20 milles à Palmis 
el de Palmis 12 milles à Azol. De Palmis il y a 2 parasanges à Askalon 
la nouvelle, éloignée de l'ancienne de 4 parasanges. S'il faut en croire la 
traduction. Benjamin parlerait comme s'il venait dans des temps très- 
rapprochés d'Esdras le sacrificateur, qui, à la place de Benibra édifia 
Askalon la nouvelle, plus rapprochée d'Azol, ainsi que l'ancienne, plus 
éloignée, tomba en ruine. Il semble cependant qu'il faut croire tout le 
contraire : considérer celle qui est à i parasanges de Jafna pour l'an- 
cienne ruinée, laquelle en effet est détruite; et celle qui existe à 8 
parasanges de Jafna el continue de former une grande ville, pour la 
nouvelle. C'est ainsi que sont inscrites sur la carte les deux Askalons et 
je pense que la version du texte peut débrouiller cette confusion et 
rectifier la relation du pèlerin. 

Ici , dans ce qui suit, il y a une lacune dans le texte : je n'en doute 
pas. Nous nous y trouvons d'un coup déplacés et d'un seul bond trans- 
portés à 50 parasanges d'Askalon à lezreel. Cette lacune est d'autant 
plus remarquable, qu'elle correspond avec la corruption d'un autre 
endroit du texte, signalé ci-dessus (VIII, p. 77). En premier lieu '^^'Z"^]^ 
1*}^ Sargorg Louz (Si-Georges de Lidda) se trouve nommé sur le chemin 
de Césarée à une parasange de Samaria. En second lieu (X, p. 105), 
sur le chemin d'Askalon, sans qu'aucune distance soit indiquée, ti'- i"j.'û 
~'>^ Segoures Lowrf se trouve à une cl demi parasange de lezreel. 

De lezreel les distances de l'itinéraire recommencent de mieux con- 
duire à travers la Galilée inférieure. Il faut cependant se tenir en garde 
pour ne pas s'égarer. D'abord de lezreel à i^f^f Zarzin ou r'~i"i-:""'ii' 
SIfourieh, les ;; 5 parasanges sont à corriger en «1 G. Ensuite viennent 
les o parasanges à Tiberias, d'où en 2 journées on arrivait à ]*'!yi2 
Timin, Timmin, Timnaiha, qui est éloignée 1 journée de Giskala. Ces 
distances fixent la position de Timin. 

De Giskala à Kades-nefthali , on passe par ;"^-:^ Meron et par Aima. 
Mais il faut corriger les ^ 6 parasanges de Giskala en ; 5 (petites). 

UO, Ji> pense qu'on pfut se domamler à juste titre : s'il faudrait prendre au sérieux toutes ces 
inlorprélations bililiques que donne le voyageur, suflisammeut familiarisé avec les appellations de 
son époque; ou plutôt ne convieut-il pas de les considérer comme des rêveries jetées quelquefois 
au hasard même dans la Palestine. Adcn et Telassar transportés en Afrique, le nom de Togorma (qni 
est l'appellatir.u de Géorgie' appliqué aux Tourks sedjouks, ne sont-ils pas des qualifications 
capricieuses? De même Sunem, Gilhoa, Gibcali, Gabaon, contrariant les distances positives, ne sont 
que des prète-noms improprement empruntes, qui embrouillent et détournent l'attention , en insi 
nuantde fausses indications. 



'74 BENJAMIN DE TUDÈLE. 

De même i 6 autres de Meron à Aima en ;; 5. De T\ûhv Aima à Kades, 
il y a une demi journée. Benjamin suscite un imbroglio par sa mauvaise 
réminiscence. 11 dit que Meron s'appelait autrefois 'ITV'O Meiron, où 
sont les grottes de Hillel et de Schammaï : il semble ainsi confondre 
Meron avec Meiron. Iakob, voyageant en 1258 (p. 184) semble adopter 
la même confusion. Nonobstant cette obscurité, l'itinéraire de Benjamin 
reste utile pour la construction de la carie et indique la situation de 
Timmin et de Aima. Celte dernière situation est encore coordonnée par 
la suite routière donnée par Khelo, qui place 'Aima entre Delata et 
Kades (p. 2G3). 

Les indications de distances ont encore servi à l'emplacement 
hypothétique de plusieurs lieux. Hères est entre Havarta et Silo à 2 
lieues de Sichem, dans les montagnes d'Efraim (p. 186, 212, n" 99 
et 100). Or, Havarla étant à deux lieues de Sichem, Hères est nécessai- 
rement à la hauteur de Havarta déclinant un peu au sud. 

Ras ben amis est à une demi-parasange de Tabaria (p. 383), il est 
évident que c'est de l'ouest, certainement un peu au nord quand on 
passe par ce lieu pour entrer dans l'intérieur de la Galice. — De Tabaria 
le pèlerin Samouel fait l'excursion d'une journée à Hanouim en retour- 
nant par Arbel (p. 130) : or, Hanouim est encore plus loin vers l'ouest, 
s'élevant vers le nord. 

Ain el zeiloun est à un terme sabbatique de Tzafelh ; on y passe pour 
se rendre au sud à Arbel (Akhbar, Kadoumia) (p. 185, 381, 427) : or, 
Ain el zeitoum est sud-est de Tzafeth. Amouka est à 2 parasanges de 
Faraam (p. 394, n° 55) et à 2 lieues de Tzafeth (p. 394 , n° 57) : elle 
est vers le nord parce qu'elle est toujours rapprochée de Dalata, de 
Fareh. 

Pour les emplacements hypothétiques, l'itinéraire de Samouel bar 
Simson donne encore quelques indications. Il place Kisma sur le chemin 
de Tzefad à Giskala (p. 133). En parlant de Tabarieh, avant d'arriver à 
Hanania, il trouve kefar Houkok ou Iakouk (p. 131). lakouk reçoit donc 
sa situation lorsqu'il est établi que pn n33\"l Hanania , Hanan est le 
W "123 kefar 'Anan (p. 151, 184, 131, n° 74). Samouel partant d'Anan 
passe le village Loud avant d'arriver à Tzefad , d'où il se dirige par 
Èar'am, Amouka et par Nebarla, retournant à Tzefad (p. 131, 132). 
Dans une autre tournée, de Delata il entre à Bar'am, pour se rendre 
de là à Kades (p. 135, 136). 

Iakob est moins explicite dans ses excursions cl y jette parfois du 
désordre. Cependant, en descendant d'Alnia vers le sud, il donne une 
suite de noms qui se succèdent évidemment sans interruption : Aima, 
Delata, Nebarta (Tzefalh?) Ain el zeiloun, Akhbar, Iakouk, Hittin, Arbel, 
Tiberias. Cette suite coordonne les renscignemenls que nous avons 
réunis. 

Gerson el Ouri de Biel , dans leurs énumérations de tombeaux , 
copiant ce que les pèlerins en ont relaté , n'observent point de suites 
itinéraires, mais sauf quelque distraction, ils groupent les places plus 
rapprochées de la Galilée inférieure. Leurs relations ne sont donc pas 
aussi utiles que les autres pour l'emplacement des lieux. Kadoumia 
seule est inscrite au hasard dans la carte sur la foi de leur indication : 
la place pour celte insertion est assez serrée. Quant à plusieurs lieux 



PALESTINE. 75 

entre Tiberias et Albon, l'espace est trop vaste et vide pour profiter à 
l'aventure de leurs renseignements. 

Vos connaissances sauront perfectionner ce premier essai d'une carte 
destinée exclusivement aux pieux pèlerinages des enfants d'Israël; en 
attendant la lumière jaillit à beaux traits et chaque lecteur judicieux 
vous sera sincèrement obligé. 



TAVOLA DI NAVICARE 



DI 



NICOLO ET AATOMO ZEM 

ET LES CARTES 

DES RÉGIO>'S SEPTENTRIONALES 

A L'ÉPOQUE DE SA PUBLICATION 

EN I008. 



ORDRE DES MATIÈRES. 



1, Possessions des Skandinaves, 2, découvertes, 3, destruction du Groen- 
land ; i, Zeiii, les cartes, 3, carte de Zeno, Scocia ; 6, Dania ; 7, îles de la 
Baltique; 8, Suède et Norvège de Zeno, 9, Suède, 10, Norvège de la carte 
complémentaire; 1 1, cartes de l'Islande, 12, côtes occidentales et septentrio- 
nales, 13, îles et côtes orientales et méridionales; 14, Groenland de Zeno, 
13, du complément collationné ; 16, couvent de S. Thomas; 17, Schetland; 
18, Foeroe, Frisiand, {9, ses localités ; 20, Estotiland, 21, Drogeo, Icaria, 
22, leur emplacement ; 23, Jean de Kolno, Cabot, Cortereal ; 24, Labrador 
commence à figurer, carie de Zeno publiée, 23, celle de regionura septen- 
trionalium descriplio ; recherches. 



TAVOLA DI ZEM. 



CK QIE LES ZEM TROUVÈRENT DE CONM'. 

1. Les cartes des parages septentrionaux, celle des Zeni et celle du 
complément de Ptolémée, sont assez connues par les fréquentes publi- 
cations qu'on en a faites. On a discuté beaucoup sur celle des Zeni. 
Traitée de pure fantaisie ou d'imposture, elle eut ses défenseurs et ses 
explicateurs. Je ne sais pas si l'autre attira autant l'attention des investi- 
gateurs. Reproduisant ces deux cartes dans mon atlas et plusieurs autres 
configurations de ces froides régions , je pense d'en donner quelques 
explications; mais avant de m'occuper des cartes elles-mêmes, il me faut 
résumer les événements antérieurs au voyage des Vénitiens (i). 

Les populations des pays septentrionaux sortant de dessous les 
neiges, et de leur fumée, se fesaient connaître aux latins par des 
irruptions et des brigandages. Elles se répandaient au delà des mers, 
établissant des colonies en Irlande, en Bretagne, sur le continent, dans 
les îles habitées et inhabitées. Leur piraterie et leurs courses aventu- 
reuses furent suivies de découvertes de pays inconnus au reste du 
monde baptisé. 

Une des plus anciennes découvertes inhabitées était : les petites îles 
Feroer, Fœroer, Foeroe, où un navigateur audacieux arriva par hasard 
vers l'an 861. Cet archipel aussi avancé dans les mers, semblait 
annoncer d'autres terres dont l'existence était confirmée par le vol de 
corbeaux. En efiet, l'Islande fut découverte en 863, par Gardar, danois 
d'origine suédoise, domicilié en Sélande. Douze ans plus tard, 875, le 
norvégien Ingolfr s'établit le premier sur cette grande île, pleine de 
volcans et de feu, couverte de laves et de neiges, arrosée par des eaux 
chaudes et bouillantes, l'île des glaces, Islandia. La nouvelle colonie 
augmenta bientôt en population, n'ayant à combattre que le climat et 
les ours blancs; prospérant par son activité, elle étendit bientôt la 
connaissance des pays plus éloignés. 



(1) Voyez ce que nous avons dit dans notre traité de la cartographie du moyen âge sur Zeno 
(cliap. 161, 197) et sur la carte complémentaire (cliap. 180, 1921. — Différentes configurations des 
régions glaciales se trouvent dans notre atlas sur les cartes : anglo-saxonne du x* siècle, de plusieurs 
images roudes, d'Edrisi llSi, de Sanuto 1320, catalane 1377, Mauro {4o9, du globe de Bcbaïm 1492, 
norimbergeoise 1493, de l'hydrographie portugaise ISOl, etc. Leur explication est donnée pour la 
plupart dans le traité de la cartographie qui l'accompagne. Ce petit mémoire sur Zeno peut sup- 
pléer nos explications précédentes. — Ce que nous disons des événements antérieurs au voyage de 
Zeni est en partie extrait de la géographie de Malte-Brun (livre xviii et ixxv de l'édit. de Huot), 
ensuite augmenté par de nouvelles explications de Rafn , traduites en italien par le savant suédois 
Jacq Gra'berg de Hemsoe, qui a rendu de grands services à la géographie : memoria suUa scoperta 
deir America ncl secolo dczimo dettata in lingua danesc da Carlo Christiano Rafn, Pisa 1839 ; enfin 
complété par tout ce que contient la grande publication : antiquitates American», sive scriptores 
septentrionales rerum antc columbianarum in America , edidit societas regia antiquarionim septen- 
trionalium , Hafni», tipis offic. Schultziana; 1837, i° raaj. 



80 CARTE 1390. 

Son navigateur Erik randa (le rouge) fils de Thorvald, ayant heureu- 
sement en 982 doublé une pointe verdoyante de la mer glaciale, s'éta- 
blit en 980 au delà et donna naissance à la colonie de Groenland (terre 
verte). Il s'établit dans le Bratlahlid, et son compagnon Heriulfr, fils de 
Bardo et parent d'ingolfr, dans une autre baie un peu au sud. On y 
fonda deux villes Garda et Bratlahlid. Il n'est pas dit si les islandais y 
trouvèrent quelques indigènes, mais postérieurement ils avaient dans 
leur voisinage des Kalaliïs (Esquimaux), répandus sur les côtes orien- 
tales du spacieux Groenland. 

Pour se rendre au Groenland , les islandais évitaient une côte 
entourée de glaces, vue par un de leurs navigateurs, Gunbiorn, et ils 
doublaient la pointe verdoyante de Ilvarf, faisant ensuite voile au nord- 
ouest où se trouvait la colonie. En partant de Bergen en Norvège pour 
aller à celte pointe de Ilvarf on naviguait droit à l'ouest en vue des îles 
Schelland et Fœroer. 

Les Norinands s'emparèrent des îles Schelland, lelland ou Hiallland, 
vers l'année 96 i. Us chassèrent et exterminèrent les anciens habitants 
nommés Peii et Papa (2). 

La province la plus septentrionale de l'Ecosse, nommée Caithenes, 
formait avec les Orcades un état à part, qui résista aux attaques des 
Normands et ne fut englobé dans l'Ecosse qu'en 1195. 

Les Hebudes furent conquises par les Normands en 895 et restèrent 
sous la dépendance de la Norvège jusqu'en 1266. 

Les communications entre ces îles plus rapprochées étaient animées, 
mais avec les colonies plus éloignées, difficiles et moins suivies. On 
fonda des évêchés en Islande et au Groenland, à cause de leur éloigne- 
ment. Des années se passaient sans communication, sans que des nou- 
velles arrivassent à la mère patrie (5). Les découvertes encore plus 
éloignées ne se conservaient que dans les souvenirs de tradition, tom- 
baient dans l'oubli et des navigateurs hardis, après un laps considérable 
de temps, allaient à la recherche des pays autrefois connus. 

2. En 985, Biarnc, fils de Heriulf Bardoen, cherchant son père au 
Groenland, fut poussé par un vent du nord fort loin au sud-ouest et 
aperçut un pays plat tout couvert de bois et revint par le nord-est au 
Groenland. Son récit enllamma Leifr hinn heppin (le fortuné), fils 
d'Erik le rouge. Tous les deux équipèrent ensemble un vaisseau et se 
dirigèrent vers la côte précédemment remarquée. Ils donnent le nom 
de Helleland à une île couverte de rochers; et celui de Markland à une 
terre basse sablonneuse, couverte de bois. Deux jours après, ils rencon- 
trèrent une nouvelle côte, au nord de laquelle s'étendait une île; 

(î) Cps noms se sont perpétués dans les appellations do plusieurs loealilés insulaires de Scliet- 
laud , d'Orkneis, d'Hébrides et même d'Islande. — Il parait monie (lue les islandais donnaient à 
toute l'Eeossc le nom de Pettoland. — Je ne sais si Ton a remarqué une singulière analogie de 
noms de deux tributs canadiennes aux environs de la rivière Saguenai, de Pikonagamis et de Papi- 
nacbois. — Les papas (quelques moines irlandais) qui séjournaient en Islande, se retirèrent lorsque 
les Norvégiens commrniérent à s'y établir. 

(3) Les voyages pouraller et revenir duraient quelquefois cinq ans, dit Malte-Brun. En 1383 un 
bâtiment apporta en Norvège la première nouvelle de la mort de l'évêque de Groenland , décédé 
depuis six ans, — Cet exemple ne prouve pa« que le voyage durait cinq ans , mais que depuis six 
ans on n'avait pas eu de nouvelles de Groenland , et que ce bâtiment norvégien faisait set affaires 
pemlant cinq ans avant de retourner dans son pays. 



DE S. ET A. ZEM, 2. 81 

ensuite ils remontèrent une rivière, dont les bords sont couverts de 
buissons qui portaient des fruits très-agréables; la température de l'air 
paraissait douce aux Groenlandais, le sol semblait fertile et la rivière 
abondait en poissons, surtout en beaux saunions. Parvenu à un lac d'où 
la rivière sortait, les voyageurs résolurent d'y passer l'hiver et ils y 
construisirent des huttes de Leifr, leifsbudhir. Dans le jour le plus 
court, ils virent le soleil rester neuf heures sur l'horizon : ce qui fait 
supposer que cette contrée devrait éire à peu près par i[° 23' de 
latitude. Un allemand Tyrker, qui était du voyage, y trouva des raisins 
sauvages; il en expliqua l'usage aux navigateurs skandinaves, qui en 
prirent occasion de nommer le pays Vinland , ou pays de vin. (Les 
environs du fleuve Taunlon). 

Une expédition sous la conduite de Thorvaldr, autre fils d'Erik le, 
rouge, s'établit en 1002 à Leifsbudhir, afin d'explorer les beaux pays 
des environs. Le troisième été, iOOi, les Normands côtoyèrent une 
langue de terre qu'ils appellèrent kialarnes (cap de la coquille); ensuite 
avançant leur reconnaissance au delà d'une baie, prirent terre près 
d'un cap et virent arriver dans des bateaux de cuir quelques indigènes 
de petite taille, qu'ils nommèrent Skroelings, c'est-à-dire nains (i). 
Les ayant massacrés ils se virent attaqués par toute la tribu qu'ils 
avaient si gratuitement offensée. Celle-ci fut forcée à la retraite : mais 
Thorvaldr mortellement blessé succomba, et le cap où il fut enseveli 
reçut le nom de Krossanes (de la croix) (Gurnet point au sud de Boston). 

Un troisième fils d'Erik le rouge, Tborstein , alla à Yinland accom- 
pagné de sa femme Gudridha, fille de Thorbiarn : mais il mourut avant 
d'être arrivé au large. 

La veuve Gudridha alla se marier à Thorfinnr karlsefni (à devenir 
supérieur) fils de Thordar. Pendant les festins de la noce, célébrée à 
Braltahiid, on s'entretint de Yinland et on arrêta une expédition, à 
laquelle s'assosièrent le père Thorbiorn, et Freidisa fille naturelle 
d'Erik le rouge, avec son mari Thorvadr. Cette expédition longea 
en 1007 Vesirîbygd jusqu'à Biarney (Disco), d'où tournant vers aulan, 
loucha Helluland où l'on vit une grande quantité de loups, et à deux 
journées au sud parurent les forêts de Markiand remplies d'animaux. 
A partir de Markiand on côtoya dans la direction SO les rivages à 
droite, jusqu'à Kialarnes (Nausel et cap Cod). Ensuite on observa des 
rivages sauvages, arides, qui reçurent le nom de Furdhustrandir. 
Au delà s'ouvrait un golfe. Les deux Ecossais Hake etHakia mis à terre, 
apportèrent le troisième jour des grappes de raisin. Après on rencon- 
tra une masse énorme de canards (Egg) et un violent courant de mer; 
une île y fut appelée Straumey et le golfe Slraums fiord. Au delà 
l'expédition s'arrêta dans le but d'examiner le continent. Mais 
l'islandais Thôrhallr Gamlason de Austfirdliir se sépara avec son 
navire de ses compagnons, et près de Kialarnes, emporté par un 
furieux vent de l'est vers les rivages de l'Irlande, il fut saisi et réduit 
en esclavage par quelques marchands. 



(•l) La petite race d'hommes nains n'existe plus dans l'Amériqu:^ : mais au fond du ronlinent, tout 
le long du Mississipi on retrouve des masses de leurs sijuelettcs «jt de nombreuses forlincations qui 
témoignent d'eitraordinaires capacités do cette population. 

ÏX. G 



82 CARTE 1390. 

L'expédition s'établit près d'un fleuve qui formait un lac à son 
embouchure. Ou appela le pays IIop et le lac Hopsvaln (Mont haup 
bay des fleuves Pocasset, Cohannet, Taunton); on y bâtit des buttes 
d'hiver. Un matin parurent en j^rand nombre des sauvages, mais ils 
partirent en paix. Au commencement de l'année 1008 ils arrivèrent 
plus nombreux et avaient ouvert pacifiquement un trafic d'échange, 
lorsque par hasard un taureau, échappé du camp normand, jeta 
l'épouvante parmi eux : ils s'enfuirent (s). Mais à l'entrée de l'hiver 
ils arrivent en enuemi. Un combat s'engage, une espèce de fronde 
gigantesque des Skrœlings, répand une terreur panique dans les rangs 
Normands : le courage seul de Freidisa empêcha la déroute; la vue 
d'une femme courageuse arrêta inopinément les Skrœlings dans leur 
poursuite. Pour ne pas s'exposer à de semblables algarades, on se 
décida à la retraite et l'équipage alla passer l'hiver dans l'île Straumsey 
(Capa\vock), avec le nouveau né Snorro que Gadridha venait de mettre 
au monde à Hop et dont la descendance illustra l'Islande (e). 

Thorfinnr karlsefni retournant à Groenland, longea le continent 
de la gauche, continuellement couvert d'épaisses forêts, s'empara à 
Marklànd de cinq garçons skrœlings, et entra la quatrième année au 
port d'Eriks fiord. Les garçons skrœlings instruits en langue norde 
et baptisés, racontaient les particularités de leur pays. 

L'année suivante, 1011, parurent, venant de Norvège, les deux 
islandais d'Ausifirdhir , les frères Helge et Finnboge. Freidisa les 
engagea d'aller en Vinland. L'orgueil de cette femme ayant excité des 
querelles, les islandais furent assassinés et l'expédition ne réussit 
point. 

Aucun témoignage positif, aucun fait n'indiquent que ces naviga- 
teurs aient fondé des établissements stables. Cette race de pirates, 
fatiguée de ses exploits et de la renommée, cherchait la paix et la 
sécurité pour son trafic. S'éloignant du bruit du vieux monde, elle 
se dispersait au delà des mers où elle trouvait les terres très 
variées ouvertes au premier occupant. Elle y préferait le sol plus 
ingrat mais inhabité où elle n'avait à combattre que le climat, et 
liivait les beaux pays où elle rencontrait les indigènes qui pouvaient 

(5 I.cs Normands ont perpétué cotte s;-ène par une description contemporaine et de suite sur le 
lieu même par un la'olcau qu'ils ont taillé sur un roc d'Assone ta l'emlioucliure de Smitlis creek dans 
le Taunton. Ce tableau grossier, encore assez préservé de la destruction , présente, conrormémcnt à 
la description, la figure du chef Thorfiunr et de son nouveau né Snorro distingué par un S; sons une 
figure indéterminée, le cliiffrc CXXXI (131^ nombre d'équipacre et N\M. ORFESS , possessions 
d'Orlins. En avant, le bouclier blanc qu'il avait suspendu en signe de paix, et le taureau qui court 
vers les Skroelings dont on voix deux figures au delà de quelques traits confus représentants proba- 
blement les objets d'ccbange. — Sur plusieurs rochers des environs on remarque de nombreuses 
entailles des Normands mïis endommagées ou inachevées. Plusieurs pierres qui étaient chargées 
de leur ouvrage dans le Rhodeisland, seut complctemeul détruites. 

(6; Thorfinnr karlsefni descendait par la ligne masculine en dixième génération de Sigurd ring 
père du poète Ecgnar lodbrog et grand père du roi de Suéde Biorn jernsida; et par son aïeule il se 
trouvait dans la douzième génération descendant de ilalfdan huitben roi d'L'pland ; enfin par la ligne 
masculine il était le H" descendant de Sigge Fridulfson qui, sous le nom d'Odin, arriva en Skaudi- 
navic 380. — Thorfinnr depuis iOlo s'établit en Islande où dans la terre acquise de Glaumboc, la 
veuve (iudridha fonda une église. Halfrida fille de son fils Snorro était mère du savant évèque 
Thorlakr Runolfscn, né eu 108b, qui dota l'Islande d'un code canonique en 1123. Les évcques Biorn 
et Brand étaient de la quatrième génération de Thorfinnr; dans la neuvième, vers l'année 1300, le 
juge Hauk, auteur de plusieurs sagas et spécialement de hauks-bok ou annales d'Island. Le prof. 
Finn Magnusscn ot le sculpteur Bertel Thorvaldsen , né en 1770, sont du nombre de la descendance 
de kariscini. 



I>E N. Eï A. ZENI. i. 83 

l'inquiéter. Aussi Vinland cl tout le parage des enviions irétaicnt 
que visités el des accidents imprévus rappellaient leur existence. 

En 1121, un évèque, Erik, se rendit du Groenland au Vinland dans 
l'intention de convertir au christianisme ses compatriotes encore 
payons qui y séjournaient. Quelques inscriptions runiques sur de 
roches , rappellent ces anciennes excursions des enfants du nord. 

En 1547 une expédition allait de Groenland à 3ïarkland comme 
dans un pays connu (7). 

Mais on avait des relations sur des pays plus éloignés que Vinland. 
C'est encore un chef islandais de Reikianos, Are Marsson qui, en 983, 
découvrit le pays Hvitraniannaland; ainsi que sa connaissance n'était 
pas ignorée à la fois, ni à Limerick, ni dans les Orkades. Are 
Marsson trouva à Hvitraniannaland des hahilants d'origine irlandaise , 
qui le prirent en affection et l'empêchèrent de s'en retourner. 

Diôrn breidhvikingakappi (lutteur à grande échelle), fils d'Asbrand, 
célèbre par ses exploits dans la mer Baltique el en Suède, à la suite 
d'aventures amoureuses en Islande, prenant la résolution de s'expa- 
trier, partit en 999 de llraunhofn-Sniofellsnes ; poussé par un bon 
vent NO, il aborda une terre où, retenu par les indigènes, il s'éleva 
bientôt au rang de chef du pays et y vécut pendant près de 50 ans. 
Par ce temps l'islandais Gudhleifr Gudblaugson (s) revenant en 1027 
de Dublin, où il fesait (ies affaires de commerce, se vil emporté par 
des vents contraires et jeté sur les rivages de ce pays. Les indigènes 
s'emparent de lui, indécis s'ils le mettraient à mort ou le réduiraient 
en esclavage : il lui semblait qu'ils parlaient l'irlandais. Heureusement 
leur chef Biorn arrive, il s'entretient avec le captif, le délivre et le 
charge de porter une bague à son ancienne amante Thuiida et une 
épée à son (ils Kiartan qu'il avait d'elle, dissuadant à ses compatiiotes de 
visiter ce pays , où il allait déposer bientôt dans la tombe ses cheveux 
blanchis. Gudhleifr remplit les commissions l'année suivante 1028. — 
C'est encore Hvilramannaland , ou Irland il mikla (Àlbania). 

Le manque d'élablissenicnls el la rareté des expéditions chan- 
geaient les abords de voyageurs en découvertes; ainsi les deux 
ecclésiastiques islandais les frères Drandr et Tborvaldr lils de Helge, 
crurent faire une nouvelle découverte quand ils abordèrent en 1285 à 
une terre située à l'ouest d'Irlande, 

5. Des relations plus suivies s'étaient établies vers le nord du 
Groenland. On y allait chaque année à la chasse el à la pèche, chaque 
Groenlandais à l'aise avait un canot à cet effet. Les liabilants 
d'Eysturbygd , du bout méridional de Groenland, avaient des stations 
le long des rivages occidentales de Vcstribygd et de Nordhr setur qui 

(7) Voici une position postérieure qui se rattaclie à la situation de Markland. En desrendant par le 
fleuve Sailli-Laurent, nous voyous à droite une contrée bien boisée, bien arrosée, mais assiégée de 
brumes maritimes, qui seuls en dénaturent la température. C'est le Gaspé ou la Caspt'sie, patrie 
ancienne d'une tribu indienne, remarquable par ses mceurs policées et par le culte qu'elle rendait au 
soleil. Les Gaspésicns distinguaient les aires de vent, connaissaient quelques étoiles et traçaient 
des cartes asseï justes de leur pays. Une partie de cette tribu adorait la croix avant l'arrivée des 
missionnaires au xvii" siècle et conservaient une tradition curieuse sur un liomme vénérabb', (|ui , 
en leur apportant ce signe sacré, les avait délivrés du fléau d'une épidémie (nouvelle relation de la 
Gaspésie par le père Leclcrcq, Paris IG92, — Malte-Brun, lxxvi, p. 1G3, édil. Huot). 

(8) Frère de Thorfinnr duquel descendait l'hislorien Snorro Slurlcson. 



84 CAUTE 1390. 

avançaient jusqu'à 72° 53' de latitude, où, dans l'île Ringiktorsoak, on 
a trouvé une inscription runique qui dit : Erling Signalson, et Biorn 
Hordeson, et Endride Addon , le samedi avant gangday (23 avril) 
élevèrent cet amas de pierres et nettoyèrent cette place en l'année 1 153. 
Si l'on se donnait la peine d'y nettoyer le terrain, on avait soin de se 
servir de cette partie réculée (9). 

Cependant on avançait plus au nord encore, et en 1266 l'évêque de 
Gardar envoya quelques prêtres explorer les parties les plus réculées. 
Ils pariirenl de la dernière station Kroksfiordhar heidhi et bientôt 
ils furent eniiaînés par un vent du sud dans un golfe où ils distinguaient 
des îles, des rivages, des traces de l'existence d'indigènes et partout 
glaces, ours et phoques. Le jour de S. Jacques, ils observèrent la 
hauteur du soleil et toute leur narration se rapporte aux détroits de 
Lankaster et Wellington , découverts par 75° de latitude par Parry et 
Ross. 

Les côtes orientales du Groenland, hérissées de glaçons moins abor- 
dables, n'étaient pas lout-à-fait négligées. On les évitait à cause des 
dangers : mais la curiosité des marins et des apôtres brava maintefois 
les périls. Les rivages découverts en 1 19i au nord de l'Island reçurent 
le nom de Svalbarde (Scoresby Liverpool coast). 

Le Groenland grandit et prospéra plusieurs siècles : mais sa sécurité 
devenait incertaine. Inquiété par les irruptions des Skrœlings 
(Esquimaux, Kalalits) , il n'a pu résister suffisamment, commençait à 
subir des perles. Il lui fallut d'abord abandonner 90 établissements et 
quatre églises qu'on avait dans le vaste Vesterbygd. Ensuite on évacua 
un canton de la frontière d'Âusterbygd, et l'église Stensnes, autre- 
fois cathédrale de l'évéché. Les Skrœlings prirent possession de toute 
cette contrée. Pour les chasser, une expédition avait été faite, vers la lin 
du xiv'= siècle, mais ils s'étaient retirés momentanément et l'expédition 
retourna, n'apportant que moulons, bétail et gibier, dont elle put 
s'emparer et charger ses navires. Ivar Bardsen à partir de l'année 1340, 
administrateur pendant de longues années de l'évéché de Gardar , 
assistait à cette infructueuse campagne (10). 

Ravagé par d'autres calamités, d'abord affaibli, ensuite dépeuplé par 
la grande peste du xiv'' siècle, le Groenland se rangea en 1386 sous 
la protection de la reine de Skandinavie Marguerite, et du Danemark. 
C'était presque à la veille de sa destruction. Encore en 1418 les Groen- 
landais payaient à Rome leur dîme et le denier de saint Pierre, et 
dans la même année vint, on ne sait d'où, une flotte de pirates 
attaquer la colonie déjà débile : tout fut détruit par le fer et le feu; 

(9) Voici les mots de l'idionir de la pierre : Elligr. Siguajosson : r : ok. Biannc. Tortarson. — ok 
Enrijji. Odssou : laukartak. iutyrir gakndag — lilodu varlate okiudu : 1138. 

(10) Ivar Bardsen lui-même nous avertit de cette expédition, dans sa description du Groenland. 
Intcr Osterbygd et Vesterbygd 12 milliaria maritima interjacent , quod totum litoris spatium ab 
incolis vacuum est. Et prbtinus in Vesterbygd, slat magnum templum dictnm Stensnes quod 
allqnauto tcmpore cathédrale sedesque episcopalisfuit. Nuuc Skrcllingi totum tractum occidcntalem 
tenent ; est tamcn illic affatim, equorum, caprarum, boum, ovium , qua; omnia anunalia fera suut . 
nulli homincs, neque chrisliani, neque pagani. Ivar Bardsen Groenlandus, qui Cardorum, sedis 
cpiscopalis Groenlaudie procurator niultos per annos fuit, nobis rctulit, unum fuisse ex iis qui a 
praetore delecti erant, ut in tractum occidentalem profecti, Skrelingos inde expellerent. Quo cum 
vcnissent, nullum bominem , neque cbristianum, neque papanum invcnerunt, tantum modo fera 
pccora et oves depreheuderunt, ex quibus, quantum navcs ferre potcrant in lias deportalo domum 
redirent (Groenl. descr. in antiquit. americ. édita, p. 316). 



LE N. ET A. ZENI. 4. 85 

les indigènes Kalalils firent main hasse sur ce qui restait encore. 
Depuis ce temps-là on ne connut plus d'établissement européen 
dans ce parage (n). Il fallut de nouvelles découvertes et des investi- 
gations pénibles pour retrouver les vestiges de la destruction. Aujour- 
d'hui, entre les caps Farevel et de la Désolation, on voit les restes de 
sept églises et dt; beaucoup d'édifices de l'ancien Eysterbygd. Plus au 
nord, un peu moins; au delà, les pierres remuées par les bras d'une 
population vigoureuse, et chez les indigènes Kalalils aucun souvenir 
de l'antique existence. 

On présume, non sans raison, que le pirate destructeur était Zichmni 
ou Zicno, chez lequel séjournèrent pendant de longues années les 
vénitiens Zeni. 

i. Nicolo Zeno, dans ses investigations de la mer septentrionale, 
en 1580, fut poussé par une tempête vers l'île Frisland où régnait 
Zichmni, chef de pirates, qualifié de roi. Il se mit en familiarité "avec 
lui et s'attacha à sa fortune, appellant en 1591 de Venise son frère 
Antonio pour l'accompagner. Pendant de longues années, tous deux 
virent et apprirent beaucoup. Nicolo, plus actif, dressa une carte ou 
portulan des pays et des îles qu'il visita lui-même ou dont il apprit 
l'existence, et en rédigea une relation. Antonio vivait dix ans encore 
après la mort de son frère et restait en Frisland. Avant de quitter ce 
monde, il envoya, en 1403, le portulan et la relation de Nicolo à son 
troisième frère Carlo, à Venise. 

Un de leurs descendants, vers 1555, se donna la peine de copier le 
portulan et de le graduer. Marcolini le publia en 1558. Piéduit sur une 
moindre échelle ce portulan reparut chez Valgrisi en 15G1, 1502, 1574, 
attaché aux éditions de Ptolémée. De suite, en 1588, on commença à 
discuter sur ce que le portulan de Zeno olfrait d'inconnu à d'autres 
cartes et d'introuvable en apparence pour les navigateurs, à savoir, 
sur Frisland, Estotiland, Droceo, etc. (12) (voyez n" 95 de notre alias). 

A l'époque de la graduation de Zeno, vers 1550, on connaissait deux 
différentes cartes des régions seplenlentrionales. La première, en 
qualité de complément à l'ailas de Ptolémée, connue depuis soixanie- 
dix ou quatre-vingts ans (n° 90); l'autre (Schonlandia nuova), attachée 
au système de Ptolémée, ofiVant des connaissances plus avancées vers le 
septentrion (n" 98), servit de base à d'autres composilionsde celle ('poque. 
Chacune offre une différente configuration des régions scplcntrionalcs. 
Suède, Norvège, Groenland, Island varient dans leurs formes, (pii ne 
ressemblent point aux formes données par le portulan de Zeno, et sont 
différemment coordonnées. L'une et l'autre méconnaissent également 
les Frisland, Eslland, Droceo et autres îles que Zeno étala dans son 
portulan. Or, chacune des deux caries est comitosée sur d'auires malé- 



(H) Quoique dans la série des cvcqncs du Oroonland ou n'en nomme pas an delà di- Tannée 1406, 
il parait pourtant que le pape Eugène IV en avait ilcsigné encore en IJ.ïS. On a même trouvé une 
lettre de Nicolai V à un évèquc proenlaudais datée de l'année U48 (Graah, p. K et 7; voyez Ilum- 
boldt, examen de Vliist. de la geogr. du n. m. t. H, p. lOJ). Ces ëvèques pouvaient être privés de 
leur diocèse, du nombre de ces autres in parlih'i? inlidelium. 

(12) Viaggi da Persia di Calherino Zeno et delln scoprimento de laisla Frislanda, Estlanda , etc. 
Venise, IS'88. 



86 CARTE 1590 

îiaux, sur d'aiiires rcnseignemenls et conceptions élrangères à Zcno, 
aucune n'a puisé à son portulan. 

Cette observation nie paraît importante, autant pour apprécier le 
mérite de Zeno, que pour discerner les sources des cartes postérieures. 
C'est ainsi qu'on peut avancer avec certitude, que la carte seplenlriona- 
liorum regionum , copiée dans le Iheatruni d'Ortel et introduite dans 
les compositions de Mercator, est une combinaison, une fusion de celle 
de Schonlandiie novœ, avec celle de Zeno (ir.). 

o. Chacune de ces trois différentes compositions a ses vices autant 
dans les formes de pays que dans l'ensemble et les positions respectives 
des parties. 

C'est dans la composition de Zeno que ces vices sont le moins cho- 
quants. Vouloir la graduer serait vouloir l'impossible. Il suflit de remar- 
quer la parallèle du 6(>' degré, également pour les bouts de Groenland 
et de Scocia et pour Pergen en Norvège. Nicole Zeno était peut-être un 
bon dessinaieur; si on lui attribue la composition des formes, bon con- 
figurateur de plusieurs sections de sa carte : mais je pense plutôt qu'il 
avait les portulans de ces sections (préparés par des pilotes islandais, 
danois ou norvégiens) dont il disposait la situation relative à coups de 
main sans échelle, sans égards sutlisanls aux distances de la navigation 
haulurière. Quant aux petits détails de son séjour et de sa résidence , il 
les exagérait monstrueusement, donnant des proportions vagues, inéga- 
lement exorbitantes, désordonnées, qui firent reculer et déplacer les 
pointes de l'Ecosse. C'est une image sans échelle, qui réunit les grandes 
parties bien connues par les autres, les petites de l'imagination gigan- 
tesque du dessinaieur et quelques points relatés par des ouï dire mar- 
qués à l'aveugle (14). 

Le bout septentrional de scocia estaccompagné de quatre îles (Orcneis) 
cl de quatre épigraphes. 

ConUmio (Conlanit de Ruscelli), est Kaiihenes, Catnes écossais. 

/o Papia, réellement l'île Papa , Papalvestr. 

Ara, Ro sur le bord septentrional de l'Ecosse. 

Tcu, Tevv, situé en Ecosse sur la petite rivière Toungo, au dessus de 
Tougeca (is). 

(13) Nous avons rcpro.iuit dans notre atlas le portulan de Zeno; ensuite la carte complémentaire 
(ie Plolémée dont nous ignorons l'auteur, elle se manifeste à notre connaissance depuis lilO jusqu'à 
1530 dans toutes les puUliiations, exclusivement seule. Enfin nous donnons (n° 98) un petit spécimen 
de la troisième, de Sclionlandia nuova, attachée au système de Ptoléméc, extraite de l'atlas dcUuseelli 
otMoletto, chez Vaigrisi 1S61, 15C2. Son auteur nous est inconnu. Sa composition précéda nécessaire- 
ment de beaucoup d'années les publications de Valgrisi , parce que à cette époque , sa manière est 
suivie et perfectionnée par d'autres cartographes. Je vois ses formes dans les compositions de 
Castaido mort 1537, et dans la composition reproduite par Mercator et Ortel. J'ignore le nom de 
l'auteur de cette dernière qui élabora la fusion de Zeni tiré de l'oublie vers 15S5, 15S7. — La Sclion- 
landia nuova paraît grossièrement sous une figure plus oblongue en 1535 dans l'ouvrage d'Olaus 
Magnus mort 1580. l\ semble ([ne ses contours étaient alors généralement acceptes, lenkinsou 
s'accommodait à ses contours; de même Portantiusavec sa Livonie. — Les cartes de Corneli .\ntoni, 
de Monacbi, d'Algoct, me sont inconnues. 

(M) E'ccluant l'Ecosse mal assise, la graduation devient moins impossible. Los degrés de la gra- 
duation de Zeno trop petits , répondent, le «0 .i 55, le «2 à 50, le fit à 58, le 07 à 60, le 69 à 03. Dans 
cette évaluation, l'Islande fait défaut, mais la pointe de Groenland , juste à l'ouest de Bergen , reste 
presque sous la même parallèle , ce que les compositeurs des cartes du xvi° siècle ne savaient pas 
observer. 

(15) La carte complémentaire contient toute la figure ptolt'iiiéenne de Scotia et des îles adjacentes : 
substituant aux Hébrides les noms modernes do cette façon : à llicina de Plolémée, Lrvist, Lcvis; à 
Mallcos, l'cisl, Eust ; a Ebuda, Ilirie, Barrakjloum ; à l'autre Ebuda, Fij, Egp ; à Engaritana , V, Yla ; 



DH N. ET A. ZEM. 3. 87 

DANIA. 

6. En montant vers le nord, le littoral ouest de Dania, se rangent les 
îles suivantes : 

Fuy, Foehr, Vour. 

Amere , Amrom, Ameron. 

S«;(,Sylt. 

Ruhi (Ruit de Ruscelli), Roraeo, Rem. 

Manu, Man , Manoe. 

Faine (Fanu de Ruse), Fanoe, Panu. 

L'ihoe, îlot et pointe de la péninsule, Dodebergh, Doode-burg. 

Munit, Nuraet et île ou langue de terre, landt van Numet, étendue 
jusqu'à Bomienbergen , Bovensberg (le). 

Pour le reste les épigraphes manquent, mais de l'autre côté de la 
péninsule Dania , on dislingue les îles : Lello , Anliolt, Funen , Zeeland, 
Langeland, Laaland; les petites îles qui entourent Funen, à savoir : 
Hielm, Wedderoe, Samsoe, Ebelo, Alsen, Arr (it), Tussing; près de 
Zeeland lleselo, toutes à leurs places quoique innommées, mais coor- 
données dans un sens raisonnable et harmonieux pour l'œil. 

Les cartes postérieures, tant celle qui est complémentaire de Plolé- 
mée, que celle de Schonlandia nuova, sont très-inférieures à la confi- 
guration de Dania tracée par Zeno, parce qu'elles reproduisent le 
malitorn de Ptolémée. La carte complémentaire le remplit des épi- 
graphes suivantes : 

Hanburg , Hambourg. 

Olfacia, Holsace. 

Socer (Stade? Stader sand , à l'embouchure de l'Elbe). 

Thicumer, Ditmarsia. 

Frigie liKus , rivages de Strandefresen. 

Rupis, Rvpen. 

Burgbra hodie Uttus, Bovenburg et au delà Harbourg, qualifié île sur 
les caries de Delisle. La remarque, hodie liltus, fait croire qu'à cette 
époque s'était opéré sur ce point quelque changement sur le littoral. 

Calinge. 

Hert, cap Hanwit ou Hertberg. 

Sundesusel, cap Herizhals ou Robsnout , Robbeknuyl de Wensyssel. — 
Sur toute cette côte il n'y a d'îles que les Saxones et Àlociîp de Ptolémée, 

Scane, Skagen. 

Viberg (Niberg) , Viborg. 

Arus, Aarhus. 

Candinga, Colding. 

Oberto, Apenrade. 

promont. Also, île d' Alsen. 

à Epidia, Terra, Barre on Rona ; à Monaîna , Duray, Turrio. Entre l'Ecosse et l'Irlande : à Edri, 
Adreos, Arran ; à Mona , Mono, Man. Le manuscrit de Bruxelles place les ôO Orcadct en pleine mer 
les éditions leur assignent strictement la place ptoléméenienne, donnant les noms à Dumna Farat, 
à Ocitls, Ker/an». Au dessus des Orcades sur le rivage de Norvcgia est Thyle sur laquelle nous 
reviendrons. 

(16) Cornélius Antoni avait bonne confiance dans la carte de Zeno, car il lui emprunte toute cette 
série des îles pour sa carte du Danemark. Voyez sa reproduction par Ortel. 

(17) Nommée Eriaou Cria dans les cartes du moyen Sge. 



88 CARTE 1390 

Sirscbor, Sunderburg. 

Selesia , Sley, Slye ou Slesvig. 

Igencfiord , Ekelforde, Ekernforde. 

Plona, Ploen en Holsace. 

Chors, Horsdorf, près de Lubek. 

Traucn , Traveraûnde. 

Lubirh, Lubeka. 

Sur le littoral méridional, vers l'est, on voit Rostoch (Roslok), Stcnin 
(Stettin), Heil (Hela), Danlzuj et les embouchures des fleuves Calusus, 
Spre (Pena?), Viadus [Odra), Illusla (Vistula), Chronon, ensuite primum 
Prusie Ulus. 

LES ILES. 

7. Les îles de la carie complémentaire sont assez nombreuses et quel- 
quefois diûiciles à distinguer. 

Trcd, Lesu, Lessow ou Loessoe, ainsi nommée à cause de Trend , 
Trendel, sable qui se trouve au nord. 

Anaol et Anhol, deux fois nommée Anholt. 

Idnagor, probablement Hasele; Samsoe reste innommée. 

Feonia (Teonia), Funen, Fyn , Fiouia, sur laquelle Nuban (Nyburg), 
Sunbors (Svenborg), Aspres (Assens), Fidelfar (Middelfart), Bcrgas 
(Bowens ou Bogones) , Arotiia (Huriua, vis-à-vis de l'ilol Romps) (is). 

Scandia (Seeland), sur laquelle on remarque les places suivantes : 
Fa(singar (Elsingoer) , Cobcnamenia , Cobenauia (Copenbagen, Kioben- 
haven), Tonga ou Metonga, lisez couga, Kuyl, Keug, Kogge, Reug- 
bogbl), AH/i</ (inconnu), Floglofia (dans le domaine StelTcns on voit 
quantité de localités terminés en lof), Anberg ?iauli, dans l'édition 
seulement nardi , dérive de Uardianberg (Varding borg), yeslued 
(Nestved) , Rorsur, korsur (Casseur, Corsoe) , Rolcsing, kolesing (Cal- 
îumborg), Holdoch , beldoch de l'édition (Holbek), Raslil (Roskild). 

Als, Âlsen. 

Femcrcn, Femeren , Vemern. 

Rura, Rugia. 

Lalant, Langeland. 

Lalant, Laaland. 

Falslcr, deux fois, Falsler, 

Mcnb, Moen. 

Sicholm, Saltholui. 

Bornhokn, Bornholm. 

Berholcn OclanUi, Ocland et sa ville Borgholm. 

Oxilia, Oesel, vis-à-vis de priinus Prussic sinus. Ensuite une île sans 
nom (Dago) vis-à-vis de primus Livonie sinus. La Liuonia s'étend droit 
au nord avec cinq épigraphes : Rigri (Riga), Migardia, Nugardia , 
(Morgedro ou Narglio ile vis-à-vis de Revcl, à l'est de cette ile les sables, 
Middel grond et Nieuwe grond); yirona Uirona (ressemble au nom de 
la province Wiria, mais c'est île AVrango), Flanlcna (ressemble au nom 

(Ift) Aronia, Oroni?, Orconia, mal iniliqini dans le manuscrit de Bruxelles est mieux placé daus les 
éditions. 



DE N. ET A. ZENI, 8, 9. 89 

(lu canton Alenlakia), Rodcrin (montagne Rodenbcrg, appelée par les 
Russes Krasna gorka, la belle; vis-à-vis vers Test, l'île Retusari, sur 
laquelle est bàli Cronstadi). 

GoUia (Gotlland), dont je puis retrouver la seule Wisbc dans les caries 
modernes, les autres Scgur, Erig, fl. Miseg, Tcrefcr, Alcgcrcch, fl. Scu, 
Vulla, fl. porta ou porli, Riimefalk, Volcbcr, ne reparaissent pas dans les 
cartes ordinaires, ni dans celles des atlas marins, de l'ancienne publi- 
cation hollandaise. Cober est un écueil situé au nord de Gotlaud. 

SUÈDE ET NORVÈGE. 

8. Pour la Suède la carte de Zeno ne donne que les noms de Svecia 
et Gocia; pour la Norvcgia dix-huit appellations du littoral. Les con- 
tours qu'il a donnés au Danemark nous engagent à avoir égard à ceux 
delà Suède et de la Norvège. En effet, le plus léger examen saura 
convaincre que leurs détours ne sont pas tracés au hasard. C'est en 
examinant ces détours, je pense, que : 

Gcranes est l'île Hitteroe. Mais les noms qui se suivent en montant 
vers le nord, sont introuvables pour moi : Tland, Raccveit, Escesel (ou 
Escesct), Gasendcl (lo). 

Seule et Scutenes, île de ce nom Skutenes, ainsi nommée l'île Carmen, 
de sa pointe méridionale Schutenes. — D'ici sur la carte de Zeno se 
perd une distance assez considérable, jusqu'à : 

Pergen, Bergen. 

Slefont, plutôt Stesont, Steensund, Steersund. 

Slal, Norre udden af Stad, Statland, et simplement Sladt. 

Biue ou Bruc, Breed-sund. 

Score, Stor-dal (Roemes dal). 

Slopel, Stoppel. 

Drulen, Titteren. 

Tronde, Dronlheim. 

Engal, Engelvaer. 

Langarcs, Langenes, sur l'île Langoen. 

Irons, Trônes sur l'île Ilindoen. D'ici la carte marque mare cl terre 
fnco^/niVe, signalant cette croyance assez répandue qui admettait une 
réunion continentale du Groenland avec la Norvège. Cette croyance est 
fermement acceptée par la carte complémentaire de Ptolémée (20). 

9. Cette carte complémentaire, quant à la figure du Danemark, infé- 
rieure à la carie de Zeno, est même très-inférieure sous le rapport de 
la figure de Suède et de Norvège. Elle forme un triangle et ressemble à 
une feuille de trèfle dont la tige sort de Philappclanik ou Pilappelant, 

(19) On retrouve jusqu'à de villages , tels que Gasendcl ou Gicsdal, dit Malte-Brun, sans indiquer 
l'emplacement de ce village que les cartes ordinaires ne donnent pas. Il ne laul pas oublier que la 
carte de Zeno est de la nature des portulans qui ne s'orcupenl que du UUoral, lequel sur ce point ne 
me présente rien de satisfaisant. Tlant peut être Ilaaiand, ou les Luudc près de Syrc; Raceveil la 
petite ilc Kott ; Esceset Stavanger, Gasendcl Gcstdal à l'est de Stavanger (Gansendael de Mercal.). 

(-20) De la même époque, que la carte supplémentaire, est la mappemonde de Mauro 14C0. Elle ne 
connaît pas de Groenland. Au dessus de IS'orrcfiia, Mauro place Islantl, pays de Salten, ensuite 
Scand, péninsule Skonland où est Ofoden , vis-a-vis de l'ilc Hindoen. Enfin cavo de liossia. A ciMc 
de Norvège on y voit une grande ile Txiandia, c'est l'Island ; puis Sliltfinda, Sclictland ; enfin au 
nord Giaza, Gisoen au sud de Bergen. 



90 CARTE 1390 

et est iuscrit de GoUia orienlalis , à quoi rédition ajoute Finlappelanl. 
Celte feuille de trèfle abonde en épigraphes, les voici : 

Ycrmclanl, Vermeland. 

Emlant, Upland , et sa ville. 

Arosia, Oregrund. 

En descendant vers le sud , les deux fleuves • Tredietia et Fïerdena, 
ont quelque analogie avec les noms de deux cantons Altundria et 
Fiedrundria. 

Agaria, Aker. 

Schokahia ou Scokalna, Slokholm. 

Suivent les embouchures de deux rivières, qui sortent du lac Scokoï, 
une d'entre elles porte le nom de Sera ou Sela (Am). 

Le lac Scokoï est le lac Weter placé dans l'intérieur de Gotlia meri- 
dionalis, reçoit plusieurs rivières, dont une est nommée fl. Alvena, elle 
est entre : 

Alous, OIs-hammer? et 

Nascola, Askersund? vient ensuite 

Scening, Skeninge ou Schenninge. Au sud 

Sucricobirg ou Sucricobing. 
Sur les bords de la mer Calmar, Calmar. 

Aosia, Abus. 
Dans la Scania et Dacia, nous trouvons : 

fl. Tursca, Helge-an. 

Islrade, Ystad ou Usteda. 

Falsterde, Falslcrbo. 

Sianock, pointe Skaner, Schoner oste, ancien Falslerbo. 

Lunda, Lund. 

Elccborgcir, Ellebogen (Mal moe). 

Eria, liaa, Raboo. 

Elsiborg, Helsingborg. 
Ensuite commence Gallandia pleine de rivières : 

fl. Forsca, Renne; fl. Anga Nissa-an. 

Cimutis ou Amulis, Halmstad? 

Orat, les îles nord et sud Herlô. 

fl. Forst,fl. Auga, Astran (il semble une double répétion de mêmes 
noms). 

fl. Trodia, Wiska. 

fl. Sumorsan, Monsterson (Gotaelf, Golhalbe). 

Lodesia, ancienne appellation de Gotheburg. 

Bahus , Bohus. 

fl. Suslar ou Sunslar. 

Asco, Askum. 

10. Ensuite l'embouchure du fleuve Io7ia qui vient du lac lona ou 
Scresc ou Serefe. Ce lac est celui de Wener, placé dans la Suelia que et 
Gottia ocidentaUs. Ce lac reçoit plusieurs rivières dont une vient de 

Ussalia, Upsal ; l'autre de 

Lincopia, Linkoping; et au sud du fleuve lona, est placé 

Farensis ou Faronis , Skara? 

Une grande confusion vient enfin embrouiller quantité de noms 



DE N. ET A. ZENr, 10. 91 

défigurés ou étrangers à l'usage ordinaire, comme sont les noms des lacs 
et de presque toutes les rivières. Le fleuve lona qui devait représenter 
le Gota clf, dénoie le Glomraen de Norvège. 

Ici commence la spacieuse Norwegia, Norbegia, le long du fleuve 
lona (Glommen), qui s'étend 

lilus Tumcbor, À piu'iiv de Taae sur Horamen, jusqu'au Tonsberg, 
Tunsherg, et Tunsheim. 

Camorensis ou Damovcngis , Drammen , à l'embouchure de Drammen 
au nord de Tunsberg. 

/?. Opleni, Louven Lougen , Logr , qui vient des environs d'Opdal. 

/7. Mita ou Nicta (Nilta), Nid, qui se décharge près d'Arcndal. 

Repuris, Reperwyk, mouillage. 

Lufle et promonL Luflc mons (lisez Lusle), sont Lister, Luslerland ou 
Listerland (qui couvre Tiie Hitteroe , Geranes , d'où commence le por- 
tulan de Zeno). 

Stauargelcnlis , Stavanger, stavangerensis , fleuve qui vient se jeter 
dans la mer, vis-à-vis d'une île plus considérable nommée fhyle 
et qui sort d'un lac nommé lacus Penarum. L'île au nom antique 
fourni par Ptolémée est Skute (agrandie dans le portulan de 
Zeno) et le fleuve est la rivière Longen elf, qui tombe dans Buken- 
fiord, sortant près de Vennio de Roisdals vaine des eaux du lac Pena- 
rum, qui est entre Roildal et Vennio (Penio). 

Bergensis, Bergen, bergensis. 

(l. Buri, fl. Archeus , sont les seuls qui se présentent dans tout l'es- 
pace jusqu'à Drontheim. Le premier serait le fleuve Roemsdaal , ainsi 
appelé de Breesond ou Beeresond, entre lesquels il se décharge dans 
la mer; l'autre serait Golan qui débouche près d'Urkedal, d'où dérive 
son nom Archius? 

Nodrosia, Nidrosia ou Dronlbeim. 

Les deux îles vis-à-vis de Nodrosia Ferensis et Fcinas, sont probable- 
ment à diviser. La première est Froyen située vis-à-vis de Drontheim , 
l'autre , égarée peut-être si loin des côtes du Danemark , Fanoe. 

Se suivent sur le parage sinueux : /?. ^U'is (Namsen), promonl. Oplena 
mons. (Oltenos Mercatori), prom. Nuslre (ou Uuslre, Veslenfiord), fl. Sethi 
(Siech) , prom. Selecros oa Selceros (Sallen, Saltensfiord) , /Z. Trogue, 
(l. Tcrmœ (Malangar près de Tromsoe) , Tion , fl. Enog, ces trois der- 
nières positions forment le canton d'Engronelanl (dont le nom n'existe 
pas dans l'édition d'Ubelin et Essler), au delà duquel est un autre 
nommé Vcntelant. 

Vis-à-vis sont placées les îles Holcelant et Margarcsfcr; cette dernière 
est certainement Mageroe , au nord de Norvège. 

Le géographe constructeur de la carte complémentaire s'imagine 
qu'un golfe étroit sépare la Norvège du Groenland. Le Groenland, 
sous la forme ovale, se développe comme un fruit au-dessus de la 
feuille dont nous avons examiné les épigraphes abondantes. Zeno savait 
au contraire que Groenland, très-éloigné à l'ouest, était séparé de 
Norvège par de vastes mers et par l'île Islande (-21). Aussi, avant de 
nous entretenir du Groenland, nous allons examiner cette grande île. 

'21) Puisque nous avons roproiiiiit dans notre atlas (ii" 98) 1» Srhonlandia nuova, ou la carte posté- 



92 CAUTE 1590 

ISLANDIA. 

\i. V Islande, dessinée par Zeno dans une pose un peu inclinée, 
figure perpendiculairement sur la carte complémentaire. L'arretino 
Thomasso Porcacchi da Casl.iglione, en 1572, reproduisit la figure de 
Zeno, enrichie de plusieurs insertions introduites avec une certaine 
connaissance de positions (•22). Le géographe qui opéra la fusion de la 
carte de Zeno avec la carte des régions septentrionales ou de Schonlandia 
nuova rectifia par ses connaissances quelques points de la composilion 
de Zeno, comme on peut le voir en observant les reproductions de sa 
carie, vers 1570 par Oriel et Mcrcator. Mais les caries nautiques bataves 
publiées en 1585, 1589, 1599, par Luc Jans Waghenaer (Aurigarius), 
donnaient à l'Islande une forme toute ronde ou ennéagonale chargée de 
la nomenclature de seize noms étranges, la plupart ignorés par toutes les 
autres connaissances (23). A celle époque cependant, parut une carte 
spéciale d'André Velleius, reproduite de même vers 1570 par Ortel et 
Mercator. Elle servit de base pour les composilions postérieures; rectifiée 
elle reparut chez Blaeuw et dans différentes autres fabriques de cartes 
ainsi que dans les éludes de Sanson. Les cartes marines publiées 

rieure à la carte complémentaire au Ptolémoo : nous allons faire une revue de ses épigraphes, qui au 
fond n'offrent pas de dilTicultés , sauf quatre positions à observer. — Tavastia, Tavastie ; IS'ov. castr. 
Nvskantz ou Nie; f'ihtirg, Viburg; y/fro, Abo; Custo (transposé) Kaslo, dont les ruines existent au 
«ud d'Abo; Korsholm, Korsnas ou Cornis ; Chimen, Kimi , Kcmi ; Gefle, Gaefle; Upsalia, Upsal; 
Suderkopia, SuderKoeping, au sud; Steckholm, Stokliolm, au nord (transposition); Cannar, Calmar; 
IHalmogia, Malmoe ; Hchenburg, Helsinborg ; Kongclle, Kongel au sud , Sahburg, EIsborg ou Gotlen- 
burg au nord (transposition); Asloia, Obslo ou Christiania; Stafartger, Stavanger; prom. Scane, 
Scutencs; sta Brigitta .... ; Bergis, Bergen; Byrsen, Becrsend ; iMenfWAH«, Meilhuys ou Melhus ; 
A'as, Naes au nord, Nidrosia, Rrontheim au sud (transposition); Skongen, prom. Sclionion ; Brynnia, 
Bronoe; Rodboo, Rodoe; Saltcn, Saltcn; RoUen, Rollen; liodhelle, Ilodhelle; f'nagh, Kvunesî 
Hanoniz, Onmcgang? Matktir, Matkorf; fnarhus, Wardhuus. — Lesiles : Stappcn, Stappen près da 
Mageroe; Rodesholim, Rindo ot llolmoe; Sanyian, Senycn ; Vautrai, Wcsrol ; Londina, Luudland; 
yaro, Varoe. — Oseu, Uns, Hetland, Maïnlaud , Farcnsis, Faire, ces trois de Schetland. — Alocie etc. 
de Ptolémée. Nerpia, Bioïko ou Herpen ou Querken etc. — Le type de cette carte servit longtemps 
de modèle aux géographes dans leurs compositions. La première carte de Suède et de Norvège , 
supérieurement élaborée, est sans doute celle d'André Bureus, suédois, du commencement du 
XVII* siècle, vers 1620. 

(22) L'isolo piu famose del mondo descritte da Thomaso Porcacchi da Castiglione arretino e 
intagliate da Girolamo Porro padovano, iu Venelia, appresso Simon Galignani et Girolamo 
Porro 1572 , petit folio, p. 77, 78. Les positions ajoutées à celles de Zeno sont les suivantes : mons 
sanctus ou abatia Hegeial, le lac Borghem, cripto orticus, mons criicis, mons Helafiel au centre de 
l'ile, Vestrabord tout à fait au sud ; le nom de Ccnesol est doublé , Aisel , négligé. — Porcacchi lui- 
même n'est pas un ignorant, il cherchait de bonnes informations et semble suivre un écrivain lo 
mieux renseigné à Venise. A part sa discussion sur Thile, Tule', il reconnaît l'iusuirisance de ses 
connaissances : ne diro quel poco chcn ho trouato, certificando ogniuno che Icggo, cli 'io piu ne 
tratterei, se piu ne sapessi. L'isola Islanda è dunque posta fra P. et T. di la dalle Orcadi nel grande 
occano ajghiaciato, ccnlo ne nti miglia ollra il circolo artico : et di lunghezia dicono ch' c fra l'A. e'I 
B : intorno a seicento miglia : beu che io trouo alciini, che con molto gran disuano non uogliono, 
ch' ella sia lunga piu che rento ucnti miglia uerto T : et di circuito dicono che non passa 280. E' isola 
niontuosa, et con moltifiumi. — Ora dell' Islanda si scriiiono moite marauiglie : fra le quali dicono 
csseruî una balza, che cbiamano Hcgiebcrg, che da questa cscono perpctui fuochi et pcnsano, che sia 
una prigione d'animo immonde. Dicono, che ni si trouano anchora spiriti, i quali... Qucst' isola non 
produce grano, uino, ne olio : m» in cambio di uino usano ceruogia et dal grasso de' posci fanno olio 
per abbruciare. Ha intorno alcuni scogli : ma di tanto uil pregio, che non son nominati dagli auttori. 

(23) La moitié appartient à la partie seplcntriouale do l'île et se laisse compicndre un peu. Le 
point le plus déterminé est Laiigciics, à partir de ce point vers l'ouest, Rocmhock répond à Oudomao 
des cartes bataves postérieures; Scueiosvt change eu Swanswyck, ensuite en Sutungswick , déj.i de 
l'autre cftté du golfe Pistils (golfes Lons et Thiful); i. Grinse et vis-à-vis d'elle-même Grinsa (Grim); 
Rnuhocck, figure dans les cartes postérieures dans Ro<ihocck et change ensuite en Roodchoeck 
(Randarhofn); irindal (district df- Vadie); lladdealrnnt (dra golfes F.ya et Uiedins); Scage (golf 
Skagar et Skagastrand); Bcrr.ilrnnt (au fond du golfe Ilnutray, B.ior, dans le district de Strand). Sur 
tout ce parage les Bataves avaient probablement leur poche. En tournant vers le sud , vient t. Slelo, 
ensuite STCnich, Rohcns, lUidal (Medalland), .Sirfe (Sida près de Kirkioubae), vis-à-via, l'île WiTicni 
(ainsi nommée Westmanna). A l'est sont Bergvoel et Oo/ttcrhoeck , formant les angles de cette Istand 
ennéagonale. 



DE N. lit X. ZEM, 1-2. 93 

par van Keulen élaboraient toutes les sinuosité des rivages. Assujettie à 
l'arpentage des ingénieurs, terminée en 1754, elle avait toutes ses 
formes sinueuses et hérissées sulïisaniment déterminées, reproduites 
par différents fabricants de caries et spécialement par les héritiers 
de Homman. Il lui manquait cependant une position fixée par des 
observations astronomiques. Il paraît parla carie publiée par Horrebow 
qu'elles étaient levées par les An^^lais. Mais les observations mieux 
connues par la pratique géographique sont dues aux français Borda, 
Pingre et Verdun de la Crenne, qui les ont levées en 1778. De nom- 
breuses descriptions, nous ne nienlionnerons que colle du voyage en 
Island fait par ordre du roi de Danemark, publiée en 1802, parce que 
nous y avons eu à notre disposition une carte irès-détaillée (24). 

12. Notre allas a réuni les trois petites figures de l'island : celle de 
Zeno, celle de la carie complémentaire et celle de la carte reproduite 
par Mercator et Ortel, qui opéra la fusion des connaissances de Zeno 
avec la Schonlandia nuova. Nous allons collationner ces trois, consul- 
tant les cartes précitées, pour expliquer la situation de leurs positions : 
comme nous les avons tracées dans notre atlas, et que nous résumons 
en commençant par Skalhold et se portant de suite à Anaûord pour 
faire le tour de l'île (23). 

Scalodin , Scaloldin (de Porcacchi), Scalhodin (de la repr. de 0. et M.) 
Skalholt résidence de l'évéque. 

Anaford, Anafiord (repr. de 0. et M.) Hanefiord baie sur lequel était 
situé Hanar. 

Tuchos, Tirchos (de la carte complém.), Ttilios (de Porcacchi et de la 
repr. d'O. et M.), ne se retrouve pas dans aucune carte postérieure, ni 
dans celle de la division républicaine du X"" siècle, composée par Biorn 
Geumioegson, géographe d'Islande, Finn Magnusen et plusieurs autres 
savants d'Islande. 

lovel ou louci , de la leçon de Ruscelli et de Porcacchi; lokel ei 
Snaucliokd , de la reprod. d'O. et M. Snebels-hokel of lokuls-berg, 
Snabels hokel ou Snefliaeldness. 

louci, de 0. et M. est une répétition du précédant, dérivant de la 
différente leçon des épigraphes de la carte de Zeno. 

Votrabor, Westrabord (de 0. M.), rivages du district Bardestrand , 
faisant partie de "NVestlendinga fiordung, ou Westland, quartier occi- 
dental. 

Wilsarc mons (0. M.) , écueil dans la mer vis-à-vis de 

Ifafiord (0. M.) , Isafiord et canton de ce nom. 



{2-1) L'exécution de cette carte est assez plaisante. Elle indique nombre considérable de positions 
sans épigraphes : ce défaut est commun , par un singulier hasard à la publication dos rartcs anté- 
rieures : mais ce qui est plus curieux et spécial à la carte du voyage par ordre de sa majesté, que 

vous n'y trouvez, ni mont Hecla, ni Skalliolt, ni Holum, ni la carte n'a pris en considération, 

que de nombreux glaciers, les noms d'innombrables petits fiords (qu'elle qualifie de golfes) et d'insi- 
gnifiantes petites positions. 

(î3) Le nom à'Island, pays de glaces, n'est pas nouveau dans cette partie du monde. La carte 
anglo-saxone du x' sicelCi le donne à une partie do Norvège, qu'elle représente entière comme île. 
Cette appellation d'une partie de la Nonège confirme la carte de Mauro 1460. L'ile même d'Island 
est signalée en iloi dans la carte rogerienne par Edrisi ; cette lie porte le nom de Ixeland dans la 
carte de Mauro. 



94 CAUIE 1590 

prom. Rag (0. M.), cap Nord; à son ouest Rakbaay entre Rakbal 
et cap Nord, indiquent les cartes maritimes des van Keulen (ac). 

Klesol (du complément) ne se trouve nulle part. Peut èlre (Klesol) 
Relis bool, au fond du golf Hounan. 

Nicolo Zeno ignore l'exislence de cette portion de l'Islande qui 
s'étend entie Votrabor et Honos. 

fl. Honos, Ilanos (du compl.), rivière de Hounavals, qui tombe 
dans Vatsdals ou rivière de la vallée Vats, nommée aussi Hounan ; elle 
donne son nom au golfe Houna. 

Cencsol, Fucsol (du complem.), Tindasfoll? 

abalia Uegeial, mons sanclus (de la carte de Porcaccbi), couvent de 
Reinesladr, Remestad. 

Cancsol (de Porcac. certainement n'est qu'une répétition). 

Cackcrficr (0 M), golfe de Skagar, Skagaliord dans lequel se perd, par 
deux bras, le fleuve Vestra ou Horats formant une île ou le delta Krip. 

Olensis, Uolcnsis (de Porc.), Ilollcsis (du compl.), Ilolen (placé au 
fond de l'ilc dans la reprod. de et M) , Holi ou Halar, résidence de 
l'évèque, opiscopi bolensis. 

Hauis, Uauos (de Porc.) (llanesco des anciennes caries bataves), île 
Ileis ou Iluisley, à l'emboncbure de plusieurs rivières dans le golfe 
Eya , vis-à-vis de Modrouval. 

Macre (du complém.), Mokrufeld de la carte de Velleius, à l'est de 
la rivière qui perd ses eaux dans le golfe Eya. La carte des explora- 
tions royales d'accord, donne sur ce point Mocdrafell , au sud du cou- 
vent Mounkcaa, appelé Munketuere par Velleins, et Mankapuera dans 
les anciennes cartes bataves. 

Nodcr, Naclar (du compl.) , Moder , Modurvaller , Modruveller , 
Modrouval couvent (au nord du couvent Mounkeaa). Porcaccbi fait de 
Noder un grand district et le place à l'est. 

Du lac Borghcm , duquel un fleuve s'enfourcbe vers le nord et par 
ses deux emboucbures forme nne grande île. Ce lac est Kalfborga ou 
Vatnbregge, qui communirjue avec le fleuve de la vallée Rcike , 
lequel avec un autre très-rap|)rocbé , étreint une presqu'île élancée 
entre les golfes de Skalfanda et d'Eya , où Modrouval se trouve à 
l'ouest. 

Mane, ou Mancdos (mais il Aiut séparer Dos), Minotu de la carte de 
Blaeuw; Myvatr de la carte des explorations royales; non loin de 
Myvaln, du lac My ou des moucbcs, inscrit Mynotn dans la carte de 
Velleius. — Porcaccbi de Mane fait une leçon de Marie et place à son 
côté ouest cripto orlkus, un eclos probablement de quelque culture 
remarquable, au sud mons crucis, près de Dos. Celte montagne de la 
croix est indi(|uée Cruisbcrtj , dans une position incertaine dans la 
carte reproduite par Ortcl et Mercator. 

Os de la carte complémentaire est certainement Dos de Zeno, qu'elle 
répète elle-même. 

(2fi) Island dressée par los père et fils van Kculcn , se trouve répétée pUisienrs fois dans l'allas 
maiilimc de 1780, do nicuwo grootc licliloiule Zoo l'akki'l, ecrslo deel, publiée par Gérard Hulst, van 
Kculcn, à Amsterdam. Le mieux élalioré par le père Wylem Jolian van Keulen et pravé par 
A. Trys7. 17iS, offre dans la nomenclature littorale, (|uantité ilc noms inconnus sur les autres tartes, 
ces noms furent en usage clicz les marins des Pays Bas, ignorés par les autres. 



DE ^. ET A. ZEM, 15. 95 

Dos (Os et Dos du coniplémenl) , Dos comme grand district chez 
Porcacchi, Aas sur ie fleuve d'Oxalîrdi, ou Axar, ou Sand. 

13. En face de ce rivage septentrional on distingue vers le nord 
plusieurs îles. 

Grimse (de 0. M.), Grim, lancée dans la mer, les autres tout près 
du rivage. 

Tscip{0. M.), Fiat, Plaley. 

Donbarl, Dcnbooi (de O' M.) Lounden, Lundey, ou peut-être le 
rivage même. 

Mimant ou Munanl ou Minant (de Porc), les îles Mcinaar, ou 
peut-être l'île Moisen lancée dans la mer. Mimant seule de la carte de 
Zeno doit être considérée comme une île réelle : les autres sont plutôt 
formées par des courants supposés des fleuves. La carie reproduite 
par Ortel et Mercalor le confirme; le lac renommé Lagar, où fut situé 
le couvent Skrida ou Skirda, donna origine à celte supposition. La 
revue des caries modernes explique ces îles par les noms des fleuves 
et des golfes du rivage oriental , irès-faiblemenl connus par les caries 
de Blaeinv et Yelleius. Les appellations de ces îles sont passées sous 
silence dans le complément de Ptolémée. 

pr. Langnes (de 0. M.), Langenes. 

Bres, embouchure des fleuves Brou ou Brou isekul et Lagar, sur le 
lac de ce dernier Bersa-siadr situé au nord du couvent Skrida. 

Tala, lalas (de Porc), Dala Tangoe. 

Wallinckficr (de 0. M.), Veltanes situé enlre les deux positions sui- 
vantes, transposées dans les épigraphes de Zeno. 

Iscant au sud , est au nord golfe Eski , Eskafiord. 

Brous au nord-est au sud golfe Berou, Beroufiord et Berounes. 

prom. de poorte (de 0. M.) est le port du golfe de Berou ou Beroufiord. 

Trons, Trans (de Porc.) ne se trouve pas. 

Bergen (situé dans Tinlérieur de la reprod. d'Ort. et Merc) Borgar. 

Waluisch (de 0. M.) île de la baleine, est l'île de poisson Tvisker. 

Aisel, Harsol (du compl.) Oroeso. 

Ualen, Uclonit (du compl.), TaZ/fn (O.M.) place du district RanaaValla. 

Helgfiul (de 0. M.), nom connu ailleurs ne se trouve pas sur le point 
indiqué. C'est sans doute [Hclafîcl, montagne embrasée et ardente, 
placée au centre de l'île par la carte de Porcacchi (volcan Hekla). 

Les six positions suivantes de Zeno, y compris bkalhold , sont 
passées sous silence , de même que la côte orientale dans la carte 
complémentaire à l'atlas de Ptolémée. 

Westmone (0. M.) île de Westman. La même portait le nom de 

Grislada, Grislanda, (0. M.) d'où la carte reproduite par Orlel et 
Mercalor inventa deux îles différentes , sachant peut-être qu'au 
nord de Grislanda (Weslman) se trouve une autre Voomula, à laquelle 
elle attribua le nom de AVestmone. 

Westrabord de Porcacchi, sont les rivages vis-à-vis de Grislada ou 
"Westmone, les environs de Thorlaks ou Porlaks haflen des caries 
bataves. Cette dénomination n'est réinscrite nulle part. 

Sleloth, slelocth (de Porc), Selvoge ensuite Sildvog des caries mari- 
nes bataves, Siglavuk du district de Ranaa près des sables de Rangaar. 



96 CARTE i590 

Flogascer, Fisglasler, Gueirfurglaster, île d'oiseau 

Ochos , Aas ? 

Oslrabord {0- M.) côle orientale. 

Rok, Roeck, île (0. M.), île ou sables de Rangaar à rembouchure de 
Rang dont un bras est oriental, l'autre occidental. 

Wcspcno (0. M.) du couchant. 

protn. Uckelfoii (0. M.) indique évidemment Reikianes. 

Foglo.sicr (0. M.) île, le dernier îlot des écueils des oiseaux nommés 
vogeischaaren , Geie fuelasker, Geye puglasker, Gueir fougla. Suit 
Anafiord et Skalhol,d'où nous avons commencé notre tour de l'Is- 
lande. 

GROENLAND. 

14. Jusqu'à ce moment nous avons marché sur un terrain connu, 
qui explique ce que Nicolo Zeno voulut signaler, et nous fait com- 
prendre ses connaissances; ce terrain était vivant, plein du langage 
constant, ininterrompu. Les explications qu'il nous a données sont, 
je pense, de nature à inspirer confiance dans ce que Zeno relate. Un 
semblable terrain nous manque pour examiner le Groenland. Ce 
pa\s après lui disparut bientôt, échappant pour longtemps aux inves- 
tigations des marins. Retrouvé par Forbischer, Davis, en 1586, 1007, 
Mank,16I9, BylotetBaffin en IGâ^, jusqu'aujourd'hui, sur sa côte 
orientale insuffisamment examinée, oiïrirait un terrain muet, mort, si 
les indigènes n'avaient indiqué dans son temps, quantité dépositions 
par leurs noms anciens et n'avaient conservé es souvenir des anciens 
établissements. Mais celte vie qui animait les indigènes échappe 
aux scrutateurs de la carte contemporaine de Zeno. Les descriptions 
islandaises qui sont connues, indiquent les fiords, la situation et 
les possessions des églises, les îles, les lacs, les provinces et les 
districts, les couvents et les domaines; elles indiiî'ient aussi leur 
position topographique et fournissent leur nomenclature; à peine y 
irouve-t-on une rivière ou un promontoire. Aucune carte dressée 
pour servir à ces descriptions ne s'est conservée (27). Zeno, au 
contraire, donne une carte, un portulan peint, qui indique les rivières 
et les promontoires, trace leur position riveraine. Les groenlandais 
et les islandais devaient avoir des caries semblables, mais aucune 
ne s'est conservée. Pour expliquer les positions indiquées par les 

(27) On a trois notices ou ilescripUons tlu Groenland, toutes les trois reproduites dans les anti 
quitates aracritana; , Uafnix 1837, pp. 281-318. L'une, fait un compte des églises; l'antre contient 
une abondante nomenclature de fiords ; la troisième, la pins étendue, dont l'auteur est Ivar Bardson, 
rédipée vers la fin du xiv' siècle, traite une description d'Oestiibygd seul. Les deux autres sont 
indubitablement plus anciennes, que cette dernière, parce qu'elles traitent avec le même intérêt 
Veslrabypd et Sela , tandis que ces parages sont indifférents pour Ivar, à cause qu'ils n'étaient plus 
fréquentés comme jadis. — Je ne sais pas si les savants Skandinavcs ont réussi de déterminer toutes 
les positions qu'indiquent ces trois notices. Une bonne connais.<ance de ruines et du terrain, pourrait 
diriger dans ce qu'elles offrent d'incertain et d'obscur. Elles diffèrent entre elles dans plusieurs 
occasions; il est clair que certains liords et positions perlaient plusieurs noms; aussi les cantons 
adjacentes à ces fiords sont qualifiés de même, fiord. — On a retrouvé les ruines de Gardar, Brat- 
talilid , Vopar, Foss, et autres. J'ignore si la carte d'Oeslribygd est déjà dressée ; la toute récente de 
Graali ne désigne pas asseï clairement ces ruines reconnus. A l'aide de ces ruines l'ilUislration 
d'Oestribygd devient très-positive; celle de Vestribygd est dans un^'ague que les distances littoras 
des journéei ne peuvent applanir pour indiquer les positions de trois églises nommées par une autre 
notice. 



DE N. ET A. ZEM, 15. 97 

chorographies, se présenleiil à la fois et les situations du pays et 
les ruines, les débris encore palpitants de la description. Pour com- 
prendre le portulan il n'y a que les rivages inanimés de la décou- 
verte assez récente. 

Nicolo Zeno passa de longues années sous le climat de Groenland; 
dans ses courses, il aborda l'Islande et toucha on ne sait à quel point 
du Groenland même; il a vu ce pays de ses propres yeux et les 
marins lui communiquèrent les renseignements de toute leur con- 
naissance. 

Deux siècles environ, on ne savait mieux faire que copier le 
dessin de Zeno; ensuite ou ne cessait de soulever des doutes : 
conséquences inévitable de l'ignorance qui se prolongeait trop. Enfin 
le progrès des explorations nouvelles, délerminèient la figure du pays 
et rétablirent les formes connues antérieurement, il va cin(j siècles, 
par le vénitien Zeno. Si l'on est satisfait de ses contours, de Tembou- 
chure de l'Elbe jusqu'au delà de Drontheim, on est plus frappé de la 
conformité de son Groenland avec le Groenland déterminé par les 
explorations récentes. Certes, ce n'est pas un hasard aveugle qui 
aurait pu créer une semblable conformité, mais une bonne connais- 
sance des Skandinaves, des >'ormands. On peut suivre de promontoire 
en promontoire , de rivière ou baie en rivière ou baie , la côte 
occidentale plus accessible, mieux connue, et y retrouver ces cour- 
bures et sinuosités qu'indique le portulan de Zeno. Le même succès 
offre la côte orientale moins accessible et jus^ju'aujourd'hui imparfaite- 
ment parcourue. 

lo. A part de ce que Zeno fournit , il y a cinq cents ans, aux géogra- 
phes de Venise, une autre description du Groenland s'est postérieuie- 
ment trouvée dans les mains des géographes, comme on le voit par la 
carte complémentaire à la géographie de Ptolémée. Celle description 
contenait un portulan écrit mais privé du portulan dessiné. Le compo- 
siteur de la carte complémentaire ne l'a pas bien compris, il tra<;a sur 
sa carte une figure bombée, fausse et déplacée. Dans la suite des pro- 
montoires et des rivières, sur seize positions, onze répondent à la suite 
indiquée par Zeno, cinq autres, dont deux aux noms variés, sont dépla- 
cés (28). 

Nous les collationnons en ajoutant l'indication de leur position par 
les noms de la carte moderne; signalant aussi quelques positions des 
descriptions islandaises , qui semblent reparaître dans le portulan de 
Zeno. 

(Les trois descriptions ou notices islandaises sur le Groenland, se 
trouvent à la fin de notre article). 

(Î8) J'insiste sur celte diKrence d'empiacement et de forme du GroonlaDd , qui distingue les 
cartes de Zeno et du complément. Les reproductions nombreuses de la carie complémentaire, 
conservent celte fausse différence, â l'exception de l'hydrographie portugaise de JbOi, qui varie par 
la configuration du GrocnUnd excessivement prolongée, rc qui la ra]iprO(.hc plutôt de l'idée de 
Zeno. 

IV. 7 



98 


C.\RTE 1390 


Zeno (29) 


carte complémen- 




taire (30). 


pr. Neum. 




pr. Vlia, INlia , Na. 


Na. 


pr. Sadi. 


Sadi. 


fl. Diiier. 


(Avcr). 


fl. Peder, Feder. 






fl. Flesle. 




pr. Mirduni. 


pr. Ilit. 


Hic. 


fl. Fisie, Eleste. 


(Fleste). 




H. Aver, 


pr. Diauer. 


Cauer. 


fl. Han. 


Han. 


pr. Hoen, 




fl. Nice. 




pr. Af. 


Af (35). 


fl. Aver (se). 


fl. Spiclibod. 


pr. Tin, Triii (37). 




fl. Han. 




pr. Munder. 


Mundi. 


fl. Lande. 


Sade. 


pr. Glii, Giu (ss). 


Ji. 


pr. Hian. 


(Hien). 


fl. Nuf. 




pr. Clian, Chon. 




fl. Boïer. 


Boïer (39). 




pr. Hien. 


pr. Thoi, Thor. 


Ther. 


cenob. s. Thomas. 





noms 7nodcrncs. 

cap Seddon. 

cap Svarlehuk (31). 

cap Blackhuk ou cap 

Cranstown (-2). 
dans la baie lacob. 
dans la baie Sud-est (3: 



cap Chidlcy. 
fleuve Baal (34). 

cap Comfort. 

Bearsund. 

cap Christian. 

Frideriksliord. 

cap Désolation. 

Tessermiut (Ketilsfiord 

plein de rivières), 
cap Farewel. 

cap Discord. 
Eriksfiord. 
Ranis hoogde. 
Heriolfsnes. 
côte inconnue, 
cap Galesland. 
Scoresby sund. 

cap Parry. 
golfe au delà de l'île 
Bonteko. 



Je pense que dans cette suite de noms on en remarque quelques-uns 
analogues avec la suite de noms des descriptions islandaises, dont la 
position est suflisamment déterminée. 



(39) Les noms doubles viennent de la leçon v.iriéc de Ruscelli et de Zurla. 
(30) Les noms entre parentbèsR sont les positions rétablies à leur ordre. 

(31' Les Islandais appelaient les dernicros stations de Nordhr-seta : AedanesctEysunes, onlcsvoil 
dans Neiim et N'a. 

(32) Kn se tournant vers le détroit Waygat qui sépare rile Disco d'Oumcnaksland dans la spacieuse 
baie larob. C'est le spacieux parafe Biarne, (liez les islandais, Biarne-seta de Norlh-seta, Sadi. 

(33) Davis donnait aux rivières de cette baie les noms de Fisce et Boss. 

(3i, Ou bien LysHfiord des isfandais , aujourd'hui Isertok, dans le district Sukkertop, au nord de 
Baals river. 

(3u) llaf grims-fiord. ^ Mercator, collationnant les découvertes de Davis avec la carte de Zeno, 
explique aussi le cap Désolalioii, par Af; mais il avance avec pr. Hoen jusqu'au cap Cbidley et 
suppose que pr. Hit est le cap Sauderson ou Hope. 

(se) Ilarjolfsnes sed Hvarfsgnipa proxime versus occidenlcm, ibi fluxus maris (vcrtex) est Hafliverf 
dictiis, dit une aucicnne notice in per velusto libello. 

(37) Huit serkrdes islandais? Trin pourrait être un mot italien : trina, crépine du continent. 

(S8) r.unnbiarnarsker, les iles qu'on évitait? 

(3'J) Dans Obvgdhir des islandais. 



DE N. ET A. ZEM , 16. 99 

IG. Zcno a donué dans sa descri{>lion de grandes proportions cl quel- 
que peu faniasii(jues à ce couvent de Saint Thomas. Des moines de 
Norvège, de Suède et d'autres pays, mais principalement d'Islande, se 
rendent à ce monastère. On y trouve toujours en été cl en hiver, un 
grand nombie de petits navires , venant de Trondon (Dronllieim), des 
îles voisines et du cap qui est au-dessus de la Norvège, chargés de 
toutes sorlcs d'objets d'agrément ou d'utilités, destinés pour les moines. 
C'est un commerce suivi. Ces moines donnent de peaux d'animaux et 
de poissons, et reçoivent en échange du bois pour le chaullage et des 
ustensiles de bois très-ingénieusement sculptés, avec dilTérents grains 
et du drap pour se vêtir. Ils sont très-respcctés par les indigènes. 

Un volcan et une source d'eau bouillante font merveille dans leurs 
constructions, dans leurs jardins, dans l'échaulfage et dans tout le ménage 
du monastère {40). 

C'est runi([ue établissement relaté avec une singulière prédilection 
par Zeno, inconnu par les fiistes du nord , qui appellent cette contrée 
Svalbarde, visitée au moins en 119L Le compositeur de la carte des 
régions septentrionales (copiée par Ortel et llercator), en réunissant les 
données de Zeno avec Schonlaudia nuova, assez instruit pour tracer 
une meilleure composition d'Islande, savait qu'entre le promontoire 
Thor et le tleuve Doier, non loin du couvent à l'ouest, existait un autre 
établissement, une ville considérable, qu'il appelle Alba. 

Zeno n'indique parmi les principaux endroits du point le plus habité, 
ni Gardar, ni IJrattahlid; il n'a devant hu que le jiortulan général, qui 
n'a point tracé les petites sinuosités des rivages d'Auslerbygd : mais il a 
formulé le corps entier de la grande péninsule, comme il est enfin 
déterminé par les investigations récentes. Ce portulan lui était fourni 
par des piiates du roi Zichnini. 

Les terres et les mers entre Norvège et Groenland lui sont inconnues. 
Il doute de la réunion du Groenland avec le continent de l'Europe, il 
connaît cependant cette opinion, qui parait être généralement acceptée 
chez les Islandais. Us ratlacliaient le Groenland à Biarmaland et Gar- 
darik, et plusieurs d'entre eux présumaient que les rivages ultérieurs de 
Vinland et de Iluitraniannaland se prolongeaient jusqu'à leur jonction 
avec les rivages de l'Afrique (41). 



(^0) On ue connaît aujourd'hui dans le Groenland occideutal que les sources thermales de l'île 
Onartok (Egede, tagobuch , p. Ci, et Giesoke, dans brewster's cncvclop. X, p. 489 . Leur tempéra- 
ture n'est que de 40° centigrades. Plus au nord, entre li-s 60° et 76° de latitude, le Groenland occi- 
deutal est presque entiéreniout basaltique, mais aussi dépourvu d'eau\ thermales que toute la 
Scandinavie. —Ou dirait qne le couvent, décrit si miiiulii'usemeiit pjr les frères Zcni, a servi de 
prototype aux grands établissements de chauiTage evécutés dans la petite ville de Chaudes-aigucs, 
dans le département du Cantal. Aux bains de Toeplitz en Bohème , le jardinage commeuce aussi à 
profiter de l'influence des eaux souteraine» qui ont 40° à 47° de chaleur (voyez, Uuuiboldt, examen 
de riiist. de la géogr. du n. m. t. II, p. 123-1-27). 

(41) .\ borea Noreg (Norvège, est Finmark : in de flertitur litus versus curoaquilonem , ac dcinde 
ad orientem, prius(|uani langatur Biarmalands qu;c Gardakonung Russia», ubi suul Holmgard , 
Pallteskia, Snialenskia) est tributaria. A liiarmalandi extenduntur terra; ad déserta, borealem 
plagam versus, usquc ad Groenland terniinos. Ulterius qnani Groenlandi , nieridiem versus est 
Helluland, dcinde Markland, inde non longum iter ad Vinbnd,quam nonnulli bomincs ab Affrica 
ciporrigi opinantur (Orbis terrar in fine \IU sxculi des rip. in capsula 75G senala. — item Werlauff 
svmbola etc. . 



dOO CARTE 1390 

SCHETLAND. 

17. Nous allons-nous porter maintenant d'île en île, qui sont nom- 
breuses dans la carte de Zeno. Dispersées par toutes les mers , elles 
remplissent le vide par leur enflure, car le premier coup-d'œil prévient 
que leur grandeur est disproportionnée. Les Orcades n'intéressaient 
point le navigateur vénitien, à peine les a-t-il indiquées par quelques 
îlois. Mais les îles Schetland, Hialtland, Hiilaud, leiland, dont il 
inscrivit le nom Itland, reçurent une position respectueuse, et la 
grande Maïnland, appellée Esllant, n'a pas perdu sa figure. En 
confrontant les situations des îles qui l'entourent et les noms des 
localités avec ce que relatent les cartes modernes, on peut établir 
l'explication suivante : 

Ploch (Plotb), île Fetlar. 

Lonibics ou Lombies, péninsule Lunna, du canton Lunes-ling de 
Maïnland; vis-à-vis de la péninsule, au nord un îlot Lunnaholm, au 
sud Luuinghead de Lunesting [a). 

Brisluna, Brassasund, entre Maïnland et l'île Brassa. 

Scaluogi, Skalloway, ville occidentale de Maïnland, à la hauteur de 
Brassasund ; marquée par Zeno, au centre d'Estland. 

S. Magnus, baie de St-Magne. Celte baie se trouve réellement à 
l'occident de l'île Maïnland. 

Sumbercouit (Sumber bovt), le point le plus méridional de Maïnland; 
Swenburgou Sumburg head ou Symburger hoft, tête de Sumburg. 

A partir de ce point et côtoyant vers le nord-ouest de Maïnland, 
règne une grande obscurité; à peine de faibles analogies de noms se 
présentent, à mon avis plus satisfaisantes dans les appellations de flrth 
et voe, de petites baies et rades, que dans les appellations des villes 
dont les signes chargent l'Estland de Zeno. 

Elcdere serait le nom des îles situées à l'occident de Maïnland : 
Colsay, S. Ravens (Ninian), Havery, House, Burra, Tondra (ces trois 
les plus considérables), Green, Papa, Oxna, Chaness, Longa, Heldazoo. 
Aucune ne répond au nom de Eledere, si ce n'est quelque peu la der- 
nière, située entre Skalloway et Skelde ness de Sands ting. 

Elesford ou Oloford, suivant l'emplacement de l'épigraphe, répon- 
drait à Valey sund de l'île Valey à l'ouest de Skelde ness; et par son 
appellation à la ville Ylesbourg. 

Onlefort, rade d'Onsifirt. 

Incafori (Hamna voe de l'île Papa, où l'on mouille; Youvefîord 
ofîrenl certaines caries). 

Sonvernt, Sandwik de Nord Maven, au nord de S. Magnus baie. 

/»ca/brt (Hamna voe, de Nord Maven, mouillage en sortant de la baie). 

Sandcrat ou Sandevie (suivant la leçon de Rusceili), Sand voe, mouil- 
lage de Nord Maven près de la pointe septentrionale de Maïnland (ou 
Sandowit, Sandwliot, ville de l'île Yell). 

(ii) De deux rftlés de ce canton péninsulaire, se trouvent deux îlots Lioga, un SE, prés de 
■Whalscy, Tautre NO, sur la côte de Maïnland; en aTançant vers NO, on voit dans Yell-sund , l'ilol 
Lamba. — DifTërentcs cartes défigurent ces noms et en font confusion. Nous avons consulté en 
(>«rDicr lieu la carte marine de Ilitland, de Murdoch Makcnzie, copiée à Amsterdam en 4764, par 
Jean van Keulen. 



DÉ «. ET A, ZEM, 18. 101 

Podalida, île Faire, Feril, Fayerhill, an sud de Maïnland. 
JS'eome, île Foula, Foelo, Fulo, à l'ouest de Maïnland (is). 

FOEROE. 

18. A l'ouest de Sclwiliind, nord-ouest de l'Ecosse, à ini-clieiiiin de 
Norvège au Groenland, par conséquent dans la vaste mer au sud de 
l'Islande, est une immense île, Frisland, distante de vini^l journées 
de navigation du cap méridional de Engroenland; domaine et rési- 
dence du roi-pirate Zichmni. Sur cette vaste mer, il n'y a pas d'autres 
îles que l'archipel des petits îlots Foeroe. Or, Frisland avec son entou- 
rage, sont les Foeroe, Fereysland, Frees-land, Frisland. Mais si l'ar- 
chipel des Schetland a pris sur la carte un emplacement démesuré, 
Frisland, avec ses proportions extraordinairement exorbitantes, allour- 
dit monstrueusement la carte du Vénitien (ii). 

C'était la résidence de Zichmui. Zeno y passa plus de vingt ans ; on 
peut donc croire qu'il connaissait les moindres situations de l'archipel, 
ses promontoires, ses détroits, ses pointes, ses écueils, ses villes, ses 
villages. En voyant l'exorbitance de l'île, on peut présumer qu'il a 
voulu l'agrandir, afin de donner un ample développement à tous les 
détails à sa connaissance. En effet , les détails ne manquent pas : 
58 épigraphes demandent leur explication. Mais au lieu de trouver une 
gradation douce d'une vingtaine d'îles et îlots de l'archipel Foeroe, nous 
voyons l'immense Frisland, entouré d'un nombre considérable d'îles, 
toutes petites, dont sept ou huit seulement offrent quelque importance. 

On suppose que la carte dessinée vers 1300, ayant été extraite des 
archives delà famille, cent cinquante ans plus tard, était lésée sur 
ce point, que les divisions des îles intérieures de l'archipel disparu- 
rent et formèrent celte immensité de Frisland , qu'avaient publié 
Zeno postérieur et Marcolini en 1558. C'est très-probable. 

Les Foeroe se composent d'un groupe dîtes très-rapprochées, 
divisées et frangées par les sund et les liords, déîroiis et petits golfes, 
Irès-étroits , ressemblant plutôt à des canaux et gorges, à des tissures, 
que le vénitien n'a peut-être pas voulu indiquer; il n'indique que deux 
golfes qui sont en effet les deux suuds phis larges que les autres. 

Les vestiges de la supposition ou de la juxtaposition de ces liords 
et sund, disparurent de la carte de Zeno ou ne furent jamais tracés 

(iô) Les appellations étranges de Noomo et Podalida ne trouvent aucnn vestige dans les dénomi- 
nations locales et ne s'adaptent pas aux idiomes gerniani(|ues. On (lourrail donc supposer qu'elles 
sont une interprétation dos noms eu usage. Xeo, nevo, ou italien , est une tâche , une ranucho sur 
la peau, sur quelque partie du corps Aussi en hollandais îhi7, sale, malpropre, plein d'ordure; en 
allemand, Fahl, fauve, Fe/i/, faute, font présumer dans Foulo une signification analogue vlck, 
vlak, plek, Fleck, fleckeu). — En italien : pediile, semelle; pédala, trace, vestige, suivre les traces; 
pedoto pedetlo, pilote guide singulier piéton de la marine . En hollandais voercn , voitnrer par eau 
ou par terre ; 't voeren, chariage ; voermun, Fuhrman, charretier eu allemand ; Fiihrer, conducteur ; 
Fuhre, charriage; fahren, aller en voiture ou en biteau , Fahre, bac; fahrbar, vaarbar. navigable; 
Fahrt, laart, navigation, vogue, échelle; Fahr hait, Fahr-heil, salut de passage. — L'idiome nord 
créa peut-être par d'autres racines les Tppellatious de Fair et Fulo ; mais le véniticu a pu 
caramboler sur les antres pour inventer ses interprétations, comme nous le présumons. 

(H) LenomdeFreslami, Frisland pirait être connu en Italie plus de deux siècles avant Zeno. Edrisi 
en 1154, entre Skosia et Islauda, au nord de Skosia , plaçait une ile Retlanda, qui n'est certaine- 
ment quelque autre que Fresland, Foeroer. — De même l'image du monde qui accompagne le polv- 
chronicon du inoine Ranulf de Hyggcden, mort 1360, nomme au sud de Tilc (Toula), If'rislad, qiii 
est évidemment Frisland située entre Dacia Danemark) et Islanda. 



102 CARTE 1390 

par le dessinateur; il faudrait diviser Frisland au moins en cinq lies, 
restituant et redressant les gorges, les sund et tiord qui séparent 
les lies. D'abord de Sudero colfo au golfe de Godmcc , tracez le 
Suderoc-sund ou Suriafiôrur le plus large. Ensuite de colfo nordero 
d'au delà de Bondendea, tirez un autre qui serait West manna sund et 
Skopinafiôrur. Divisez cette section par une ouverture vers sudero 
colfo qui séparerait Sanesîol de Banar et Bondendea et représenterait 
Vàafiôrur. Enfin la portion septentrionale restante, exigerait encore 
une division par un long passage depuis Cabaria jusqu'à Doflais et 
Godniec : ce passage représenterait le sund le plus étroit (uj Sundinun) 
qui sépare Osteroe de Stroraoe. 

19. Nous allons parcourir maintenant les 58 épigraphes, pour les 
confronter avec les appellations modernes autant qu'elles sont con- 
nues (ts). A partir du sud : 

Monaco, Munkurin, le moine, rocher au sud de l'archipel. 

Porlanda, Holniarin, îlot à l'entrée de Sumba, ville de Suderoe. 

Sorand , Suroj, Suthrey, Sudro, Suderoe, Suydroe, île considérable, 
méridionale de l'archipel. — Spirigc ou Spurigc, Porkieri, Porchyrc; 
Aneses , pointe méridionale Mavanès; Ocibor, ôravujik?; c. Cunala, 
lisez Cuuala, Kwala , répondant à Kwalba , Kvalbja aji , baie de 
l'ouest de Kvalbiafiorur; Vcnaï, pointe la plus occidentale Willcrncs, sont 
les positions de Suderoe. 

Sudero-colfo, Surjafiôrur, Suderoe sund, sépare celte île de 

Sancslol (ou Sane-scol), Sandoj, Sandey, Sandoe, qui a entre autres 
deux villes Sand et Skala-vujk. 

Ledeuo , lisez l'Edeuo (riledeuo) île, et vous trouvez un îlot 
Trodl-hoddi ou Trollo haven, séparé de Sandoe par un Hôdda-sund , 
sund de tète. 

Ilofe île, petite île, serait Koltir. 

c. Dcria, Drâa-sund qui sépare deux îlots de Vaagoc. — Banar, 
inconnue. 

Bondcndera porti , lisez Bou de Udera, Bô sur un fiorur, ville de 
l'île Vaojdj, Wage, Waargoe, Vaagoe. 

colfo Nordero, baigne les côtes de Vaagoe. 

Avant d'entrer dans Slrouioc et Osteroe faisons une revue des 
petites îles, qui s'avancent au nord; à l'est il y |en a six et elles s'ap- 
pellent Nordcroe, Norlhr eyjar îles du nord. 

Pigiu, la plus orientale Fugloj , Piglu , Fulo, Fugloe. — Irbini ou 
Jbini, sa pointe Bispurin, Bispcn. 

Vadin , île Yiojdj , Windeœre , Videroe et .-^ ville Yiarajc. 

(43)Nousavons consnltii une carte ilnuoiso (KortovcrFaDrocrnc), d'une (iomi fonille assez (lélailltc. 
Les noms y sonl en dialecte Tocroe (navnene crc i den facroiske dialccl) ; dont qni'lquesuns sont 
accompagnés de noms entre parenthèse dans la langue ancienne du nord (de indklamrecd ère garnie 
norâi";kei. — Ces noms diffèrent des noms acceptés parles publications géograplii(|ues; l'orthograplie 
cl la prononciation sonl la cause des différences. Ut quelle est l'ortliograplie de Zeno, quelle est sa 
pronouciatiou ? — Observons que la prononciation douce de (7, ilr r, les fit à peine sentir ou dispa- 
raître; les nombreuses voyelles ou dipbtliougues : (ï,(t ,('),('i,C,C,Ù, sont une source abondante! 
pour toutes sortes de variations; le g, le j, le oe, le j oui quelque fois la même valeur suivant 
l'orthographe et la prononciation. — Nous avons aussi eollalionnc toutes les positions avec la carte 
maritime de ces iles, de l'atlas hollandais de Gerliard Uuist van Keiilen, de nieuwe groole lichlcnde 
Zec fakkfl, cerslodecl, Amsterdam, 1780. 



DE N. ET A. ZENI, 20. J03 

Duilo, Deble ou Ditele, ville de l'île Forcali ou Forali, Boroj, 
Bordoe, qui est la plus considérable de Norderoe, Nortlireyjar. 

Rane, lisez Kane? île Kunoj , avec sa ville Kuni. 

Longostlos, lisez Longosclos, Blankskala, ville au sud de l'île Kadisoj , 
Calsoo. — Z)o//br, présume Dol-fiord, sund près de Mikla-dal, située 
au nord de Kadisoj. 

Strenie près d'une petite île. Comme ce nom de la carte de Zeno 
répond à l'appellation de la grande île Stremoe, je supposais que ce 
Streme appartient à la ville marquée sur la grande île, et que 

Godmec est l'épigraphe de la petite île qui est iNolsoj , Mulso , 
Nolsoe. Ma supposition se confirme sans réplique : la côle ouest de 
Nolsoe, qui regarde la côte de Stroemoe en fiicc de Thorshaven 
s'appelle Rjôdunnès (Godmec, Godinec,); Quidenes, nom de la pointe 
méridionale d'Ostroe, qui se dirige vers Nolsoe. Or : 

Slremc, est Stremoj , Straumsey, Stromoe, et spécialement sa ville, 
toujours une des plus considérables, Thorshôfn. 

Reste à diviser quelques appellations que nous n'avons pas encore 
examinées, entre les îles Streme et Osieroe. Heureusement les indica- 
tions ne manquent pas. 

Doffais, lisez Doftais, offre Toflir, ville méridionale de Eslroj , 
Austroj, Oestroe, Osteroe, et l'élang Toftvain, eau de Toft, qui 
débouche à l'est et au nord dans la mer, formant de Toflir une 
espèce d'île attachée au sud de l'île Oslroe. 

Frisland, ville (probablement résidence de Zicbmni) serait donc 
située tout à côté au nord, (où sont Glifrar, Lamblia, Sôhnundafer) 
dans l'île de Oestroe. Les explications positives me mauiiueni pour 
Rouea (Larvujk?), Rifu (Rutewik?), Campa, Alanco (Lanibha?); mais ; 

Andeford est Andafer situé au nord-est d'Oslroc. Pour 

Aqua anonyme, il ne manque pas d'eau. 

c. Vidii, lisez Kvidil, représenterait Kadlurin , pointe septentrionale 
d'Ostroe. 

Spagia, Svujnajir, encore de l'île Oslroe, laquelle comme princi- 
pale et résidence est plus spécifiée que les autres. 

Cabaria, inconnue. 

c. Bouel répond à la poinle Mujiingur, la plus septentrionale de 
Stromoe. .Te pense que l'explication que nous avons pu donner aux 
positions de la grande île Frislanda, suffit pour se convaincre iiu'elle 
est composée du groupe de Foeroe (40). 

ESTOTILAND, DROGEO. 

20. Une barque de pêcheurs de Frisland, jclée par une lempèie irès- 
loin à l'ouest, atterrit à une île nommée Eslotilund , dont les iiabilanls 
conduisirent les frislandais dans une ville bien bâtie et peuplée, où dc- 

(ifi) Buache (meni. sur l'île de Frislaii'I , Paris 1787, dans l'iiist. de l'acad. dos scionoos pour 1781), 
fut le premier peut-être , qui, d'après la position expliqua Frisland par l'arcliipel Foeroe. Kggers 
(mcm. sur l'ancienne Groenland, enuronné en 1792 par la société économique de Copenhague , s'est 
plus attaclié (dit Malte-Brun, XVHF, p. i'M, cdit. de Uuot), .i démontrer l'identité des noms tels que 
Monaco ou le Moine, roclier au sud de cet archipel ; Sorand ou Sorrey, pour Suderoyan, l'ile la plus 
méridionale ; Sudero polfo, encore aujourd'hui appelée détroit de Sudcroc ; Andeford o» Andelîord , 
baie des canards et d'autres ressemblances moins évidentes. 



104 CARTE 1390 

meurait le souverain. Un interprète qui parlait latin et qui avait égale- 
ment été jeté par hasard sur celte côte, se fit comprendre des naufragés 
et leur intima l'ordre de rester dans l'île. Ils apprirent la langue du pays. 
L'un deux, ayant pénétré dans l'intérieur, s'assura que l'île, moins 
étendue que l'Islande, était beaucoup plus fertile, qu'elle abondait en 
toutes sortes de denrées et que le centre était occupé par une haute 
montagne , d'où sortaient quatre rivières. Les habitants exerçaient 
divers arts et métiers; ils avaient des caractères d'écriture qui leur 
étaient particuliers. Dans la bibliothèque du roi se trouvaient des livres 
latins qu'ils n'entendaient point. Le commerce avec l'Engroenland leur 
fournissait du soufre, de la poix et des fourrures. Ces^ insulaires se- 
maient du blé , buvaient de la bière, demeuraient dans des maisons 
de pierre et naviguaient, quoique sans le secours de la boussole. 

Le voilà! à l'ouest, très-loin à l'ouest, les habitants d'une île émi- 
nemment civilisés qui faisaient un commerce avec le Groenland, situé 
au nord de leur île. Ils avaient une bibliothèque dans laquelle les 
ouvrages latins leur étaient incompréhensibles : mais cette bibliothè- 
que était composée d'ouvrages de leur propre idiome, qui avait sa 
propre écriture. L'île porte un nom skandinave , normand, cast-out- 
land, en anglais signifierait : terre extérieure d'est. Mais l'idiome des 
habitants était incompréhensible aux Normands de Frisland et ils 
n'ont remarqué aucune affinité avec leur langue, quoique ils l'appri- 
rent. La possibilité d'une population d'insulaires s'explique cepen- 
dant par ces relations que les Groenlandais soutenaient depuis deux 
siècles avec Yiiiland et plus encore avec Markiand et les environs de 
l'embouchure du fleuve Saint-Laurent et de Gaspe. Une population 
d'indigènes d'Anlicosti ou de l'île Cap Breton, qui est Estotiland, 
pays situé à l'est du continent, a pu, dans le courant de deux siècles, 
s'instruire par l'impulsion des Islandais et Groenlandais et conserver 
quelques volumes latins, apportés par l'évèque Erik en 1121, par 
les fils de Helge 1285, ou par quelque autre apôtre de l'évangile. Les 
Frislandais apprirent que l'île s'appellait Estotiland. 

21. Le roi d'Estotiland , voyant que les Frislandais se servaient de 
boussole, les engagea dans une expédition maritime vers un pays situé 
au sud, et nommé Drogco ou Drocco. Le malheur les fit tomber entre 
les mains d'une nation d'anthropophages; un seul frislandais, épargné 
à cause de son habileté dans la pèche, devint un sujet de guerre 
entre les chefs de ces sauvages; chacun voulut posséder un esclave 
aussi utile; transféré d'un maître à l'autre , il fut à même de connaître 
toute celte contrée. Il assura que c'était un pays fort étendu et comme 
un nouveau monde. Les habitants , ignorants et grossiers , ne savaient 
pas même se couvrir avec les peaux des bétes qu'ils tuaient à la 
chasse. Armés d'un arc et d'une lance de bois, ils se livraient des com- 
bats continuels. Le vainqueur dévorait le vaincu. Plus loin, au sud- 
ouest, des peuples un peu plus civilisés, connaissaient l'usage des 
métaux précieux, bâtissaient des villes et des temples, olfraient 
cependant des sacrifices humains à leurs alïreuses idoles. 

Drogeo était donc un continent connu aux insulaires estotilandais, 
où ils allaient combattre les habitants sauvages. En supposant que 



DE N. ET A. ZEM, 22, 23. 105 

l'île Eslotiland est une de remhoucliure de Saint-Laurent, il n'y a pas 
d'hypothèse pour Droi^eo : c'est la Nouvelle Ecosse , l'Acadia , la 
Nouvelle Angleterre, etc. (n). 

Après de longues années l'aventureux frislandais retourna dans son 
pavs au Foeroe; il le trouva assujetti au roi Ziclirani qui s'était emparé 
en son absence de l'autorité et exerçait sou métier de piraterie 
certainement de longues années. Le récit du frislandais stimula 
l'entreprenant chef à visiter ces terres occidentales aussi éloignées. 
Il équipa une expédition qui découvrit une île nommée Icavia et fui 
ensuite poussé vers les parages d'Engroenhmd. 

22. Il n'y a d'autre île dans ces espaces que les îles situées à l'em- 
bouchure du fleuve Saint-Laurent, et Terre-Neuve se présente en 
premier lieu pour l'expédition de ceux qui furent ensuite poussés 
vers les parages du Groenland. Au lieu de trouver la résidence du 
roi d'Estoliland , ils touchèrent le point dune autre île. Elle ne 
pouvait être spacieuse s'ils comprirent par eux-mêmes que c'était une 
île; si elle était grande et spacieuse ils purent l'apprendre des indigè- 
nes, mais plutôt cherchant une île, ils qualifièrent d'île le point de 
terre qu'ils atteignirent. Nous ignorons par qui cette île fut nommée 
et de quelle portée elle parut à l'équipage et au chef Zichmni, attendu 
que la suite de la relation de Zeno n'a pu être retrouvée. Sa carte 
semble nous assurer que la chose est restée à ce point et n'a pas 
avancé. Estotiland, Drogeo, Icaria étaient des pays connus par des 
oui-dires d'un pêcheur et des marins, dont l'expédition prit une 
fâcheuse issue. Zeno les a placés sur sa carte dans la direction 
occidentale, au hasard, sans se soucier des distances (ts). 

Zichmni s'empara de l'archipel Foeroer avant l'arrivée de Zeno, 
antérieurement à 1580, d'où il exerça son métier de longues années, un 
demi-siècle si on lui attribue la destruction du Groenland après 1418. 
Dans cette hypothèse on pourrait admettre, qu'ensuite il a dépisté 
Estotiland , qui avait ses relations avec le Groenland , et l'ayant 
trouvé affaibli par les mêmes calamités qui afl'aiblirent le Groenland , 
il détruisit l'Estotiland de fond en comble. On peut attribuer 
tout à un pirate passé sous silence dans les fastes du nord, et 
qui serait resté inconnu à la renommée de l'histoire si les frères Zeni 
ne l'avaient éventé fortuitement (io). 

Rfxhercues. 

23. Peut-être la destruction du Groenland fut à l'instant même 
connue en Norvège et en Danemark. Mais l'inicrruption de toute 

(il) Si Estotiland n'était pas qualiBce d'ile par l'exploration de ceux qui y passaient dcsanuécs, on 
serait tenté de retrouver Estotiland dans la Gaspésic civilisée sur le continent. Mais un cas semblable 
de la civilisation normande a pu se déclarer dans son temps dans une population insulaire voisine. 

[të] Les cartes marines bataves nommaient les iles Sanomanta , Fortuins, .\rnoride, Pinguins, 
assez éloignées dans les mers à Test de Labrador et de la Terre neuve, qui pouvaient admirablement 
convenir à ITcaria et la bien représenter. Les cartes récentes donnent le démenti à leur existence, 
mais elles donnent assez de petites iles , Belle-île, Ficot, Ronge , des oiseaux , Bacalao, tresrappro- 
ehées au rivage de Terre-neuve : et la péninsule Avalou pourrait passer pour Icaria. 

(i9) €u comte Sinclair, possesseur des Orcades vers la un du xiV siècle, n'a rien de commun avec 
le possesseur de Foeroe; Forster {découvertes faites au Nord, U, 3, sect. 13 , a tort de les confondre. 
La carte de Zeno neconnait pas d'Orcadcs qui seraient en possession de Ziclimni. 



106 CARTE 1390 

communication depuis cinquante ans devait remplir la mère-patrie 
d'anxiétés sur le sort de sa fille, le silence de la mort appelait au 
moins à retrouver son gîte glacé. Dans ce but le roi de Danemark, 
Christiernlf, fit équiper en 1476 un navire norvégien et le confia 
au pilote polonais Jean Scolnus, zKolna, de Kolno (so), lequel, en se 
dirigeant vers Touest, reconnut les côtes septentrionales du spacieux 
continent, et du détroit qu'elles fesaicnt avec une terre étendue au 
nord. On ne sait pas s'il a baptisé sa découverte par quelque appel- 
lation : mais ce n'était ni Groenland, ni Yinland, mais le Labrador 
et le détroit Aniau (Hudson) qu'il parcourut. La nouvelle de cette 
découverte s'était répandue dans le monde; elle fut bientôt connue 
en Espagne et en Portugal. 

L'Islande avait son commerce avec l'Angleterre. Les navires de 
Bristol se rendaient aussi souvent dans son Thorlaks-hafn, comme 
dans le port de Lisbonne, d'où Christophe Colomb, avant de décou- 
vrir le nouveau monde, fesait de nombreuses courses dans les mers 
connues. L'an 1477, au mois de février, je n'aviguais, dit-il, dans 
son traité des cinq zones habitables (cinco zonas), (à une île) plus 
de cent lieues au delà de Tile (Frisland , Feroe); dont la partie 
méridionale (de l'Islande) est éloignée de l'équateur de 75 degrés et 
non de 65, comme le prétendent quelques géographes , et Tile 
(Frisland, Foeroe) n'est pas placé en dedans de la ligne (sur la ligne) 
qui enclave (encluie) l'occident de Ptolémée. Les Anglais , princi- 
palement ceux de Bristol, vont ^vec leurs marcbandises à cette île 
(Islande) , qui est aussi grande que l'Angleterre. Lorsque je m'y 
trouvais , la mer n'était pas gelée, quoique les marées y fussent si 
fortes qu'elles y montaient à 26 brasses et descendaient autant. 
Il est aussi vrai que le Tile dont parle Ptolémée, se trouve là où il 
la place et se nomme aujourd'hui Frislande (Feroe). Ce voyage de 
Colomb n'avait d'autre but que de se convaincre que la parallèle de 
Tile n'était pas une ligne qui clôturait le monde habitable, comme le 
prétendaient Ptolémée et quelques géographes (si). 

D'autres navigateurs allèrent à la reconnaissance des terres de 
l'ouest, dont l'existence était confirmée par des marins qui aimaient 
à rappeler les courses antérieures. Vingt ans après l'expédition de 
Jean de Kolno, 1476, Jean et Sébastien Cabot, en ii97, sur une flotte 
anglaise allaient à la reconnaissance de ces terres. 

Pour trouver le passage aux Indes par le nord de l'autre hémisphère, 
Gaspar Cortereal , navigateur portugais, en 1500, se rendit à Terre 
Neuve (Estoliland, Icaria), examina le fleuve Saint-Laurent (Markiand), 

(50) Les marins polnnais de Kolno furent an service de la répiiWique de Danlzik. Jean de celle 
famille passa comme pilote en Norvège. Kolno, leur lieii natal, est un petit boiirjrde Mazovie sur les 
frontières de Prusse. — Dans maintes publications nouvelles, italiennes, allemandes, danoises 
mêmes, le nom de Scolnus se trouve défiguré jusqu'.i le méconnaître. 

(al) Colomb parle d'une seule Tile-Frislando, et passe la grande ile Islande) innommée. — A mon 
avis, c'est aussi clair que la date de sa course aventureuse. Je ne sais pourquoi la mettre ea doute 
comme on le fait. Cette course ne fut pas de longue durée; s'il a pu aller muelias vcces) plusieurs 
fois de Lisbonne en (Juinée, il a eu le temps, en 1177, par nue seule course, de se convaincre que 
Frisland-Tile n'était pas l'cnclavurc de l'habitable. — Son pilote Jean De la Oosa, dessinant sa carte 
en loOO, donne à Islande le nom de isia Tille, place au nord de l'Ecosse ysia de Eslclanda (Schctiand), 
et pousse sur l'océan septentrional vers l'ouest la grande Frislanda àécorée du pavillon d'Ecosse; 
ignorant la figure et le nom de Groenland. 



I 



DE N. ET A. ZENI, 24. 107 

et côtoya le conlincnt (Hclleland), qu'il appclla Terra de Labrador , 
c'est-à-dire terre de laboureur, des agriculteurs, jusqu'au détroit 
(visité par Jean de Kolno), auquel il imposa le nom dWnian (aujour- 
d'hui Hudson). 11 retourna en Portugal pour annoncer la découverte 
du passage, qui semblait ouvrir une roule nouvelle aux Indes : mais 
dans un second voyage, il périt ou disparut. L'un de ses frères, 
Michel, étant allé à sa recherche, éprouva le même sort. Le trosième 
frère voulut se sacrifier à la gloire nationale et à la piété fraternelle, 
lorsque le roi de Portugal, par une défense formelle, rendit son 
dévouement inutile (32). 

Si. Labrador, Terra Laboratoris, commença à figurer dans les 
cartes depuis ioOO, comme une île qualifiée par les géographes alle- 
mands de terra Corterealis; accompagnée mainlefois de traces d'un 
continent inconnu, elle se trouvait isolée seule, dans un vaste océan. 
De cette façon on la voit dans l'hydrographie portugaise de loQi, dans 
le Ptolémée de Sylvanus 1511, sur le globe de Schôner 1520. Mais 
en même temps il ne manquait pas de géographes hardis qui réuni- 
rent la terre Lauoradore à Temistetan (au Mexiq) , comme on le 
voit en 1521 dans l'isolario de Bordone. Celte réunion fut constatée 
par les découvertes qui ne cessaient de se succéder, tout le long du 
Mexique jusqu'au Labrador (voyez la carte de De la Cosa 1500). Mais 
au delà, vers le nord, depuis le malheur des Corlereal on ne connaît 
pas un seul marin assez hardi pour s'engager jusqu'à Forbischer et 
Davis. 

En attendant, d'innombrables hypothèses et inventions accablaient 
et tourmentaient le nord de l'Amérique et tout le climat glacial. La 
carte de Zeno contribua beaucoup à ces aberrations. Elle était graduée 
vers 1555, et jusqu'à ce moment enfouie dans les archives de la 
famille , elle fut rendue publiijue 1558. 

Je ne sais si quelque monument géographique existe qui prouve- 
rait on ferait présumer sa connaissance antérieure dans les composi- 
tions cartographiques. Mauro Bianco, De la Cosa ne la connaissaient 
pas; la carte complémentaire à Ptolémée non plus; ni les nombreux 
cartographes qui la copiaient, ni le composileur de la Schonlandia 

(32) Ticrra de Labrado En esta tierra pues rislas audan y viurn lîrctoncs, que (Onforman miiclio 
con su tiena ; y estan on iina mesma altura y temple. Tambien au idi alla ombres de Nciivega con cl 
pilote Joan Scolno, Eingleses con Sébastian Cabote : disait en 1535, l'espagnol Gomaia (p. 20, 
historia do las Iiidias en Saragoca, fol.). — La terre du Labeur et d'ICslottlandia. Cesle dernière 
partie de la terre indienne fut la première découverte 1390 (par les pêcheurs ^islandais et seconde- 
ment à Jean Scolne Polonais, qui navigcant outre la Norvège, Groenland ot Islande l'an 1177, quatre- 
vingt-six ans après ccste première navigation entre ceste mer septentrionale qui est mise directe 
ment sous le cercle arctique et vient abordes a ces terres d'Estotilande. Apres luy l'on n'y a guerres 
navigé durant le cours de quelques années a cause de raspre froidure cl de continuelles tempestes 
qui en détournent les mariniers : dit vers 1600, le lovanien Cornélius AVytfliet (descriplionis ptolc- 
niaicae augmcntum, I.ovanii , 13'.)3, p. 188; version française liistoire des Indes, à Honay, ICO l, IC03, 
p. 25). De même Ponlanus; George Horn (L'Iyssea, Lugd. batav. 1073). — Les notices îles voyages 
des Cortereal, se trouvent dans Ant. Galvano, di.«coveries of tlie World unis tlie year looo in thc 
cari of Oxfords collection, t. U, p. 373; Jobst Uuibamers, Sammiuug van Rei.scn, Nurnbcrg, 1308, 
Abschn. 126 ; Purclias, pilgrims, I.ondre 1625, t. IV, p. 809. — Voyez à ce sujet Flcurieu, voyage de 
Marchand, iutrod. p. iii ; Sprcngel, 33, p. *lô, 414 ; Malte-Brun, livre XXIII, p. 621, 622, cdil. de 
lluot; enfin ce qu'à dit : Alexandre Ilumboldt (Kritisclie Untersucbungcn dcr geogr. Kenntnisse von 
der neun VVcIt, ans dcm franzos ùbersclzt v. Jul. L. Idclcr, t. 1. p. 393), à l'occasion de ce que 
j'avais resuscilé la mémoire du pilote polonais Jean de Kolno dans ma publication polonaise en 181 1, 
traduite en allemand par Karl Ncu, en 1836. 



108 CARTE 1390, DE N. ET A. ZENI, 23. 

nuova, ni Schoner, ni Apianus, ni Munster, ni Gemma Frisiiis, instruc- 
teurs dans la géographie {53). 

25. Dès que la carte de Zeno parut, elle fit beaucoup de bruit, elle 
décela aux cartographes d'autres formes, de positions, appellations, 
pays, dont ils ignoraient l'existence. Frisland , Icaria , Estotiland , 
Droceo parurent comme une lumière éteinte qu'il fallut rallumer. Un 
cartographe s'empressa d'introduire toutes les anciennes connaissan- 
ces de Zeno dans sa composition de la carte des régions septentrionales, 
spptenlrionalium rcgionum dcscriplio : Orlelius l'a copié en 1570 et 
Mercalor l'accepta sans réserve. 

Ce compositeur , connaissant bien la position des îles Schetland et 
Foeroe n'a pu concevoir que ces Jernières se seraient métamorphosées 
en une région insulaire; or, il recula vers l'ouest de Foeroe, les îles 
IS'eome, Podalida, Frisland, Icaria, Estotiland, Drogeo, ne préjugeant 
rien de leur existence; seulement il a cru réduire le grand continent 
Drogeo en une île médiocre (si) et étendre l'île Estotiland en un conti- 
nent qui n'est autre que terra Laboratoris, Labrador de la découverte 
récente. Le compositeur de la carte savait retoucher Estland et 
Island de la carte de Zeno, et laissa intact le Groenland, dont il n'a pu 
avoir de meilleurs renseignements. 

L'imagination des géographes postérieurs donnant des altitudes fan- 
tastiques aux régions arctiques, sévit longtemps sur Groenland en le 
transfigurant, tantôt en un feston qui réunit le nouveau monde avec 
l'ancien, tantôt en un archipel, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes 
restituassent son existence , dans toutes la forme et l'étendue que lui 
assignait la carte de Zeno. 

Il n'en était pas ainsi avec Frisland, devenu pays de mystère, 
insaisissable. On allait à sa recherche , comme on recherchait les 
Antilles, Cattigara, les détroiis crayonnés d'avance, comme on s'était 
efforcé à retrouver le Niger et les sources du Nil dans les proportions 
et la position que leur assigna Ptolémée. Ailleurs, à la place de l'objet 
cherché on a rencontré quelque autre chose : mais Frisland déplacée 
échappait aux navigateurs , elle se submergea comme l'Atlantide 
platonique : il n'en resta ni vestige, ni le moindre atome; seulement 
la tache assez diflicile de la réduire à l'échelle de Foeroe. Bien qu'elle 
fût encore connue du temps de Colomb et son pilote De la Cosa lui 
assigna la même position que la carie de Zeno : on remonta avec la 
date de la submersion dune île de cette position : insula hacc anno 
1 ioC fuit totalitcr combuslà, dit en 1507 la carte de l'Allemand Jean 
Ruysch. Les cartes marines bataves répétèrent longtemps : 't versonken 
land van Bus, is heedendaags al brandingc Vi myl lang met bol watcr. 
Dit is veele iaren cen groot eyland geweest en was genaamt Frecsland, 
en besloeg wel 100 myl int rond, waar op verschyde dorpen lagen. 

(53) So findct sii-h , dit Spreugcl (Gesdi. der geogr. Enldek. 20, p. ÎÎG), aiif dcr siebentCD Cli.iite, 
de Biaiico, welrlic die Nordisclien Reichc Island, und das von Zeno in dièse Gegend gefabelte 
Frisland vorslcllt , die Inscl SloïKfisili. Cela fairait croire que Biauco copia la carie de Zeno : mais il 
siiflit de voir la mappemonde dr Hianrn pour se convaincre qu'elle, igoorc l'existence des Zeni. 

(.^*; Enjoignant l'explication : Dus Cimes Gallis. 



TROIS NOTICES DES ISLANDAIS 

SUR GROENLAiND. 



I. Tôt sunt GronlandiGB templa : in Herjoivsneso, quod longissime in 
orientera vergit, templum est in Herjolvs Ijôrdo {-Irvs); alterum Yatsdali in 
Ketiisfjôrdo; tertium Vikte {moiiasterii?) quoque in Ketilsfjurdo, quartum 
Vogis in Siglufjordo; quintum sub Hofdio (Foss) in OEstfjordo, sextum 
templum cathédrale Gardis in Einarsfjôrdo; septimumad Hardsteinabergum; 
octa\'um Brattahlidte quoque in Eiriksfjôrdo ; nonum sub Solarfjaliis, in 
Isafjôrdo et decimum ; undeciraum in Hvalseyarf]urdo (//i'«/soerj; duodecimura 
Gardanesi in Midfjordo. — Hsec punt in prov. occidental) : unum Sandnesi in 
Ljsufjôrdo; alterum Hopi Agnafjordo; tercium Anavikai in Raugafjordo. 

II. Grœnlandia libanotum spectat, maxime australe est Herjolvsnesum sed 
Hvarfsgnipa prosime versus occidenlem (eo pervenit Eirekus rufus. longis- 
sime, atquese tumputavit intimuniEirikstjordirecessum superasse), ibi fluxus 
maris (currens v. vertex) est Hafhverf dictus, ad orientale terne litus, deinde 
Spalsundum, deinde Drangeya, deinde Sôlvadalus, qui ex tractibus habilatis 
orientalissimus est, tum Tovafjôrdus, lum Melrakkanesum, tum templum 
Herjolvsfjurdi (Aros), tum Helliseya et Helliseyarfjùrdus , tum Kelilsfjordus 
(ubi) duo templa {Vatsdul et f'iho), tum Hrakbjarnareya, Lundeya, Syllenda 
ex Eireksfjôrdo,tum AlptafjiJrdus, Siglufjordus, (ubi/ templum (f'ufji), Rafns- 
Ijôrdus; lum Slettufjordus procedit ex Rafnstjôrdo, Hornafjordus, Ofundinn- 
fjôrdus, ubi sedes est eppalis (Garda}; tum templum Eirekstjordi (Brallahlid], 
ex illo procedit OEstkarsfjôrdus (ubi) templum {Sularfîan?), Hafgrimsfjordus, 

Hvalseyarfjôrdus [lemplum Uvahoer) f.... f.... {templum Dijurenes)... f... 

ex Dyrneso, tum Isafjordus; inde procedit Utibliksljôrdus i^isthmij; tum 
Strandafjordus, tum Midfjôrdi proxime habilati sunt, deinde uuus dicitur 
KoUuljôrdus, aller Dyrafjôrdus, tum Thorvalds fjôrdus, Steinsfjordus {templum 
Stensnes), Berghlhorsfjôrdus, deinde viris, humerim agitantibus, sex dierum 
remigatio estin Yestbygdam (lum ibi sinus recensentur); deinde ex Vestbygda; 
terminis ad Lysufjôrdum sex dierum remigatio est, inde sex dierum remi- 
gatio ad Karlsbudas, tum trium dierum remigatio ad Bjarneyam, duodecim 
dierum remigatio circa Bjarneyam , Eysunesum , Aedanesum a borea. Sic 
numeralum est centum uonagiuta villas esse in OEstbygda , nonaginta in 
Vestbygda. 

III. IvARi Bardi nui, Grnenlandiae, descriptio, p. 502-518. 

Sic dicunt viri periti, qui in Groenlandia nati sunt et nuperrime ex Groen- 
landia advenerunt, ex boreali parte Stadi Norvegiœ septem dierum nauiga- 
tionemesse, recta versus occidenlem ad Hornum, inorientali Islandix lilore 
situm. 

Ab Snefelsneso Islandiœ qua brevissimus in Groenlandium trajeclusest, 
duorum dierum et duarum noctium spalio navigandum est recto cursu versus 
occidenlem , ibique Gunnbjornis scopulos invenies, inter Grônlandiam et 



110 NOTICES 

Islandiam medio situ interjacentes. llic cursus anliquus frequenlabatur, 
nunc verro glacies ex recessu oceani euioaquilonan delala scopulos anle 
memoralas, lam prope attigit, ut nemo sine vitai discrimine antiquum 
cursuui tenere possit. 

Ab Langaneso quod in Islandia maxime septentrionem versus juxta Hornurn 
situm est, diiorum dierum et duarum noclium navigalio est ad Svalbardum 
in llavsholuis. 

Qui Bergis reclo cursn in Groenlandiam navigare, neque ad Islandiam 
appeiiere volunt, his recta versus occidentem navigandum est donec venerint 
regione Reykenesi australis Islandite promontorii, ita ut duodecim raillia- 
ria maritima ab australi parte hujus promontorii absiut, atque ita cursu, 
ul modo dictum. occidentem versus continuato ad allam Gronlandiae terram 
(juie Uvarvain dicilur pervenient. Pridie quam ante dictum Hvarvum cons- 
pexeris, alium exceisum moiUcm qui IlvidserJms appellatus conspexisse 
debes. Sed sub ante dictis duob montibus Hvarvum et Hvidserkus, promon- 
toriumjacel, Ilcrjvlvsncsum dictum, cui adjacet porlus nomine Sandus Nor- 
vegis ac mercatoribus communis. 

Si quis ab Islandia navigat, ab Snefelsneso, qui ',2 milliaribus maritimis 
longius versus occidentem in Islandia jacet quam antediclum Reykenesum 
cursum dirigere débet et recta versus occidentem navigare uno die et una 
nocte,sed postea in libanolum cursum dirigere, ut glaciemscopulis Gunnbjôr- 
nis adhœrcntem evitet, deindeque uno die eluna nocte recta versus iapygem; 
sic reclo cursu ad altum terram Gronlandi;e, Hvarvum, sub qua antediclum 
Ilerjxlfsnesum et Sand/tavnia sila sunt, perveniet. 

Traclus habitatus Grôniandie maxime in orientcm vergens, Herjulfsneso 
proximus ab oriente est Skagcfiurdns diclus, qui locus magnopere frequen- 
talus est. 

Longo ab Skagefiordo spatio versus orientem sinus est nullis coloniis 
t'requentatus, diclus Bercfjordiis in cujus sinus ostio longœ syrtes intransver- 
sum paient, ul nulla majora navigia, nisi nuiximis a^slibus, ingredi possinl; 
maximo vero fcslu incidente, immensa cetorum multiludo in sinum incurrit : 
eodem Berefjordo copia piseium nuuquam deest. Est in eodem sinu publica 
cetorum captura, tamen cum venia eppi, nam sinus templo calhedrali proprius 
est. In lioc sinu ingeus est vorago, cetorum dicta, inquara ceti recedente acstu 
incurrunt. 

Longius versus orientem ab anledicto Berefjordo alius sinus est dictus 
OUionlçyifjri (omnium-longissimus) qui ab angusio adilu in vastius spalium 
diflusus, tanlum in longitudinem palet , ut finem ejus nemo noveril. Hicnullo 
aîslu agitalus, parvis insulis scatet, magna avium et ovorum abundanlia 
ulrinque planilies campeslris, qute quantum progrediare viridi gramine 
vestila est. 

Longius versus orientem ad molem nsque glacialem portus est, dictus 
Fin nsbii d œ, ilA diclus, quod jam :etale Olavi sancti navis aliqua eo loco 
naufraginm fecit qua navi vectnm sancti Olavi minislrum, cum noiinullis aliis 
mari periisse vulgala adhunc in Gronlandia fama refert, superslites vero 
mortuos sepelivisse et super horumsepulcriscruces magnas lapineas erexisse, 
quîc hodieque ibi slant. (Fuga probabiliter Finni parvi famuli régis Roereki 
ab Olavo 1017 excœcati in Islandia deportali). 

Longius orientem versus nroliciscenli ad molem glacialem obvia est magna 
insula, dicla Korsiia, ubi publica est alborum ursorum captura, permissu 
tamen eppi, quod ea insula peculium est œdis calhedralis. Longius versus 
orientem nihil praeter glaciem et nivem terra marive. 

Ut ad rem, de coloniis Gronlandiae redeamus, jam supra provinciarum 
Gronlandisc mentionem facicntes indicavimus, Skagrljordiiin, ab orienlali 
laterc Herjulvsnesi situm. exbabitalis tractibusorienti esse proximum. 



Sun GUORNLAND. {\l 

Ab occidentali latere Herjulvsnesi est Ketilsfjord tolus coloniis referlus. 
Sinum ingredienli a dextra ingens ostiiun situm est in qiiod magni fluvii se 
exonérant. Prope ab boc oslio teniplum est, .irosi, sacrie crucis conscciatnuj, 
quod tempUun ab exterion parte omnia ad Hcrjulfsnesuni usque possidet, 
insulas, scopulos, niarisque ejactamenta, ab iuteriori parte oninia ad sinum 
usque Pétri. 

Ad sinum Pclri (Peiters vifj) tractas babilatiis est f'dtsdalus, jirope quem 
araplus lacus, piscibus abundans, lalus duo milliaria niarilinui. Tempium 
Pétri totum iracliim Yatsdalensem possedit. 

Haud procul ab hoc traclu ingens inrmuslcrium situm est a canonicis regu- 
laribus habitatum, S. 0/«ro cl S. Jiir/nstino consecraliim. Monasleriuma parte 
interiori omnia ad finem sinus, omniaqueexteviusabopposito latere possidet. 

Proximus Ketilsfjordo , est liafnsfjord (Kanipnesf. Rampnesf. Rarnpef. 
Rumpeyarf.), in enjus interiori recessu cœnobinm sororum ordinis sli 
Benedicti situm est. Quod coenobium a parte interiori omnia possidet ad 
finem usque sinus, a parte exteriore ab templo usque roycnsi quod scto régi 
Olavo sacrum est. Tenq)Uim Vogense omnem terram ab oxteriuri sinus parle 
possidet. Insinu interiori, multa^ sunt parvœ insulte, quariim omnium partem 
dimidiam caiînobium, alterara dimidiam tempium cathédrale possidet. Ha; 
parvœ insuke calida aqua abundanl qua; hycme adeo fervent, ut nemini prope 
accedere fas sit; lestatœ temperala? sunt, ut lavacri usum prteslent, multique 
sanitati restiluanturet eœ morbis convalescant. 

Proximus huic situs est Einarx fjord, inler quem et antedictum Rafns- 
fjordum, magna jacet villa principalis, (jute régi est; ei vilhc nomen Foss. 
Hic splendidum tempium (Hofdio), stat, scto Nicolao sacrum, cui rex 
sacerdotes praîfieit. Jacet ibi in vicinia ingens lacus, piscibus abundans, qui 
cum œstu marino et imbre restagnavit, aqua refluente et decrescente magna 
piscium copia in arena remanet. 

Einarsfjordum ad sinistrumingredientibusbracliium maris est T//o?'i'aWst')'(7; 
adhuc magis introrsum ad idem sinus latus promonlorium jacet, dictum 
Kliniiifj; inde magis introrsum brachium se inscrit, dictum Craacvifj intra 
quam aliquanto spatio magna villa est, dicta Dater (vallis), templi cathédrale 
possessio. Sinum ingredienli pelentique tempium cathédrale (Garda), in 
inlimo sinus recessu situm a doxlra est ingens sylva, œdi cathedrali 
propria, in qua sylva omnia templi cathedralis pecora pascuntur. Tempium 
cathédrale totum Einarsf'jordum possidet, item ingentem illam insulam 
(jne Einarsfjordum prœjacet, dictam RcnsiJc (rangiferoruni), quod tempore 
autumnali niulli eo maclides concurranl; ibidem venatio communis; neque 
tamen nisi permittente eppo. In eadam insula sunt saxa seclilia omnium 
qute Groenlandia feri pnestantissima, tam sequaci maleria, ut inde ollaj 
et canthari conliciantur, tamque durabili natura, ut injuriam ignis contem- 
nant ; ex uno tali saxo canthari, decem vel duodecim doliorum capaces confici- 
unlur. Longius versus occidentem insula continentem praijacet dicta Langôe 
(longa), in qua octo grandia pnedia vusticana sunt. Tempium cathédrale 
tolum insulam possidet, exceptis decimis quse templi Hvalsôensis sunt. 

Proximus Einarsfjordo est HvaJsôerfjord (sin. insulœ ceti), in quo tempium 
est hvalsôefjordense, quod tolum hoc sinum, totumque qui proxime adjacet 
Kumbstadepord possidet. In hoc sinu magnum jacet prx'dium regium dictum 
Thjodhildestad (sica nomine uxoris Erici rufi vocatum). 

Huic proximus est Eriksfjord, in cujus oslio iusula qusedam sita est, dicta 
Eriksik, cujus pars dimidiae templo cathedrali, altéra dimidia templo Dyur- 
nesensi subjacet. Csetuum sacrorum qui in Gronlandia sunt, templi Dt/in-enes 
(promont, animalium) frequentissimus est, quod tempium ab sinistro latere 
Eriksfiordum ingredienli situm est. Templo Dyurnesensi, omnia J/(7//}'orrf 
(médius sin.) ex Eriksfjordo recta in japygem infunditur. Longius inde in 
Eriksfjordo situm est tempium SolpfjeÙds] cui lotus Mittfjord subjectus est. 



112 NOTICES SUR GROENLAND. 

In sinu inteiiori longius siluni est templum Leyder, cui omnia ad fineiu usque 
sinus, et ab ad verso latere usque ad Burfjelld subjeeta sunt. Oninia quae ab 
esteriori parte Burfjalli sunt, templum cathédrale tenet. Ibi situm est ingens 
prœdium, dictum Braltclcde, ubi prîclor domicilium habere solet. 

Hinc proliciseens in insulas proficisci dicitur. Longius versus occidenteni 
ab Langoe, quatuor insiii;e jacent, dictre Lumboer (agnorum), item fretura 
Lamhoense quod inter Lamboam et Langoam intercédât. Ab inleriori parle 
propius Erilisfjordum aliud fretum situm est dictum Fussasund. Insulœ modo 
raemoratœ teuiplocathedrali subjacent; anledictum vero Fossasund situm est 
in introitu Eriksfjordi. 

Boreani versus ab Eriivsfjordo, duo maris brachia sita sunt, quorum alteri 
nomen Vdrevic/ (exterioris), alteri Indrevig (interioris) nominibus situm 
exprimentibus. 

His proximus a borea situs est Brcdefjord (latus sin.), in quo sinu Mjoc- 
fjord iSiCel; hinc longius a borea situs est Eirarfiod; hinc proximus l{o?-,(/cr- 
fjord, deinde Lodiminderfjordyiunc Issefjord, qui siuuum proviuciie OEslre- 
bijgden orientalis ad occidenlem ultimus est. Hœ omnes insulaî incolis 
frequentantur. 

Inter Oesterbygd et feslerhi/c/d 12 milliaria marilima interjacent quod tolum 
litoris spatiuni ab incolis vacuum est. Et protinus in Vesterbygd stat magnum 
templum dictum Stoisne^, quod aliquanto tempore cathédrale sedesque eppalis 
fuit. Nunc Skreilingi lotum tractum occidentalem teuent ; est tamen illic 
affatim equorum, caprarum, boum, ovium, quae omnia animalia fera sunt; 
nulli homines, neque christiani, neq pagani. 

IvarBardsen Grônlandus, qui Gardorum (bischobs garden i Gardum) sedis 
eppalis Grônlandiœ procurator muitos per annos fuit, nobis retulit, se 
omnia antecommemorala vidisse, unumque fuisse ex iis, qui a prœtore delecti 
erant, ut in tractum occidentalem profecti Skrelingosinde expellerent Quo cum 
venissenl, nullum hominem, neque christianum neque paganum invenerunl, 
tantummodo fera pecora et oves deprehenderunt, ex quibus quantum naves 
ferre poterant in hasdeportalo douium redierunt. Unus ex his fuit Iffver supra 
nominatus. 

Longius versus beream a Veslerbygde ingens mons situs est, dictus (nions) 
IJemelrachs l'jcUd (coelum petens) ultra quem ncmini, qui vilai sua? consultum 
velit, navigare fus est propter multas cas voragines, quibus totum illudmare 
scatet. 

Griinlandia venis argentosis, albis ursis, rubris maculis capila dislinctis, 
albis falconibus, dentibus cetorum, pellibus rosmarorum, abundat; copia 
omnis piscium generis ceteras omnes terras superat. Eadem fert marmora 
diversi coloris, sexa sectilia, igni iuviolabilia, ex quibus Grônlandi ollas, 
urnas, eatinos et vasa, decem aut duodecim doliorum capacia, conficiunt. 
Ibidem raiigiferorum copia suppetit. 

Gronlandiam violente venlorum tempeslates nunquam fatigant. Ibidem 
magna vis nivium decedit, frigus non tamacrequam in Islandia autNorvegia. 
In summis montibus et subjectis campis proveniunt fructus eertorum pomo- 
rum magnitudine, optirai saporis. Ibidem triticum oplims uotse crescit. 



FIN DE L OUVRAGE. 




PLEASE DO MOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 




i 



y 



Vm« .«cia ^ rV^^F ^^Aw^CT 















^**,f